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dimanche 26 janvier 2025
France: la surenchère xénophobe et raciste d'un ministre fasciste de l'intérieur ...
Alors lorsque M. Retailleau aura ainsi durci et re-durci indéfiniment les conditions de régularisation des étrangers en France, pense-t-il sérieusement que cela changera fondamentalement la composition multi-ethnique et culturelle de la population française, la conjoncture économique nationale et internationale, et même les mouvements migratoires à l'échelle globale (auxquels participent également des milliers de ressortissants français en Amérique, en Afrique, en Asie, en Océanie et partout sur cette planète...)???
Cette surenchère xénophobe et raciste récurrente participe simplement d'une démagogie populiste en direction des réactionnaires de droite et d'extrême droite, plongeant ainsi délibérément des milliers d'étrangers dans une incertitude planifiée de régularisation, qui les rend corvéables à merci auprès des employeurs, et surtout expulsables sur un saut d'humeur des agents des différentes préfectures et sous-préfectures de France.
Il revient en réalité aux différents pays d'origine de veiller au respect du droit international par la France, en matière d'accueil et de séjour des étrangers, en lui appliquant la stricte réciprocité pour ses ressortissants.
L'époque des diktats à sens unique des anciens maîtres coloniaux vers les anciennes colonies est révolue. Il faudrait désormais le rappeler à toute cette classe politique fasciste qui surfe en permanence sur la xénophobie et les cliché racistes éculés à des fins électoralistes en occident.
Ça suffit!!!
Joël Didier Engo, Association NOUS PAS BOUGER
http://www.nouspasbouger.org
Bruno Retailleau durcit la ligne sur la régularisation des sans-papiers
Dans une circulaire envoyée à l’ensemble des préfets, qui abroge la circulaire Valls, le ministre de l’intérieur leur demande de privilégier les régularisations des travailleurs dans les métiers en tension et d’exiger sept ans de présence en France pour tous les autres.
Par Julia Pascual, Le Monde
C’est un virage à droite, de ceux qui valent pour leur symbole, mais tout autant pour leurs implications réelles dans la vie des gens. Des sans-papiers, en l’occurrence. Bruno Retailleau a diffusé, jeudi 23 janvier, à l’ensemble des préfets la nouvelle circulaire qui va désormais régir l’accès à la régularisation des étrangers sans titre de séjour. Et l’impulsion donnée par le ministre de l’intérieur est celle d’un durcissement.
Dans le texte de trois pages, dont Le Monde a obtenu copie, le ministre de l’intérieur demande aux préfets de recentrer les régularisations qu’ils accordent sur les travailleurs dans les métiers en tension, par opposition à la régularisation des personnes au titre de leur vie personnelle et familiale en France, majoritaire aujourd’hui.
La régularisation des salariés des métiers en tension, introduite par la loi sur l’immigration de janvier 2024, exige trois ans de présence en France et douze mois d’ancienneté dans le travail et l’exercice d’un métier relevant d’une liste arrêtée par décret. Pour tout ce qui ne relève pas de ces travailleurs, les critères d’admission au séjour sont notoirement durcis.
Ainsi, la régularisation sera conditionnée à une « durée de présence d’au moins sept ans » sur le territoire, contre cinq ans aujourd’hui. Les préfets devront également apprécier la maîtrise du français par un « diplôme français ou bien une certification linguistique ».
Tout élément tendant à constituer une « menace à l’ordre public » sera rédhibitoire (dans les faits, cela était déjà le cas). De même, si l’étranger a déjà fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire (OQTF) sans l’exécuter, il ne pourra obtenir un titre de séjour. Un point non négligeable, compte tenu de l’allongement d’un à trois ans de la durée de validité d’une OQTF, depuis la loi sur l’immigration de 2024. Enfin, tout refus de régularisation devra enfin être « systématiquement » assorti d’une OQTF.
«On régularisait déjà au compte-gouttes, et on va vers de nouvelles restrictions, sur la base de pseudo-critères d’intégration comme la langue, qui devient un levier d’exclusion, dénonce, auprès du Monde, la secrétaire générale de la Cimade, Fanélie Carrey-Conte. Quel est le sens de maintenir dans la précarité des gens qui travaillent, des personnes qui pourraient sortir de l’hébergement d’urgence saturé, de faire vivre dans la peur de la séparation ? On est dans le choix de la fermeture et du déclin.»
Avantages et imperfections de la circulaire Valls
Vendredi matin, le personnel politique avait encore peu réagi à ce nouveau texte. Invité de TF1, le vice-président de l’Assemblée nationale et macroniste historique Roland Lescure s’est néanmoins dit « en désaccord ». « On surfe sur une vague anti-immigration (…). Je pense qu’on va trop loin », a-t-il déploré sur TF1. Quelques anciens macronistes s’étaient aussi exprimés, jeudi, sur le réseau social X, à l’image de Sacha Houlié, député (non inscrit) de la Vienne en rupture avec les macronistes : « Plusieurs pays européens (Allemagne, Espagne, Italie) ont procédé à des régularisations, la France s’entête dans la mauvaise voie, a-t-il écrit. Quand vous ne trouverez plus personne pour vous soigner, pour s’occuper de vos parents ou de vos enfants, pour vous servir au restaurant ou construire vos routes ou vos maisons, vous penserez au populisme crasse de M. Retailleau. » « Les Français méritent mieux que cette démagogie qui est une forme d’irrespect », a également déclaré l’ancien ministre de la santé et député des Yvelines (Place publique) Aurélien Rousseau.
Bruno Retailleau entend distiller au compte-gouttes les régularisations. Sa circulaire abroge la circulaire Valls, en vigueur depuis 2012, qui tenait jusque-là lieu de boîte à outils pour les préfets. Le ministre a voulu la réduire et la durcir. Et, au passage, il a drastiquement diminué les critères d’appréciation. « Rien n’est précisé sur la durée de scolarisation des enfants. Ça va être laissé à l’arbitraire des préfets », pressent Serge Slama, professeur de droit public à l’université Grenoble-Alpes. « On ne voit pas comment un dossier peut être considéré comme recevable, ça renforce le pouvoir discrétionnaire du préfet », abonde Jean-Albert Guidou, du collectif migrants de la CGT. Plus optimiste, un préfet veut croire à sa « possibilité de débloquer des situations ». « Le ministre veut une approche plus stricte, mais il ne nous a fixé aucun objectif quantitatif », se rassure-t-il. Un autre haut fonctionnaire a une analyse différente : « A la lecture du texte, un préfet ne régularisera plus pour motif familial et privé », lâche-t-il.
Le texte de 2012 de 12 pages signé par Manuel Valls, ancien ministre de l’intérieur de François Hollande (et actuel ministre des outre-mer de François Bayrou), n’avait, cependant, pas fait la preuve de son obsolescence. Au sein du ministère de l’intérieur, depuis sa mise en œuvre, on n’osait jusque-là y toucher et on vantait plutôt sa praticité. La circulaire Valls permettait de sortir des limbes, peu ou prou, 30 000 personnes chaque année – sur une population de sans-papiers estimée, de façon approximative, entre 400 000 et 700 000 personnes. Qualifiée de soupape, elle cadrait, à travers des critères indicatifs, mais non opposables en droit, une forme de régularisation « au fil de l’eau ».
Place Beauvau, on la préférait, car plus discrète, aux grandes opérations de régularisations décidées à intervalles réguliers à partir des années 1970, politiquement plus inflammables dans une arène où l’extrême droite n’a eu de cesse de renforcer son poids électoral, en faisant de la lutte contre l’immigration la pierre angulaire de ses programmes. Même les préfets les plus orthodoxes lui trouvaient l’avantage de sortir de situations inextricables, par exemple, des étrangers ni régularisables ni expulsables, à l’image de parents d’enfants scolarisés depuis plusieurs années.
Du côté des personnes sans papiers et des associations ou avocats qui les soutiennent, la circulaire Valls comportait des avantages et des imperfections. Elle était la promesse d’un avenir en France, au terme d’années difficiles dans l’irrégularité. Mais n’ayant pas force de loi, elle laissait entier le pouvoir d’appréciation discrétionnaire des préfets – « l’arbitraire », disaient les plus critiques. Liberté était en effet laissée à ces commis de l’Etat d’en faire l’application ou pas. La circulaire Valls était donc très inégalement mise en œuvre sur le territoire. Des préfectures étaient rétives à l’appliquer, quand d’autres se montraient plus bienveillantes, comme Paris.
C’est d’ailleurs pour sortir partiellement de cette ambiguïté que, lorsqu’il était ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, l’actuel garde des sceaux, a voulu un temps permettre une régularisation de droit des travailleurs sans papiers dans les métiers en tension. Dans un contexte post-Covid-19 où des secteurs entiers de l’économie avaient grandement besoin de main-d’œuvre, comme l’hôtellerie-restauration, l’agriculture ou encore le bâtiment, l’ex-maire de Tourcoing (Nord) avait joué une partition qu’il résumait ainsi : « Etre méchant avec les méchants et gentil avec les gentils. »
Un totem à abattre
En l’espèce, le projet de loi « asile et immigration », tel que présenté fin 2022 par le ministre, faisait la part belle aux mesures élargissant les possibilités d’expulser les étrangers constituant un trouble à l’ordre public et, dans un équilibre incertain, devait aussi permettre de reconnaître l’apport des sans-papiers à l’économie. « Nous ne donnons peut-être pas assez de titres de séjour aux gens qui travaillent et qu’un certain patronat utilise comme une armée de réserve, pour parler comme [Karl] Marx », avait déclaré M. Darmanin, dans un entretien au Monde, le 2 novembre 2022.
Mais, sans surprise, en l’absence de majorité parlementaire, le gouvernement a ensuite choisi de faire alliance avec la droite sénatoriale – dont Bruno Retailleau était alors le chef de file – pour assurer l’adoption de son texte. Et, chez Les Républicains (LR), la mesure sur la régularisation de droit a d’emblée été une ligne rouge, un totem à détruire.
Fin 2023, alors que les débats parlementaires battaient leur plein, Bruno Retailleau s’était même enorgueilli d’avoir obtenu, dans l’entreprise de négociation de l’appui de son groupe, l’engagement du gouvernement en faveur d’une « réécriture durcie » de la circulaire Valls. Sans doute ne savait-il pas encore qu’il en serait l’auteur.
La loi sur l’immigration, promulguée en janvier 2024, a bien créé une nouvelle possibilité de régularisation aux critères plus souples que ceux de la circulaire Valls, mais toujours à la main des préfets et uniquement dans des métiers en tension, dont la liste – arrêtée par décret et jugée obsolète aujourd’hui – n’a toujours pas été mise à jour. La dissolution de l’Assemblée nationale décidée par Emmanuel Macron, le 9 juin 2024, et l’avènement, place Beauvau, de Bruno Retailleau et d’une ligne LR plus dure, a fait le reste.
A son arrivée au poste de ministre de l’intérieur, auquel il s’est maintenu entre le gouvernement Barnier et le gouvernement Bayrou, Bruno Retailleau n’a pas fait mystère de son ambition : réduire l’immigration, légale et illégale, quitte à sembler délaisser les autres sujets régaliens de son portefeuille. Et, dès octobre 2024, il a annoncé à un parterre de préfets conviés au ministère son intention de remplacer la circulaire Valls. C’est désormais chose faite.
Julia Pascual,Le Monde
lundi 6 avril 2020
FRANCE: LA RÉGULARISATION DE TOUS LES SANS-PAPIERS, UNE URGENCE HUMANITAIRE ET SANITAIRE
Demandons
la régulation de tous les sans papiers pour des raisons humanitaires
et sanitaires liées à la pandémie du Coronavirus.
Hubert
J-LAFERRIERE, Député LREM de la 2e circonscription du Rhône
✔
@hub_laferriere
« 🚨🗣Régulariser
les sans papiers pour mieux se protéger face à l’épidémie
👉🏻C’est une mesure indispensable tant humanitaire que
sanitaire: c’est permettre un accès aux soins qui les protège
mais aussi qui nous protège tous en limitant encore davantage la
propagation du #COVID19
Dans une tribune commune, une quinzaine de
députés demande au gouvernement de s'inspirer du Portugal, qui a
régularisé ses sans-papiers jusqu'à la fin de l'état d'urgence
pour les protéger du coronavirus. »
La conception restrictive et répressive des libertés publiques par la Macronie et son préfet de police de Paris
Ces déploiements disproportionnés de forces de l'ordre à la moindre manifestation à Paris indiquent à suffisance la conception restrictive et répressive des libertés publiques par la Macronie et son préfet de police réac' de Paris.
Quelle est donc la dangerosité des travailleurs sans papiers et des militants des droits humains qui manifestent pacifiquement à Paris pour rappeler à l'État français qu'il ne saurait plus en 2020 laisser des secteurs entiers de l'économie exploiter illégalement la force de travail des femmes et des hommes qui viennent de survivre à une pandémie internationale dans l'extrême précarité sanitaire et promiscuité sociale????
AUCUNE.
Même l'ONU dont la France est membre du Conseil de sécurité recommande vivement la régularisation de tous ces sans-papiers pour des raisons essentiellement sanitaires et humanitaires.
Il faudra quand même se départir de ce tropisme esclavagiste et colonial que tant d'autres pays européens comme l'Italie, le Portugal ou l'Allemagne surmontent aujourd'hui en régularisant des milliers d'étrangers dans un réalisme économique qui ne saurait être confondu avec une quelconque générosité.
Ça suffit!!!
Ces déploiements disproportionnés de forces de l'ordre à la moindre manifestation à Paris indiquent à suffisance la conception restrictive et répressive des libertés publiques par la Macronie et son préfet de police réac' de Paris.
Quelle est donc la dangerosité des travailleurs sans papiers et des militants des droits humains qui manifestent pacifiquement à Paris pour rappeler à l'État français qu'il ne saurait plus en 2020 laisser des secteurs entiers de l'économie exploiter illégalement la force de travail des femmes et des hommes qui viennent de survivre à une pandémie internationale dans l'extrême précarité sanitaire et promiscuité sociale????
AUCUNE.
Même l'ONU dont la France est membre du Conseil de sécurité recommande vivement la régularisation de tous ces sans-papiers pour des raisons essentiellement sanitaires et humanitaires.
Il faudra quand même se départir de ce tropisme esclavagiste et colonial que tant d'autres pays européens comme l'Italie, le Portugal ou l'Allemagne surmontent aujourd'hui en régularisant des milliers d'étrangers dans un réalisme économique qui ne saurait être confondu avec une quelconque générosité.
Ça suffit!!!
Signez la pétition : régularisation de tous les sans-papiers
LES ASSOCIATIONS KANE AFRIQUE, AMAZONES D'AFRIQUE ET
NOUS PAS BOUGER, MEMBRES DE LA CONVERGENCE AFRICA TÉLÉMA
Contact: contactafricatelema@gmail.com
jeudi 23 juillet 2015
Salut amical à une courageuse "camarade" de lutte ...pour la régularisation des sans-papiers comme elle.
Fatima Benomar. Carte de résistante
Quentin GIRARD
Libération 22 juillet 2015
PORTRAIT
Sans-papiers, un temps SDF et squatteuse, la militante féministe et politique marocaine pourrait être enfin régularisée.
Le grand jour. Ce jeudi, Fatima Benomar devrait
savoir. Elle a rendez-vous à la préfecture où sa régularisation doit
être examinée une énième fois. Elle a un petit espoir : «L’administration m’a débité de l’argent, et cela veut souvent dire que le dossier avance.»
Quand la précarité est un grand fossé dans lequel on risque de verser à
chaque virage, on se rattrape à toutes les branches. La militante
féministe, robe rouge et maquillage soigné, nous reçoit dans son nouveau
chez elle, dans le Xe arrondissement de Paris. Elle s’est installée la veille mais les cartons sont déjà déballés, tout est bien rangé. «C’est un petit miracle. J’ai trouvé quelqu’un qui accepte de me prendre en coloc, sans caution et sans garantie.»
Depuis un an et demi, elle vivait dans un squat «écologiste et féministe», dans le XIVe arrondissement, le Safe. L’aventure risque de s’arrêter. Fin juin, la petite dizaine d’occupants, à parité hommes-femmes, a été condamnée à plusieurs milliers d’euros d’amende pour occupation illégale de cet hôtel jamais terminé, laissé à l’abandon par un propriétaire absent, vivant en Israël. La mairie ne voyait pourtant pas ce squat d’un mauvais œil. «Ce sont des gens responsables. On partage l’objectif de transformer ce bâtiment en logements sociaux», confirme l’adjoint au logement du XIVe, Amine Bouabbas. Il salue en Fatima Benomar une «militante résolue, courageuse, motivée, volontaire». Ils s’étaient déjà croisés à l’Unef. De ce syndicat étudiant au Parti de gauche en passant par Osez le féminisme ! depuis quinze ans, la vie de la jeune femme est rythmée par l’action politique mais aussi par la précarité et le combat pour obtenir des papiers.
Fatima Benomar est née et a grandi au Maroc, à Rabat, dans une famille de la classe moyenne. Son père est professeur de philo, pas très bavard mais ouvert au monde, «pas raciste, ni sexiste, antisémite ou homophobe». Quand sa petite sœur la dénonce lorsqu’elle grignote pendant le ramadan, il lui glisse dans le creux de l’oreille : «Quand j’ai faim, je vais à la cave. Si tu veux, tu peux m’accompagner.» Sa mère est au foyer. «En fait, ils sont cousins, c’était un mariage arrangé, forcé», explique Fatima Benomar. «Même si ma mère ne veut pas se l’avouer, et qu’elle a eu de la chance parce qu’elle est tombée sur l’homme le plus sympa de la famille, leur première nuit, c’était un viol.» De ces années marocaines, elle a gardé le sentiment d’une profonde injustice dans les relations hommes-femmes. Elle a «mal au cœur» en pensant aux femmes voilées. Est dégoûtée quand elle comprend que les petits amis qui les ramenaient le soir bien gentiment chez leurs parents, ses copines et elle, allaient ensuite aux putes. Dans son coin, elle développe une passion pour la France. L’adolescente découvre les films de Renoir, Resnais, Truffaut. Elle lit Racine, Molière. C’est décidé, après son bac en arts plastiques, elle ira faire ses études à Paris. «J’avais complètement fantasmé cette société. Je pensais que tout le monde pouvait citer Corneille dans le texte.» A peine le temps d’arpenter la capitale à la recherche des aventures de la reine Margot d’Alexandre Dumas que le 11 Septembre et son cortège terroriste surviennent. Soudain, elle se trouve renvoyée «en permanence» à sa condition d’étrangère. «En réaction, je me suis mise à défendre violemment l’islam, mes origines. J’étais en grande souffrance identitaire.» Il lui faudra plusieurs années pour être à nouveau en accord avec elle-même. Elle n’est plus croyante : «Les religions sont des marques concurrentes pour vendre la même merde.»
En parallèle à ses études de cinéma, Fatima Benomar s’engage contre le traité constitutionnel, puis contre le CPE. Elle adore les assemblées générales, a l’impression «de devenir une citoyenne». En 2008, l’administration ne lui délivre plus que des récépissés de titre de séjour de trois mois. Elle gagne pourtant sa vie comme monteuse. Elle a un statut d’intermittente, mais ce n’est pas un travail jugé suffisamment stable. En 2011, le couperet tombe. Elle reçoit l’ordre de quitter le territoire. Au Parti de gauche où elle est engagée, les soutiens se multiplient. «Je sais la solidité de ses convictions républicaines et laïques», écrit Jean-Luc Mélenchon dont elle lit, en ce moment, le Hareng de Bismarck.
Après un passage à Osez le féminisme ! elle lance les Effronté-e-s. Mêmes combats mais ambiance moins structurée, plus libre. Dernière action ? Une vidéo virale contre Rémi Gaillard, où, à l’inverse de l’humoriste, ce sont des femmes qui agressent sexuellement des hommes dans la rue. Toujours souriante, passionnée, stakhanoviste du communiqué de presse, cette célibataire parle pendant des heures de la Grèce, de l’austérité dont les premières victimes sont les femmes, de l’égalité, du mal-logement, des combats d’hier et de demain. Fatima Benomar sait que les «féministes ont parfois du mal à convaincre». Elle pense qu’il faut passer par le jeu, le théâtre, les actions directes dans la rue pour infuser dans les pensées. Elle a conscience que le chemin pour vaincre «le monstre patriarcal» est long et semé d’embûches. Ce n’est pas grave, elle en a vu d’autres.
Après la campagne 2012 au sein de l’équipe Mélenchon, elle se retrouve dans une impasse. Sans papiers, elle ne peut plus travailler légalement, et n’a plus les moyens de payer son loyer. Les camarades proposent de l’accueillir à tour de rôle. Elle est gênée. Un soir, elle passe la nuit dans un café. Rebelote, le lendemain. Cela dure six mois. La journée, elle continue de tout mener de front, le militantisme et les petits boulots au noir. Le soir, elle erre dans les rues, s’endort dans les bus nocturnes, attend les premiers métros pour s’y précipiter. Elle ne dit rien à ses parents. Elle se souvient : «Au bout de quelques semaines, alors que je suis endormie dans le métro, quelqu’un pose un sac de bananes à côté de moi. Je me suis dit : "C’est bizarre. Pourtant, je ne ressemble pas à une SDF". Je me suis regardée dans un miroir et j’ai vu ma dégradation physique. J’ai fondu en larmes.» Elle découvre l’existence de Jeudi Noir, collectif spécialiste dans l’occupation de logements vides. Il lui propose une place dans un squat, rue de Valenciennes. Elle y reste un an avant de fonder le Safe. «Elle était super, raconte Julien Bayou, l’un des fondateurs et conseiller général Europe Ecologie. Elle est ultraféministe et militante, elle n’arrête jamais.» Un peu trop même, selon une autre proche : «Elle est obnubilée par le travail, par l’activisme. La sociabilité militante, ça passe aussi par le fait de sortir le soir avec les autres.» Après deux ans de squat, pour le moment, Fatima Benomar est heureuse d’avoir «un toit et quatre murs». Se poser, un peu. Penser, aussi, à soi. Si elle est régularisée, elle aimerait, à terme, devenir française.
1983 Naissance à Rabat (Maroc)
2001 Part étudier à Paris
2011 Devient une sans-papiers
2012 S’engage bénévolement pour la campagne de Jean-Luc Mélenchon
Juin 2012 Fonde les Effronté-e-s
Janvier 2014 Lance le Safe, squat féministe et solidaire
Source: Quentin GIRARD, Libération
Depuis un an et demi, elle vivait dans un squat «écologiste et féministe», dans le XIVe arrondissement, le Safe. L’aventure risque de s’arrêter. Fin juin, la petite dizaine d’occupants, à parité hommes-femmes, a été condamnée à plusieurs milliers d’euros d’amende pour occupation illégale de cet hôtel jamais terminé, laissé à l’abandon par un propriétaire absent, vivant en Israël. La mairie ne voyait pourtant pas ce squat d’un mauvais œil. «Ce sont des gens responsables. On partage l’objectif de transformer ce bâtiment en logements sociaux», confirme l’adjoint au logement du XIVe, Amine Bouabbas. Il salue en Fatima Benomar une «militante résolue, courageuse, motivée, volontaire». Ils s’étaient déjà croisés à l’Unef. De ce syndicat étudiant au Parti de gauche en passant par Osez le féminisme ! depuis quinze ans, la vie de la jeune femme est rythmée par l’action politique mais aussi par la précarité et le combat pour obtenir des papiers.
Fatima Benomar est née et a grandi au Maroc, à Rabat, dans une famille de la classe moyenne. Son père est professeur de philo, pas très bavard mais ouvert au monde, «pas raciste, ni sexiste, antisémite ou homophobe». Quand sa petite sœur la dénonce lorsqu’elle grignote pendant le ramadan, il lui glisse dans le creux de l’oreille : «Quand j’ai faim, je vais à la cave. Si tu veux, tu peux m’accompagner.» Sa mère est au foyer. «En fait, ils sont cousins, c’était un mariage arrangé, forcé», explique Fatima Benomar. «Même si ma mère ne veut pas se l’avouer, et qu’elle a eu de la chance parce qu’elle est tombée sur l’homme le plus sympa de la famille, leur première nuit, c’était un viol.» De ces années marocaines, elle a gardé le sentiment d’une profonde injustice dans les relations hommes-femmes. Elle a «mal au cœur» en pensant aux femmes voilées. Est dégoûtée quand elle comprend que les petits amis qui les ramenaient le soir bien gentiment chez leurs parents, ses copines et elle, allaient ensuite aux putes. Dans son coin, elle développe une passion pour la France. L’adolescente découvre les films de Renoir, Resnais, Truffaut. Elle lit Racine, Molière. C’est décidé, après son bac en arts plastiques, elle ira faire ses études à Paris. «J’avais complètement fantasmé cette société. Je pensais que tout le monde pouvait citer Corneille dans le texte.» A peine le temps d’arpenter la capitale à la recherche des aventures de la reine Margot d’Alexandre Dumas que le 11 Septembre et son cortège terroriste surviennent. Soudain, elle se trouve renvoyée «en permanence» à sa condition d’étrangère. «En réaction, je me suis mise à défendre violemment l’islam, mes origines. J’étais en grande souffrance identitaire.» Il lui faudra plusieurs années pour être à nouveau en accord avec elle-même. Elle n’est plus croyante : «Les religions sont des marques concurrentes pour vendre la même merde.»
En parallèle à ses études de cinéma, Fatima Benomar s’engage contre le traité constitutionnel, puis contre le CPE. Elle adore les assemblées générales, a l’impression «de devenir une citoyenne». En 2008, l’administration ne lui délivre plus que des récépissés de titre de séjour de trois mois. Elle gagne pourtant sa vie comme monteuse. Elle a un statut d’intermittente, mais ce n’est pas un travail jugé suffisamment stable. En 2011, le couperet tombe. Elle reçoit l’ordre de quitter le territoire. Au Parti de gauche où elle est engagée, les soutiens se multiplient. «Je sais la solidité de ses convictions républicaines et laïques», écrit Jean-Luc Mélenchon dont elle lit, en ce moment, le Hareng de Bismarck.
Après un passage à Osez le féminisme ! elle lance les Effronté-e-s. Mêmes combats mais ambiance moins structurée, plus libre. Dernière action ? Une vidéo virale contre Rémi Gaillard, où, à l’inverse de l’humoriste, ce sont des femmes qui agressent sexuellement des hommes dans la rue. Toujours souriante, passionnée, stakhanoviste du communiqué de presse, cette célibataire parle pendant des heures de la Grèce, de l’austérité dont les premières victimes sont les femmes, de l’égalité, du mal-logement, des combats d’hier et de demain. Fatima Benomar sait que les «féministes ont parfois du mal à convaincre». Elle pense qu’il faut passer par le jeu, le théâtre, les actions directes dans la rue pour infuser dans les pensées. Elle a conscience que le chemin pour vaincre «le monstre patriarcal» est long et semé d’embûches. Ce n’est pas grave, elle en a vu d’autres.
Après la campagne 2012 au sein de l’équipe Mélenchon, elle se retrouve dans une impasse. Sans papiers, elle ne peut plus travailler légalement, et n’a plus les moyens de payer son loyer. Les camarades proposent de l’accueillir à tour de rôle. Elle est gênée. Un soir, elle passe la nuit dans un café. Rebelote, le lendemain. Cela dure six mois. La journée, elle continue de tout mener de front, le militantisme et les petits boulots au noir. Le soir, elle erre dans les rues, s’endort dans les bus nocturnes, attend les premiers métros pour s’y précipiter. Elle ne dit rien à ses parents. Elle se souvient : «Au bout de quelques semaines, alors que je suis endormie dans le métro, quelqu’un pose un sac de bananes à côté de moi. Je me suis dit : "C’est bizarre. Pourtant, je ne ressemble pas à une SDF". Je me suis regardée dans un miroir et j’ai vu ma dégradation physique. J’ai fondu en larmes.» Elle découvre l’existence de Jeudi Noir, collectif spécialiste dans l’occupation de logements vides. Il lui propose une place dans un squat, rue de Valenciennes. Elle y reste un an avant de fonder le Safe. «Elle était super, raconte Julien Bayou, l’un des fondateurs et conseiller général Europe Ecologie. Elle est ultraféministe et militante, elle n’arrête jamais.» Un peu trop même, selon une autre proche : «Elle est obnubilée par le travail, par l’activisme. La sociabilité militante, ça passe aussi par le fait de sortir le soir avec les autres.» Après deux ans de squat, pour le moment, Fatima Benomar est heureuse d’avoir «un toit et quatre murs». Se poser, un peu. Penser, aussi, à soi. Si elle est régularisée, elle aimerait, à terme, devenir française.
1983 Naissance à Rabat (Maroc)
2001 Part étudier à Paris
2011 Devient une sans-papiers
2012 S’engage bénévolement pour la campagne de Jean-Luc Mélenchon
Juin 2012 Fonde les Effronté-e-s
Janvier 2014 Lance le Safe, squat féministe et solidaire
Source: Quentin GIRARD, Libération
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