mardi 9 avril 2019

Les ressortissants de Guinée sont les deuxièmes demandeurs d’asile en France

En 2018, ils étaient aussi la première nationalité parmi les mineurs non accompagnés, selon les chiffres de la douane. 

Par Julia Pascual, Le Monde
Un migrant guinéen de 16 ans, lors d’une distribution de repas du collectif Les Midis du MIE dans le 20e arrondissement de Paris, le 5 avril.
Un migrant guinéen de 16 ans, lors d’une distribution de repas du collectif Les Midis du MIE dans le 20e arrondissement de Paris, le 5 avril. CAMILLE MILLERAND / DIVERGENCE POUR "LE MONDE"
En 2015, ils n’étaient même pas dans le top dix des nationalités arrivant en Europe par la route migratoire. Aujourd’hui, les ressortissants de Guinée sont parmi les premiers contingents à entrer sur le continent par la Méditerranée occidentale et centrale.

En 2018, les citoyens de cet Etat d’Afrique de l’Ouest, ancienne colonie française, se sont même hissés au deuxième rang de la demande d’asile en France, derrière l’Afghanistan, avec 8 433 demandes de protection. Les Guinéens représentent aussi la première nationalité parmi les mineurs non accompagnés, soit près du tiers d’entre eux, avec 5 227 mesures de protection en 2018.

En France, cette communauté pèse encore peu, avec 45 000 ressortissants détenteurs de titres de séjour. Mais c’est désormais « la première nationalité détectée aux frontières terrestres », rapporte la commissaire Audrey Roux, chef du pôle national d’analyse migratoire à la direction centrale de la police aux frontières.

Le ministère de l’intérieur considère qu’il s’agit là d’une migration essentiellement économique alors que les deux tiers des 12,5 millions de Guinéens vivent dans la pauvreté. La pandémie d’Ebola, qui a sévi entre 2013 et 2016, a affaibli considérablement l’économie du pays. Les jeunes de moins de 25 ans, qui représentent plus de 60 % de la population, sont particulièrement touchés par le chômage.

Séquelles de longues années de régime autoritaire

Sur la base de l’augmentation constante de la demande d’asile guinéenne depuis 2014, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) ainsi que la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) ont mené une mission conjointe dans le pays, fin 2017. Le rapport dresse à grands traits le portrait d’une société qui « souffre des séquelles de longues années d’un régime autoritaire », sous la férule de deux dirigeants qui se sont succédé depuis l’indépendance en 1958 et jusqu’en 2008.
Distribution de produits de première nécessité.
Distribution de produits de première nécessité. CAMILLE MILLERAND / DIVERGENCE POUR "LE MONDE"
Même si le rapport considère que « les partis politiques fonctionnent librement » sous la présidence d’Alpha Condé, élu en 2010, il fait état d’une « presse libre balbutiante », de « violences quotidiennes », de « l’enrichissement des élites » et de l’« impunité généralisée ». Il évoque en outre une police peu formée, un système carcéral délabré et surpeuplé, une justice faible et contournée par une gestion communautaire des conflits.

Le rapport évoque aussi la « faillite du système éducatif », la maltraitance des enfants, la pénalisation de l’homosexualité, la prévalence des mariages arrangés et précoces, ainsi que de l’excision. Autant de paramètres qui contribuent à expliquer une demande d’asile fondée à la fois sur des motifs politiques de la part de militants de l’opposition et d’origine peule, mais aussi familiaux et sociétaux. Le taux de protection des demandeurs d’asile guinéens s’élevait à environ 30 % en 2017.

« 70 % des jeunes fuient des violences »

L’ambassadeur de Guinée en France, Amara Camara, considère toutefois qu’il n’y a pas de motif politique à cet essor migratoire. Il juge même que le phénomène, est artificiellement gonflé : « Un stock de passeports non biométriques aurait disparu et ça a coïncidé avec une explosion de Guinéens passant par le Maroc », explique-t-il. Le royaume a d’ailleurs mis en place une autorisation préalable de voyage pour les ressortissants de Guinée en 2018. De même, l’ambassadeur estime que de « 40 % à 50 % des passeports biométriques guinéens émis depuis 2014 sont détenus par des non-Guinéens », du fait de fraudes.

Alors que les jeunes Guinéens forment l’essentiel des arrivées sur le continent européen, M. Camara y décèle l’effet d’entraînement des réseaux sociaux. « Ils pensent qu’en arrivant ici, ils vont avoir la belle vie, assure-t-il. Ce sont des garçons issus de zones rurales, sans diplôme, qui cherchent à satisfaire les besoins de leur famille. » Les flux financiers envoyés au pays par la diaspora à travers le monde sont évalués à 450 millions d’euros par an.

« Ces migrations ne sont pas uniquement liées à la recherche d’un avenir meilleur, tempère Serge Durand, chargé de la protection des mineurs isolés étrangers à France Terre d’asile. 70 % des jeunes fuient des violences et notamment des violences domestiques. »

Reconnaissance de la minorité d’âge

Moussa (le prénom a été modifié) a quitté la Guinée en février 2018. Il avait 16 ans. Il raconte que lorsque son père a choisi une seconde épouse, il s’est séparé de sa mère, repartie vivre dans son village d’origine. Moussa est alors pris en charge par son oncle, à Conakry, la capitale du pays. Il décrit les mauvais traitements que celui-ci lui inflige, sa scolarité entravée par sa tante qui lui assigne des corvées domestiques. Un voisin lui propose de « sortir à l’aventure ». L’adolescent se laisse convaincre. « J’avais peur d’être comme mon père et de ne pas pouvoir fonder de famille, confie-t-il. La Guinée, c’est le deuxième pays le plus corrompu d’Afrique. Si personne ne te pousse [pistonne], tu ne peux pas travailler. »
Dans le 20e arrondissement de Paris, le 5 avril.
Dans le 20e arrondissement de Paris, le 5 avril. CAMILLE MILLERAND / DIVERGENCE POUR "LE MONDE"

Une fois que Moussa est arrivé en France, l’aide sociale à l’enfance n’a pas reconnu sa minorité et lui a donc refusé la protection prévue pour les mineurs isolés. Sans attache, l’adolescent a dormi trois semaines dans le métro parisien avant d’être aidé par le collectif Les midis du MIE, qui mobilise des réseaux de citoyens sur Paris pour loger des mineurs. En décembre, Moussa a saisi le juge des enfants pour contester la non-reconnaissance de sa minorité par le département. L’expertise de ses documents d’identité est en cours. Aujourd’hui scolarisé en classe de 2de, il attend, inquiet.

« Rester des mois à la rue, sans accéder aux soins »

La problématique des documents d’identité est particulièrement prégnante pour les Guinéens. Les autorités françaises considèrent qu’il existe dans ce pays, autour des actes de naissance et des jugements supplétifs, une fraude généralisée. « L’état civil est en ruine, tout s’achète et tout se vend », résume un cadre du ministère de l’intérieur. « A cause de cette suspicion, on a beaucoup de mal à obtenir une prise en charge individualisée des jeunes Guinéens, regrette, pour sa part, Priscillia de Corson, de Médecins sans frontières. Certains vont rester des mois à la rue, notamment sans accéder aux soins alors que beaucoup sont passés par la Libye. »
Le taux de protection des demandeurs d’asile guinéens s’élevait à environ 30 % en 2017.
Le taux de protection des demandeurs d’asile guinéens s’élevait à environ 30 % en 2017. CAMILLE MILLERAND / DIVERGENCE POUR "LE MONDE"
De son côté, le ministère de l’intérieur explique être à l’initiative pour « construire un projet de coopération » entre l’Union européenne et la Guinée, pour œuvrer à la numérisation d’un état civil biométrique, lutter contre la fraude documentaire et les réseaux de passeurs. Il compte pour cela s’appuyer sur le Fonds fiduciaire d’urgence pour l’Afrique, auquel la Guinée est éligible depuis 2017.

Le travail diplomatique entre Paris et Conakry a aussi permis d’augmenter le nombre d’expulsions de Guinéens en situation irrégulière. « Désormais, la Guinée accorde plus de 75 % des laissez-passer consulaires sollicités », indique la Place Beauvau. Le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, a prévu de se rendre prochainement dans le pays pour souligner cette bonne entente.

Julia Pascual, Le Monde

JMTV+, Littirrature: « DANS LA PEAU de L’IMMIGRÉ »



Tout commença au début des années 90, quand le sperme fit éruption dans le canal du cannibale, sous une pluie torrentielle arrachant les toits des maisons et provoquant une coupure d’électricité sur tout le territoire terrestre. Ainsi vint au monde un garçon, dans un pays appelé Cameroun. 

L’histoire fit de lui une victime, mais le garçon se révolta contre le sort lancé par sa grand-mère qui le désigna comme vagabond. C’est alors qu’il erra dans toutes les villes de son pays d’origine, dans presque tous les pays d’Afrique subsaharienne et magrébine, dans le seul but d’atteindre son idéal. 

Pour se faire, il se vit obligé d’affronter les pires épreuves de la vie : des cannibales, des sectes terroristes, tels que BokoHaram, des nuits blanches accompagnées par de profonds comas dans le désert du Sahara, les passeurs, les violences des militaires, la barrière la plus redoutable du monde, celle qui sépare l’Afrique à l’Europe.des plus puissants de la planète terre. 

Que nous réserve-t-il dans le futur?


lundi 1 avril 2019

L’immigration, un sujet d’inquiétude parmi d’autres pour les Européens

La question migratoire reste sensible mais ne constitue pas l’obsession dont pourraient se nourrir les formations d’extrême droite, d’après une vaste enquête pour le compte de l’ECFR.

Par Philippe Ricard , Le Monde.fr, 01 avril 2019

Dans un gymnase occupé par des migrants à Saint-Herblain, près de Nantes, le 28 mars.
Dans un gymnase occupé par des migrants à Saint-Herblain, près de Nantes, le 28 mars. LOIC VENANCE / AFP
La campagne pour les élections européennes, prévues du 23 au 26 mai, en est encore à ses balbutiements. A moins de soixante jours du scrutin, une question lancinante continue de se poser, sinon dans l’électorat, du moins dans les états-majors des partis en lice : quel sera le grand sujet susceptible de dominer les débats ? Quatre ans après la crise de 2015, au fil de la montée en puissance des forces d’extrême droite sur le continent, les questions migratoires ont longtemps été promises au premier rôle.

Il est possible qu’il en soit autrement, à en croire une vaste enquête d’opinion conduite par l’institut de sondage britannique YouGov pour le compte du think tank European Council on Foreign Relations (ECFR, Conseil européen pour les relations internationales). Ses résultats sont publiés dans les six journaux du réseau Europa, dont Le Monde.

D’après cette étude, menée du 23 janvier au 25 février auprès de plus de 45 000 personnes dans quatorze pays de l’Union européenne (UE), la question migratoire est certes l’une des préoccupations exprimées par les sondés, mais elle n’est ni la seule ni souvent la plus importante. Elle n’est perçue comme la principale « menace » pesant sur l’Europe que par 14 % des personnes interrogées, au même niveau que la crise économique ou les risques de guerres commerciales.

« Viktor Orban, Matteo Salvini et Steve Bannon veulent faire de l’élection un référendum contre l’immigration. Ils n’y parviendront pas », estime Mark Leonard, directeur de l’ECFR. « Les enjeux politiques de 2019 sont radicalement différents de ceux de 2015. La campagne pour une Europe forteresse ne sera pas gagnante », veut-il croire. Les arrivées ont en effet beaucoup baissé depuis quatre ans, en raison, entre autres, de différentes mesures prises par les gouvernements européens pour mieux contrôler les frontières extérieures du continent.

D’autres problématiques prennent souvent le dessus

Dans l’ensemble, l’immigration demeure, à ce jour, citée par 23 % des personnes interrogées parmi « les deux questions les plus importantes » auxquelles seraient confrontés les pays de l’étude, légèrement devant le chômage, mentionné par 20 % des électeurs. Mais, pays par pays, le thème migratoire ne figure que rarement dans les principaux sujets. D’autres problématiques prennent souvent le dessus, comme le coût de la vie en France (36 %), le chômage en Italie et en Espagne, ou la santé en Pologne et en Hongrie. La question migratoire n’est en tête que dans les Etats qui se trouvaient en première ligne il y a quatre ans – l’Allemagne, la Suède et l’Autriche – lors de l’arrivée massive de demandeurs d’asile en provenance des régions en guerre, à commencer par la Syrie.

Au contraire, dans bon nombre d’États, en particulier en Europe centrale mais aussi en Europe du Sud, les personnes sondées sont davantage préoccupées par l’émigration que par l’immigration, c’est-à-dire par l’exode de leurs concitoyens plus que par l’arrivée de migrants. Cette opinion est particulièrement forte en Hongrie et Roumanie, dont la population a significativement baissé au cours de la dernière décennie. Elle est également fréquente en Italie et en Espagne. A peine trois décennies après la chute du « rideau de fer », une forte proportion d’électeurs des pays d’Europe centrale – tout comme en Grèce – considère même que leur gouvernement devrait limiter, voire rendre illégaux, les longs séjours à l’étranger.

Infographie Le Monde
Par ailleurs, une majorité de sondés n’ont pas d’avis tranché quand il s’agit d’évaluer l’impact du phénomène migratoire sur leur situation personnelle, qu’il s’agisse de leur emploi, de leur salaire ou de l’identité nationale, même si près d’un sondé sur trois juge que l’immigration a un impact « plutôt négatif » ou « très négatif » sur la sécurité dans leur pays.

Parmi les autres menaces pour l’Europe citées dans le sondage, émerge notamment celle du retour au nationalisme, constaté un peu partout sur le continent et perçu comme la menace la plus importante par 11 % du panel. Seuls les Hongrois interrogés considèrent l’immigration comme la principale menace pour l’Europe.

Islamisme radical

Ces constats sont cependant à nuancer. D’abord car les sondés sont 72 % au total à considérer que les Européens devraient « défendre plus efficacement » leurs frontières pour empêcher les entrées illégales, une promesse peu ou prou au programme de toutes les formations en prélude à la campagne.

52 % des interrogés sont d’avis que l’Europe ne devrait accueillir que les seuls réfugiés, tout en les répartissant davantage d’un pays à l’autre. Une forme de solidarité que les capitales de l’UE ont été incapables de mettre en œuvre, au point de creuser le fossé entre Est et Ouest. Une large minorité (38 % du panel) considère aussi que l’Europe devrait bloquer toutes les formes de migration, légale ou pas.

Autre motif de prudence : dans tous les pays couverts par l’étude, le principal danger qui menacerait l’Europe se trouve être « l’islamisme radical » – identifié comme tel par 22 % du panel. Cette préoccupation, si elle n’est pas directement liée à la migration, risque d’inciter certaines formations islamophobes à poursuivre leur stratégie d’amalgame entre les deux phénomènes.


Philippe Ricard

mercredi 13 mars 2019

Demandeurs d’asile : «Pourquoi un tel déni de la souffrance psychique?»



 

lundi 4 mars 2019

Un rapport de l'ONU met en lumière les «horreurs inimaginables» des migrants et réfugiés en Libye et au-delà

UNICEF/UN052822/Romenzi
Un migrant est assis près d'une source de lumière entrant par l'une des deux seules fenêtres alors qu'il tente de se réchauffer dans un centre de détention situé en Libye, le 1er février 2017. Lors de la visite de l'UNICEF, 160 hommes y étaient détenus



Source: ONU Info 20 décembre 2018
Les migrants et les réfugiés sont soumis à des «horreurs inimaginables» dès leur arrivée en Libye, tout au long de leur séjour dans le pays et - s'ils parviennent à ce résultat - lors de leurs tentatives de traverser la Méditerranée, selon un rapport publié jeudi, par la mission politique des Nations Unies en Libye (MANUL) et le Bureau des droits de l'homme des Nations Unies (HCDH).

«Il y a un échec local et international à gérer cette calamité humaine cachée qui continue de se produire en Libye», a déclaré Ghassan Salamé, qui dirige la MINUS.
Assassinats illégaux, détention arbitraire et tortures, viols collectifs, esclavage et traite des êtres humains, le rapport couvre une période de 20 mois jusqu'en août 2018 et détaille une terrible litanie de violations et d'exactions commises par divers agents de l'État, armés contrebandiers et trafiquants contre les migrants et les réfugiés.

Les conclusions reposent sur 1 300 témoignages de première main recueillis par le personnel des droits de l'homme des Nations Unies en Libye, ainsi que sur des migrants qui sont rentrés au Nigéria ou ont réussi à atteindre l'Italie, retraçant tout le parcours des migrants et des réfugiés de la frontière sud de la Libye, à travers le désert jusqu’à la côte nord.

Le climat d'anarchie en Libye fournit un terrain fertile pour les activités illicites, laissant les migrants et les réfugiés «à la merci d'innombrables prédateurs qui les considèrent comme des marchandises à exploiter et à extorquer», indique le rapport, notant que «l'écrasante majorité des femmes et des adolescentes »ont déclaré avoir été« violées par des passeurs ou des trafiquants ».

Trafic d’êtres humains

De nombreuses personnes sont vendues par un groupe criminel à un autre et détenues dans des centres non officiels et illégaux gérés directement par des groupes armés ou des gangs criminels.
 «D'innombrables migrants et réfugiés ont perdu la vie en captivité tués par des passeurs, après avoir été abattus, torturés à mort ou tout simplement avoir été laissés mourir de faim ou de négligence médicale», indique le rapport.
«Dans toute la Libye, des corps non identifiés de migrants et de réfugiés portant des blessures par balle, des marques de torture et des brûlures sont fréquemment découverts dans des poubelles, des lits de rivière asséchés, des fermes et le désert.»
D'innombrables migrants et réfugiés ont perdu la vie en captivité tués par des passeurs - Rapport MANUL-HCDH
Ceux qui réussissent à survivre aux abus et à l'exploitation, et à tenter la traversée périlleuse de la Méditerranée, sont de plus en plus interceptés - ou «sauvés» comme certains le prétendent - par les garde-côtes libyens. Depuis le début de 2017, les quelque 29 000 migrants renvoyés en Libye par les garde-côtes ont été placés dans des centres de détention où des milliers de personnes restent indéfiniment et arbitrairement, sans procédure régulière ni accès à un avocat ou à des services consulaires.

Des membres du personnel de l'ONU se sont rendus dans 11 centres de détention où sont détenus des milliers de migrants et de réfugiés. Ils ont constaté des cas de torture, de mauvais traitements, de travaux forcés et de viols commis par les gardes. Les migrants retenus dans les centres sont systématiquement soumis à la famine et à des passages à tabac sévères, brûlés avec des objets chauds en métal, électrocutés et soumis à d’autres formes de mauvais traitements dans le but d’extorquer de l’argent à leurs familles par le biais d’un système complexe de transferts d’argent.

Surpeuplement des centres de détention

Les centres de détention se caractérisent par un surpeuplement important, un manque de ventilation et d'éclairage, et des installations de lavage et des latrines insuffisantes. Outre les exactions et les actes de violence perpétrés contre les personnes détenues, beaucoup d'entre elles souffrent de malnutrition, d'infections cutanées, de diarrhée aiguë, d'infections du tractus respiratoire et d’autres affections, ainsi que de traitements médicaux inadéquats. Les enfants sont détenus avec des adultes dans les mêmes conditions sordides.

Le rapport signale l'apparente «complicité de certains acteurs étatiques, notamment de responsables locaux, de membres de groupes armés officiellement intégrés aux institutions de l'État et de représentants des ministères de l'Intérieur et de la Défense, dans le trafic illicite ou le trafic de migrants et de réfugiés».
 Combattre l'impunité généralisée (...) mettrait fin aux souffrances de dizaines de milliers de femmes, d'hommes et d'enfants migrants et réfugiés - Michelle Bachelet
Nils Melzer, expert indépendant des droits de l'homme des Nations Unies sur la torture, estime que, compte tenu des risques de violations des droits de l'homme dans le pays, les transferts et les retours en Libye peuvent être considérés comme une violation du principe juridique international du «non-refoulement», qui protège les demandeurs d'asile et les migrants contre le retour dans des pays où ils ont des raisons de craindre la violence ou la persécution.

«La situation est abominablement terrible», a déclaré jeudi Michelle Bachelet, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme. «Combattre l'impunité généralisée non seulement mettrait fin aux souffrances de dizaines de milliers de femmes, d'hommes et d'enfants migrants et réfugiés, à la recherche d'une vie meilleure, mais saperait également l'économie parallèle et illégale fondée sur les atteintes à ces personnes et contribuerait à l'instauration de l'état de droit et des institutions nationales».

Le rapport appelle les États européens à reconsidérer les coûts humains de leurs politiques et à veiller à ce que leur coopération et leur assistance aux autorités libyennes soient respectueuses des droits de l'homme et conformes au droit international des droits de l'homme et du droit des réfugiés, de manière à ne pas, directement ou indirectement, aboutir à ce que des hommes, des femmes et des enfants soient enfermés dans des situations de violence avec peu d’espoir de protection et de recours.

mardi 26 février 2019

Non, un « migrant fraîchement débarqué » n’est pas mieux traité qu’un Français modeste

Selon Marine Le Pen, ils toucheraient plus qu’un retraité, seraient logés et soignés… Des affirmations maintes fois répétées et toujours aussi fausses. 

Par Mathilde Damgé, Le Monde.fr

Marine Le Pen était dans le Nord, dimanche 24 février, pour présenter Jordan Bardella, tête de liste du Rassemblement national (RN) pour les élections européennes. Lors de son discours, la présidente du parti d’extrême droite a présenté la situation des migrants comme enviable par rapport à celle des Français modestes, notamment retraités. Des approximations devenues un grand classique du discours frontiste.

Ce qu’elle a dit :

Dénonçant « toutes ces micro-injustices » sur lesquelles « la révolte des “gilets jaunes” a braqué enfin la lumière des projecteurs », la responsable du RN a fait mine de s’interroger:

« Est-ce qu’il est normal qu’un migrant fraîchement débarqué puisse toucher davantage qu’un retraité modeste qui a travaillé et cotisé et toute sa vie ? Est-il normal qu’il ait accès à un logement et ait un revenu social immédiat ou des soins totalement gratuits lorsque nos compatriotes dans la difficulté sont sans emploi, sans toit, ou renoncent à des soins par manque de moyens ? » 

Des affirmations souvent répétées par Marine Le Pen… mais toujours fausses.

Vidéo intégrée 
 
1. Non, les migrants ne touchent pas davantage que les retraités

L’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA ou minimum vieillesse) est versée à ceux, âgés de plus de 65 ans, qui perçoivent des revenus inférieurs à 868 euros mensuels, pour une personne seule, ou 1 347 euros pour un couple. Le montant de l’ASPA s’ajoute aux ressources personnelles : il comble la différence entre les revenus et, si ces derniers y sont inférieurs, les plafonds de 868 et 1 347 euros (autrement dit, un retraité seul avec un revenu de 500 euros, par exemple, percevra une ASPA de 368 euros). Il n’est pas nécessaire d’avoir travaillé et cotisé pour percevoir cette allocation. En clair, aucune personne âgée de plus de 65 ans ne peut percevoir moins que ces montants.

En revanche, son versement n’est pas automatique, il faut en faire la demande. C’est ce qu’a rappelé le président de la République, samedi 23 février au Salon de l’agriculture, à un retraité qui l’interpellait sur ses faibles revenus.

Un étranger peut percevoir l’ASPA s’il réside sur le territoire français depuis au moins dix ans, de façon légale. Un cas assez peu probable quand on est « fraîchement débarqué ». En dessous de 65 ans, un migrant, s’il est en situation irrégulière ou qu’il n’a pas d’attestation de demandeur d’asile (valable un mois puis à renouveler), n’a droit à rien.

Un demandeur d’asile peut bénéficier, pendant la période d’instruction de son dossier, de l’allocation au demandeur d’asile (ADA), soit 6,80 euros par jour, à quoi peuvent s’ajouter 7,40 euros si aucune place d’hébergement n’a été proposée. Soit un total maximal de 440 euros pour un mois de trente et un jours.

2. Non, un migrant n’a pas accès automatiquement à un logement

D’abord, Marine Le Pen occulte les différents dispositifs d’hébergement d’urgence, de transition, et de réinsertion dont les Français peuvent bénéficier. Ensuite, les migrants en situation irrégulière ou en cours de régularisation n’ont pas accès aux logements sociaux. Les réfugiés, quant à eux, ne peuvent y avoir accès qu’à la marge, dans des zones qui disposent de logements vacants, comme l’explique le ministère de l’intérieur sur son site.

Un peu plus d’une personne sans domicile sur deux (53 %) est de nationalité étrangère, selon les chiffres de l’Insee en 2012. Une surreprésentation flagrante quand on sait que les étrangers représentent environ 6 % de la population.

3. Non, un migrant n’a pas accès à un revenu social immédiat

Comme expliqué plus haut, un migrant disposant d’une attestation de demandeur d’asile touche entre 6,80 euros et 14,20 euros d’allocation par jour. Par ailleurs, les demandeurs d’asile ne sont pas éligibles au revenu de solidarité active (RSA, environ 550 euros par mois) car il faut disposer d’un titre de séjour autorisant à travailler depuis plus de cinq ans (pour les étrangers non communautaires).
Quant aux allocations familiales, considérées comme un « gagne-pain » par les partisans d’un durcissement des politiques migratoires, les demandeurs d’asile n’y ont pas droit non plus, pas plus qu’aux aides au logement. Il y a des exceptions, notamment pour les apatrides ou les mères isolées. Mais globalement, la part des étrangers non communautaires dans les bénéficiaires du RMI, puis du RSA, n’a pas varié, oscillant autour de 13 % des allocataires.

4. Non, un migrant n’a pas accès à des soins totalement gratuits

Là encore, c’est une antienne de l’extrême droite, certains allant jusqu’à affirmer – à tort – que les personnes en situation irrégulière peuvent bénéficier de cures thermales gratuites. Pourtant, les droits des migrants en la matière sont limités.
Tant que le demandeur d’asile n’est pas reconnu comme tel, il ne peut être pris en charge que pour une urgence, et uniquement dans les hôpitaux où des permanences d’accès aux soins de santé (PASS) ont été mises en place. Il existe en outre un dispositif accessible à partir du moment où la demande est acceptée : c’est l’aide médicale d’Etat (AME), soumise à conditions de ressources et de résidence stable en France (seuls les mineurs peuvent en bénéficier sans condition). Elle ne donne droit qu’à un panier restreint de soins et n’est pas accessible à des membres de la famille résidant à l’étranger.

Une fois sa demande d’asile enregistrée, il peut bénéficier (en cotisant s’il travaille) de la protection universelle maladie (PUMa) : frais médicaux et hospitaliers sont alors pris en charge intégralement… en théorie. Dans la réalité, tous les praticiens n’acceptent pas les patients sous ce régime.



 

mercredi 20 février 2019

France: gare à dépeindre tout un peuple, notamment l'ensemble de ses couches populaires, en antisémites et racistes. C'est inexact.

 
 L'antisémitisme, le racisme, la xénophobie, et même l'homophobie sont des fléaux persistants dans les différentes classes sociales françaises. 

Ils doivent être dénoncés puis combattus avec la même fermeté sans la moindre indulgence, en veillant de ne pas donner ou laisser l'impression (vraie ou fausse) d'une instrumentalisation politique sur fond de mémoire sélective et d'acharnement opportun contre un mouvement de revendication sociale que certains veulent acculer à la "faute" impardonnable en le dépeignant comme entièrement antisémite et raciste.

C'est faux et archi-faux

Les Français dans leur ensemble ne sont pas plus antisémites, racistes, xénophobes, ou homophobes que d'autres peuples du monde....

L'indignation et la condamnation de ces fléaux doivent simplement être d'égale intensité et fermeté, quels que soient les victimes, les auteurs, les milieux, et même les communautés d'intérêts.

JDE








Antisémitisme, racisme, propos haineux... la législation en vigueur en France

media 
Le 19 février 2019, environ 80 tombes du cimetière juif de la ville alsacienne de Quatzenheim, au nord-ouest de Strasbourg (Est), sont découvertes profanées.REUTERS/Vincent Kessler
 
Des mesures concrètes pour lutter contre l'antisémitisme. C'est ce que vont demander ce mercredi soir des représentants de la communauté juive à Emmanuel Macron, lors du dîner du Crif, le Conseil représentatif des institutions juives, où le président sera présent. Mardi soir, des milliers de personnes se sont rassemblés à Paris et dans toute la France pour dénoncer les actes antisémites. Ils sont en recrudescence ces derniers jours, cimetière juif profané dans l'est de la France, tags sur un portrait de Simone Veil… Retour sur la législation en France concernant les actes antisémites.
La loi est très claire et elle est très stricte. Et même si l'antisémitisme se distingue du racisme, la loi ne fait pas la différence entre ces deux termes juridiquement donc, il s'agit d'une seule et même infraction.
Quand une personne tient un propos ou commet un acte à caractère raciste, le Code pénal précise que ces faits sont passibles d'un an d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende. Cette peine a d'ailleurs été durcie il y a deux ans.

Tous ces faits se sont déroulés dans la rue, donc en public, mais les sanctions prescrites par le Code pénal s'appliquent aussi lorsque des injures sont tenues sur internet et on en voit de plus en plus qui pullulent avec les réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter.

Il faut le rappeler, tous les propos tenus sur internet sont publics. Donc si certains tweetent ou publient sur Facebook des messages à caractère raciste ou antisémite, ils tombent aussi sous le coup de la loi. La loi qui impose d'ailleurs aux sites internet la mise en place de systèmes de contrôles pour lutter contre ces infractions.

Le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé mardi qu'il souhaitait légiférer, si possible avant l'été, pour endiguer le « foisonnement des paroles haineuses, antisémites ou racistes, sur les réseaux sociaux ».

Le député Les Républicains, Eric Ciotti, a de son côté déposé ce mercredi une proposition de loi pour mieux lutter contre l'explosion des actes antisémites.

(Ré) écouter : Quelles mesures contre l'antisémitisme ? (Reportage France)