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mardi 17 janvier 2017

France, traitement des demandes de cartes de séjour, d'indéniables progrès accomplis par les préfectures et sous-préfectures



Des progrès indéniables ont été accomplis en matière d'accueil des demandeurs de carte de séjour et de traitement de leurs dossiers dans la plupart des préfectures françaises, particulièrement à Paris et autour.

Mais il demeure de véritables "pôles réactionnaires" comme à Versailles ou L’Haÿ-les-Roses..., où malgré la modernisation des services des étrangers, reste cette impression que les responsables prennent un malin plaisir à infliger des attentes interminables aux étrangers, des remarques vexantes... Quand ils ne les mettent pas face à des agents inexpérimentés, peu connaisseurs des textes régissant le droit des étrangers, donc plus enclins à refuser ou rejeter une demande sur des motifs aussi surréalistes qu'un divorce non demandé par une femme victime de violence conjugale mais pourtant dépendante du statut vie privée-vie familiale de son époux violent pour garder ou renouveler son titre de séjour.

Il faudrait définitivement prendre conscience qu'au-delà du temps perdu (généralement une journée entière) pour un dépôt de carte de séjour devant ces préfectures délibérément "atypiques", c'est la stabilité professionnelle des demandeurs qui en sort fragilisée, car incapables d'aspirer à des statuts plus stables alors qu'ils doivent s'absenter parfois une à deux fois juste pour se faire délivrer un récépissé avant l'obtention définitive d'une carte séjour annuel déjà largement entamé.

Voilà la réalité du terrain et elle n'a rien à voir avec la vision d'une France envahie par des hordes d'illégaux et de profiteurs des minimas sociaux, parce que nombre de ceux-là n'osent pas se présenter devant les préfectures et sous-préfectures pour accomplir des formalités de régularisation administrative. Ils ne sont simplement pas "régularisables".

Et tant mieux! Parce que cela évite dorénavant les amalgames et la prolifération des procès à caractère xénophobe que l'on voit encore hélas se répandre à des fins politiciennes dans les médias et les réseaux sociaux.

Joël Didier Engo, Président de l'Association Nous Pas Bouger


Dans la file de la préfecture

«Le plus dur, c’est de supporter qu’on nous parle comme de la merde»

Par Dounia Hadni —


«Le plus dur, c’est de supporter qu’on nous parle comme de la merde» Illustration par Emilie Coquard

«Libération» suit au long cours les parcours d’étrangers croisés dans les longues files d’attente devant les préfectures, au fil de leurs démarches.

Pour ce deuxième épisode, rencontre avec des jeunes qui, tout au long de leurs différentes démarches, se heurtent souvent à une caricature de la bureaucratie, en guise de tout premier contact avec la France. Tous ont requis l’anonymat : les prénoms ont été changés.

Dans le froid glacial d’une matinée de janvier, Salma et son mari ressortent soulagés – et néanmoins en colère – de leur rendez-vous à la préfecture, le titre de séjour «vie privée et familiale» en main. Salma a tenté différentes approches pour pouvoir travailler, de sa demande de statut de «salarié» à celle-ci.


La jeune femme d’origine marocaine raconte les obstacles auxquels elle a dû faire face. Son mari, pressé, doit retourner travailler car ce passage express à la préfecture n’était pas au programme, comme l’explique Salma, qui tire sur sa cigarette nerveusement tout en récapitulant le processus administratif par lequel elle est passée depuis son arrivée en France, en 2007.

«Je suis arrivée du Maroc après l’obtention de mon bac français. Ça fait neuf ans que je viens au moins une fois par an à la préfecture et le plus dur c’est de supporter qu’on nous parle comme de la merde. Mais cette année a été la plus "hardcore". En septembre, j’ai fait une demande de rendez-vous pour passer du statut d’étudiant à celui de salarié. Un rendez-vous que je n’ai réussi à obtenir qu’en janvier. Or, j’étais censée commencer mon travail en décembre et mes employeurs, qui avaient décidé de me recruter à la suite de mon alternance au sein de leur entreprise dès le mois d’octobre, attendent que ma situation soit régularisée depuis. Sauf que la préfecture a exigé que je demande, avant d’entamer ce processus, une autorisation provisoire de séjour (APS).»

L’APS est censée marquer une transition (de six mois à un an en fonction des nationalités) pour donner le temps aux étudiants détenteurs d’un master de trouver du travail. Dans le cas de Salma, non seulement ça n’a aucun sens, mais c’est un réel frein puisqu’elle avait déjà décroché un CDD et que ce statut-là ne lui permettrait pas de travailler à plein-temps.

«J’ai gueulé, ça a marché»

Par peur de ne pas être opérationnelle rapidement compte tenu des délais très longs de cette procédure puis de celle du changement de statut (qui peut prendre jusqu’à un à deux mois pour le récépissé, trois à cinq mois pour l’obtention effective du statut), et de l’impatience de ses employeurs, Salma a eu la chance de pouvoir changer de fusil d’épaule : «Comme mon mari et mon fils (qui a quelques mois) sont français, j’ai voulu tenter la "vie privée et familiale". Mon rendez-vous était donc fixé au 5 janvier sauf que la préfecture, en raison d’un sous-effectif et/ou d’une panne, l’a reporté au 13 février. Or d’ici là, c’est sûr, j’aurais perdu mon boulot… Là, je suis en situation irrégulière depuis le 7 décembre et comme je ne voyais pas le bout du tunnel, j’ai gueulé pour avancer mon rendez-vous. Ça a marché : on m’a dit de revenir aujourd’hui au lieu du 13 février. Comme quoi, les procédures ne sont pas aussi rigides que ce qu’on voudrait bien nous faire croire.»

Alors qu’elle reprenait confiance, Salma a été choquée par l’attitude d’un agent qui s’occupait de son cas. Ce dernier lui aurait dit d’emblée : «J’ai donné un délai à trois personnes qui devaient venir aujourd’hui et qui ne sont pas venues. Vous allez trinquer pour les autres.» Avant de continuer : «A cause de vous, je vais en prendre plein la gueule.»

«Je suis en colère : j’ai un bébé, on a un loyer de 1 800 euros à payer, une assistante maternelle qui nous coûte 1 000 euros, on ne touche pas la CAF, mon accouchement à la clinique nous a coûté 6 000 euros. On nous demande de justifier pendant des années de nos ressources, de nos diplômes, etc. J’ai eu un double master IAE/ESC Montpellier, mon alternance m’a coûté 15 000 euros. Une fortune dépensée en France. Tout ça pour être bloqué une fois qu’on réussit et entendre qu’on "profite du système français". Il ne faut pas s’étonner de voir que les étrangers ne travaillent pas quand, nous, parfaitement intégrés et aptes (encore faut-il que l’administration nous le permette) à subvenir à nos besoins, sommes traités de la sorte», assène-t-elle.

Pas le droit d’exercer le métier de son choix

D’autres vont jusqu’à opter pour un emploi en dessous de leurs qualifications professionnelles, leur métier étant «opposable» en France, c’est-à-dire «en tension», trop demandé. En effet, l’administration peut refuser d’accorder à un étranger non ressortissant de l’UE l’autorisation d’exercer un emploi pour lequel il a été recruté au préalable, si elle estime que le niveau de chômage lié à sa profession est trop important.

C’est le cas de Nassira, tunisienne, diplômée en architecture, qui a dû «accepter un travail de dessinatrice» non pas parce qu’elle ne trouvait pas d’emploi en tant qu’architecte mais parce que ce métier ne fait pas partie de la liste des métiers dits non opposables (voir à la fin de l’article).

«Après avoir entendu plein de cas d’architectes étrangers qui n’ont pas pu avoir leur changement de statut (1), j’ai finalement opté pour le métier de dessinatrice puisqu’il ne fait pas partie de la liste en souffrance.» Or même ce recours a failli échouer, son «niveau d’études et d’expérience étant très élevé par rapport à son emploi de dessinatrice», selon la Direction du travail (la Direccte), où elle s’est rendue voyant que la réponse tardait à venir. «Avec toute l’humiliation que cela implique, je les ai suppliés en leur disant qu’ils ne me laissaient pas le choix.»

Son dossier finalement accepté, Nassira est obligée de rester dessinatrice alors que ça ne correspond ni à ses qualifications ni à ses désirs, surtout que le statut de salarié exige de rester dans l’entreprise pendant un an. Nassira sera obligée de rester à son poste pendant au moins deux ans, le temps que la demande de naturalisation qu’elle a lancée après coup aboutisse.

Jalil, lui, d’origine marocaine, a échappé à tout cela : il travaille pour un grand cabinet de conseil qui s’est occupé de ces démarches pour lui. Ce qui ne l’empêche pas de devoir poser des RTT dès qu’il a rendez-vous à la préfecture, à cause des files d’attente à rallonge. Ce jour-là, il y sera resté de 10 heures à 17 heures. En revanche, il dit avoir été témoin de plusieurs injustices : «Des copains d’école qui ont eu le malheur d’être recrutés "trop vite" aux yeux de la préfecture à l’issue de leurs études.» «Trop vite», car la préfecture exige comme condition sine qua non de fournir un diplôme dûment délivré ; or les écoles mettent parfois des mois à les envoyer aux étudiants, qui se retrouvent alors bloqués par ce bout de papier qui arrive trop tard.

Pas le droit de redoubler

Amir sort de la préfecture, un peu déboussolé. Nous sommes début janvier, son titre de séjour étudiant a expiré le 28 novembre. Depuis, il est en situation irrégulière. Ce Mauritanien est en France depuis quatre ans pour poursuivre ses études en santé publique. Mais cette année, il n’obtient pas son master 1. La préfecture décide en conséquence de ne pas renouveler son titre de séjour étudiant. Le motif ? «Stagnation». Ce jour-là, il est revenu tenter sa chance dans cette autre préfecture, muni d’une attestation d’assiduité signée de son responsable de formation et d’un certificat médical expliquant qu’Amir a eu des problèmes de santé qui l’ont très probablement handicapé tout au long de son année universitaire. Sa demande est en cours d’examen au service contentieux.

Quant à son projet d’avenir, Amir est ferme : retourner en Mauritanie. «Toute cette histoire m’angoisse profondément, ça ne me donne pas envie de rester. Ces dernières années c’est le repli de soi qui l’emporte en France. Je suis de plus en plus déçu et dégoûté par le traitement inhumain que nous réserve l’administration française, d’autant plus qu’elle constitue symboliquement le premier contact des étrangers avec la France. Je ne suis pas juriste mais j’ai quand même la nette impression qu’ils outrepassent les lois qu’ils ont eux-mêmes mises en place.»

Des nouvelles de Mehdi

Dans notre premier épisode, on avait évoqué le cas de Mehdi, Tunisien, qui s’était retrouvé en situation irrégulière, avant de démarrer son CDI. Trois semaines plus tard, nous l’avons recontacté. «J’ai fini par avoir un récépissé après avoir eu un soutien d’une personne bien placée au sein de la préfecture», nous dit-il. Mehdi va donc pouvoir travailler en attendant la décision finale de la Direccte qui devrait se prononcer d’ici trois mois et de savoir, si oui ou non, il aura droit au statut de salarié.

(1) Une fois l’APS obtenue, c’est à la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (Direccte) de décider si oui ou non cette personne peut travailler, en fonction de plusieurs critères : parmi eux, il faut que l’emploi soit en relation avec sa formation et assorti d’une rémunération supérieure à 1,5 fois le montant du Smic, que l’offre d’emploi corresponde exactement au profil de l’étudiant, que l’entreprise justifie par une lettre de motivation pourquoi elle choisit de recruter ce candidat plutôt qu’un Français et prouve l’étendue de ses compétences. Enfin, c’est à la préfecture que revient la décision finale.

Dounia Hadni @douniahadni

mercredi 16 mars 2016

France: Les étrangers dans la nasse des procédures dématérialisées

Les étrangers ont de plus en plus de mal à accéder aux préfectures

Le Monde | | Par

La préfecture du Loiret, à Orléans, en décembre 2015.
Qui pouvait imaginer que les étrangers en quête d’un titre de séjour ou de son renouvellement regretteraient leurs nuits passées devant les préfectures ? Qu’ils pleureraient la disparition de ces longues files d’attente, harassantes, mais au bout desquelles ils décrochaient un rendez-vous les autorisant à déposer leur demande ? Prévue pour éviter ces désagréments, la dématérialisation des procédures administratives a l’effet plus radical d’empêcher une partie des 2,8 millions de personnes concernées de faire valoir leurs droits. Depuis 2012, les préfectures demandent aux personnes étrangères de prendre rendez-vous par Internet afin d’accomplir leurs démarches de demande ou de renouvellement de titre de séjour.

Dans un rapport rendu public mercredi 16 mars, la Cimade, l’association d’aide aux étrangers, analyse comment, sous couvert de la mise en place d’une simplification pour les usagers, on peut éloigner des milliers de personnes des guichets. Les 131 représentations de cette association qui a aidé 100 000 étrangers en 2015, ont pu observer comment ces populations fragiles se retrouvent de plus en plus souvent dans une impasse. Pour étayer ces remontées du terrain de constatations plus systématiques, la Cimade a développé un logiciel qui appelle toutes les heures les préfectures pour prendre des rendez-vous. En vain le plus souvent.
« Cet automate nous permet d’observer de façon objective qu’une catégorie d’étrangers ne parvient quasiment jamais à décrocher un rendez-vous de dépôt de dossier dans un grand nombre de préfectures, qui pourtant ne leur proposent que ce mode d’accès », souligne Lise Faron, la responsable de la commission migrants de la Cimade.
C’est le cas à Créteil, à Sarcelles, à Versailles, au Havre, à Nîmes, mais aussi dans des préfectures comme celle du Tarn-et-Garonne… Dans tous ces lieux, la multiplication des connections n’aboutit quasiment jamais. Et l’argument du manque de personnel est démenti par le même logiciel qui montre que, dans un grand nombre de départements, l’attribution de rendez-vous pour obtenir une carte grise ou refaire un permis de conduire se déroule, elle, parfaitement.

Si dans certaines villes toutes les demandes émanant d’étrangers sont indistinctement bloquées, une autre partie des territoires français joue le tri, n’autorisant la venue que de certains « profils ». Ainsi, la Cimade montre que, dans la Somme, seuls les étrangers déjà titulaires d’un visa long séjour valant titre de séjour obtiennent des rendez-vous. Dans les Bouches-du-Rhône, ce sont les étudiants qui ne peuvent pas s’inscrire. Et en Haute-Garonne, la procédure de naturalisation est impossible pour les ressortissants du département.

Empêchés par les vigiles

Face à cette impasse qui condamne une partie des 2,8 millions de personnes vivant sous autorisation de séjour à rester dans l’illégalité, certains tentent l’envoi postal de leur dossier, qui se solde par un retour à l’envoyeur. D’autres tentent de se présenter mais sont presque systématiquement refoulés par les « vigiles des préfectures qui bloquent de plus en plus fréquemment tout accès aux personnes ne détenant pas un passeport », déplore Lise Faron. Il ne reste donc que le droit d’opposition, procédure prévue par l’arrêté du 4 juillet 2013 pour obliger la préfecture à accorder un rendez-vous. « Mais même cela fonctionne mal puisque sur les cinq départements dans lesquels nous en sommes arrivés là, elle n’a abouti que dans un seul cas », rappelle l’association.

Et ce parcours du combattant ne permet d’accéder qu’à la première étape : celle du dépôt de la demande. Cela ne préjuge évidemment pas de la réponse, ni de la suite. Car rien n’empêche les services de requérir ensuite des justificatifs autres que ceux stipulés dans la liste nationale, comme à Toulouse, où il faut par exemple produire un certificat de travail pour demander un titre de séjour pour soins.

Ce rapport, qui fait suite à l’étude sur l’accès au guichet réalisée en 2008 par la même association, montre qu’il est plus difficile pour un étranger de faire valoir ses droits sous le quinquennat de François Hollande qu’avant 2012. Le 2 janvier 2014, le ministre de l’intérieur d’alors, Manuel Valls, avait pourtant demandé à ses préfets que le service public « accueille dignement ses étrangers ». Deux ans après, les files d’attente ont disparu des préfectures, certes, mais beaucoup d’étrangers aussi.
 Maryline Baumard
Journaliste

Les étrangers pris au piège des préfectures virtuelles

Par —


La Cimade publie ce mercredi un rapport révélant que la dématérialisation des services de demande de titre de séjour a encore allongé les délais de traitement des dossiers.

  • File d'attente devant la préfecture à Lyon, en février 2015. Photo AFP
L’intention était certainement louable. Afin de réduire les très longues files d’attente des étrangers venus demander ou renouveler un titre de séjour à la préfecture, l’administration a privilégié depuis plusieurs années les démarches en ligne. Mais la dématérialisation n’a pas eu l’effet magique escompté. D’abord, les files nocturnes -des centaines de personnes qui patientent en espérant décrocher un ticket à l’ouverture de la préfecture- sont moins nombreuses mais n’ont pas disparu. Elles concernaient 14 sites en décembre 2014, contre 21 en 2012. Mais surtout, les services en ligne ne suppriment pas l’attente. Ils la rendent invisible. L’obtention d’un premier rendez-vous avec un fonctionnaire reste plus que jamais un «défi», rappelle la Cimade, qui rend public ce mercredi un rapport, «A guichets fermés», consacré à cette question.

L’association historique d’aide aux étrangers a notamment réalisé un test de prise de rendez-vous en ligne dans les préfectures françaises. Grâce à un programme informatique, la Cimade a effectué une requête automatique toutes les heures, dans chaque service. «Le robot regarde si des rendez-vous sont disponibles et note, le cas échéant, les deux premières dates disponibles. Il réalise au passage les captures d’écran des pages consultées permettant, par la suite, de vérifier ses résultats», explique l’association.

Le résultat du test est alarmant. Dans une quinzaine de préfectures, il est tout bonnement impossible d’obtenir un rendez-vous. Dans les autres, l’attente est souvent supérieure à trois mois (dix mois, par exemple, pour la sous-préfecture d’Antony, dans les Hauts-de-Seine). Et dans beaucoup de cas, le service en ligne a entièrement remplacé l’accueil humain ou téléphonique. Les guichets ont fermé. «On critique la dématérialisation quand elle est exclusive, précise Lise Faron, rédactrice du rapport. Il y a là une rupture de l’égalité d’accès au service public. La Cimade est désormais contactée par des personnes qui ne savent même pas comment prendre rendez-vous.»

Privés de récépissé

Selon l’association, il est «clairement devenu plus difficile» d’obtenir ce premier entretien qui déclenche l’instruction d’une demande (ou d’un renouvellement) de titre de séjour. La dématérialisation a été contre-productive. Pour Lisa Faron, il ne s’agit pas forcément d’une erreur: «Il y a une volonté, à une certaine échelle de l’administration, de fermer la porte, dénonce-t-elle. On remarque d’ailleurs que les catégories de population qui ne correspondent pas à l’immigration "choisie" -les étrangers malades, les conjoints de Français, les régularisations exceptionnelles- sont ceux pour qui il est le plus difficile d’aboutir dans leurs démarches.»

En théorie, en France, la procédure de demande de titre de séjour doit durer moins de quatre mois. En réalité, elle prend souvent des années. Et les délais continuent de s’allonger, selon la Cimade. Ce qui place les demandeurs dans une situation de précarité administrative, notamment quand la préfecture ne délivre pas de preuve attestant d’une démarche en cours. Ce récépissé est pourtant censé être obligatoire. Sans lui, les étrangers se trouvent privés de leurs droits -de travailler, de percevoir des aides sociales- pendant toute la durée de l’instruction.

Quelques conseils

Le comble réside peut-être dans le coût officiel de la procédure. «Le titre de séjour est sans doute le document plastifié le plus cher de France», écrit la Cimade. Selon l’association, «le prix à payer atteint dans de nombreux cas la somme de 600 euros pour une validité de douze mois» auxquels s’ajouteront chaque année «106 euros lors de chaque renouvellement».

Face à ce qui apparaît comme un «sous-dimensionnement organisé» des services d’accueil aux étrangers, la Cimade ose quelques conseils: «Maintenir un guichet de pré-accueil dans les préfectures avec une amplitude horaire et des moyens adaptés»; «prévoir des traducteurs»; «supprimer les tickets et les numerus clausus»; «octroyer des rendez-vous dans un délai n’excédant pas un mois»  ou «créer un site permettant de connaître l’état d’avancement des dossiers». Des recommandations finalement modestes pour redonner un peu de dignité à ces démarches.

Célian Macé