lundi 23 avril 2018

La France enfermée dans un affrontement larvé des communautés, derrière la belle façade laïque

Je répète volontiers que rien, absolument rien ne peut justifier et excuser l'antisémitisme ...ou le racisme.



Cependant, comme j'ai déjà eu à le dire sur le racisme persistant en France, la victimisation excessive finit par produire le rejet et l'isolement communautaire, voire l'affrontement larvé des communautés, notamment quand cela procède - comme dans ce manifeste médiatisé à souhait - par une stigmatisation politique assumée de tous les musulmans, puis des habitants des quartiers populaires (tous assimilés à des antisémites notoires et/ou potentiels).

Ce pays semble décidément incapable de surmonter ses vieux démons, attisés comme toujours par des acteurs publics de premier plan.

Grosse fatigue de tout ça...

Disons-le franchement: la vraie liberté aujourd'hui serait de ne plus avoir à subir ce matraquage incessant de groupes de pression bien structurés, qui se servent de l'antisémitisme et du racisme existants à des fins politiciennes, voire pour nous enfermer dans des logiques communautaires et/ou identitaires.

En effet des manifestes comme celui-ci ont l'art de venir rappeler combien nous assistons à une bien étrange régression de la cohésion nationale en France, avec des ressorts qui tendent souvent à nous échapper, hormis bien évidemment cette insubmersible bêtise humaine qui caractérise précisément l'antisémitisme et le racisme, que certains n'hésitent plus à exploiter.

Les auteurs aussi célèbres et prestigieux qu'ils soient, pourront ainsi multiplier les manifestes et tribunes, occuper et monopoliser tout l'espace médiatique hexagonal, agiter de manière insultante et provocatrice "l'épuration ethnique" en pointant les musulmans et les habitants dits des "quartiers"... pour mieux diviser les français ...Cela ne contribuera pas nécessairement à combattre de manière efficace cette bêtise singulière qu'est l'antisémitisme, que ne le feraient la loi et le droit dans un pays voulu civilisé, fraternel, et égalitaire.

Car c'est d'abord à la norme juridique qu'il faut donner toute la force et la légitimité pour sensibiliser sur les risques encourus par les antisémites et les racistes notoires; puis sanctionner sévèrement ceux-ci quand les délits sont avérés. Non à ces opérations à grand renfort de publicité et de postures républicaines initiées par des personnalités qui se montrent dans le même temps étrangement silencieuses sur bien d'autres problèmes de société.


Joël Didier Engo, Président de NOUS PAS BOUGER



mercredi 18 avril 2018

Immigration: qu’est-ce que le «délit de solidarité» ?

Un aménagement de ce délit pourrait être discuté lors de l’examen du projet de loi asile-immigration qui démarre lundi à l’Assemblée nationale.


LE MONDE, LES DÉCODEURS | | Par


Martine Landry, Cédric Herrou, Pierre-Alain Mannoni... des affaires qui ont rouvert le débat sur l’aide que peuvent porter des particuliers aux migrants.

Le procès de la retraitée Martine Landry, poursuivie pour « délit de solidarité » pour avoir aidé deux mineurs étrangers à la frontière italienne, a été reporté, le 11 avril, au 30 mai prochain. Précédemment, l’agriculteur Cédric Herrou a été condamné à quatre mois de prison avec sursis tandis que le professeur du CNRS Pierre-Alain Mannoni a, lui, été relaxé.

Les personnes qui aident les migrants à traverser une frontière risquent jusqu’à cinq ans de prison et 30 000 euros d’amende. Des peines qui pourraient évoluer dans le cadre de la discussion à l’Assemblée nationale de la loi asile-immigration, qui commence lundi 16 avril. Les associations de défense des droits de l’homme et des migrants demandent l’abrogation de ce délit. Un amendement, soutenu par la député de la majorité Sandrine Mörch, pourrait l’aménager.

Comment est-il défini dans la loi?

Le « délit de solidarité » n’existe pas en tant que tel, c’est un slogan politique qui résume une situation, sans exister juridiquement à proprement parler. Aucun texte de loi ne mentionne ce terme. Il fait toutefois référence à l’article L 622-1 du code de l’entrée, du séjour des étrangers et du droit d’asile (Ceseda), qui date de 1945.

Il dispose que « toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irrégulier d’un étranger en France » encourt jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. Si ce texte est censé lutter contre les réseaux clandestins de passeurs et de trafic humain, son utilisation contre des bénévoles et des citoyens venant en aide à des migrants lui a valu cette appellation.

L’expression « délit de solidarité » est apparue en 1995, lorsque le Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti), une association qui « milite pour l’égal accès aux droits et à la citoyenneté sans considération de nationalité et pour la liberté de circulation » initie un « manifeste des délinquants de la solidarité » à la suite de la multiplication de procès contre des Français ayant aidé des sans-papiers.

Quelles sont les exceptions à ce délit ?

Plusieurs mobilisations ultérieures permettent l’introduction d’une immunité familiale, dans le cas d’un lien de parenté ou d’un lien conjugal avec le sans-papiers, avec les lois Toubon du 22 juillet 1996 et Chevènement du 11 mai 1998. En 2003, une exception à ce délit est ajoutée au texte de loi, le « danger actuel ou imminent » pesant sur l’étranger et pouvant justifier de lui venir en aide.
Après l’élection de Nicolas Sarkozy, en 2007, les associations de sans-papiers dénoncent un usage de plus en plus fréquent de l’article punissant le « délit de solidarité », contre leurs membres ou d’autres citoyens venant en aide aux migrants. Au cours de l’année 2009, en seulement trois mois, une quinzaine de responsables de centre Emmaüs sont inquiétés par la police. Face à la politique du ministère de l’immigration et de l’identité nationale, menée par Eric Besson, des milliers de personnes se déclarent « délinquants solidaires » et appellent à la suppression de ce délit.

En mars 2009, une proposition de loi présentée par le Parti socialiste pour « dépénaliser toute aide (entrée, séjour, transit) faite à un migrant lorsque la sauvegarde de sa vie ou de son intégrité physique est en jeu », est rejetée par l’Assemblée nationale. En juillet de la même année, le ministre Eric Besson reçoit tout de même les associations pour des négociations. S’il refuse de toucher à l’article L 622-1, il demande dans une circulaire aux procureurs d’interpréter largement les conditions dans lesquelles le soutien aux immigrés clandestins est justifié.

Le « délit de solidarité » a-t-il été abrogé par la gauche ?

Après la victoire de François Hollande, en 2012, Manuel Valls, alors ministre de l’intérieur, promet qu’il va mettre fin au « délit de solidarité », c’est-à-dire, selon lui, à l’ambiguïté du texte de loi qui sanctionne l’aide désintéressée apportée à des étrangers en situation irrégulière.

La loi du 31 décembre 2012 introduit ainsi une distinction claire entre des réseaux de trafic et les bénévoles et membres des associations. Le texte précise ainsi qu’aucune poursuite ne peut être engagée si l’acte « n’a donné lieu à aucune contrepartie directe ou indirecte et consistait à fournir des conseils juridiques ou des prestations de restauration, d’hébergement ou de soins médicaux destinées à assurer des conditions de vie dignes et décentes à l’étranger, ou bien tout autre aide visant à préserver la dignité ou l’intégrité physique de celui-ci ».

Cette réécriture n’a pas convaincu les associations, notamment parce que le texte mentionne l’aide au séjour mais n’évoque pas l’aide à l’entrée ou la circulation au sein du territoire français, ce qui met encore en danger les personnes transportant des migrants.

Les derniers procès relevant du « délit de solidarité »

Des cas récents montrent que les modifications faites par Manuel Valls n’ont pas empêché la poursuite de bénévoles ayant aidé des migrants. Outre Cédric Herrou, trois procès ont eu lieu sous le quinquennat Hollande, démontrant un décalage entre la position du parquet et la volonté affichée par Manuel Valls (qui a déclaré notamment devant la commission du Sénat le 25 juillet 2012 : « Notre loi ne saurait punir ceux qui, en toute bonne foi, veulent tendre une main secourable. »)

En avril 2016, Fernand Bosson, conseiller municipal et ancien maire de la commune d’Onnion (Haute-Savoie), a été jugé par le tribunal correctionnel de Bonneville pour avoir hébergé pendant deux ans une famille kosovare déboutée du droit d’asile. Il a finalement été déclaré coupable mais dispensé de peine – le procureur avait pourtant requis une amende de 1 500 euros.

Huit mois plus tard, s’est tenu le procès de Pierre-Alain Mannoni, professeur à l’université de Nice Sophia-Antipolis et chercheur au CNRS. Niçois, il avait transporté trois Erythréennes blessées, d’un camp illégal de migrants dans la vallée de Roya à la gare de Nice, afin qu’elles rejoignent Marseille pour se faire soigner.

Dans la vallée de la Roya, une zone montagneuse située entre l’Italie et la France, de nombreux migrants incapables de passer la frontière, restent bloqués et un collectif d’habitants s’est créé dans la région pour leur venir en aide. Ces épisodes juridiques pourraient encourager le législateur à lever le flou sur les limites du « délit de solidarité ».


lundi 9 avril 2018

Le coût de l’immigration

L’immigration coûte-t-elle entre 70 milliards et 80 milliards d’euros par an?

Votre question



posée par verlinde, le 07/04/2018? Libération
Bonjour, 

Nous avons reformulé votre question qui était initialement : «Cette affirmation est elle exacte : en France et en 2006, l’immigration nous coûtait entre 70 milliards et 80 milliards d’euro par an»


La question du "coût de l'immigration" est complexe à plusieurs titre, ce qui explique que circule à son propos des estimations particulièrement variables, et pas toujours très sérieuses..

De 24 milliards... à 80 milliards, voire 164 milliards

En évoquant un montant de 70 à 80 milliards par an, vous faites référence à des données qui circulent depuis longtemps, et qui ont parfois été citées par Marine Le Pen, par exemple. Des données qu'on retrouvait il y a quelques jours sur le site Dreuz. Voilà d'où elles proviennent:

En 2006, les économistes Yves-Marie Laulan et Jacques Bichot produisent une courte note sur le sujet du coût de l'immigration. En quinze pages, ils aboutissent à une estimation de 24 milliards. A quoi sont ensuite ajoutés 12 milliards - non détaillés - au titre de «l’intégration». Cela fait 36 milliards : le rapport s’arrête là. Mais en 2011, dans une interview pour Monde & Vie, Yves-Marie Laulan lance, sans guère plus de précisions : «Les experts qui ont travaillé à cette étude pensent qu’il faut doubler [ce montant].» Et voilà comment on est passé de 24 milliards à 70 ou 80. 

Cette inflation brutale, de 24 à 80 milliards, incite à la plus grande prudence quant au sérieux de ce chiffrage. 

A noter que Dreuz, dans son article daté d'il y a deux jours, se base sur ce montant de 70 à 80 milliards pour le doubler à nouveau, et affirmer que le montant actuel est de 164 milliards par an. Comment? Simplement en décrétant que ce montant augmente de 10% par an. Et toujours sans aucune justification. 
Nous pouvons estimer son coût, à raison de 10% supplémentaires par année, à 164 milliards, compte non tenu de l’afflux de tous ces illégaux qui envahissent notre territoire et ceux « légaux » que nos gouvernements font entrer au nombre de 300 ou 400 mille, chaque année. Ce sont, bien entendu, 164 milliards, à la charge du contribuable français. Mais les chefs de l’État, tous, refusent obstinément de dévoiler les chiffres réels.

C'est quoi, le "coût de l'immigration?"

Au delà de ce tour de passe passe consistant à multiplier par deux le montant initial calculé, cette étude (comme toutes celles sur l'immigration) repose sur des bases arbitraires, et donc contestables.

Par exemple, l'étude estime que l'éducation est un des pans les plus coûteux  (près de 10 milliards d'euros) de l'immigration du fait de la scolarité des enfants d'immigrés. Ce qui revient à compter comme coût de l'immigration des dépenses liées aux enfants d'immigrés. 

Lorsque l’on cherche à chiffrer le coût de l’immigration, le tout est justement de savoir ce que l’on chiffre. Il y a des évidences : comme tout un chacun, les immigrés coûtent en dépenses de santé, en retraites, en allocations, mais ils rapportent en cotisations sociales, impôts, TVA… Restent les coûts indirects, qui ouvrent la porte aux interprétations les plus diverses et aux choix les plus arbitraires. Quelle part des dépenses de sécurité ou d’éducation leur est imputable ? Faut-il prendre en compte leurs enfants (et pourquoi pas, alors, les enfants de leurs enfant)? Un enfant né d'un couple mixte (un parent immigré et un parent né en France) doit-il être «comptabilisé»? Si on mesure le coût indirect, comment mesurer les bénéfices indirects? Etc.

Les différences de chiffrage entre les différentes études tiennent essentiellement -outre aux sérieux des calculs- aux périmètres retenus. Quand une étude de chercheurs lillois (aboutissant à l'idée que l'immigration est positive sur le plan économique à hauteur de 4 milliards d'euros pour l'année 2006) estiment à 47,9 milliards les dépenses de l’Etat en faveur des immigrés, l'auteur d'une autre étude pour contribuables associés (aboutissant à un coût de l'immigration de 17 milliards d'euros par an), Jean-Paul Gourévitch compte lui deux fois plus (89,4 milliards) en rajoutant à l’ardoise les «coûts sécuritaires», et en incluant les enfants nés en France. 
Bref, personne ne calcule la même chose.

L'analyse de l'OCDE

En 2013, l’OCDE a rendu public une étude qui repose aussi sur des choix (se bornant au seul impact fiscal des immigrés) mais qui a l'avantage d'appliquer le même calcul à l'ensemble des pays. Selon l'étude, l'impact fiscal due l'immigration, au sein de ses pays membres de l'OCDE, n’est que très rarement supérieur à 2% du PIB. Car même si les ménages immigrés touchent plus d’avantages sociaux que ceux nés dans le pays, leur «structure par âge [est] plus favorable» : en clair, les immigrés sont davantage concentrés dans la tranche d’âge 25-54 ans que les autochtones, donc ils cotisent plus et ont, par exemple, moins de dépenses de santé que la moyenne. Et si la France a, selon l’OCDE, un impact de - 0,52% du PIB (environ 10 milliards d’euros), c’est parce que ce constat y est moins vrai : l’immigration y est plus ancienne, ce qui creuse les dépenses de retraites.

En résumé : il n'existe aucun chiffre incontestable sur le coût de l'immigration. Les résultats des différentes études varient selon ce que chacune retiendra dans son calcul. Il existe autant de méthodologies que d'enquêtes. Toutefois, le montant de 70 à 80 milliards que vous évoquez (qui correspond de très loin à l'estimation la plus haute parmi les études sur le sujet) ne semble pas très sérieux, puisqu'il se base sur une étude ayant préalablement chiffré à 35 milliards le coût de l'immigration avant que ce montant soit doublé subitement sans aucune précision.

Cordialement
C.Mt

dimanche 1 avril 2018

"ILS ONT VENDU MON FRÈRE" 1er LIVRE DE JACKY MOIFFO

"ILS ONT VENDU MON FRÈRE"

​     ​
1er LIVRE DE JACKY MOIFFO

 Ou le douloureux chemin de l’immigration
 


Jacky Moiffo &
 Yannick W.J.Nambo
Préface de Max Mathiasan
979-10-302-0092-8
140 pages /14€
«Aucune femme, aucun homme ne quitte son pays au péril de sa vie en espérant que 50% de chance de mourir se transformeront en 50% de chance de survivre. Quel pari. » Max Mathiasin

Jacky Moiffo cherche toujours son frère, réduit au statut d’esclave en Libye alors qu’il avait pris le chemin de l’exil..

170 ans tout juste après son abolition, cette pratique barbare que l’on croyait révolue est-elle à nouveau d’actualité ? Et ce, au sein même du continent africain ? Yannick Nambo et Jacky Moiffo unissent leurs voix pour livrer ce témoignage poignant doublé d’une réflexion d’ensemble sur l’immigration et ses drames.

Un récit qui nous plonge dans une réalité trop souvent fantasmée. Celle de l’immigration, ses ressorts, ses conséquences, l’esclavage.

Suite aux révélations de CNNMax Mathiasin, député de la Guadeloupe, a prononcé un discours poignant à l’Assemblée Nationale en novembre 2017 qui a marqué les esprits. Une conviction qu’il partage en signant la préface de ce livre.

Ce récit, ces éclairages prennent leur place dans un contexte particulier, où les populismes gagnent du terrain en Europe, où la tentation du repli sur soi est de mieux en mieux partagé.

Jacky Moiffo, français d’origine camerounaise est Journaliste, présentateur; Chanteur-Acteur, Réalisateur du documentaire "Charles Ntchoréré, un Africaine face aux Nazis". Promoteur du site d'information WWW.JMTVPLUS.COM

Yannick W.J. Nambo est consultant sur les questions de jeunesse, d'éducation populaire et de communication; Il est l’auteur d’un premier roman, Malvo.

 Max Mathiasin est député de la Guadeloupe.

Disponible sur les sites AMAZON & FNAC à partir du 5 Avril 2018


Jacky MOIFFO
Journaliste Audiovisuel
0699597764

mercredi 28 février 2018

France: Des années 1980 à Macron : comment s'est imposée l'idée du "problème de l'immigration"

Des années 1980 à Macron : comment s'est imposée l'idée du "problème de l'immigration" 

En trente ans, les différences idéologiques entre droite et gauche se sont estompées sur ce thème, notent plusieurs spécialistes.

Faire preuve d'"humanité"... et en même temps de "fermeté". Telle est la ligne directrice qui a guidé l'élaboration de l'actuel projet de loi sur l'asile et l'immigration, martèle le gouvernement ces jours-ci.

Alors que plusieurs associations et intellectuels, mais aussi le Défenseur des Droits, dénoncent une logique purement répressive et fustigent l'exécutif, le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, le délégué général de La République en marche Christophe Castaner, ou encore le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, ont tenté d'éteindre la polémique en vantant tout au long de la semaine un texte "totalement équilibré".

 
Le gouvernement Philippe n'est évidemment pas le premier à se saisir de ce sujet réputé sensible, et à dérouler ces mêmes éléments de langage pour défendre son action. Quand ce thème du "problème de l’immigration" a-t-il fait irruption dans le débat public ? Comment les représentations des immigrés ont-ils évolué sur ce sujet ? Emmanuel Macron s’inscrit-il, sur le plan des mots, dans la continuité de ses prédécesseurs ? Alors que ce très controversé projet de loi doit être débattu à l'Assemblée nationale dans les prochaines semaines, retour sur 30 ans de discours politiques sur l'immigration.

Un sujet de clivage politique depuis la fin du XIXe siècle

Le fameux "problème de l'immigration" est tout sauf un sujet neuf. C'est à la fin du XIXe siècle, dans les années 1880, que ce thème fait irruption pour la première fois dans le débat public et qu'il devient un sujet de clivage politique.
Alors que l'Etat mène à cette époque des politiques assez libérales en la matière, sans contrôle aux frontières, le sujet s'impose en plusieurs temps. En 1881, survient un premier mouvement de grande violence collective contre les immigrants, lors des Vêpres marseillaises. Alors que des troupes militaires françaises, de retour d'Afrique, sont acclamées par les Marseillais, quelques sifflets se font entendre. Ils sont attribués à des Italiens, qui constituent à l'époque la majorité des étrangers présents en France. Une semaine de chasse à l'homme débute, qui fera trois morts. Deux ans plus tard, en 1883, le sujet fait son entrée au Parlement, avec deux projets de loi proposant que soient taxés les étrangers travaillant en France.

"C'est le début de la suspicion de l'Etat républicain concernant l'assimilation des immigrants", explique l'historien Gérard Noiriel, auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet, dont "Le Creuset français. Histoire de l'immigration (XIXe - XXe siècle)". La presse s'empare du sujet, les questions du contrôle des frontières et celle de l'intégration s'imposent dans le débat public. L'immigration devient une question politique.


"Les discours selon lesquels la France n'a pas la capacité d'assimiler les migrants reviennent depuis à intervalles réguliers", pose ce spécialiste de l'immigration. "On entend ce discours une première fois dans les années 1880, puis dans les années 1930, où l'on voit les termes 'clandestin' et 'indésirable' surgir", rappelle-t-il.

"C'est au moment où les flux migratoires s'affaiblissent que l'immigration fait débat. Il y a un décalage entre le moment où les flux migratoires sont importants – parce qu'il y a une nécessité pour l'économie nationale de recourir à ces migrants – et le discours sur le trop-plein. Le discours xénophobe apparaît toujours dans une période de crise économique."

Pendant les Trente Glorieuses, décennies d'essor économique, le "problème de l'immigration" se trouve ainsi relégué au second plan. 

Entre droite et gauche, une convergence croissante

Le "problème de l'immigration" fait un retour en force dans le débat public au début des années 1980. "C'est un moment majeur dans l'évolution des représentations des immigrés. Le contexte de crise économique et l'apparition du thème de la menace islamiste avec la révolution iranienne de 1979 font que l'image négative de l'immigration resurgit", développe Gérard Noiriel.

"Un discours sur la 'deuxième génération' se met en place. Dans l'imaginaire, la figure du 'travailleur immigré' disparaît et elle est remplacée par celle du musulman. On passe de l'usine à la banlieue, du social au religieux. L'immigré est essentialisé et sa capacité à s'intégrer profondément mise en doute."

Plus encore que sur l'accueil des étrangers, le débat s'articule autour de la question de l'intégration de la deuxième génération d'origine maghrébine. Une capacité à s'intégrer mise en doute par l'extrême droite et même par la droite. Cette question va dominer les années 1990 – "l'une des périodes les plus sombres dans l'histoire de l'évolution des représentations des immigrés", selon Gérard Noiriel – et continue de structurer le débat public encore aujourd'hui.

La décennie 1980 marque également un tournant dans la mesure où les divergences entre la droite et la gauche commencent quelque peu à s'estomper, que ce soit dans le choix des mots ou dans les politiques mises en place. "Avec la montée en puissance du concept d'intégration, on observe à cette époque une convergence croissante du vocabulaire utilisé par les deux camps", estime l'historien.

"Alors que la question identitaire était jusqu'alors le terrain favori de la droite, le PS s'en est saisi à son tour. La question identitaire a pris le pas sur la question sociale, qui a elle été progressivement marginalisée."

Un mot symbolise ce tournant : l'utilisation du mot "beur" par la gauche. Si le PS a tenté de valoriser l'image des enfants d'immigrés en utilisant ce terme, il a aussi contribué à sa manière à enfermer cette population dans une catégorie stigmatisante.

 
La focalisation du débat public sur la question de l'intégration s'est doublée d'une convergence croissante entre droite et gauche sur la nécessité d’une politique de fermeté, ajoute le sociologue Eric Fassin, professeur à l'université Paris-8. "Les années 1980 sont un moment clef : en accédant au pouvoir, la gauche va se rallier à une rhétorique de droite".

"Le débat sur l'immigration s'organise autour de l'opposition entre le cœur et la raison, l’'angélisme' et le 'réalisme'. La gauche au pouvoir s'emploie alors à démontrer que la droite n'a pas le monopole de la raison, autrement dit du 'réalisme'."

Il n'y a plus, en somme, de différence de nature entre droite et gauche mais seulement une différence de degré entre les deux camps. Un tournant symbolisé en 1989 par cette formule restée célèbre de Michel Rocard : "Nous ne pouvons pas héberger toute la misère du monde". "Cette politique (de refoulement de personnes à nos frontières) est dure, mais nous devons le faire pour maintenir la cohésion de la société française", justifie-t-il.

Sous la pression du FN, l’immigration est devenue un thème incontournable

Comment expliquer ces évolutions sémantiques et politiques ? Les années 1980 sont marquées par plusieurs bouleversements, note le sociologue Stéphane Dufoix. Selon ce spécialiste, co-auteur avec Sylvie Aprile de "Les mots de l'immigration", deux événements contribuent en particulier à changer la donne. En 1984, dans la foulée de la Marche pour l’égalité, le Parlement adopte une loi sur le titre de séjour unique de 10 ans, ce qui ouvre la possibilité, pour les immigrés, de rester sur le territoire français. Un texte très symbolique, puisque la France reconnaît ainsi que les travailleurs immigrés et leurs familles ont vocation à devenir citoyens français et non pas à retourner nécessairement dans leur pays d’origine un jour.

Mais en parallèle à ces avancées, la même année, le Front national réalise de son côté ses premières performances électorales. En 1983, il fait une première percée lors des municipales à Dreux. Au premier tour, la liste FN totalise un peu plus de 16% des voix. Puis une liste commune RPR-FN est constituée pour la première fois en vue du second tour et remporte l’élection avec 55,3% des suffrages. L'année suivante, aux européennes, le FN réalise une nouvelle percée, en passant la barre des 10%, cette fois-ci sur le plan national. 

"Le discours du FN impose l’immigration et l’identité française comme des thèmes incontournables dans le débat politique", explique Stéphane Dufoix.

"La menace continue de l'extrême droite depuis les années 1980 va conduire la gauche à penser qu'elle ne peut pas se permettre de ne pas apparaître crédible sur ce sujet et qu'elle ne doit en aucun cas prêter le flanc à la moindre accusation de laxisme."
 
 
En 1984, on voit ainsi Laurent Fabius admettre que le FN "pose de bonnes questions". En 1986, la droite de Jacques Chirac propose de revenir sur le droit du sol, en instituant une démarche volontaire pour obtenir la nationalité française, et reprend de facto l'idée du FN qu'il y aurait des "Français de papier". En 1989, c'est le président socialiste François Mitterrand lui-même qui explique qu'en matière d'immigration, "le seuil de tolérance est dépassé".

Au début des années 1990, les discours du RPR et de l'UDF sur l'immigration vont encore se radicaliser davantage. Valéry Giscard d'Estaing parle à ce sujet d'"invasion", quand Jacques Chirac évoque de son côté une "overdose d'immigrés" dans une intervention restée dans les mémoires pour une autre phrase, celle du "bruit et l'odeur".

En 1993, enfin, c'est Charles Pasqua, tout nouveau ministre de l'Intérieur, qui entreprend de durcir la législation et déclare "tendre vers une immigration zéro", une formule forte qui fait directement écho au discours tenu par le FN. 

Un marqueur fort du quinquennat Sarkozy

Au regard de ces évolutions, l'immigration peut-elle toujours être considérée comme un sujet de clivage politique ? Oui, dans le sens où, au cours des années 1990 et 2000, la droite ne va cesser, à la différence de la gauche, d’en faire un marqueur fort, contestant au FN le monopole de la fermeté sur le sujet.
Ce fut notamment le cas durant le quinquennat Sarkozy, marqué par la création d'un ministère de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire, laissant entendre que l’islam pose des problèmes de compatibilité avec la République. "Les termes choisis sont ceux de l'extrême droite. Dans le discours, s'opère une distinction entre un 'nous' – les Français – qui s’oppose à un 'eux'les immigrés. La droite républicaine fait sienne un marqueur idéologique du Front national", décrypte l'historienne Valérie Igounet, qui parle à ce sujet de "contamination politique". 

 
"Nicolas Sarkozy a réussi un tour de force rhétorique, en imposant dans le débat public, dès 2005, la notion d'immigration 'subie'", se souvient pour sa part Eric Fassin. "L'idée n'était plus seulement de s’en prendre aux sans-papiers, mais aussi de grossir le 'problème' en incluant le regroupement familial et les couples binationaux, mais aussi les réfugiés, voire les étudiants, bref, toute l’immigration que la France n’aurait pas 'choisie'. On oublie ainsi qu’elle est légale, voire pour une part de plein droit". Et le sociologue, qui a participé de 2009 à 2012 à la rédaction des livres "Cette France-là"états des lieux de la politique d’immigration de Nicolas Sarkozy, d'ajouter :

"Cette manière de présenter la situation permet de mettre en scène une immigration massive et dangereuse et de justifier la 'fermeté' comme seule réponse possible, c’est-à-dire aussi la fermeture."

Le 30 juillet 2010, le chef de l'Etat prononce un discours remarqué, à Grenoble. Il y est question de sécurité mais aussi d'immigration. Il choisit de durcir sur ce sujet le ton et dénonce "les conséquences de 50 ans d'immigration non contrôlée". Nicolas Sarkozy, qui avait confié en 2007 le ministère de l'Immigration à un socialiste, Eric Besson, fait par ailleurs mention de la célèbre phrase de Michel Rocard – "On ne peut pas accueillir toute la misère du monde" – dans laquelle il dit pleinement "se retrouver".

Ce "hold-up idéologique" de la droite sur le FN, selon les mots de Valérie Igounet, se poursuit aujourd'hui avec Laurent Wauquiez. Entre Wauquiez et le FN, sur le plan sémantique, le fossé s'est considérablement réduit. On peut carrément parler de copier/coller sur un certain nombre de thèmes, principalement l'immigration et l'islam", explique cette spécialiste de l'extrême droite.

"Fermeté, mais avec humanité" vs. "humanité, mais avec de la fermeté"

Si la gauche, dans l'opposition, a vivement protesté durant le quinquennat Sarkozy, elle s'est aussi révélée bien incapable, une fois au pouvoir, de porter une véritable alternative à ce type de politique, fustige Eric Fassin. "Au nom d’un prétendu pragmatisme, l’immigration est devenue une simple affaire de gestion et non plus un enjeu, avec différentes visions politiques qui s'affrontent, comme aux Etats-Unis par exemple", juge le sociologue.

"La question de l’immigration a été dépolitisée car plus personne, même dans les partis de gauche, ne porte de contre-discours. Il y a dans le débat public un consensus sur l'idée que l'immigration est un problème."

A quelques nuances près, le quinquennat Hollande s'est peu distingué de celui de Nicolas Sarkozy, confiait ainsi en 2017 à "l'Obs" le secrétaire général de la Cimade, association de défense des étrangers. Disons que lorsque Sarkozy parlait de 'fermeté, mais avec humanité', sous Hollande, ce sera : 'de l’humanité, mais avec de la fermeté'.
 
"Sous François Hollande, l’Etat n’a malheureusement pas joué de rôle de déconstruction des préjugés sur l’immigration, perçue à tort comme une invasion. Le terrain a été laissé aux discours délétères et nauséabonds, qui font du mal à la France-terre d’accueil", déplorait Jean-Claude Mas.

Alors qu'en Allemagne, la chancelière conservatrice Angela Merkel s’est montrée ouverte à l'accueil des migrants, c'est, côté français, un gouvernement socialiste qui lui a opposé une politique d’accueil bien plus restrictive, refusant la proposition allemande qu'un groupe de pays de l'UE se répartissent plus de migrants que prévu. "L'Europe ne peut pas accueillir davantage de réfugiés", a ainsi clamé le Premier ministre, Manuel Valls, lors d'une visite à Berlin, en février 2016.

"Je suis venu faire passer un message d’efficacité et de fermeté."

"La question du regroupement familial peut être posée", avait lâché le même Manuel Valls, trois ans plus tôt, alors qu'il occupait le poste de ministre de l'Intérieur.
 

L’apparition du mot migrant, qui a remplacé ces dernières années celui de réfugié, apparaît pour plusieurs spécialistes comme un autre révélateur de cette forme de dépolitisation, et de déshumanisation du sujet.

"En préférant le terme de migrants, on dédouane les Etats démocratiques de leurs responsabilités envers les réfugiés. Migrant est un mot valise qui ne veut pas dire grand-chose. Il souligne seulement le déplacement de quelqu’un dans l’espace", rappelle Gérard Noiriel. "L’émigré, c'est celui qui est parti, l'immigré, c'est celui qui est arrivé, le migrant c’est celui qui n’a pas 'vocation' à être ici, ni nulle part : il ne fait que se déplacer", note Eric Fassin.

"En parlant de migrants, on coupe le point de départ et le point d’arrivée de ces personnes. On les imagine sans aucun ancrage."
 

Avec Macron, la rupture n'a pas eu lieu

Se drapant dans les habits du libéralisme au cours de la campagne présidentielle, saluant Angela Merkel pour sa politique d’accueil envers les migrants, Emmanuel Macron a pu laisser penser qu’il infléchirait, une fois à l’Elysée, la politique d’immigration conduite par la France depuis plusieurs années.

De changement de logique, il n’y a pourtant pas eu, comme l’illustrent les multiples déclarations du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb et le contenu de l’actuel projet de loi, déplore Eric Fassin. L'ambition de l'actuel gouvernement – 'mieux accueillir, plus renvoyer' – ne constitue qu’une variante de la rhétorique des précédents gouvernements, en particulier sous le quinquennat Sarkozy. "Le vocabulaire n’est pas exactement le même mais la logique est identique : il s’agit de protester que nous ne sommes pas d’extrême droite tout en menant une politique saluée par l'extrême droite".

"On continue d'opposer humanité et fermeté, le cœur et la raison. Comme si une politique répressive était forcément réaliste et raisonnable et une politique d'ouverture forcément irréaliste et déraisonnable – malgré l'exemple de l'Allemagne qui a bénéficié économiquement de l'afflux de réfugiés."

Une fermeté assumée. Lors d'un déplacement dans une antenne parisienne des Restos du Cœur, en novembre dernier, Emmanuel Macron s'est fait interpeller par une Marocaine, qui demande l'asile en France. "Si vous n’êtes pas en danger, il faut retourner dans votre pays", lui avait répondu froidement le chef de l'Etat, assumant publiquement un discours aux apparences de fermeté sur le sujet.

 
Si Gérard Noiriel voit lui aussi dans la politique menée actuellement des mesures de sévérité sans précédent pour ce qui est de l'entrée des étrangers, l’historien fait néanmoins remarquer qu’à la différence de certains de ses prédécesseurs – ou d'un Laurent Wauquiez – Emmanuel Macron n’associe pas à cette politique de grande fermeté un discours sur l’identité questionnant la compatibilité de certaines populations avec la société française.

"Jacques Chirac en 1986 ou Nicolas Sarkozy en 2007 ont durci le ton sur l’immigration et l’identitaire au moment où ils tentaient de faire prendre à la France un virage sur le plan du libéralisme économique", rappelle l'historien. "L’identitaire avait pour fonction de focaliser l’attention, et de reléguer le volet économique au second plan".

"Emmanuel Macron ayant lui toujours été plus franc sur son libéralisme économique, qu'il assume pleinement, il n’a pas besoin d’exalter cette fibre identitaire. S'il fait preuve de fermeté sur le fond, son discours, sur la forme, n'est pas aussi dur que ceux tenus par certains de ses prédécesseurs."
 
Sébastien Billard

mercredi 21 février 2018

Rétention administrative : 46 000 étrangers enfermés 12 jours en moyenne chaque année

Le projet de loi sur l’asile et l’immigration présenté mercredi en conseil des ministres prévoit de doubler la durée d’enfermement des étrangers en attente d’expulsion.

 
LE MONDE | Dans le centre de rétention administrative du Canet, à Marseille.

Les étrangers en attente d’être expulsés du territoire français vont-ils devoir patienter jusqu’à trois mois dans des centres de rétention ? Le projet de loi sur l’immigration présenté mercredi 21 février en conseil des ministres, prévoit de passer de quarante-cinq à quatre-vingt-dix jours la durée maximale d’enfermement dans des centres de rétention administrative (CRA).

Vingt-quatre centres répartis en métropole et outre-mer

Les centres de rétention administrative sont des bâtiments surveillés par la police ou la gendarmerie, dans lesquels sont retenus des étrangers en situation irrégulière qui font l’objet d’une procédure d’« éloignement forcé » (expulsion), mais qui ne peuvent pas quitter immédiatement la France. Comme le précise le ministère de l’intérieur, un CRA n’est pas une prison, car la privation de liberté a été décidée par l’administration et non par un juge, c’est pourquoi on parle de « rétention » et non de « détention » ou « d’emprisonnement ».

Les personnes qui s’y trouvent peuvent circuler librement dans le bâtiment, disposent de chambres collectives, d’une cantine et d’un téléphone pour cinquante personnes. Plusieurs associations d’aide aux étrangers y sont officiellement autorisées (la Cimade, France terre d’asile, Forum réfugiés, l’Ordre de Malte, l’Assfam, Solidarité Mayotte) et peuvent rendre compte de la situation sur place. L’ensemble des chiffres ci-dessous sont tirés de leur rapport annuel.

Vingt-quatre centres de rétention sont répartis sur tout le territoire français, dont cinq en Ile-de-France et quatre outre-mer, pour une capacité de 1 823 places. A cela s’ajoutent 231 places dans vingt-six locaux de rétention administrative plus petits.

46 000 étrangers enfermés, dont la moitié outre-mer

En 2016, les associations ont comptabilisé exactement 45 937 étrangers passés dans un centre ou un local de rétention, dont près de la moitié outre-mer. Dans son rapport annuel, la Cimade explique que le nombre d’enfermements a baissé de 13 % en métropole en raison de l’état d’urgence, qui a conduit à réaffecter des policiers à d’autres missions, alors qu’il augmentait de 15 % outre-mer. La plus grosse activité a été enregistrée à Pamandzi, sur l’île de Mayotte, qui a vu défiler près de 20 000 étrangers en un an, dont la plupart ne restent que quelques heures avant d’être expulsés. Le centre de Coquelles, dans le Pas-de-Calais, a accueilli 3 000 personnes, la plupart issues des campements démantelés à Calais.

Le placement en détention reste stable depuis 2012

0 10000 20000 30000 40000 50000 60000 70000 27401 24286 23537 26441 26371 27947 24090 32881 27099 20209 18936 23166 19618 21847 en métropoleen outre-mer2010201120122013201420152016
Source : Cimade

7,5 % de femmes et 4 507 enfants

La plupart des étrangers en attente d’expulsion sont des hommes, les femmes ne représentant que 7,5 % de la population des CRA. En dépit des condamnations de la Cour européenne des droits de l’homme, les associations ont déploré la présence de 182 enfants privés de liberté dans les centres de rétention de la métropole en 2016, dont 92 avaient moins de 5 ans. Ce chiffre, réduit drastiquement à partir de 2012 – c’était une promesse du candidat Hollande –, n’a cessé d’augmenter au cours de son quinquennat.

Le nombre d'enfants en rétention administrative a quadruplé en trois ans

Etrangers de moins de 18 ans placés dans des CRA de métropole en 2016.
0 50 100 150 200 250 300 350 400 356 312 99 41 45 105 182 2010201120122013201420152016
Source : Cimade
A Mayotte, où le flux migratoire en provenance des Comores est très élevé, le centre de rétention administrative ne fournit pas d’indication sur le nombre de femmes retenues, mais 4 325 enfants y ont transité en 2016.

Des situations différentes selon le pays d’origine

Les Maghrébins sont de loin les plus nombreux dans les CRA de métropole : Algériens, Marocains et Tunisiens représentent près d’un tiers des étrangers enfermés. Ils ne sont pourtant pas les premiers à être expulsés. Ce sont les Albanais et les Roumains qui sont le plus systématiquement renvoyés vers leur pays.

Dans les centres de rétention, les Algériens sont les plus représentés, mais Albanais et Roumains sont plus souvent expulsés

Nationalité dans les CRA en 2016 et proportion d'éloignement
0 %20 %40 %60 %80 %100 %12.4 %11.4 %9.4 %9.2 %5.7 %4.8 %3 %2.3 %2.3 %2.3 %34.5 %81.7 %38.4 %32.4 %85.6 %20.8 %42.7 %25.7 %39.5 %13.8 %% des placements taux d'éloignement AlgériensAlbanaisMarocainsTunisiensRoumainsAfghansPakistanaisEgyptiensSénégalaisIrakiens
Source : Cimade

Moins de la moitié d’étrangers finalement expulsés

Le passage par un centre de rétention administrative ne conduit pas systématiquement à une procédure d’expulsion, tant s’en faut. En 2016, parmi les 23 000 personnes qui ont été enfermées, moins de 9 500 ont finalement été expulsées, dont près de la moitié vers un autre pays de l’Union européenne. Il s’agit alors soit de leur pays d’origine, soit du premier pays de l’UE dans lequel elles étaient arrivées et où elles doivent présenter une demande d’asile en vertu de la procédure de Dublin. En théorie, ces dernières ne devraient pas être enfermées.
Seule une toute petite minorité des étrangers retenus (3,7 %, soit moins de 800 personnes) est libérée en raison de l’expiration du délai légal de quarante-cinq jours.

Une moyenne de 12,7 jours, très variable selon les CRA

La durée maximale de rétention n’a cessé d’être allongée depuis la création de la rétention administrative : de sept jours en 1981, douze en 1998, puis trente-deux en 2003 et désormais quarante-cinq jours depuis 2011. Pourtant, la plupart des étrangers voient leur sort réglé en bien moins longtemps. La durée moyenne du séjour en CRA est de 12,7 jours en 2016, un chiffre stable depuis 2011. Et les associations insistent sur le fait que la grande majorité des expulsions sont prononcées au cours des dix premiers jours. Elles estiment qu’allonger la durée de rétention reviendrait à « faire subir une privation de liberté bien trop longue au regard de l’efficacité recherchée ».

Deux tiers des expulsions sont décidées dans les douze premiers jours de rétention

Nombre d'éloignements en fonction de la durée de l'enfermement en CRA en 2016
0 100 200 300 400 500 600 700 800 900 1000 Durée de rétention (en jours)Mesures d'éloignement171319253137434101622283440
Source : Cimade
 
 
Les durées de séjour sont aussi très inégales d’un établissement à l’autre. Les étrangers sont retenus plus de dix-sept jours en moyenne au CRA de Toulouse ou de Marseille, alors qu’ils restent moins de dix jours à Rennes et un peu plus d’une semaine à Coquelles.

Des durées d'enfermement très inégales selon les centres de rétention

Nombre de jours de rétention en 2016 (seuls 11 étrangers étant passés par le centre de Strasbourg, les chiffres n'y sont pas significatifs).
0 j10 j20 j5 j15 j17.5 j17.2 j15.9 j15.3 j14.8 j14.3 j13.2 j12.8 j12.2 j12.1 j11.9 j11.7 j11.6 j11 j9.8 j9.3 j9 j8.9 j7.4 j3.5 jToulouseMarseilleMesnil-AmelotParis-VincennesHendayeLyon-Saint-ExupéryPlaisirBordeauxSèteMetz-QueuleuRouen-OisselNicePalaiseauParis-Palais de JusticeRennesNîmesLille-LesquinPerpignanCoquellesStrasbourg-Geispolsheim
Hendaye
Jours: 14,8 jours
Source : Cimade