vendredi 29 juin 2018

POUR UN DROIT UNIVERSEL À LA MOBILITÉ INTERNATIONALE

Lire la publication ci-dessous d'Achille Mbembe pour comprendre pourquoi nous militons à NOUS PAS BOUGER en faveur d'un droit universel à la mobilité internationale, et le considère comme la marque du nouveau déséquilibre et de la plus grande injustice dans les rapports Nord-Sud du monde d'aujourd'hui.

Ça doit devenir la première revendication portée par les pays africains au sein de l'Union africaine(UA) et dans leurs relations bilatérales, comme a pu l'être le droit à l’autodétermination des anciennes colonies.


Achille Mbembe 

L’OBJECTIF FINAL DE LA POLITIQUE MIGRATOIRE EUROPÉENNE EST DE FAIRE DE L’AFRIQUE UN IMMENSE BANTOUSTAN

Nous évoquions tantôt les 13,000 Nègres-migrants abandonnés dans le désert du Sahara comme des déchets par le gouvernement algérien. 

Il faudrait y ajouter tous ceux et toutes celles qui ont succombé lors de la traversée du désert ou lors des innombrables opérations de refoulement-déportation-abandon engagées par les autorités marocaines; le chiffre (inconnu) de ceux et celles qui ont été vendu(e)s à l’encan sur les anciens-nouveaux marchés d’esclaves en Libye. Et celui de tous ceux et toutes celles qui sont parque(e)s dans des camps de fortune ou dans les prisons de maints États maghrébins.

Aujourd'hui, ce n’est pas en Méditerranée que se trouvent les frontières de l’Europe. C’est dans le Sahara. C’est au Niger. Au Burkina. À Gorée du Sénégal.
Et bientôt, qui sait où? 

Des puissances européennes (dont la France, mais elle n’est pas seule) y installent de nouveaux ‘postes’ ou ‘comptoirs’ ou l’on pèse des vies humaines, ou on les classifie, ou on sélectionne celles qu’il vaut la peine de protéger et ou on décide de celles qui sont jugées superflues.

Nous avons laissé faire. De quoi s’agit-il sinon d’un abandon de souveraineté? En retour de quoi sinon, comme il n’y a pas longtemps, de la quincaillerie?

Or l’Europe, elle sait de quoi il est question. L’idée, son idée à elle est de faire de chaque Nègre-migrant-potentiel un poste frontalier en soi. Une frontière portable. Mobile.

Que l’on ne se méprenne point sur ce qui est en jeu - la mise en place d’une nouvelle loi du monde, une nouvelle répartition de la Terre sur la base de la race.

L’idée est de faire en sorte que la frontière de l’Europe devienne pliable, plastique, élastique, collée au plus près du corps du migrant potentiel dont on s’efforce de bloquer le mouvement et d’empêcher ce que j’appelle ‘les circulations’.

Dans ce funeste projet sont enrôlés, comme cela a souvent été le cas dans notre histoire, des satrapies africaines - la longue histoire des collaborations de tout genre, à chaque épisode de notre asservissement, qu’il s’agisse de l’esclavage, de la colonisation ou de l’apartheid!

Il s’agit, de part en part, de faire de l’Afrique un immense ‘bantoustan’, une immense prison à ciel ouvert, comme il en existe d’ores et déjà ailleurs.

On veut ses richesses. Mais on ne veut surtout pas de ses gens, de “ces” gens-là!
L’idée est de reprendre, la ou on l’avait laissé, la logique coloniale du confinement, de l’enclavement des populations indésirables, de leur relégation dans des réserves, toutes sortes de hors-lieux, ou l’on peut expérimenter, à l’abri de tout regard et de tout jugement, les techniques d’effacement. 

Double prison donc, pour une terre non d’hommes et de femmes libres, mais de captifs. Fermeture du dehors, combinant le recours aux dernières technologies biométriques et militaires, et dont le terminus est la Méditerranée.

Et fermeture du-dedans, que symbolise bien l’immense dépotoir qu’est devenue le Sahara, l’enfer vivant ou d’innombrables vies laissées à l’abandon sont calcinées. 

Fermeture du-dedans, aussi, dont témoigne la cristallisation des frontières héritées de la colonisation, et dont nous avons ratifié, à nos propres dépens, l’intangibilité.

Or, nous le savons tous, cela ne peut pas tenir. 

Cela ne tiendra pas. 

D’ici le milieu de ce siècle, une très grande partie des habitants de la Terre sera composée d’Africains. On ne pourra tout simplement pas les parquer, tous, dans ces oripeaux de misère que sont nombre de nos États-bidons.

Il faudra ouvrir.

Il faut ouvrir l’Afrique de l’intérieur, du dedans. Afin qu’aucun Africain ne soit traité comme un étranger en Afrique.

Il faudra ouvrir l’Afrique - et avec elle l’ensemble de la Planète - à tous ses habitants.

Achille Mbembe

Un sommet européen (impromptu) a eu lieu jeudi 28 juin. Il se confirme que l'Europe entend utiliser les États maghrébins (Maroc, Tunisie, Libye, Algérie) ainsi que l’Égypte comme les gardes-chiourmes de sa politique anti-migratoire.

Avec la Turquie (pour le front oriental), le Maroc en particulier recevra un peu plus d'argent (sommes non spécifiées) pour refouler vers le sud (c'est-a-dire rejeter dans le désert du Sahara) les candidats (en gros subsahariens) à la migration.

Des postes de contrôlés seront érigés dans ces pays, ainsi qu'au Niger, dont la fonction sera d’opérer tris et autres sélections.

La guerre contre la mobilité se poursuit...

 

Migrants : ce que contient l’accord européen arraché à Bruxelles

Création de centres de contrôle, aides financières aux pays de départ. De fortes mesures sont annoncées mais leurs modalités d’application restent floues.

Par Maïlys Khider
Au terme d'une longue nuit de négociations à Bruxelles, les 28 dirigeants de l'Union européenne sont arrivés à un accord sur l'accueil des migrants. A 4h30 dans la nuit du jeudi 28 au vendredi 29 juin, les discussions étaient bouclées, comme l'a annoncé Donald Tusk, président du Conseil européen.

Par voie de communiqué, le Conseil s'est dit "déterminé à poursuivre et à renforcer cette politique pour empêcher que ne se reproduisent les flux incontrôlés de 2015" et à endiguer les migrations illégales.

Emmanuel Macron s'est montré satisfait à la sortie du sommet en soutenant que cet accord était "d'abord le fruit d'un travail commun" et que la coopération européenne l'avait "emporté sur le choix d'un non-accord ou de décisions nationales qui n'auraient été ni efficaces ni durables". Voici ce que prévoit cet accord salué par l'ensemble des chefs d'Etats européens.
  • Création de plateformes de débarquement sur les côtes africaines
L'Union européenne s'est accordée pour créer des plateformes de débarquement des migrants hors de ses frontières pour ceux qui seront secourus en mer, ce afin de "mettre fin définitivement au modèle économique des passeurs" énoncent les conclusions du Conseil.

Débarquer les migrants doit éviter les querelles quant à l'accueil des bateaux qui arrivent au large des côtes européennes et demandent à accoster. Il s'agit "de supprimer l'incitation à entreprendre des voyages périlleux". Emmanuel Macron s'est exprimé en fin de matinée pour préciser que les centres de débarquement n'étaient pas "la panacée" mais que l'Europe devait continuer sa "coopération avec la Libye".
  • Renforcement de la coopération avec des pays tiers
Les pays membres de l'UE misent sur un renforcement des accords avec des pays tiers pour faire diminuer le nombre d'arrivants. L'accord avec la Turquie passé en 2016 devrait être renforcé. "Des efforts supplémentaires sont nécessaires pour mettre en œuvre pleinement la déclaration UE-Turquie, prévenir de nouveaux franchissements à partir de la Turquie et mettre un terme au flux."

Un soutien financier devrait aussi aller à des pays d'émigration comme le Maroc, pour prévenir les départs illégaux. L'UE souhaite "mettre en place un partenariat avec l'Afrique visant une transformation substantielle sur continent" notamment en matière de développement. Les modalités des ces aides devraient être précisées "dans les semaines à venir" selon Emmanuel Macron.
  • Centres de contrôle en Europe 
Une mise en place de centres de "contrôle" sur le territoire de l'UE pour différencier rapidement "demandeurs d'asile et migrants en situation irrégulière" est prévue. Ces centres seraient installés "sur la base du volontariat". Pour l'heure, aucun Etat ne s'est porté volontaire pour accueillir ces "hot spots" sur son territoire.

Ce système doit permettre de gérer les bateaux humanitaires qui arrivent en leur évitant de stagner en Méditerranée durant des jours, comme cela a été le cas pour l'"Aquarius", bateau arrivé avec 630 passagers et refusé par la France, l'Italie et Malte avant de rejoindre l'Espagne. Emmanuel Macron a maintenu que "c'est le pays le plus proche qui doit être le port d'arrivée. Pour les pays d'arrivée, nous devons être plus solidaires et assurer une prise en charge européenne dès le premier jour."
  • Eviter les déplacements entre pays européens 
L'accord appelle à "prendre toutes les mesures" internes nécessaires pour éviter que les migrants ne se déplacent entre pays de l'UE, qui comptent "prendre toutes les mesures législatives et administratives internes nécessaires pour enrayer ces mouvements et coopérer étroitement à cette fin."

Pour mettre un terme à ces mouvements secondaires, "un consensus doit être trouvé au sujet du règlement de Dublin afin de le réformer sur la base d'un équilibre entre responsabilités et solidarité". Le règlement de Dublin prévoit que les arrivants doivent déposer leur demande d'asile dans leur pays d'arrivée, exerçant une pression considérable sur l'Italie et la Grèce.

La Commission européenne propose de déroger à ce texte en répartissant les demandeurs d'asile depuis leur lieu d'arrivé. L'Italie demande l'abandon simple de ce point du règlement de Dublin.

  • L'Italie satisfaite
Giuseppe Conte, président du Conseil italien, s'est dit soulagé que Rome ne soit plus "seule". Mais n'a pas encore décidé si l'Italie créerait des centres de contrôle et d'accueil. Son ministre de l'Intérieur, Matteo Salvini, a prudemment salué l'accord, tout en disant attendre des "engagements concrets".
L'Italie menaçait depuis jeudi soir de bloquer l'adoption des déclarations communes si elle n'obtenait pas de réponses sur les migrants. "C'était une longue négociation mais nous sommes satisfaits" a affirmé Matteo Salvini devant les journalistes présents à la sortie du Conseil.
Angela Merkel salue un texte positif mais des divergences persistent au sein de l'Union européenne. 

Maïlys Khider

mercredi 27 juin 2018

"Il n'y a pas de crise migratoire, mais une crise politique"

Les discours xénophobes fleurissent sur la scène européenne. Pourtant, les flux migratoires n'ont rien de comparable à ceux de 2015.

 Entretien avec le chercheur Yves Pascouau.

 

Après l'odyssée de l'"Aquarius", un nouveau navire venant en aide aux migrants patientait ce mardi en mer, dans l'espoir qu'un port européen daigne bien l'accueillir. Accusé de transporter de la "chair humaine" (!) selon les mots du ministre de l'Intérieur italien, Matteo Salvini, le bateau et ses 239 migrants à bord, s'était vu interdire l'accès aux côtes italiennes. Il pourra finalement accoster à Malte.

Le navire, propriété de l'ONG allemande "Lifeline", incarne le nouveau symbole d'un épuisant bras de fer entre les pays européens sur la prise en charge des migrants secourus en Méditerranée. Un sujet brûlant qui, après avoir nourri les discours xénophobes de l'Italie et de l'Autriche, fera l'objet d'un sommet européen, le 28 juin prochain.

Mais alors que l'Europe durcit sa ligne vis-à-vis de l'accueil des migrants, la situation observée à ses frontières n'a rien de comparable avec celle de 2015, souligne Yves Pascouau, chercheur spécialiste des questions européennes en matière d'immigration. Interview. 

L'Union européenne s'écharpe sur la question migratoire. Pour autant, la situation n'est plus aussi explosive qu'en 2015...

Totalement. Bien sûr, il reste des situations à régler par rapport à la crise de 2015. Je pense notamment au quartier de La Chapelle à Paris où des personnes n'ont toujours pas vu leur situation régularisée. Pour autant, on assiste aujourd'hui à une maîtrise des flux migratoires, contrairement à 2015. La preuve, tous les chiffres sont à la baisse : un million de personnes qui étaient entrées dans l’espace Schengen en 2015, 500.000 en 2016, pour 64.000 en 2017. 

Les affaires de "L'Aquarius" et du "Lifeline" masquent donc une réalité plus complexe...

Attention, ce sont des épiphénomènes si on se place face aux chiffres, mais évidemment pas si on regarde du côté de l'individu. Le parcours migratoire est un parcours individuel. On a trop souvent tendance à l'oublier, en le noyant derrière des chiffres plus ou moins grands. Oui, 629 personnes sur un navire ne représentent pas grand-chose... sauf pour celle ou celui qui est à bord.
"La figure du migrant a souvent servi de bouc émissaire"
A quoi correspondait le "pic" des flux migratoires de 2015?

Il y a eu cette année-là une arrivée massive de personnes qui avaient besoin d'une protection internationale : des Syriens, des Irakiens, des Érythréens, des Afghans... Beaucoup ont quitté la Syrie, en guerre depuis 2011, et se sont retrouvés en Turquie, au Liban, en Jordanie. De là, on a vu des "colonnes" de personnes remontant depuis la Grèce, la route des Balkans occidentaux pour atteindre l'Allemagne. 

La logique de Berlin a alors été d'"endiguer" ces flux, c'est-à-dire d'empêcher les personnes d'entrer dans un parcours migratoire. La route des Balkans a été fermée. Un accord a également été passé entre l'Union européenne et la Turquie. En échange d'une aide de 3 milliards d'euros de l'UE, Ankara s'est engagé à contrôler les départs depuis ses côtes. Les flux depuis la Turquie vers la Grèce et l’Allemagne se sont alors considérablement taris.

Les chiffres ont donc significativement baissé. Peut-on encore parler de crise migratoire?

Non, il n'y a pas de crise migratoire. D'ailleurs même en 2014, on n'employait pas cette expression. Les chiffres sont parlants : l'UE enregistrait plus d'1.3 million de demandes d'asile en 2015, contre 705.000 en 2017. La crise est aujourd'hui d'ordre politique.

Demandes d'asiles enregistrées dans l'UE  / Graphique Alternatives Economiques 
Justement, malgré la baisse des flux migratoires, des discours de plus en plus extrémistes et xénophobes ont fleuri sur la scène européenne. Comment expliquer leur portée?

On observe aujourd'hui l'arrivée au pouvoir d'une série de gouvernements hostiles à l'immigration. On l'a vu avec les sorties du ministre de l'Intérieur italien, Matteo Salvini, mais aussi les positions de son homologue autrichien, Sebastian Kurz... Certains Etats, à l'image de la Hongrie et de la Pologne, se définissent même comme des "démocraties illibérales". 

Ces mouvements populistes apportent une réponse simple à des questions complexes : la figure du migrant sert de bouc émissaire, comme cela a souvent été le cas avec les formations d'extrême droite. Ce type de discours est bien reçu par une partie de l'électorat qui, parce qu'il a mal vécu la mondialisation, a envie de renverser la table. Dès lors, ces lignes dures peuvent être payantes à court terme électoralement, mais à long terme, cela ne peut pas tenir.

Emmanuel Macron a affirmé que la France "n'a de leçon à recevoir de personne" sur le dossier des migrants car elle est le "deuxième pays d'accueil des demandeurs d'asile cette année". Un argument qui mériterait selon vous, une nuance?

En effet, car les chiffres sont toujours parlants... mais à condition de les regarder dans leur réalité. Si on prend les chiffres bruts, la France a enregistré 100.000 demandes en 2017. Il est alors facile pour le gouvernement de dire : "Regardez, on est le deuxième pays d'accueil, on est tolérants". Mais si on rapporte le nombre de demandes d’asile déposées par rapport à taille de la population, la France se retrouve finalement en 16ème position par rapport à ses voisins européens. La leçon est un peu courte!

Demandes d'asiles enregistrées dans l'UE rapportées à la population  / Graphique Alternatives Economiques 

On constate aussi que la Suède accueille le plus de demandes d'asile si on rapporte ce chiffre à sa population. On entend pourtant rarement parler les autorités suédoises évoquer une "crise migratoire"...
La question migratoire n'est pas un sujet aussi inflammable en Suède qu'en France. Les Suédois ont une tradition d'accueil des personnes qui ont besoin d'une protection. En France, on a un problème avec la question migratoire, on ne veut pas en parler. Si bien que seuls les extrêmes s'en saisissent. L'espace de débat démocratique lui, est totalement désert.

Selon vous, que peut-on attendre du sommet du 28 juin?
Il est très compliqué de savoir ce qui peut en sortir. Les 28 pays vont sans doute se mettre d'accord sur le renforcement du contrôle aux frontières extérieures de l’espace Schengen. Ils risquent de s’entendre aussi sur la création de zones/camps/centres - on verra bien le nom qui sera retenu - à la fois à l’extérieur et à l’intérieur de l’UE. Sur tout le reste, c’est le grand point d’interrogation.

Propos recueillis par Marie Campistron 

vendredi 22 juin 2018

Mineurs sans papiers : quelle prise en charge en France ?

Au centre du débat politique aux Etats-Unis, la séparation des familles de migrants est interdite en France. Cependant, 306 mineurs ont été enfermés dans le pays en 2017

LE MONDE | | Par

Une femme et ses enfants dans le camp pour migrants et réfugiés de Grande-Synthe (Nord), le 4 octobre 2016.

Depuis le mois de mai, 2 500 jeunes migrants du Mexique et d’Amérique centrale ont été séparés de leurs parents en traversant la frontière avec les Etats-Unis, en application de la politique « tolérance zéro » mise en place par l’administration de Donald Trump. Plusieurs milliers d’autres adolescents ont tenté leur chance sans leur famille, et sont envoyés dans des centres d’hébergements pour les migrants mineurs non accompagnés, dans l’attente du traitement de leur dossier d’asile.

 
« Cet endroit est appelé un “refuge” mais ces enfants sont bel et bien incarcérés », décrit le journaliste Jacob Soboroff après avoir visité, le 15 juin, le plus grand de ces sites au Texas. Le président Donald Trump, devant l’ampleur internationale de la polémique, a signé mercredi 20 juin un décret pour empêcher la séparation des familles – apportant ainsi une réponse temporaire au débat sur la politique migratoire des Etats-Unis.

Les familles avec des enfants mineurs

En France, la séparation des familles et la rétention de mineurs non accompagnés sont illégales. La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a pourtant dénoncé la gestion de l’accueil français à six reprises pour l’enfermement d’enfants en compagnie de leur famille dans des centres de rétention administrative (CRA) : ils étaient 306 en 2017, selon le contrôleur général des lieux de privation de liberté.

 
En juillet 2012, la France est condamnée une première fois pour avoir violé l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme : un couple et deux enfants de 5 mois et 3 ans ont été placés pendant quinze jours dans le centre de rétention administratif de Rouen. « Il convient de garder à l’esprit que la situation d’extrême vulnérabilité des enfants est déterminante et prédomine sur la qualité d’étranger en séjour illégal », rappelle la CEDH. Autrement dit : si le regroupement familial est obligatoire, il ne justifie pas l’enfermement d’enfants. Le discours européen sera le même dans les cinq autres condamnations concernant la France.

Des consignes sont alors envoyées aux préfets, responsables des dispositifs dans les départements, pour « appliquer la procédure d’assignation à résidence plutôt que le placement en rétention » lorsqu’il est décidé qu’une famille doit quitter le territoire français. Depuis, le nombre de mineurs enfermés a chuté avant de progressivement remonter à son plus haut niveau en cinq ans.

Le nombre d'enfants en rétention administrative au plus haut depuis cinq ans

Etrangers de moins de 18 ans placés dans des CRA de métropole, selon les rapports de la Cimade (jusqu'en 2015) et de contrôleur général des lieux de privation de liberté.
0 100 200 300 400 356 312 99 41 45 106 172 304 77 201020112012201320142015201620172018 (janv-avril)
Sources: Cimade, CGLPL
Une hausse due à l’exploitation par certains préfets d’une mesure qui permet la rétention des familles « dans les quarante-huit heures précédant le départ programmé », pour faciliter l’organisation de sortie du territoire. Un « glissement vers l’enfermement » dénoncé par le contrôleur général des lieux de privation de liberté dans un rapport publié le 14 juin, surtout pratiqué dans deux CRA, ceux de Metz-Queuleu (Moselle) et du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne).

Les mineurs non accompagnés

Comme pour les enfants avec leur famille, la rétention de jeunes arrivés seuls sur le territoire français est illégale – contrairement à la situation américaine, ils ne peuvent pas être contraints d’aller dans des centres d’hébergement.
Dans chaque département, l’aide sociale à l’enfance, sous tutelle du conseil départemental, est chargée de l’accueil et de la mise à l’abri des migrants mineurs sous le statut de protection de l’enfance, en partenariat avec le dispositif d’évaluation des mineurs isolés étrangers (Demie) géré par la Croix-Rouge.

 
Contrairement aux familles avec enfants, les mineurs non accompagnés ne peuvent faire l’objet de mesures d’éloignement. Leur prise en charge par les autorités n’est pas liée à leur demande d’asile. Ils sont considérés, par le droit français, comme des enfants avant d’être de jeunes migrants.

Un rapport parlementaire de juin 2017 dénombrait « près de 13 000 mineurs non accompagnés pris en charge par les services départementaux » en France, une statistique en constante augmentation qui s’oppose au nombre de places d’hébergement limitées. Cette saturation est en partie à l’origine de l’opposition entre les conseils départementaux et l’Etat sur la responsabilité des financements pour cet accueil.

Un autre point de tension entre les services de l’Etat est l’évaluation de l’âge des jeunes migrants, qui détermine de manière importante leur niveau de protection : certaines personnes, évaluées mineures dans un département, sont considérées majeures dans un autre, complexifiant les dispositifs d’accompagnement.

Alimentant les débats sur la limite d’âge, les départements demandent fréquemment une radiographie osseuse, dont la fiabilité est vivement critiquée médicalement et judiciairement. Limité aux derniers recours par la garde des sceaux Christiane Taubira en 2013, l’examen médical reste souvent pratiqué aujourd’hui. En décembre 2017, le défenseur des droits Jacques Toubon affirmait encore y être « fermement opposé », et demandait à ce qu’il soit proscrit.

jeudi 21 juin 2018

La nouvelle Internationale Fasciste avec le rejet des migrants comme dénominateur commun



Malgré des données économiques incontestables sur le l'apport de l'immigration aux sociétés occidentales, nous assistons souvent éberlués à une étrange internationale fasciste qui traverse à une magnitude variée les différents pays occidentaux, avec comme dénominateur commun: la haine sociologique et l'intolérance politique des migrants.

Nous devons renouveler de vigilance et nombre de nos organisations antiracistes d'aide aux étrangers n'ont jamais autant eu raison d'exister, malgré les différentes formes d'intimidations (souvent non assumées) et d'insuffisances de moyens auxquelles elles doivent faire face aujourd'hui.



"La légitimité des migrations, qu'elles soient consécutives aux guerres ou aux oppressions de toutes sortes (économiques et sociales), aux dégradations climatiques, est absolue. Vouloir rejeter les migrants, c'est rejeter le monde, c'est rejeter la vie. C'est aussi rejeter les conséquences de nos actes, de nos choix ou tout aussi bien de notre passivité; c'est rejeter l'histoire. Les migrants sont l'expression la plus visible de la nécessité du renversement d'une société régie par la logique marchande, par l'argent roi et l'égoïsme promu valeur dominante. Les migrants sont nos frères humains. La peur ne peut faire oublier que c'est juste un hasard que nous ne soyons pas à leur place. D'un coté il y a un devenir humain qui s'annonce difficile mais de l'autre, il n'y a que l'inhumanité, la barbarie et la honte."
 
Patrick Chamoiseau, Frères migrants.
#droitsdelhomme #WorldRefugeeDay #JourneeMondialedesRefugies

mercredi 20 juin 2018

"Non, les demandeurs d'asile ne sont pas un fardeau pour les économies européennes"


Une étude du CNRS montre "que le critère économique ne peut pas peser dans la décision d’accueillir ou non des réfugiés".

 

Par

Hippolyte d’Albis, directeur de recherche au CNRS et professeur à l’Ecole d’économie de Paris (PSE), vient de démontrer avec deux collègues que les demandeurs d’asile n’étaient pas un "poids" économique pour les pays développés. Explications.

Vous avez essayé de mesurer l’impact des demandeurs d’asile et des flux migratoires sur le PIB par habitant d’une quinzaine de pays européens. Comment avez-vous travaillé? 
 
Nous avons utilisé un modèle nourri des statistiques de 15 pays sur 31 ans, de 1985 à 2015. En regardant les fluctuations économiques sur cette période avec des données très fournies, nous avons dégagé des règles. C'est une approche nouvelle de la question migratoire en économie. Et les tendances sont très claires. 

Quelles sont-elles? 

Nous avons distingué deux phénomènes : les flux migratoires (c’est-à-dire l’augmentation de la population non liée à la natalité, ce qui peut comprendre par exemple l’Allemand qui vient travailler en France, l’époux ou l’épouse étranger d’un Français, le demandeur d’asile régularisé) et les demandes d’asile. Et nous trouvons deux résultats très intéressants L’impact des flux migratoires sur l’économie est nettement positif, beaucoup plus que ce que nous pensions. Il n’y a pas d'ambiguïté. Et l’effet est immédiat sur l’économie. 

Exemple, avec un migrant pour 1.000 habitants, le PIB augmente en moyenne de 0,17% par habitant immédiatement et cela monte jusqu’à 0,32% en année 2. Le taux de chômage, lui, baisse de 0,14 point. Nous avons été surpris par la netteté de ces résultats. 

Et l'impact des demandes d’asile?

L’effet des demandeurs d’asile est aussi assez net. On pourrait penser, comme ils ne peuvent pas travailler quand ils arrivent, pendant qu’on instruit leur dossier, qu’ils pèsent sur la croissance par habitant ou qu’ils coûtent de l’argent aux finances publiques. Eh bien, pas du tout ! L’effet est légèrement positif, très proche de zéro. On ne peut donc pas dire qu’accueillir les demandeurs d’asile soit un fardeau économique  pour les pays européens. 

Pour vous donner une idée de ce que l’on mesure, les flux migratoires ont représenté en moyenne sur 30 ans en France 1,14 personne pour 1.000 habitants. Les demandeurs d’asile, 0,68 personne pour 1.000 habitants. Cela n’augmente pas beaucoup dans la période récente. Dans certains pays, comme le Portugal ou le Royaume-Uni, la proportion est même en baisse.

Quelles conclusions en tirez-vous? 

Que le critère économique ne peut pas peser dans la décision d’accueillir ou non des réfugiés, puisque l’effet est soit neutre, soit positif.

Propos recueillis par Sophie Fay

lundi 11 juin 2018

«Aquarius», «Exodus» : terrible ressemblance

Par Laurent Joffrin, Directeur de la publication de Libération — 

L’Italie refuse désormais d’accueillir dans ses ports le bateau humanitaire «Aquarius» avec quelque 600 migrants à son bord.

Ce n’est pas seulement une rime : Aquarius, Exodus… Le gouvernement italien vient d’annoncer par la voix de son ministre de l’Intérieur Matteo Salvini (Ligue) que l’Italie refusait désormais d’accueillir dans ses ports le bateau humanitaire Aquarius avec quelque 600 migrants à son bord. Il a enjoint aux autorités de Malte de laisser le bateau amarrer dans l’île, mais le gouvernement maltais a rétorqué qu’il n’avait rien à voir dans cette affaire et qu’il refusait de laisser entrer l’Aquarius. En 1947, un bateau affrété par la Haganah, la branche militaire du mouvement sioniste et rebaptisé Exodus, en référence à l’exode des Juifs en Egypte aux temps bibliques, transportant plusieurs milliers de rescapés de la Shoah, avait été arraisonné par la marine britannique et interdit de débarquer en Palestine, but de son voyage. Le gouvernement britannique, pour ménager les Etats arabes, avait promis d’interrompre l’immigration des juifs d’Europe en Palestine. Le sort de ces passagers misérables, errant sur les mers, avait touché le monde entier et favorisé, par l’émotion suscitée, le vote d’une résolution de l’ONU prévoyant un partage de la terre palestinienne entre Juifs et Arabes, ce qui conduisit à la création de l’Etat d’Israël en 1948. Aquarius, Exodus : comment ne pas faire la comparaison?


Point Godwin, dira-t-on : le sort des Juifs d’Europe pendant la guerre et celui des migrants d’aujourd’hui ne sauraient être comparé. Certes. Mais beaucoup des migrants recueillis à bord de l’Aquarius viennent de Libye. Or on connaît le sort de ces réfugiés dans la Libye anarchique et violente. Beaucoup sont pris en otage à des fins de rançon par des bandes sans scrupule, torturés, violés. Les conditions de détention dans ce pays sont souvent inhumaines. On a même détecté la présence dans certaines villes libyennes de «marchés aux esclaves» modernes, qui évoquent un passé en principe révolu. Point d’extermination ni de massacre de masse, bien sûr, distinguons les situations. Mais une violation systématique, cruelle, barbare parfois, des droits humains les plus élémentaires. Sur ce plan-là, et sur ce plan seulement, les situations de l’Exodus et de l’Aquarius finissent par se ressembler.

La fermeture des ports au navire humanitaire, comme le rappelle l’opposition italienne, est totalement contraire au droit maritime et aux conventions internationales, qui prévoient l’accueil impératif des naufragés en mer. L’Italie dirigée par la coalition populiste Ligue-Cinq étoiles leur tourne le dos : immense régression. Il est vrai que l’Italie n’est pas seule responsable. Salvini a beau jeu de rappeler que d’autres pays européens manquent à leurs obligations et ferment autant que possible leurs frontières aux migrants. Du coup l’Italie, comme la Grèce, pour des raisons de proximité géographique, supporte la charge principale de l’accueil des migrants venus du sud de l’Europe. C’est l’impuissance de l’Union à organiser un accueil coordonné qui porte la principale responsabilité de cette situation. Que cette impuissance perdure et la comparaison Exodus-Aquarius deviendra de plus en plus pertinente.

Laurent Joffrin Directeur de la publication de Libération

Migrants : l’Italie avait-elle le droit de fermer ses ports à l’«Aquarius» ?

Le ministre de l’intérieur italien a refusé l’entrée du navire humanitaire, et à ses 629 passagers, dans ses ports. Madrid propose de l’accueillir.


LE MONDE | | Par

Le navire affrété par l’ONG française SOS-Méditerranée est le dernier à opérer des sauvetages en Méditerranée.

L’Espagne a annoncé, lundi 11 juin, être prête à accueillir l’Aquarius, le navire de l’ONG française SOS-Méditerranée immobilisé entre les îles sicilienne et maltaise. L’Italie et Malte ont successivement renoncé à ouvrir leurs eaux territoriales, et a fortiori leurs ports, à ce bateau et ses 629 passagers partis de Libye.

A quelles conditions peut-on opposer un tel refus ? La convention des Nations unies du droit de la mer recèle quelques ambiguïtés.

La localisation est primordiale

Tout d’abord, la localisation du navire humanitaire est capitale, note Thibault Fleury-Graff, professeur de droit public, spécialiste du droit international et des migrations à l’université Rennes-I et membre du collectif Les Surligneurs.

Selon que le bateau se trouve dans les eaux territoriales (jusqu’à 12 milles marins des côtes, soit 22,2 kilomètres) d’un Etat ou dans les eaux internationales, des juridictions différentes s’appliquent.

« L’Aquarius a reçu l’instruction du centre de coordination des secours maritimes italien (IMRCC) de rester en stand-by à sa position actuelle, soit 35 milles nautiques de l’Italie et 27 milles nautiques de Malte », a tweeté l’ONG SOS-Méditerranée dimanche dans la nuit.

La position géographique du bateau incarne l’enjeu de la tension entre Malte et l’Italie. Conformément à la convention Search and Rescue (SAR) de 1979, dont l’objectif est de coordonner la recherche et le secours en mer, chaque Etat est doté d’une zone de recherche des navires en détresse.

La notion de « passage inoffensif »

« Les Etats sont obligés de coopérer pour trouver une place sûre pour débarquer les migrants secourus dans leur zone de recherche et de sauvetage », a expliqué le porte-parole de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), Leonard Doyle, citant des experts juridiques.

Le problème, c’est que l’Aquarius a passé la journée de lundi dans une zone SAR commune à Rome et La Valette. Cela peut expliquer le fait que l’Italie et Malte se soient renvoyé la balle.

Le ministre de l’intérieur italien, Matteo Salvini, n’a pas mis de texte juridique en avant pour appuyer sa décision d’interdire à l’Aquarius l’accès à ses ports.

Selon M. Fleury-Graff, c’est la convention des Nations unies sur le droit de la mer, dite convention de Montego Bay (1982), qui fait autorité. Celle-ci régit notamment le droit au « passage inoffensif dans la mer territoriale ».

L’article 17 de cette convention dispose que « les navires de tous les Etats (…) jouissent du droit de passage inoffensif dans la mer territoriale ». Les articles 18 et 19 définissent cette notion de « passage inoffensif ». Mais ils laissent place à « une certaine ambiguïté », selon M. Fleury-Graff.

« Zone grise du droit »

A propos de l’arrimage de navires dits « inoffensifs », le premier article dispose qu’« on entend par passage (…) se rendre dans les eaux intérieures ou les quitter, ou faire escale dans une (…) installation portuaire ou la quitter. (…) Le passage comprend l’arrêt et le mouillage, mais seulement (…) par suite d’un cas de force majeure ou de détresse ou dans le but de porter secours à des personnes, des navires ou des aéronefs en danger ou en détresse. »

Les 600 migrants à bord du navire ayant été secourus, ils pourraient ne plus être considérés, par les autorités italiennes, comme étant en situation de détresse.

L’Aquarius est-il « inoffensif » ? « C’est là que l’interprétation de Rome devient capitale : on est dans une zone grise du droit », estime le spécialiste de l’asile et de l’immigration. En droit international, « le passage est inoffensif tant qu’il ne porte pas atteinte à la paix, au bon ordre ou à la sécurité de l’Etat côtier », selon l’article 19 de la convention de Montego Bay. Ces atteintes peuvent concerner la menace de son « intégrité territoriale ou [son] indépendance politique », mais également ses « règlements (…) d’immigration ».

Le navire de SOS-Méditerranée enfreint-il ces règles internationales ? C’est ce que semble penser M. Salvini, qui a déclaré, vendredi 8 juin, que les ONG intervenant en Méditerranée agissaient « comme des taxis ». Convaincu que « certaines [ONG] font du bénévolat » mais que « d’autres font des affaires », il a réclamé une intervention de l’OTAN. Avant de prendre les devants vingt-quatre heures plus tard.


« Relocalisation » des migrants : la France a-t-elle tenu ses engagements vis-à-vis de l’Italie ?

Le gouvernement italien, fustigé par l’exécutif français pour son refus d’accueillir l’« Aquarius », renvoie la France à sa promesse de prendre en charge près de 20 000 migrants arrivés en Italie et en Grèce.

LE MONDE | | Par
L’« Aquarius », en Méditerranée, le 13 juin.

« Le pays le plus en tort par rapport à nous, c’est la France. » Accusé, mardi 12 juin, par le gouvernement français d’être cynique et irresponsable parce qu’il a refusé d’accueillir l’Aquarius, un bateau de l’ONG SOS-Méditerranée avec 629 migrants secourus à son bord, le ministre de l’intérieur d’extrême droite italien, Matteo Salvini, n’entend pas « accepter de leçons hypocrites de pays ayant préféré détourner la tête en matière d’immigration ».

Et de poursuivre :
« [La France] n’a pris jusqu’à présent que 640 migrants quand elle s’était engagée pour 9 610 personnes. »
Une référence au programme de relocalisation des demandeurs d’asile mis en place en 2015 par la Commission européenne, pour faire face à la crise migratoire. En raison de l’afflux massif de migrants en Italie et en Grèce cette année-là, la Commission avait décidé de contourner la « procédure Dublin », qui oblige les migrants à déposer leur demande d’asile dans le premier pays où ils arrivent, et de répartir dans les différents Etats membres (et dans d’autres pays volontaires, comme la Suisse ou la Norvège) les demandes de près de 100 000 migrants.

La France n’a pas atteint ses objectifs vis-à-vis de l’Italie

Les chiffres cités par M. Salvani correspondent, dans l’ensemble, à la réalité : d’après les derniers chiffres de la Commission européenne, datant de mai 2018, la France aurait accueilli seulement 635 migrants arrivés en Italie… alors qu’elle s’était engagée à en recevoir 7 115, soit moins de 9 % de son quota.

La France fait partie des pays d'Europe de l'ouest et centrale ayant le moins accueilli de migrants arrivés en Italie

Nombre de personnes arrivées en Italie et effectivement relocalisées dans les Etats européens, au 31 mai 2018. En haut, les pays ayant le plus respecté leur quota. En bas, ceux étant les plus éloignés de leur quota.
0 2000 4000 6000 8000 10000 12000 Différence par rapport à l'engagement auprès de la Commission européenne Relocalisé depuis l'Italie Suède Finlande Allemagne Pays-Bas Belgique PortugalAutriche FranceEspagne Irlande Pologne
Pologne
Différence par rapport à l'engagement auprès de la Commission européenne : 1 861
« La relocalisation à partir de l’Italie n’a pas très bien fonctionné parce qu’une fois arrivés là, les migrants peuvent repartir seuls vers l’Europe du Nord », rappelle le directeur de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), Pascal Brice, qui observe ainsi pourquoi ces derniers n’ont pas souhaité entrer dans le dispositif.

Les populations qui traversent l’Italie comptent beaucoup de Soudanais et d’Erythréens, deux nationalités dont les communautés sont nombreuses en Europe du Nord et au Royaume-Uni, mais pas vraiment en France. A ce point s’ajoute le fait que les Italiens ont attendu 2016 pour autoriser la France à venir dans les centres d’accueil (les « hot spots ») sur son territoire.

De meilleurs résultats concernant les migrants arrivés en Grèce

En revanche, l’Ofpra a très tôt pu se rendre en Grèce et entendre des migrants éligibles à l’asile, afin de leur proposer une relocalisation en France. L’Ofpra a pu travailler en continu à Athènes, ce qui explique, en partie, le fait que les engagements français vis-à-vis des Grecs aient été mieux tenus.

Migrants arrivés en Grèce : la France a accueilli plus de 60 % des personnes qu'elle s'était engagée à recevoir

Nombre de personnes arrivées en Grèce et effectivement relocalisées dans les pays européens, au 31 mai 2018. En haut, les pays ayant le plus respecté leur quota (les valeurs négatives indiquent qu'ils ont accueilli plus de personnes que leur quota). En bas, ceux étant les plus éloignés de leur quota.
-2000 0 2000 4000 6000 8000 10000 12000 Différence par rapport à l'engagement auprès de la Commission européenne Relocalisé depuis la Grèce Irlande Finlande Suède PortugalPays-Bas FranceAllemagne Belgique Espagne Autriche Pologne
Pologne
Différence par rapport à l'engagement auprès de la Commission européenne : 1 861
L’engagement de la France vis-à-vis de la Grèce pourrait d’ailleurs être amené à évoluer : près de 16 000 personnes sont encore en attente de prise en charge en Grèce.