lundi 11 juin 2018

«Aquarius», «Exodus» : terrible ressemblance

Par Laurent Joffrin, Directeur de la publication de Libération — 

L’Italie refuse désormais d’accueillir dans ses ports le bateau humanitaire «Aquarius» avec quelque 600 migrants à son bord.

Ce n’est pas seulement une rime : Aquarius, Exodus… Le gouvernement italien vient d’annoncer par la voix de son ministre de l’Intérieur Matteo Salvini (Ligue) que l’Italie refusait désormais d’accueillir dans ses ports le bateau humanitaire Aquarius avec quelque 600 migrants à son bord. Il a enjoint aux autorités de Malte de laisser le bateau amarrer dans l’île, mais le gouvernement maltais a rétorqué qu’il n’avait rien à voir dans cette affaire et qu’il refusait de laisser entrer l’Aquarius. En 1947, un bateau affrété par la Haganah, la branche militaire du mouvement sioniste et rebaptisé Exodus, en référence à l’exode des Juifs en Egypte aux temps bibliques, transportant plusieurs milliers de rescapés de la Shoah, avait été arraisonné par la marine britannique et interdit de débarquer en Palestine, but de son voyage. Le gouvernement britannique, pour ménager les Etats arabes, avait promis d’interrompre l’immigration des juifs d’Europe en Palestine. Le sort de ces passagers misérables, errant sur les mers, avait touché le monde entier et favorisé, par l’émotion suscitée, le vote d’une résolution de l’ONU prévoyant un partage de la terre palestinienne entre Juifs et Arabes, ce qui conduisit à la création de l’Etat d’Israël en 1948. Aquarius, Exodus : comment ne pas faire la comparaison?


Point Godwin, dira-t-on : le sort des Juifs d’Europe pendant la guerre et celui des migrants d’aujourd’hui ne sauraient être comparé. Certes. Mais beaucoup des migrants recueillis à bord de l’Aquarius viennent de Libye. Or on connaît le sort de ces réfugiés dans la Libye anarchique et violente. Beaucoup sont pris en otage à des fins de rançon par des bandes sans scrupule, torturés, violés. Les conditions de détention dans ce pays sont souvent inhumaines. On a même détecté la présence dans certaines villes libyennes de «marchés aux esclaves» modernes, qui évoquent un passé en principe révolu. Point d’extermination ni de massacre de masse, bien sûr, distinguons les situations. Mais une violation systématique, cruelle, barbare parfois, des droits humains les plus élémentaires. Sur ce plan-là, et sur ce plan seulement, les situations de l’Exodus et de l’Aquarius finissent par se ressembler.

La fermeture des ports au navire humanitaire, comme le rappelle l’opposition italienne, est totalement contraire au droit maritime et aux conventions internationales, qui prévoient l’accueil impératif des naufragés en mer. L’Italie dirigée par la coalition populiste Ligue-Cinq étoiles leur tourne le dos : immense régression. Il est vrai que l’Italie n’est pas seule responsable. Salvini a beau jeu de rappeler que d’autres pays européens manquent à leurs obligations et ferment autant que possible leurs frontières aux migrants. Du coup l’Italie, comme la Grèce, pour des raisons de proximité géographique, supporte la charge principale de l’accueil des migrants venus du sud de l’Europe. C’est l’impuissance de l’Union à organiser un accueil coordonné qui porte la principale responsabilité de cette situation. Que cette impuissance perdure et la comparaison Exodus-Aquarius deviendra de plus en plus pertinente.

Laurent Joffrin Directeur de la publication de Libération

Migrants : l’Italie avait-elle le droit de fermer ses ports à l’«Aquarius» ?

Le ministre de l’intérieur italien a refusé l’entrée du navire humanitaire, et à ses 629 passagers, dans ses ports. Madrid propose de l’accueillir.


LE MONDE | | Par

Le navire affrété par l’ONG française SOS-Méditerranée est le dernier à opérer des sauvetages en Méditerranée.

L’Espagne a annoncé, lundi 11 juin, être prête à accueillir l’Aquarius, le navire de l’ONG française SOS-Méditerranée immobilisé entre les îles sicilienne et maltaise. L’Italie et Malte ont successivement renoncé à ouvrir leurs eaux territoriales, et a fortiori leurs ports, à ce bateau et ses 629 passagers partis de Libye.

A quelles conditions peut-on opposer un tel refus ? La convention des Nations unies du droit de la mer recèle quelques ambiguïtés.

La localisation est primordiale

Tout d’abord, la localisation du navire humanitaire est capitale, note Thibault Fleury-Graff, professeur de droit public, spécialiste du droit international et des migrations à l’université Rennes-I et membre du collectif Les Surligneurs.

Selon que le bateau se trouve dans les eaux territoriales (jusqu’à 12 milles marins des côtes, soit 22,2 kilomètres) d’un Etat ou dans les eaux internationales, des juridictions différentes s’appliquent.

« L’Aquarius a reçu l’instruction du centre de coordination des secours maritimes italien (IMRCC) de rester en stand-by à sa position actuelle, soit 35 milles nautiques de l’Italie et 27 milles nautiques de Malte », a tweeté l’ONG SOS-Méditerranée dimanche dans la nuit.

La position géographique du bateau incarne l’enjeu de la tension entre Malte et l’Italie. Conformément à la convention Search and Rescue (SAR) de 1979, dont l’objectif est de coordonner la recherche et le secours en mer, chaque Etat est doté d’une zone de recherche des navires en détresse.

La notion de « passage inoffensif »

« Les Etats sont obligés de coopérer pour trouver une place sûre pour débarquer les migrants secourus dans leur zone de recherche et de sauvetage », a expliqué le porte-parole de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), Leonard Doyle, citant des experts juridiques.

Le problème, c’est que l’Aquarius a passé la journée de lundi dans une zone SAR commune à Rome et La Valette. Cela peut expliquer le fait que l’Italie et Malte se soient renvoyé la balle.

Le ministre de l’intérieur italien, Matteo Salvini, n’a pas mis de texte juridique en avant pour appuyer sa décision d’interdire à l’Aquarius l’accès à ses ports.

Selon M. Fleury-Graff, c’est la convention des Nations unies sur le droit de la mer, dite convention de Montego Bay (1982), qui fait autorité. Celle-ci régit notamment le droit au « passage inoffensif dans la mer territoriale ».

L’article 17 de cette convention dispose que « les navires de tous les Etats (…) jouissent du droit de passage inoffensif dans la mer territoriale ». Les articles 18 et 19 définissent cette notion de « passage inoffensif ». Mais ils laissent place à « une certaine ambiguïté », selon M. Fleury-Graff.

« Zone grise du droit »

A propos de l’arrimage de navires dits « inoffensifs », le premier article dispose qu’« on entend par passage (…) se rendre dans les eaux intérieures ou les quitter, ou faire escale dans une (…) installation portuaire ou la quitter. (…) Le passage comprend l’arrêt et le mouillage, mais seulement (…) par suite d’un cas de force majeure ou de détresse ou dans le but de porter secours à des personnes, des navires ou des aéronefs en danger ou en détresse. »

Les 600 migrants à bord du navire ayant été secourus, ils pourraient ne plus être considérés, par les autorités italiennes, comme étant en situation de détresse.

L’Aquarius est-il « inoffensif » ? « C’est là que l’interprétation de Rome devient capitale : on est dans une zone grise du droit », estime le spécialiste de l’asile et de l’immigration. En droit international, « le passage est inoffensif tant qu’il ne porte pas atteinte à la paix, au bon ordre ou à la sécurité de l’Etat côtier », selon l’article 19 de la convention de Montego Bay. Ces atteintes peuvent concerner la menace de son « intégrité territoriale ou [son] indépendance politique », mais également ses « règlements (…) d’immigration ».

Le navire de SOS-Méditerranée enfreint-il ces règles internationales ? C’est ce que semble penser M. Salvini, qui a déclaré, vendredi 8 juin, que les ONG intervenant en Méditerranée agissaient « comme des taxis ». Convaincu que « certaines [ONG] font du bénévolat » mais que « d’autres font des affaires », il a réclamé une intervention de l’OTAN. Avant de prendre les devants vingt-quatre heures plus tard.


« Relocalisation » des migrants : la France a-t-elle tenu ses engagements vis-à-vis de l’Italie ?

Le gouvernement italien, fustigé par l’exécutif français pour son refus d’accueillir l’« Aquarius », renvoie la France à sa promesse de prendre en charge près de 20 000 migrants arrivés en Italie et en Grèce.

LE MONDE | | Par
L’« Aquarius », en Méditerranée, le 13 juin.

« Le pays le plus en tort par rapport à nous, c’est la France. » Accusé, mardi 12 juin, par le gouvernement français d’être cynique et irresponsable parce qu’il a refusé d’accueillir l’Aquarius, un bateau de l’ONG SOS-Méditerranée avec 629 migrants secourus à son bord, le ministre de l’intérieur d’extrême droite italien, Matteo Salvini, n’entend pas « accepter de leçons hypocrites de pays ayant préféré détourner la tête en matière d’immigration ».

Et de poursuivre :
« [La France] n’a pris jusqu’à présent que 640 migrants quand elle s’était engagée pour 9 610 personnes. »
Une référence au programme de relocalisation des demandeurs d’asile mis en place en 2015 par la Commission européenne, pour faire face à la crise migratoire. En raison de l’afflux massif de migrants en Italie et en Grèce cette année-là, la Commission avait décidé de contourner la « procédure Dublin », qui oblige les migrants à déposer leur demande d’asile dans le premier pays où ils arrivent, et de répartir dans les différents Etats membres (et dans d’autres pays volontaires, comme la Suisse ou la Norvège) les demandes de près de 100 000 migrants.

La France n’a pas atteint ses objectifs vis-à-vis de l’Italie

Les chiffres cités par M. Salvani correspondent, dans l’ensemble, à la réalité : d’après les derniers chiffres de la Commission européenne, datant de mai 2018, la France aurait accueilli seulement 635 migrants arrivés en Italie… alors qu’elle s’était engagée à en recevoir 7 115, soit moins de 9 % de son quota.

La France fait partie des pays d'Europe de l'ouest et centrale ayant le moins accueilli de migrants arrivés en Italie

Nombre de personnes arrivées en Italie et effectivement relocalisées dans les Etats européens, au 31 mai 2018. En haut, les pays ayant le plus respecté leur quota. En bas, ceux étant les plus éloignés de leur quota.
0 2000 4000 6000 8000 10000 12000 Différence par rapport à l'engagement auprès de la Commission européenne Relocalisé depuis l'Italie Suède Finlande Allemagne Pays-Bas Belgique PortugalAutriche FranceEspagne Irlande Pologne
Pologne
Différence par rapport à l'engagement auprès de la Commission européenne : 1 861
« La relocalisation à partir de l’Italie n’a pas très bien fonctionné parce qu’une fois arrivés là, les migrants peuvent repartir seuls vers l’Europe du Nord », rappelle le directeur de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), Pascal Brice, qui observe ainsi pourquoi ces derniers n’ont pas souhaité entrer dans le dispositif.

Les populations qui traversent l’Italie comptent beaucoup de Soudanais et d’Erythréens, deux nationalités dont les communautés sont nombreuses en Europe du Nord et au Royaume-Uni, mais pas vraiment en France. A ce point s’ajoute le fait que les Italiens ont attendu 2016 pour autoriser la France à venir dans les centres d’accueil (les « hot spots ») sur son territoire.

De meilleurs résultats concernant les migrants arrivés en Grèce

En revanche, l’Ofpra a très tôt pu se rendre en Grèce et entendre des migrants éligibles à l’asile, afin de leur proposer une relocalisation en France. L’Ofpra a pu travailler en continu à Athènes, ce qui explique, en partie, le fait que les engagements français vis-à-vis des Grecs aient été mieux tenus.

Migrants arrivés en Grèce : la France a accueilli plus de 60 % des personnes qu'elle s'était engagée à recevoir

Nombre de personnes arrivées en Grèce et effectivement relocalisées dans les pays européens, au 31 mai 2018. En haut, les pays ayant le plus respecté leur quota (les valeurs négatives indiquent qu'ils ont accueilli plus de personnes que leur quota). En bas, ceux étant les plus éloignés de leur quota.
-2000 0 2000 4000 6000 8000 10000 12000 Différence par rapport à l'engagement auprès de la Commission européenne Relocalisé depuis la Grèce Irlande Finlande Suède PortugalPays-Bas FranceAllemagne Belgique Espagne Autriche Pologne
Pologne
Différence par rapport à l'engagement auprès de la Commission européenne : 1 861
L’engagement de la France vis-à-vis de la Grèce pourrait d’ailleurs être amené à évoluer : près de 16 000 personnes sont encore en attente de prise en charge en Grèce.
 

Seconde édition du Tournoi "Les Gestes Qui Sauvent"




Très belle initiative pour laquelle nous adressons nos sincères encouragements et félicitations aux promoteurs, notamment Patrick Kouoh qui a porté ce projet jusqu'à sa réalisation.


Sarcelles : un tournoi de foot « pour dire aux jeunes qu’un accident peut arriver »

Le Parisien| Marie Persidat| 09 juin 2018

Lilian Thuram est venu participer au tournoi « les gestes qui sauvent » pour sensibiliser les jeunes aux risques de malaise cardiaque durant la pratique sportive. LP/Marie Persidat

Lilian Thuram est venu participer à la seconde édition du tournoi « les gestes qui sauvent » au centre sportif Nelson Mandela.

« Garder la mémoire et sensibiliser les jeunes, c’est une bonne cause. Il faut dire aux joueurs et à leurs parents qu’un accident peut arriver lorsque l’on fait du sport. » Si le footballeur et ancien champion du monde Lilian Thuram est venu mouiller le maillot samedi à Sarcelles, ce n’était pas du tout pour entretenir la nostalgie de 1998, à quelques jours de l’ouverture de la Coupe du monde en Russie. L’ex-international participait à un tournoi pas comme les autres, organisé par l’association « les gestes qui sauvent ».

Sur le bord du terrain, les démonstrations de massage cardiaque alternaient avec les matchs disputés par neuf équipes venues de toute l’Ile-de-France. C’est le décès de Yannick Mengue en février 2016 qui est à l’origine de cette initiative. « On jouait tous ensemble à Sarcelles, et un jour il est tombé d’un coup sur le terrain lors d’un déplacement à Lyon », raconte Erick-Mike Peck de l’association.

« Nous étions paniqués. » Malgré l’intervention des secours et l’évacuation par hélicoptère, le papa de 32 ans ne se réveillera pas. C’est pour lui rendre hommage et tirer les leçons de ce drame que le tournoi « les gestes qui sauvent » a été créé. Et la venue de plusieurs personnalités à cette seconde édition souligne bien l’importance de ce sujet méconnu.

Thuram : « Moi-même, on m’a détecté un problème au coeur »

« Il faut être attentif à soi-même et savoir comment réagir », commentait ainsi Lilian Thuram venu disputer le match de gala aux côtés d’autres ex-champions comme Vincent Guérin et Didier Six ainsi que d’autres grands joueurs camerounais. « Moi-même, j’ai dû arrêter de jouer car on m’a détecté un problème au cœur », se souvient l’ancien vainqueur du Mondial 98.

95% des accidents surviennent dans le monde du sport amateur

Comme l’explique le Dr Armand Nghemkap, qui exerce au centre hospitalier de Soissons (Aisne) et a beaucoup travaillé sur le sujet, « entre 800 et 1 600 décès surviennent durant une pratique sportive en France chaque année. Souvent ils sont dus à des malformations cardiaques silencieuses, asymptomatiques » mais révélées lors d’une « accélération du cœur. »

A 95 %, les accidents surviennent dans le monde du sport amateur, « car il y a trop de gens qui s’inscrivent à des marathons alors qu’ils ont un mode de vie trop sédentaire », estime l’urgentiste. « Et souvent il n’y a pas eu de visite médicale préalable, alors que 90 % des anomalies cardiaques se détectent à l’électrocardiogramme. »

mercredi 30 mai 2018

Migrants : « Les campements ne sont pas constitués d’une majorité de primo-arrivants »

Le directeur de l’Office français de l’immigration et de l’intégration revient sur le démantèlement, à Paris, du campement du Millénaire et les suites possibles.
LE MONDE | | Par


Pendant le démantèlement du camp du Millénaire, à Paris.

Établi en décembre 2017 sur les bords du bassin de la Villette (19e arrondissement), le campement du Millénaire, près de la porte d’Aubervilliers à Paris, a été évacué mercredi 30 mai au matin. Cette évacuation, la 35organisée dans la capitale depuis trois ans, « conduira à l’hébergement temporaire des personnes concernées (…) puis à l’examen de la situation administrative de ces personnes », a déclaré le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, dans un communiqué.

Didier Leschi, directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), organisme chargé de l’intégration des migrants pendant les cinq premières années de leur présence en France, revient sur cette opération et ses suites.

 
Quel bilan tirez-vous du démantèlement du camp du Millénaire ?
Ce qui apparaît, c’est que la constitution des campements ne s’explique pas par la présence majoritaire de primo-arrivants, alors que tous les débats sur les campements portent là-dessus. C’est ce qu’atteste la présence importante dans les gymnases de personnes qui ont déjà le statut de réfugié ou qui sont déjà enregistrés comme demandeur d’asile.

Les moyens que des réfugiés – qui ont le même statut juridique que vous et moi – mettent en œuvre pour accéder à un hébergement sont donc de s’installer sur le trottoir pour être pris en charge. On voit apparaître un phénomène de précarisation des réfugiés qui peut aussi résulter de l’accélération des procédures.

La deuxième chose, mais c’est vrai pour des réfugiés comme pour des demandeurs d’asile, c’est qu’on a des personnes qui avaient déjà été prises en charge dans des structures d’hébergement qui les ont volontairement quittées. Manifestement, il y a l’attrait de Paris et de l’Ile-de-France et le sentiment qu’il vaut mieux être dans la grande ville, qu’être hébergé en région. C’est un phénomène qu’on avait déjà vu à Calais.

Enfin, ce qu’a révélé le faible nombre de personnes prises en charge par rapport à ce qui était estimé – 1 016 personnes ont été évacuées alors que de précédentes estimations faisaient état de 1 600 à 2 000 migrants présents sur le campement du Millénaire –, c’est qu’un certain nombre de personnes sont parties, soit parce qu’elles ont des enregistrements d’empreintes en Italie, soit parce qu’elles ont déjà été déboutées de leur demande d’asile dans un pays.

Que va-t-il se passer maintenant?

Il y a un processus qui relève directement de l’OFII : les personnes déjà en demande d’asile vont être réorientées soit là où elles étaient hébergées, soit vers de nouveaux hébergements ; celles qui ne sont pas encore enregistrées vont être accompagnées vers le lieu d’enregistrement de la demande d’asile, et après, orientées vers des hébergements du dispositif national d’accueil.

Là où l’OFII n’est pas compétent, c’est sur la question des réfugiés statutaires : il y a certes des centres provisoires d’hébergement qui existent, mais ils sont de courte durée, on y met les personnes en situation vulnérable, les familles, etc., mais sur la longue durée, on sent bien que le problème est l’articulation entre autonomie financière et logement.

Considérant qu’il manque près de 500 personnes, il est possible de voir d’autres campements se réinstaller?

Ce jeu du chat et de la souris n’est pas nouveau. Puisqu’on avait déjà une difficulté à prendre en charge, dans le cadre des maraudes, une partie de ceux qui dorment sur le trottoir et qui refusaient de rejoindre les centres d’accueil mis en place par le préfet de région après la fermeture du centre de premier accueil de la porte de la Chapelle. Et là aussi, c’est un phénomène qu’on avait constaté au début du démantèlement de Calais, un refus de monter dans le bus pour l’orientation vers l’hébergement. C’est la difficulté de prendre en charge des gens qui sont pourtant dans une situation de détresse, mais qui ne veulent pas quitter certaines zones.


Mercredi 30 mai, après l’évacuation du camp du Millénaire, à Paris.
Le système d’accueil est-il perfectible?

Oui, mais il ne faut pas se tromper sur la nature du problème qui est, aujourd’hui, plus en aval qu’en amont de l’enregistrement de la demande d’asile. En amont, c’est la capacité à accéder au guichet unique de demande d’asile, et ça, on est en train de le régler. Les délais sont considérablement réduits, et grâce à la plate-forme téléphonique mise en place par l’OFII en douze langues, on est à quatre jours pour l’accès au GUDA.

L’enjeu est plus la question de l’intégration de ceux qui ont déjà le statut de réfugiés : comment on les prend en charge, alors que théoriquement, sur le plan juridique, ils rentrent dans le droit commun ? Et, pour les demandeurs d’asile, comment on les stabilise dans les lieux d’accueil, dès lors qu’ils ne correspondent pas à ce qu’ils souhaitent, pour telle ou telle raison?

La sanction, c’est normalement qu’on leur coupe l’allocation pour demandeurs d’asile, quand ils quittent les centres d’accueil, mais on voit là qu’il y a quelque chose à penser : peut-être au renforcement des mécanismes de prise en charge dans les structures d’accueil, pour éviter ce phénomène de départ.

L’État a démantelé des dizaines de camps de migrants à Paris depuis juin 2015

EN UN GRAPHIQUE – L’évacuation du camp de migrants de la Villette, mercredi, est le dernier d’une longue liste effectuée par l’Etat depuis juin 2015.
LE MONDE |  

Plus de mille migrants ont été évacués des bords du canal Saint-Denis (Paris), mercredi 30 mai. Le camp du Millénaire — du nom d’un centre commercial voisin — était installé à proximité de la porte de la Villette, dans le 19e arrondissement de Paris, depuis des mois. Il s’agissait de la première évacuation depuis l’été 2017, après de nombreuses opérations en 2015 et en 2016.

35 opérations de démantèlement d’au moins 39 camps

L’Etat a fait savoir que l’opération du 30 mai était la 35e de ce type en trois ans à Paris avec, selon notre comptage, au moins 39 sites de campement évacués depuis le 2 juin 2015.

Des premières évacuations, à partir du mois de juin 2015, avec déjà 16 démantèlements en six mois, le nombre est passé à au moins 19 en 2016, avant de retomber à trois en 2017 et un seul en 2018, celui du camp du Millénaire.
In fine, l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) examinera la situation des personnes évacuées de ces campements vers des gymnases d’Ile-de-France pour déterminer leurs droits et vers quelle structure elles peuvent être dirigées.

Des dizaines de camps évacués à Paris depuis juin 2015
 
Cette carte et ce graphique représentent les camps de migrants évacués à Paris depuis juin 2015, ainsi que leur localisation et le nombre de personnes qu'ils abritaient.
Sélectionnez les barres ou les cercles sur la carte pour afficher le détail des évacuations.
20152016201720185001 0001 5002 0002 5003 0003 500Nombre de migrants
3e19e20e17e10e13e11e18e ∙∙∙∙∙∙ 200 migrants ∙∙∙∙∙∙ 2 500 migrants
Source : Le Monde, AFP, La Croix, préfecture de police de Paris
30 000 personnes évacuées en trois ans
 
Ces opérations se sont soldées par l’évacuation d’environ 30 000 personnes en trois ans (qui peuvent parfois être les mêmes revenant ensuite sur le même lieu) de sites concentrés dans les 18e et 19e arrondissements, dans le nord de la capitale.

A l’exception d’un campement quai d’Austerlitz (13e arrondissement), de ceux de la place de la République (3e, 10e et 11e) et de la porte de Saint-Ouen (17e et 18e), ce sont ces deux quartiers du nord-est parisien qui ont accueilli la majorité des campements de migrants.