dimanche 14 juillet 2019

"L'hypocrisie néocoloniale française 2.0 "

Évacuation sauvage des migrants sans papiers du Panthéon le lendemain d'une rencontre paternaliste organisée à l'Élysée avec de pseudo représentants de la diaspora africaine en France..



C'est aussi ainsi que se passait la traite négrière autrefois: pendant que des milliers d'africains étaient entassés de force dans les cales des navires négriers, d'autres africains pensaient faire et parler "affaires" dans les chefferies locales et parfois dans les lieux de pouvoir en Europe et particulièrement en France.

Pourtant ces migrants sans papiers sont d'abord la face visible de ces dictatures, de cette mal gouvernance chronique et surtout de ces violations récurrentes des droits de l'Homme dont M. Macron et nombre de ses hôtes n'ont absolument rien à foutre.

Parler investissements directs et développement de l'Afrique à travers les diasporas, en sélectionnant arbitrairement celles-ci, puis en niant et occultant d'emblée les causes profondes des drames vécus par les Africains sur leur continent et en France... participe d'une autre entreprise de trahison historique à laquelle je ne voudrai jamais être associé, ou participer.

En effet autant je suis disposé à parler du développement de l'Afrique avec les américains, les chinois, les indiens et bien d’autres partenaires francs et directs, autant je m'interdis d'emblée d'en faire de même avec des représentants d'une ancienne puissance coloniale qui biaisent avec l'histoire commune en se souciant uniquement de perpétuer un bon vieux modèle d'économie néo-coloniale avec l'aide de nouveaux kapos.

JDE


FRANCE:DE LA COMÉDIE DE L'ÉLYSÉE À LA TRAGÉDIE DU PANTHÉON...:LEÇONS POUR L'AVENIR *



Par Achille Mbembe

C'est comme si chaque fois que l'on ouvre les yeux, il y a des personnes humaines d'origine africaine quelque part dans notre monde en train d'etre brutalises par une autorité ou une autre.

Ailleurs, loin de chez eux, hors d’Afrique.

Mais en Afrique aussi, entre les mains des leurs - des coups, surtout des coups, la brutalité avec laquelle tout corps de nègre (simple gisement musculaire) est traité!

Et cela fait très longtemps que ça dure.

Ca dure depuis tant de temps que cela n’étonne plus personne.

Les Nègres, on s'attend a ce qu'ils soient brutalises, et c'est le contraire qui est anormal.

Il y a quelques semaines, un camp de prisonniers (car c'est de cela qu'il s'agit) en majorité africains a été littéralement bombarde en Libye. Plusieurs dizaines d'entre eux ont été tués.

Pas un seul mot de nos Chefs d'Etat.

Pas un seul mot des représentants des peuples africains. Pas un seul mot des organisations continentales, encore moins de nos intellectuels, artistes, footballeurs, hommes et femmes d’Église ou entrepreneurs.

Après deux jours, la nouvelle a disparu des grands médias occidentaux. Et tout a recommence comme si rien n'avait jamais eu lieu. De telles vies comptent-elles seulement?

La Libye est un pays ou existent des marches d'esclaves africains en plein XXIe siècle. Tout le monde le sait.

Elle est un pays ravage par le racisme anti-nègre qui menace de plus en plus la plupart des États maghrébins. Tout le monde le sait.

Tout le monde le sait par ailleurs, certaines puissances européennes revendiquant le statut d'"amies des Africains" procurent des armes sophistiquées a l'une ou l'autre des milices qui se disputent le pouvoir a Tripoli.

L'Europe, qui a joue un rôle déterminant dans la destruction de la Libye, leur procure d’énormes sommes d'argent.



L'objectif est d’empêcher la migration des Nègres en Europe.

En realite, il s'agit de subsides a la chasse de captifs negres que l'on entasse dans des prisons qui ne disent pas leur nom, et que l'on revend a l'encan sur les marches locaux. Un commerce ignominieux est en cours dont les corps d'ebene servent une fois de plus de monnaie.

Ceci, l'Europe prétend ne pas le voir, tout comme elle s’échine a rendre invisible la saignée en cours en Méditerranéenne.

Au sujet de ce scandale, nos Chefs d’État n'ont aucun mot a dire. Nos intellectuels, nos artistes, nos footballeurs, nos hommes et femmes d’Église et nos entrepreneurs non plus.

Hier, le Président Emmanuel Macron a réuni à l’Élisée des individus choisis au hasard par son gouvernement. Ces individus de son choix sont supposes représenter "la diaspora africaine" en France. Le Président Macron, nous dit-on, est un grand intellectuel. Il serait un disciple de Paul Ricoeur et aurait suivi des séminaires avec Etienne Balibar.

Mais quand il s'agit de l'Afrique, il évite soigneusement de discuter avec des intellectuels africains critiques. Ils risquent de lui poser toutes les questions qui gênent, de lui opposer des arguments sérieux auxquels il n'a aucune réponse plausible. Ils risquent de remettre publiquement en question les trois piliers de la politique française - le militarisme, le mercantilisme et le paternalisme.

Et, naturellement, le soutien sans condition a des régimes corrompus qui militent activement contre les intérêts bien compris du Continent.

Le Président Macron leur préfère des gens choisis par ses diverses cellules de communication et autres conseils présidentiels - de pauvres étudiants d'une pauvre université qui ne savent pas comment formuler des questions pertinentes et qu'il se fait fort de ridiculiser; des quidam qui n'ont étudié aucun dossier en profondeur et se contentent de généralités; des Nègres de pacotille trop heureux de servir le Maître lorsqu'il ne s'agit pas d'opportunistes peu scrupuleux en quete de prébendes.

Tout heureux de se retrouver sous les lambris, hier ils lui ont en effet pose des questions de complaisance et ont soigneusement évite de traiter des vrais dilemmes - ceux qui font des rapports entre la France et l"Afrique le paradigme même du scandale néocolonial.



Ce soir, cette comédie s'est révélée être ce qu'elle a toujours été.

Des centaines d'Africains sans papiers ont occupe le Panthéon pour exposer aux yeux du monde le traitement qu'ils subissent en France.

La réponse ne s'est pas fait attendre. Ils ont été "évacués" sans ménagement, a la manière exacte dont ils sont traites dans leurs pays respectifs par leurs propres gouvernements.
Quant prendra fin ce scandale? Quand apprendrons-nous a gagner de nouveau? Quand est-ce que les vies nègres compteront enfin?

Tant que l'Afrique ne deviendra pas son centre propre, tant qu'elle ne se reconstituera pas en tant que vaste espace de circulation, tant qu'aucun Africain ne sera traite comme étranger en Afrique même, la brutalisation des corps nègres se poursuivra.

Pour le reste, le salut ne viendra pas de la France. Il n'y a strictement rien a attendre d'elle que nous ne puissions nous offrir a nous-mêmes. Le salut ne viendra pas non plus des diasporas. Il viendra d'abord de l'Afrique elle-même.
Il faut donc réapprendre a faire corps et reprendre la lutte. Il faut l'intensifier la ou elle est déjà en cours. Il faut puiser dans la mémoire, la créativité et les énergies souterraines de nos peuples pour aller de l'avant.

Nul ne nous libérera a notre place ou malgré nous. Les vies des nôtres disperses dans les quatre coins du monde ne compteront véritablement que le jour ou l'Afrique sera debout sur ses propres jambes.

Et c'est a travailler a reconquérir cette initiative historique que nous sommes appelés. Tout le reste n'est que diversion.

* Le titre est personnel

Achille Mbembe via Abdelaziz Moundé Njimbam

samedi 6 juillet 2019

Les mineurs étrangers, premières victimes de la loi asile et immigration


Tribune

Les mineurs étrangers, premières victimes de la loi asile et immigration 

 

Par Un collectif de personnalités politiques et le Syndicat des avocats de France (SAF)

La politique du gouvernement est de plus en plus répressive à l'égard des enfants étrangers, au mépris du droit international.
Tribune. Depuis l’adoption de la loi asile et immigration du 10 septembre 2018, les mesures de répression se sont renforcées pour tenter d’éloigner toujours plus les personnes étrangères de notre pays. Parmi les dispositions les plus choquantes : le doublement de la durée maximale de rétention, passant de 45 à 90 jours. Aucun gouvernement français n’avait jusque-là proposé une telle durée de privation de liberté pour décourager les demandeurs d’asiles.

Plus grave encore, cette politique répressive continue de s’appliquer aux mineurs. En 2018, 208 enfants étrangers ont été enfermés dans des centres de rétention administrative en France métropolitaine. En zone d’attente en 2018, uniquement pour l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, 513 mineurs ont été enfermés, dont 134 mineurs isolés.

La situation est si alarmante, que le 25 avril dernier, l’Unicef et 17 organisations lançaient un appel pour dénoncer les conséquences dramatiques de l’enfermement sur les mineurs. En effet, dans les centres de rétention et dans les zones d’attente, ces enfants par essence vulnérables sont délibérément privés de leurs droits et exposés à des formes de violence qui les marquent durablement. Enfermer ces enfants, même sur une courte durée, c’est les exposer à de graves traumatismes physiques et psychologiques.

Dans cette folie sécuritaire, le gouvernement a oublié un principe fondamental : avant d’être des étrangers, ce sont des enfants que notre pays se doit de protéger. Au-delà de l’humanisme le plus évident, dont la France entend être le phare mondial, il en va également du respect du droit international.

La France, signataire de la Convention internationale des droits de l’enfant, s’est engagée à faire primer l’intérêt supérieur de l’enfant sur toute autre considération. La République se rend ici coupable d’une violation caractérisée des droits de l’enfant comme en attestent les six condamnations, prononcées par la Cour européenne des droits de l’homme depuis 2012 à l’endroit de la France pour des mesures d’enfermement de mineurs.

Pourtant, nous pourrions faire le choix d’un accueil digne, en apportant à ces enfants un accès rapide et effectif à leurs droits, en faisant de la protection de l’enfance une priorité et en aidant les départements à renforcer les moyens dédiés à l’aide sociale à l’enfance actuellement à bout de souffle.

Mais il n’en est rien… La seule réponse apportée aujourd’hui par l’Etat est une fermeté aveugle destinée à durcir de manière abusive la procédure d’évaluation des personnes se déclarant mineures et privées de la protection de leur famille. Des procédures à plusieurs reprises invalidées par les tribunaux mettant en évidence le caractère douteux des méthodes utilisées comme les tests osseux.

Le quotidien des mineurs étrangers – toujours suspectés plutôt que d’être protégés – dans notre pays est révoltant. La violence institutionnelle subie pour obtenir la reconnaissance de leur minorité combinée aux difficultés d’accès à leurs droits (hébergement, formation, conditions d’accueil dignes…) ne font que nourrir un sentiment d’injustice et d’abandon.

Les auteurs de cette tribune demandent au gouvernement de se conformer sans délai aux engagements de la Convention internationale des droits de l’enfant, en interdisant l’enfermement des mineurs et en garantissant un accès effectif à leurs droits.


Les signataires : Guillaume GONTARD, sénateur de l’Isère divers gauche écologiste, rattaché au groupe communiste, républicain, citoyen et écologiste (CRCE), Myriam LAIDOUNI-DENIS, conseillère régionale EE-LV Auvergne Rhône-Alpes, groupe Rassemblement citoyens, écologistes et solidaires (RCES), Raphaël PITTI, médecin humanitaire, conseiller municipal de Metz, Damien CAREME, député européen EE-LV, Esther BENBASSA, sénatrice EE-LV de Paris, Eliane ASSASSI, sénatrice de la Seine-Saint-Denis, présidente du groupe CRCE, Eric PIOLLE, maire de Grenoble EE-LV, Patrick KANNER, sénateur du Nord, président du groupe socialiste et républicain, Pierre LAURENT, sénateur de Paris, groupe CRCE, Gérard FROMM, maire de Briançon, Michèle RIVASI, députée européenne EE-LV, Sophie TAILLE-POLIAN, sénatrice Génération·s du Val-de-Marne, Marie-Noëlle LIENEMANN, sénatrice Gauche républicaine et socialiste, Rachid TEMAL, sénateur PS du Val d’Oise, Association nationale des villes et territoires accueillants, ANVITA, Mireille ALPHONSE, maire-adjointe de Montreuil, Pierre BARUZZI, conseiller municipal de Le Cheylas, Génération.s, membre du comité sénatorial, Catherine BASSANI, conseillère municipale de Nantes, EE-LV, Frédéric BASTIAN, maire-adjoint de Cherbourg-en-Cotentin, conseiller départemental de la Manche, Guy BATIOT, conseiller municipal et agglomération La Roche-sur-Yon, EE-LV, Jacqueline BELHOMME, maire de Malakoff, PCF, Erwann BINET, co-président du groupe socialiste au Département de l’Isère, Sophie BÖRNER, conseillère municipale d’opposition de Ouistreham, EE-LV, Philippe BOUYSSOU, maire d’Ivry-sur-Seine, PCF, Paul BRON, conseiller municipal de Grenoble, conseiller métropolitain Génération·s et Go Citoyenneté, Céline BRULIN, sénatrice de Seine-Maritime, groupe CRCE, Sylvie CASSOU SCHOTTE, adjointe au maire de Mérignac, conseillère métropolitaine Bordeaux-Métropole, Florence CERBAI, conseillère régionale EE-LV Auvergne Rhône-Alpes, Jean-Pierre CERVANTES, conseiller municipal et communautaire d’Avignon, Johann CESA, conseiller régional PS Auvergne Rhône-Alpes, François CHEMIN, maire de Fourneaux, conseiller régional PS Auvergne Rhône-Alpes, Laurence COHEN, sénatrice du Val-de-Marne, groupe CRCE, Monique COSSON, conseillère régionale EE-LV Auvergne Rhône-Alpes, Francine DAERDEN, maire-adjointe EE-LV Briançon, Ronan DANTEC, sénateur écologiste de Loire-Atlantique, Annie DAVID, sénatrice honoraire, groupe CRC, Danielle DAMBACH, maire de Schiltigheim, Gwendoline DELBOS-CORFIELD, députée européenne EE-LV, Gilbert-Luc DEVINAZ, sénateur du Nouveau Rhône et de la métropole de Lyon, conseiller métropolitain et municipal de Villeurbanne, Marie-Dominique DREYSSE, maire-adjointe de Strasbourg, EE-LV Vincent EBLE, sénateur de la Seine-et-Marne, PS Lucie ETONNO, conseillère régionale Pays de la Loire, groupe Ecologiste et citoyen Sylvie FARE, conseillère départementale EE-LV du Vaucluse Jean-Luc FICHET, sénateur du Finistère, PS Christophe FERRARI, président de Grenoble Alpes Métropole, Jean-Luc FICHET, sénateur du Finistère, PS, Virginie FILLION-DELETE, conseillère municipale Hellemmes, Jean FRACKOWIAK, conseiller municipal EE-LV Echirolles, Fabien GAY, sénateur de la Seine-Saint-Denis, groupe CRCE, Amandine GERMAIN, co-présidente du groupe socialiste au Département de l’Isère, Olivier GROS, conseiller municipal EE-LV Avignon, Brigitte HERIDEL, conseillère municipale EE-LV de Vertou, Gisèle JOURDA, sénatrice de l’Aude, PS, Joël LABBE, sénateur écologiste du Morbihan, Corinne LEHL, conseillère à la Métropole de Lyon, groupe de réflexion et d’actions métropolitaines, Florence LE MONNYER, maire-adjointe de Cherbourg, EE-LV, Bernard MACRET, adjoint au maire de Grenoble, ensemble agglomération, Christian METAIRIE, maire d’Arcueil EE-LV, vice-président du Conseil départemental du Val-de-Marne, Emilie MARCHE, conseillère régionale LFI Auvergne Rhône-Alpes, groupe RCES, Halima MENHOUDJ, adjointe au maire de Montreuil, EE-LV-Union des Démocrates et des Écologistes, Michelle MEUNIER, sénatrice de la Loire-Atlantique, PS, Yann MONGABURU, vice-président de la Métropole de Grenoble, Génération.s, Marie-Pierre MONIER, sénatrice de la Drôme, PS, Corinne MOREL DARLEUX, conseillère régionale Auvergne Rhône-Alpes, groupe RCES, Jacques OLIVIER, maire honoraire EE-LV du Thor, Pierre OUZOULIAS, sénateur CRCE des Hauts-de-Seine, Jaklin PAVILLA, 1ère adjointe au maire de la Ville de Saint-Denis, Nathalie PERRIN-GILBERT, maire du 1er arrondissement de la Ville de Lyon, Christine PRUNAUD, sénatrice CRCE des Côtes d’Armor, Denise REVERDITO, adjointe au maire de La Seyne-sur-Mer, conseillère métropolitaine Toulon Provence Méditerranée, EE-LV, Sylvie ROBERT, sénatrice d’Ile-et-Vilaine, PS, Sylvette ROCHAS, conseillère départementale de l’Isère, présidente du groupe Communistes, gauche unie et solidaire, Michèle RUBIROLA, conseillère départementale EE-LV des Bouches-du-Rhône, Pascal SAVOLDELLI, sénateur du Val-de-Marne, groupe CRCE, Marine TONDELIER, conseillère municipale d’opposition EE-LV à Hénin-Beaumont, Simone TORRES, adjointe au maire de Le Pont-de-Claix PCF, membre du comité sénatorial, Véronique VERMOREL, conseillère départementale de l’Isère, présidente du groupe RCSE, Bozena WOJCIECHOWSKI, adjointe au maire d’Ivry-sur-Seine, PCF. 

Un collectif de personnalités politiques , le Syndicat des avocats de France (SAF)

mercredi 12 juin 2019

Migrations : les Africains optent de plus en plus pour d’autres destinations que la France

Selon la dernière note de l’OCDE consacrée aux migrations africaines vers les pays développés entre 2001 et 2016, l’attractivité de l’Hexagone décroît sensiblement. 

Par , Le Monde
Un groupe de migrants dans le nord du Niger, en route pour la Libye, en janvier 2019.
Un groupe de migrants dans le nord du Niger, en route pour la Libye, en janvier 2019. SOULEMAINE AG ANARA / AFP
Les tenants de la théorie du grand remplacement ou les agitateurs du spectre de la ruée africaine – vers l’Europe en général et la France en particulier – n’apprécieront sans doute pas la lecture de la dernière note de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) consacrée aux évolutions des migrations africaines vers les pays développés entre 2001 et 2016.

On y lit en effet que « représentant un immigré sur dix, la migration africaine vers les pays de l’OCDE a vu son poids légèrement augmenter au cours des dernières années ; elle demeure toutefois faible par rapport à la part de l’Afrique dans la population mondiale […]. La France est toujours la principale destination, mais sa part se réduit. »

Ces conclusions découlent de la dernière actualisation de la base de données développée depuis plusieurs années par l’OCDE, en coopération avec l’Agence française de développement (AFD), sur les immigrés dans les pays développés. Celle-ci compile des statistiques, par pays de naissance, des migrants internationaux, « définis comme les personnes [âgées de plus de 15 ans] résidant dans un pays autre que celui de leur naissance » sans tenir compte de leur « statut légal ou de la catégorie de migration. »

« Pas de raz-de-marée annoncé »

Ces données couvrent non seulement les effectifs d’immigrés par âge, sexe et niveau d’éducation, mais également des variables clés de l’analyse des migrations internationales et de l’intégration comme la nationalité, la durée de séjour, le statut dans l’emploi et la profession.

Passées ces quelques précisions d’ordre méthodologique, il ressort de cette étude que « la part de la population originaire d’Afrique vivant dans un pays de l’OCDE a augmenté au cours des quinze dernières années, mais reste très modeste ». Le nombre de migrants africains y est en effet passé de 7,2 millions en 2000 à 12,5 millions en 2016. Mais ils ne représentent encore que 10,4 % des 121 millions de migrants répertoriés dans les pays développés, contre 9,2 % en 2000. A titre de comparaison, le nombre total de migrants venus du Mexique – pays classé en tête de liste des pays d’origine devant l’Inde et la Chine – s’établissait à 11,7 millions en 2016.
Infographie Le Monde
L’OCDE remarque ainsi que « la croissance démographique africaine est encore loin de se traduire en un accroissement équivalent de la migration vers les pays de l’OCDE. » En marge de la polémique née de la publication en 2018 du livre de Stephen Smith – La Ruée vers l’Europe (éd. Grasset) –, le démographe François Héran remarquait également que « les projections démographiques de l’ONU actualisées tous les deux ans ont beau annoncer un peu plus qu’un doublement de la population subsaharienne d’ici à 2050 (elle passerait de 900 millions à 2,2 milliards dans le scénario médian), cela ne suffira pas à déclencher le raz-de-marée annoncé ». « Il n’existe pas de lien mécanique entre la croissance démographique et celle du taux de migration », ajoute Jean-Christophe Dumont, chef du département des migrations internationales à l’OCDE.

Féminisation et hausse du niveau d’éducation

Et si la France demeure le principal pays de destination, « sa part s’est considérablement réduite, passant de 38 % des migrants africains installés dans les pays de l’OCDE en 2001 à 30 % en 2016 ». La part des immigrés dans la population totale (14 %), toutes origines confondues, a légèrement augmenté sur cette même période (environ 2 %), est supérieure à la moyenne des pays de l’OCDE (12 %), mais demeure très inférieure à celle de pays comme la Suède, l’Irlande ou l’Autriche (20 %).

La « préférence » française s’explique en partie par l’origine géographique des migrants africains. En effet, 54 % d’entre eux provenaient d’un pays francophone, notent les auteurs, or « les liens historiques et linguistiques restent des déterminants clés des migrations africaines ». Dans cet espace continental, les pays d’Afrique du Nord demeurent, de loin, les premiers pays d’origine (46 % de l’ensemble des migrants africains en 2016 contre 54 % en 2000). Le Maroc devançant tous les autres, étant « le pays de naissance de près d’un migrant africain sur quatre, devant l’Algérie (1 sur 8) ». Si la part de la France demeure prééminente, la surprise vient des Etats-Unis, dont la part est « en forte augmentation » avec l’accueil de 16 % des migrants africains en 2016 – notamment éthiopiens et nigérians – contre 12 % seize ans plus tôt. Les Etats-unis sont ainsi la deuxième destination devant le Royaume-Uni, l’Espagne, l’Italie, le Canada et l’Allemagne.
Infographie Le Monde
Si la jeunesse des migrants africains par rapport aux autres continents d’origine demeure une constante, les évolutions de deux autres données sont plus notables : la féminisation et le niveau d’éducation. Concernant ce dernier point, plus de 60 % des migrants ont au moins un niveau de 2e cycle du secondaire (lycée), dont la moitié (30 %) sont diplômés de l’enseignement supérieur (contre 24 % en 2000). « Cette évolution s’explique en partie par la conjugaison de deux facteurs, note Jean-Christophe Dumont. D’une part, la compétition entre pays de l’OCDE pour attirer les talents. D’autre part, la baisse des besoins de main-d’œuvre non qualifiée dans les économies des pays développées ».

La part des femmes augmente également sensiblement. Alors que celles-ci représentaient 46,7 % des migrants africains en 2000, elles étaient 48,2 % en 2016. « Dans des pays comme le Royaume-Uni, la France, l’Irlande, le Portugal, Israël, le Luxembourg ou encore l’Australie, les femmes sont même devenues majoritaires dans les diasporas africaines », note l’OCDE.

Enfin, si la recherche d’un emploi et d’une vie meilleure figure parmi les motivations des candidats à l’émigration, cette quête s’avère difficile. « Sur le marché de l’emploi des pays de l’OCDE, les migrants africains sont fortement touchés par le chômage (13 %) et l’inactivité (28 %). » Surtout, une grande part de ceux qui trouvent un emploi doivent accepter une forme de relégation par rapport à leur niveau d’études. Le taux de déclassement professionnel était ainsi de 35 % en 2016. Concernant les raisons, l’OCDE se montre prudente : « Cette situation peut être due à une discrimination sur le marché du travail, mais aussi à des questions de qualité et de reconnaissance des diplômes. »

L’obsession démographique, une histoire française

Les dynamiques démographiques ont souvent modifié l’histoire et les rapports de forces politiques. Pourquoi la France craint-elle l’influence politique d’une Afrique plus peuplée ?

Tribune. Il y a quelques semaines, l’écrivain français Renaud Camus, théoricien du «grand remplacement», s’est fendu d’un tweet qui a provoqué la colère de nombreux Africains, l’extase de nombre de ses partisans, et la condamnation d’associations antiracistes françaises : «Une boîte de préservatifs offerte en Afrique, c’est trois noyés en moins en Méditerranée, 100 000 euros d’économie pour la CAF, deux cellules de prisons libérées et trois centimètres de banquise préservée.»

Le racisme de ce tweet le rend dérisoire. Pour autant, l’obsession de la démographie africaine qu’il incarne est partagée par les élites françaises, dont Emmanuel Macron, qui s’est exprimé à plusieurs reprises sur le sujet. Que cache-t-elle ?

En réalité, comme d’autres grandes puissances européennes, les élites françaises ont toujours considéré la démographie comme un instrument politique, un vecteur de puissance. Jusqu’à la moitié du XVIIIe siècle, avec ses 25 millions d’habitants, la France était la principale puissance de l’Europe. Par la suite le pays connaîtra une période de glaciation démographique qui ouvrira - et précipitera - une phase de déclin relatif sur la scène internationale, au profit d’abord de l’Angleterre, puis de l’Allemagne.

Dans son livre, The Human Tide[«la vague humaine», Public Affairs, 2019, ndlr], le chercheur britannique du Birkbeck College de l’Université de Londres, Paul Morland, fait remonter ce qu’il appelle la «paranoïa» française sur la question démographique à la fameuse défaite française face à la Prusse de Bismarck en 1870, qui conduira à l’unification de l’Allemagne. Quoi qu’il en soit, cette obsession démographique, qui a donc accompagné un sentiment de déclassement géopolitique, a imprégné la politique française tout au long du XXe siècle. Ainsi, au plus fort de la guerre d’Algérie, le général de Gaulle exprimait à haute voix, devant l’écrivain et homme politique Alain Peyrefitte, ses doutes quant à la pertinence de l’idée d’une Algérie française, dès lors que «les Arabes se multiplieront par cinq, puis par dix, pendant que la population française restera presque stationnaire…». Mais les élites françaises n’ont pas tort : la démographie détermine fondamentalement l’histoire. Ainsi que le rappelle Paul Morland, à la naissance de Nelson Mandela, plus d’un Sud-Africain sur cinq était blanc ; au moment de sa mort, il n’en restait plus qu’un sur dix. Compte tenu de la démographie des Sud-Africains noirs, l’apartheid était donc voué à l’échec. Les colons européens avaient donc peu de chance de reproduire en Afrique du Sud «le génocide par substitution», dont ironiquement Renaud Camus accuse aujourd’hui l’immigration arabo-africaine en France, qu’ils avaient déjà brillamment appliquée en Australie, en Nouvelle-Zélande ou au Canada où la fameuse fécondité des Franco-Canadiens était interprétée comme une «revanche du berceau» sur une Angleterre qui avait défait la France au Canada. Les dynamiques démographiques de l’époque ont influencé l’issue et même, d’un certain point de vue, les causes de la Première Guerre mondiale. Tout comme l’influence de la démographie sur «les printemps arabes» fait aujourd’hui consensus.

Selon Stephen Smith, «si les Africains suivent l’exemple d’autres parties du monde en développement, l’Europe comptera dans trente ans entre 150 et 200 millions d’Afro-Européens, contre 9 millions à l’heure actuelle». La crainte de la mouvance française des «remplacistes» est que «l’identité française» se dissolve, et, plus tard, disparaisse, sous le poids des flux migratoires en provenance d’Afrique. Mais il y a autre chose : une France démographiquement dépendante de l’Afrique présenterait de fait un visage différent au plan politique. Il est difficile d’imaginer que l’autisme dont fait preuve la France officielle sur des sujets comme le franc CFA ou la reconnaissance des crimes commis par l’Empire colonial en Afrique persiste, ou dans le contexte d’un électorat majoritairement constitué d’Afro-Français. Cela est d’autant plus vrai que dans l’ensemble l’image de la France est plutôt dégradée au sein d’une jeunesse africaine qui considère que l’ex-colonisateur continue d’exercer une influence néfaste sur ses ex-colonies.

Fondamentalement, au-delà des préoccupations migratoires, l’obsession démographique des élites politiques et intellectuelles française cache la crainte de l’influence politique que l’Afrique pourrait jouer en France (et au-delà en Europe) dans les prochaines décennies. De ce point de vue, le pire pour ces élites serait que les pays africains sortent de leur interminable nuit, mettent de l’ordre dans leurs affaires et se mettent, eux aussi, à rêver de puissance. Autant de «bonnes» raisons de faire de l’utérus des femmes africaines un des enjeux de notre époque. C’est donc logique qu’en pleine campagne pour les européennes, le candidat Nicolas Dupont-Aignan ait préconisé un «contrôle des naissances en Afrique comme l’a fait en son temps la Chine» pour faire face au «défi géopolitique» posé à l’Europe. Les Africains sont prévenus : la bataille pour le contrôle de l’utérus des femmes du continent n’est pas près de s’arrêter.

Yann Gwet est l'auteur de : Vous avez dit retour ?
Editions Présence africaine, 2019.

Yann Gwet journaliste, écrivain , auteur de: «Vous avez dit “retour”?» éditions Présence africaine, 2019

 

mercredi 5 juin 2019

Laurent Ruquier, Christine Angot et la minimisation de l’esclavage

 Christine Angot a tenu de graves propos minimisant la traite des noirs, reprenant un argument central des suprémacistes blancs. Plutôt que de s’excuser d’avoir diffusé cet extrait, Laurent Ruquier a attaqué ceux qui remettaient en cause sa collaboratrice. Une occasion ratée d’éduquer le public sur un crime contre l'humanité trop souvent minimisé. 


On mettra cela sur le coup de l’ignorance et de la stupidité passagère. Au cours d’un échange avec Franz-Olivier Giesbert, à propos de la Shoah, Christine Angot a tenu à préciser que :

« Le but avec les juifs pendant la guerre, ça a bien été de les exterminer, de les tuer, et ça introduit une différence fondamentale, alors qu’on veut confondre avec par exemple l’esclavage et l’esclavage des Noirs envoyés aux États-Unis ou ailleurs, et où c’était exactement le contraire. C’est-à-dire l’idée c’était qu’ils soient en pleine forme [“Qu’ils soient en bonne santé, oui”, insiste Franz-Olivier Giesbert], en bonne santé pour pouvoir les vendre et pour qu’ils soient commercialisables. »

Personne ne bronche sur le plateau, et l’extrait sera conservé en postproduction.
Sans rentrer dans le débat sur la pertinence (ou non) de la hiérarchisation des crimes contre l'humanité, l'autre aspect stupéfiant de ce propos est qu'il reproduit l'argument central des suprémacistes blancs et autres amis du KKK pour minimiser l’horreur de l’esclavage. Selon eux, les noirs étaient « bien nourris » car ils représentaient une valeur marchande, puis « biens traités » dans les plantations où ils étaient logés et nourris par des propriétaires « paternalistes et bienveillants ».



 Ce révisionnisme historique ancré dans le plus pur racisme ignore superbement les faits.  

Sur la nature de la traite des noirs d’abord, on citera les travaux de l’historien Marcus Rediker qui décrit le phénomène dans son livre « À bord du négrier » (1). Il explicite les conditions sur les bateaux, loin de « l’idée, c’était qu’ils soient en pleine forme » affirmés par Mme Angot, mais « une relation fondée sur l’ingestion forcée de nourriture, les coups de fouet, la violence à tout bout de champ et le viol des femmes ». Marquage au fer rouge, torture, supplices et humiliations s’ajoutaient à des conditions de transport inhumaines, parfois 16 heures de suite assis dans une position tortionnaire, enchainés à plusieurs et parqués en cales au milieu du vomi et des excréments, soumis au travail forcé, nu et maintenu dans un univers « concentrationnaire », « le navire n’était lui-même qu’une machine diabolique, une sorte de gigantesque instrument de torture ».  

La traite c’est d’abord 1,8 million de décès en mer, 10,6 millions de captifs envoyés au Nouveau Monde, dont 1,6 million meurent la première année dans des camps de travail forcé, sans compter toutes les victimes sur le sol africain lors des rapts. L’idée n’était certainement pas de prendre soin des noirs. 5 millions d’entre eux périrent du seul fait du commerce triangulaire. 

Si l’horreur de la traite négrière reste solidement ancrée dans les consciences (mis à part celle de Christine Angot, FOG et par extension l’équipe de ONPC et Laurent Ruquier visiblement), l’autre aspect de l’esclavage demeure moins connu.

Dans son livre « The half has never been told , slavery and the making of American capitalism » (2), l’historien Edward Baptist décrit la réalité du système esclavagiste après l’abolition de la traite, entre 1808 et 1864. Les « camps de travaux forcés » où sont envoyés les noirs pratiquent une torture systémique et institutionnalisée afin d’augmenter la productivité des esclaves. Le système, décrit par ses instigateurs dans des notes d’époque comme un « pushing system » consistait à imposer des quotas de production dont le non-respect valait un nombre de coups de fouet proportionnel à l’écart entre la production et le quota. Des coups de fouet si douloureux que leurs victimes entraient souvent en transe (ou crise d’épilepsie) sous l’effet de la douleur. Ces quotas étaient ajustés quotidiennement pour placer l’esclave à la limite, et intentionnellement conçus pour être parfois manqués, afin d’entretenir une atmosphère de terreur. Les conditions de « travail » similaire au travail à la chaîne devaient permettre de déshumaniser les esclaves en les contraignant à opérer mécaniquement, et de façon ambidextre pour le ramassage de coton. Les survivants décrivent des expériences de sortie de corps, où l’individu perd souvent la raison, ce qui n’est pas sans rappeler les témoignages des survivants des camps de concentration nazis. 

En 1930, après soixante ans de progrès technique et d’ingénierie biologique visant à augmenter la rentabilité des champs de coton et la facilité du ramassage, les travailleurs libres qui les exploitaient restaient 50 % moins productifs que les esclaves de 1860, malgré l’incitation financière. 

Le commerce des esclaves noirs était également marqué par des abus sexuels (les femmes étant souvent violées) alors qu'on arrachait systématiquement les enfants à leurs familles pour les vendre et ainsi éviter la solidarité intergénérationnelle et l'humanisation. Certaines femmes étaient contraintes de tomber enceintes pour « produire » de nouveaux bras. Une femme de Louisiane se vit ainsi arracher 16 enfants. L’espérance de vie des esclaves des plantations de coton était très en dessous de celles des fermiers blancs.

1,5 million de noirs américains ont subi une migration forcée sur des milliers de kilomètres vers le sud-ouest des USA, enchaîné les uns aux autres pendant des mois, au point de révulser les habitants des villes que traversaient ces sinistres cortèges (et de jeter les bases du courant abolitionniste). De nombreux esclaves se sont mutilés ou suicidés pour éviter d’atterrir dans les camps.

Dans les plantations de sucre, l’espérance de vie d’un adulte ne dépassait pas douze ans. Il était plus rentable d’épuiser un esclave productif que de le maintenir en bonne santé, contrairement à ce que semble penser Christine Angot. Tout cela était systémique, et non pas le fruit d’atrocités ponctuelles.
Plutôt que de reconnaître cette erreur, fruit d’une ignorance consternante, mais pardonnable, Laurent Ruquier a accusé les critiques de vouloir lancer une polémique dans un tweet daté du 3 juin : 

« La Shoah fut une abomination. L’esclavage en Afrique et le commerce des esclaves fût une abomination. Aucun doute. Ceux qui tentent de nous faire dire ou penser le contraire à Christine Angot ou à moi cherchent à créer une polémique inutile. »

Ainsi, l’animateur du service public cherche à faire dire à Angot le contraire de ce qu’elle disait, et insulte son public au passage. L’écrivaine a raté une occasion de se taire, préférant étaler son ignorance. Et Ruquier manque une occasion d’éduquer son public en expliquant pourquoi les propos de sa « polémiste » étaient gravissimes, à l’heure où l’esclavage refait surface aux portes de l’Europe.

***
  1. Merci à Mathilde Larrere pour cette source : https://twitter.com/LarrereMathilde/status/1135291311790186498 qui rejoint ce que j’ai pu lire dans les musées de plantations de Louisiane notamment, et dans le livre de Baptist cité en 2.
  2. Un résumé incomplet de l’ouvrage via le NYT : https://www.nytimes.com/2014/10/05/books/review/the-half-has-never-been-told-by-edward-e-baptist.html

Communiqué de l’association des Amis du général Dumas


 


Paris le 5 juin 2019

Propos de Christine Angot sur l’esclavage sur France 2 : l’association des amis du général Dumas, organisatrice des commémorations du 10 mai à Paris et Villers-Cotterêts (journée nationale des mémoires de la traite et de l’esclavage) sous le haut patronage du Président de la République, et présidée par l’écrivain Claude Ribbe, dépose plainte contre X pour apologie de réduction en esclavage (article 24 de la loi du 29 juillet 1881).

L’association des amis du général Dumas, déclarée à la préfecture de police de Paris (récépissé du 28 juin 2006) a pour objet de « faire connaître la vie du général Thomas-Alexandre Davy de La Pailleterie, dit Alexandre Dumas (1762-1806), figure emblématique issue de l’esclavage, général républicain, d’origine africaine par sa mère, né esclave à Saint-Domingue (république d’Haïti), mort libre à Villers-Cotterêts (Aisne) ; honorer et défendre sa mémoire, au regard notamment de ses origines africaines et de la condition d’esclavage qui fut la sienne dans sa jeunesse ; honorer et défendre la mémoire de sa famille : ascendants, descendants ou collatéraux » (journal officiel de la République française du 5 août 2006, p 3812)

Depuis 2009, l’association des amis du général Dumas, qui est à l’origine de l’installation du monument Fers, place du général-Catroux à Paris, 17e arrondissement, organise, tous les 10 mai - à l’occasion de la journée nationale des mémoires des traites, de l’esclavage et de leurs abolitions- une commémoration populaire et consensuelle de l’abolition de l’esclavage à Paris, place du général-Catroux et à Villers-Cotterêts (depuis 2018 dans la cour du château), en présence de nombreuses personnalités.

Depuis 2018, la commémoration organisée par l’association des amis du général Dumas est placée sous le haut patronage du Président de la République.

Le samedi 1er juin, lors de la diffusion de l’émission (préalablement enregistrée) « On n’est pas couchés », animée par Monsieur Laurent Ruquier, sur la chaîne de service public France 2, Madame Christine Angot a déclaré:

« Les Juifs, pendant la guerre, ça a bien été de les exterminer, c'est-à-dire de les tuer. Et ça introduit par exemple une différence fondamentale, alors que l'on veut confondre, avec par exemple l'esclavage des noirs, envoyés aux Etats-Unis, ou ailleurs... C'était exactement le contraire : l'idée c'était au contraire qu'ils soient en pleine forme, en bonne santé pour pouvoir les vendre et qu'ils soient commercialisables. Donc non, ce n'est pas vrai que les traumatismes sont les mêmes, que les souffrances infligées aux peuples sont les mêmes »

L’animateur de l’émission, M. Ruquier, n’est pas intervenu pour modérer sa chroniqueuse. Bien au contraire, il a maintenu la séquence au visionnage pour qu’elle soit diffusée et il a ultérieurement déclaré que les réactions indignées provoquées par les propos de Madame Angot constituaient une « polémique inutile ».

Il est par ailleurs constatable que M. Franz Giesbert, qui était aux côtés de Madame Angot pendant l’émission, approuve manifestement ce qu’elle dit, non seulement en hochant la tête, mais en lui suggérant des mots : « pour qu’ils soient en bonne santé, bien sûr… travailler massivement, oui… »
L’incident a très profondément choqué l’opinion et a donné lieu à plus de 900 signalements au conseil supérieur de l’audiovisuel.

Ces propos, en l’occurrence appliqués aux victimes de l’esclavage à un moment et à un lieu donnés, ne concernent pas seulement les Africains déportés en Amérique. Ils sont manifestement et logiquement transposables à toutes les victimes de l’esclavage, quelle que soit leur origine ou la couleur de leur peau, et en particulier aux victimes de l’esclavage contemporain, puisqu’ils tendent à démontrer que, de manière générale, l’esclave est en quelque sorte préservé, voire bien traité par l’esclavagiste et que, dès lors, il ne subit pas de préjudice, où en tout cas un préjudice mineur.

Il est d’ailleurs assez courant que le parallèle soit fait, notamment à l’occasion des journées mémorielles, tant par la presse que par les responsables politiques, entre l’esclavage du passé et l’esclavage contemporain.

De ce fait, les propos tenus par Madame Angot et diffusés par la chaîne France 2 sont de nature à atténuer la culpabilité de tout auteur du crime de réduction en esclavage et ils sont par conséquent constitutifs du délit d’apologie du crime de réduction en esclavage visé et réprimé par l’article 24 de la loi du 29 juillet 1881.

C’est la raison pour laquelle, Claude Ribbe, en sa qualité de président de l’association des amis du général Dumas, a déposé plainte le 5 juin 2019 contre X du chef d’apologie du crime de réduction en esclavage entre les mains du Procureur de la République de Paris.

Association des Amis du général Dumas

Esclavage : Christiane Taubira se paie Christine Angot

A.Po Mardi 11 juin 2019
Esclavage : Christiane Taubira se paie Christine Angot 
« Je sais que vous avez été nombreux à être émus par des propos inqualifiables, qui ont été tenus récemment, sur une télévision publique […] Moi je dis que nous avons là une circonstance intéressante, pour tester notre placidité, notre impavidité, notre aptitude à faire front, notre capacité à résister à ces inepties blessantes et injurieuses. Parce qu’il faut quand même un esprit sacrément tordu pour vouloir comparer les tragédies humaines entres elles. Il faut être particulièrement inculte pour penser que l’esclavage a pu être cela à n’importe quelle période et en particulier en cette longue période spécifique où l’esclavage a été organiquement lié à la traite, c’est-à-dire en clair au commerce d’êtres humains, à la vente et à l’achat de femmes, d’hommes, d’enfants, au point qu’il leur fallu inventer des théories raciales, racialistes et racistes, pour justifier leur commerce. Et montrer de la désinvolture, face à une réalité humaine aussi massive et aussi douloureuse, est une marque d’immaturité et l’attitude est obscène. Et puis quand même, il faut une dose extraordinaire d’imbécilité pour s’habiller, sortir de chez soi, passer au maquillage, entrer sur le plateau d’une télévision publique et déblatérer en proférant des énormités archaïques et odieuses, autant qu’elles sont invraisemblables. Vous voyez que nous n’avons pas à nous en faire, il y a des gens à qui nous n’avons rien à dire, parce qu’il n’y pas entre nous le minimum essentiel : la conviction de l’unité de l’espèce humaine, la certitude que dénier sa dignité à une seule personne au monde met en péril l’espèce toute entière. Nous n’avons rien à dire à des personnes qui ne savent pas qui nous sommes : survivants obstinés, résilients magnifiques, voilà ce que nous sommes. »
Source: franceguyane.fr 
 Lire également sur le même sujet: De quoi est révélateur la concurrence mémorielle en France ?

Propos de Christine Angot : le CREFOM veut une prise de position de France Télévisions

Madame la présidente,

Le samedi 1er juin 2019, Madame Christine Angot, chroniqueuse d’« On est pas couché », une émission phare du service public, se laissait aller à des propos odieux, discriminatoires, et révisionnistes, vis-à-vis de l’esclavage dans les colonies françaises - un crime contre l’humanité- et, plus généralement de l’esclavage en général.

Elle a fait injure à tous les Ultramarins français liés à cette histoire et à tous leurs compatriotes qui la condamnent, tout en alimentant une odieuse guerre des mémoires.

Une semaine plus tard, dans la même émission, alors que la communauté ultramarine et de nombreux autres Français s’indignaient encore de l’absence de condamnation officielle des contre-vérités évoquées par Madame Angot, un prétendu « droit de réponse » d’une rare médiocrité intellectuelle nous était infligé. La chroniqueuse regrettait de « n’avoir pas réussi se faire comprendre…», tandis que pour le producteur de l’émission « ils avaient fait preuve, au cours de leur vie et de leur carrière, d’antiracisme et d’humanisme »...

Il s’agit là d’une imposture. En réalité, au lieu d’un droit de réponse accordé aux personnes réellement visées par les propos de Madame Angot, qui étaient une véritable apologie de l’esclavage et en particulier de l’esclavage raciste de masse, cette seconde émission n’a été que l’occasion, pour Madame Angot, de se montrer incapable de reconnaître ce qu’elle avait dit et tout le monde avait déjà compris, à savoir qu’il y aurait une hiérarchie des crimes contre l’humanité.

Agissant de la sorte Madame Angot refuse catégoriquement d’admettre que l’esclavage raciste de masse, un temps légalisé en Europe, était simplement une manière de tuer des gens au travail à cause de la couleur de leur peau, dans un laps de temps excédant rarement cinq ans, sans parler du fait que pour un Africain débarqué aux colonies, cinq autres avaient déjà perdu la vie.

Le Conseil Représentatif des Français d’Outremer estime que ce prétendu « mea culpa » ne retire en rien le caractère délictuel des propos tenus le 1er juin. Le CREFOM considère en outre que l’apologie de l’esclavage, qui est le fond de la pensée de Madame Angot exprimée ce jour-là, n’a pas à être véhiculée sur les antennes d’une chaîne publique. Si une réponse judiciaire est bien sûr nécessaire, une prise de position claire de la présidence de France Télévisions s’impose par ailleurs. Des mesures appropriées doivent être prises pour que de tels excès ne se reproduisent jamais.

À l’heure où l’on n’est toujours pas revenu sur le projet - non justifié et non concerté - de faire disparaître France Ô en septembre 2020 - alors que la chaîne France 4 se verra probablement accorder un sursis - on ne peut croire, au vu de l’affaire Angot, des réactions inacceptables du producteur et du silence du diffuseur, à la volonté de donner plus de place à l’Outremer sur les chaînes du service public français.

L’esclavage français doit être présenté pour ce qu’il a été : Une déportation organisée, un crime de masse, l’expression légalisée et monstrueuse d’un racisme d’État. La loi le qualifie de crime contre l’humanité.

Seule la reconnaissance de cette réalité par une prise de position officielle de l’État et de France Télévisions, avec l’annonce de mesures concrètes pour lutter contre le révisionnisme et l’ignorance de l’histoire de France, nous permettront de retrouver confiance.

La France, pays des droits de l’homme, ne doit jamais oublier que nombre d’Ultramarins ont sacrifié leur vie pour elle, tandis que la France esclavagiste avait déporté leurs ancêtres et les avait tués au travail en leur refusant la qualité d’êtres humains.

Je vous prie d’accepter, Madame la présidente, l’expression de ma parfaite considération.

Jean-Michel Martial, président du CREFOM 

Deux avocats accusent l’UE de crimes contre l’humanité envers les migrants de Libye

 


Pour Omer Shatz et Juan Branco, l’UE aurait « orchestré l’interception et la détention de 40 000 personnes » qui cherchaient à fuir le pays. 

Par Publié le 03 juin 2019 

Des migrants ayant été arrêtés par des garde-côtes libyens après un accident au large de Garabulli, à 60 kilomètres à l’est de Tripoli, le 2 juin 2019.
Des migrants ayant été arrêtés par des garde-côtes libyens après un accident au large de Garabulli, à 60 kilomètres à l’est de Tripoli, le 2 juin 2019. AYMAN AL-SAHILI / REUTERS
Deux avocats accusent l’Union européenne et ses États membres de crimes contre l’humanité pour meurtre, torture, traitements inhumains et déplacements forcés, commis à l’encontre de migrants tentant de fuir la Libye. Dans une plainte, qui devrait être transmise lundi 3 juin à la procureure de la Cour pénale internationale (CPI), Fatou Bensouda, ils dénoncent des politiques « visant à enrayer à tout prix les flux migratoires vers l’Europe, y compris par le meurtre de milliers de civils innocents fuyant une zone de conflit armé ». L’issue de la plainte est incertaine. La procureure n’est légalement pas tenue par les communications reçues d’individus ou d’organisations non gouvernementales (ONG).

Pour Omer Shatz, membre du Global Legal Action Network (GLAN – Réseau mondial d’action juridique), une ONG qui a déjà engagé plusieurs procédures au nom des victimes de la politique migratoire de l’UE, et Juan Branco, avocat et polémiste, et ancien assistant du premier procureur de la CPI, la politique migratoire de l’Union européenne « a ignoré le sort des migrants en détresse en mer, afin de dissuader les personnes se trouvant dans une situation similaire de rechercher un refuge sûr en Europe ». Depuis 2016, l’UE aurait, en outre, par son soutien aux garde-côtes libyens, « orchestré, directement et indirectement, l’interception et la détention des 40 000 personnes qui avaient réussi à échapper à l’enfer que la Libye était devenue pour elles ».

Des dizaines de déclarations publiques analysées

La plainte analyse cinq années de politique migratoire européenne, dans laquelle toutes les mesures prises viseraient, selon eux, un objectif unique : dissuader ceux qui veulent rejoindre l’Europe. Omer Shatz et Juan Branco n’ont pas enquêté et n’apportent pas de nouvelles preuves à la procureure de la CPI, mais analysent des dizaines de déclarations publiques, de décisions et de rapports émanant de l’UE elle-même et de ses responsables. Ainsi, en 2014, la police européenne des frontières, Frontex, prévoyait que la fin de l’opération de sauvetage italienne  »Mare Nostrum », aurait un impact tel qu’il pourrait « constituer un moyen de dissuasion pour les réseaux de facilitation et les migrants (…) compte tenu du fait que le bateau doit maintenant naviguer pendant plusieurs jours avant d’être sauvé ou intercepté ». Au début de 2015, l’opération « Triton » lancée par Frontex, censée remplacer « Mare Nostrum », visait à protéger les frontières de l’Europe, plus qu’à sauver les migrants.
L’UE aurait fourni aux garde-côtes libyens « des informations telles que la localisation des bateaux de migrants en détresse »
Sous couvert d’aide à la reconstruction de la Libye, l’UE a décidé, en 2017, de renforcer les garde-côtes libyens. « Grâce à une combinaison complexe d’actes législatifs, de décisions administratives et d’accords formels », l’UE leur a fourni un soutien matériel – des bateaux notamment –, et les a entraînés sur les bâtiments même de l’opération militaire européenne  « Sophia » et sur le sol européen, en Grèce, en Espagne, en Italie et à Malte. L’UE donne des instructions directes aux garde-côtes, « en leur fournissant des informations telles que la localisation des bateaux de migrants en détresse ».

Pour les deux avocats, en permettant le refoulement des migrants en Libye, les responsables de l’UE se seraient rendus complices « d’expulsion, de meurtre, d’emprisonnement, d’asservissement, de torture, de viol, de persécution et d’autres actes inhumains, [commis] dans des camps de détention et les centres de torture libyens ». Or, soulignent les deux avocats, les garde-côtes libyens ne sont pas tous sous le contrôle du gouvernement de Tripoli. Certains émargent aux seins de milices armées, ou nourrissent les réseaux de trafiquants. En juin 2018, un comité de l’Organisation des Nations unies (ONU) avait d’ailleurs critiqué le rôle de certains garde-côtes et ordonné des sanctions à leur encontre.

Rapports d’ONG

Les deux avocats laissent à la procureure Fatou Bensouda le soin de désigner les responsables, mais ciblent néanmoins les chefs d’Etat de l’Union européenne et les fonctionnaires de Bruxelles. La CPI, qui enquête depuis février 2011 sur les crimes commis en Libye, après en avoir été saisie par le Conseil de sécurité des Nations unies, travaille déjà sur les crimes commis contre les migrants dans les camps de détention libyens, lorsqu’ils sont en lien avec le conflit armé en cours, mais ne cible pas l’UE. Parallèlement, elle a mis sur pied un réseau d’échange de renseignements entre plusieurs agences de l’UE et certains gouvernements européens, sur la poursuite des trafiquants d’êtres humains.

La plainte destinée à la CPI vient s’ajouter aux nombreux rapports établis par des ONG et aux dénonciations répétées de responsables des Nations unies. En décembre 2018, l’ONG allemande Mission Lifeline, avait déposé un dossier devant la Cour accusant Frontex d’aider les garde-côtes libyens à localiser les embarcations de migrants. Mais « la CPI n’a jamais rien fait à ce jour, et n’a pas même répondu à notre demande, mais nous continuons néanmoins à envoyer des informations », explique Axel Steier, cofondateur de l’ONG.

jeudi 25 avril 2019

Étudiants étrangers en France: la hausse des droits d'inscription, une discrimination d'État

Scandaleuse cette discrimination contre les étudiants étrangers désormais inscrite dans le Journal officiel en France ...Les plus ciblés, sans le dire explicitement, sont bien évidemment les ressortissants d'Afrique.



Pourquoi?

Je confirme qu'aux États-unis, au Canada, en Australie et j'imagine sous d'autres latitudes les étudiants de nationalité étrangère payent parfois deux fois plus que les nationaux, mais pour une qualité d'enseignement et des infrastructures universitaires franchement pas comparables à ceux que la France met à la disposition des futurs étudiants étrangers, même sur des campus aussi réputés et prestigieux que Dauphine qui ne sont pas comparables y compris aux campus de seconde zone dans ces pays. 

C'est un peu curieux d'acter l'autonomie des universités puis d'imposer par la loi de manière unilatérale une politique tarifaire. C'est cela la discrimination, parce que dans une même ville comme San Francisco que je connais UC Berkeley, Stanford ou même University of San Francisco n'appliquent pas les mêmes tarifs unilatéraux (arrêtés par les autorités californiennes et mêmes fédérales à Washington) aux étudiants étrangers.

C'est en cela que la cible est bien connue ici, et ne nous cachons pas derrière les belles formules, ce sont les étudiants africains qui sont visés et ils iront ailleurs. Parce que même en matière académique la concurrence est rude pour attirer les meilleurs, et la valeur ajoutée des universités françaises était précisément sur ces frais de scolarité insignifiants par rapport à ce qui est déboursé dans les pays anglo-saxons notamment. 

Pour ceux qui ne le savent pas: 

Il faut préciser ce qu’est un étudiant “extra communautaire”. Aux USA c’est défini par le statut d’immigration. Seuls ceux qui rentrent avec un visa F1 sont soumis au tarif “external” qui dépend du type d’universités ( sans subventions ou avec subventions). 

Si vous êtes résidents (green card ou refugees) alors aucune discrimination avec les américains car vous êtes soumis au instate ou out-of-state. In-state s’applique à tous ceux qui payent les impôts dans l’État de résidence de l’université. Out of state pour tous les autres.

C' est un vaste sujet. Pour faire court, il y a des cas particuliers. Par exemple de nombreuses bourses sont disponibles et ouvertes à tous et permettent de réduire les frais. Les universités subventionnées par l’État féderal ont les tarifs les plus bas en géneral. Et il y a les community colleges où l’inscription dans certains États correspond à rien du tout.

Puis-je faire 4 ans undergraduate dans une université (y compris prestigieuse) americaine et quasiment rien payé? Answer is YES.

Nous parlons bien évidemment des universités et non des grandes écoles:

Et dans les systèmes anglosaxons que la France veut suivre, les frais de scolarité sont payés dans un cadre 'universitaire. Quand un étudiant s'inscrit à la business school, à la law school ou à la school of economics d'une université que je connais bien comme celle du Queensland en Australie, ce n'est pas à ces départements qu'il paye sa tuition mais au groupe universitaire dans son ensemble. 

Toute la différence avec le système des grandes écoles en France qui ne sont pas intégrés aux universités. Chacune de ces dernières a ainsi sa politique tarifaire indépendante du système universitaire et dès lors que que l’État a acté l'autonomie des universités en France, il ne peut pas de manière unilatérale leur imposer des tarifs pour les étuduants étrangers et les nationaux. Ça doit être à la discrétion de chacune d'entre-elles. 

C'est précisément là où intervient une discrimination d'État assumée ici (je  veux bien le croire) mais contre laquelle un certain nombre de recteurs et d'organisations étudiantes s'insurgent en ce moment avec raison, notamment dans certaines universités de la périphérie de Paris, comme en Seine Saint Dénis où un pourcentage élevé de leurs étudiants sont étrangers et ne pourront pas à l'évidence faire face à cette augmentation des frais universitaires, bien que la loi soit non rétroactive pour les actuels étudiants (et s'appliquera donc à tous les nouveaux).

Voilà le fond du débat, que devront faire ces universités? Fermer les portes à parfois une moitié de leur effectif d'étudiants parce qu'ils sont étrangers et ne peuvent s'acquitter des nouveaux frais de scolarité?

Joël Didier Engo