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jeudi 20 avril 2017

France, #AvantLeVote : ce que proposent les candidats en matière d’immigration?

Droit d’asile, quotas d’immigration, contrôle des frontières… une ligne de fracture profonde se dessine entre les candidats.

LE MONDE |


C’est un record dans l’histoire française : la France a enregistré 85 700 demandes d’asile en 2016. Même si c’est peu par rapport aux voisins italien (121 200) et allemand (722 300), cet afflux de migrants, dû à la guerre de Syrie et à des conflits ou à des situations humanitaires plus anciens (Soudan, Afghanistan, Haïti), a propulsé la question de l’accueil que la France peut ou doit leur réserver au centre de la campagne présidentielle.

Mais si les questions des frontières, de l’intégration ou de l’identité se sont fait une place importante dans la campagne, les réponses qu’y ont apportées les candidats dans leurs programmes sont maigres (une centaine de propositions sur plus de trois mille au total) et très polarisées. Une France ouverte ou fermée, voici les principales promesses des onze candidats à l’élection présidentielle.

Les frontières dans et autour de l’Europe

Par les accords de Schengen, tous les citoyens peuvent circuler librement à l’intérieur de la zone éponyme (vingt-six Etats dont vingt-deux de l’Union européenne). Et à l’extérieur, l’agence Frontex tente d’assurer la surveillance face à l’afflux de migrants.

La question des frontières est symptomatique de l’embarras des candidats, hors extrême droite, face à la fois au drame humanitaire des migrants mais aussi à l’enjeu que représente la surveillance des mouvements terroristes.

A l’extrême droite, les positions ont le mérite de la clarté : Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen pensent que la régulation de l’immigration n’est plus assurée par Frontex et qu’il faut sortir de Schengen pour retrouver les frontières nationales, celles-ci devant par conséquent être renforcées. Il faudrait ainsi recréer six mille postes de douanier, selon la candidate du Front national, qui demande aussi le rappel des réservistes.

Défendant un double niveau de frontières, François Fillon se dit favorable au maintien dans Schengen (et au triplement du budget de Frontex) mais aussi à « la réintroduction temporaire des contrôles aux frontières intérieures » (une opération en réalité déjà en place depuis les attentats de novembre 2015).

En face, il y a ceux qui pensent que les frontières actuelles de Schengen sont déjà suffisantes : Benoît Hamon, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. Mais avec des nuances fortes puisque Emmanuel Macron voudrait renforcer les effectifs des gardiens des frontières de l’Europe quand Jean-Luc Mélenchon voudrait, lui, mettre un terme à la « militarisation de la politique de contrôle des flux migratoires ».

L’extrême gauche assume, elle, de vouloir abolir toutes les frontières, à l’intérieur et à l’extérieur de l’Union européenne – disent Nathalie Arthaud et Philippe Poutou, dans un esprit « internationaliste » et « solidaire ».

Le droit d’asile

Face à l’affluence de migrants, l’application effective du droit d’asile, principe énoncé dans le préambule de la Constitution, fait débat dans la classe politique. C’est d’ailleurs sur cette question que le spectre des promesses des candidats est le plus large : quand Nathalie Arthaud et Philippe Poutou souhaitent régulariser tous les sans-papiers, Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan veulent, eux, au contraire, durcir les conditions de l’asile. Le candidat de Debout la France avance une dizaine de mesures pour ce faire, dont l’assignation à résidence des demandeurs d’asile. La candidate du Front national insiste, elle, sur la nécessité de « rendre impossible la régularisation ou la naturalisation des étrangers en situation illégale ».

Entre ces pôles extrêmes, deux candidats proposent de favoriser l’accueil des demandeurs d’asile, notamment en instaurant un visa humanitaire (Benoît Hamon) et en construisant des camps d’accueil aux normes internationales (Jean-Luc Mélenchon). Trois autres candidats désirent raccourcir le délai de réponse de l’administration (Emmanuel Macron, Jacques Cheminade et François Fillon). C’est donc sur les services publics spécifiques aux réfugiés que reposent les promesses de la majorité des candidats.

Des quotas

En 2016, environ 227 500 étrangers ont obtenu leur premier titre de séjour en France, une augmentation de 4,6 % par rapport à 2015. Une hausse principalement liée à des admissions pour motifs humanitaires. Ces obtentions ne sont pas limitées par des quotas ; la France n’a jamais appliqué une telle limitation, contrairement aux Etats-Unis par exemple. Une majorité de candidats y sont défavorables (Nathalie Arthaud, Jacques Cheminade, Benoît Hamon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon et Philippe Poutou).

Parmi ceux qui ne se positionnent pas : Jean Lassalle et François Asselineau. Ce dernier se contente d’ailleurs de proposer un référendum sur l’ensemble des questions liées de près ou de loin aux volumes de migrants – quotas, regroupement familial, droit du sol…

Trois candidats défendent l’instauration de quotas. La position la plus extrême est sans trop de surprise celle de Marine Le Pen, qui recommande de « réduire l’immigration légale à un solde annuel de dix mille [personnes] ». Elle est suivie sur le principe par François Fillon, qui veut l’inscrire dans la Constitution, et par Nicolas Dupont-Aignan, qui veut « voter chaque année au Parlement un plafond d’immigration » lié au taux de chômage.

En 2006, Nicolas Sarkozy avait déjà formé le souhait d’établir des quotas, mais cette ambition s’était opposée au risque d’une censure du Conseil constitutionnel et avait été ajournée.

Le droit du sol

Le droit du sol consiste à attribuer la nationalité française aux enfants nés en France. Plus exactement, un enfant né en France de parents étrangers devient actuellement automatiquement français à ses 18 ans, s’il vit dans notre pays et s’il y a vécu plus de cinq ans ; et ce depuis 1515. Certains candidats proposent de restreindre cette possibilité (Nicolas Dupont-Aignan, François Fillon), voire de la supprimer (Marine Le Pen).

Pour la candidate du Front national, il s’agit de faire en sorte que « l’acquisition de la nationalité française [soit] possible uniquement par la filiation ou la naturalisation, dont les conditions seront par ailleurs plus exigeantes »… Ce qui peut s’avérer dans bien des cas très complexe, voire impossible. Non seulement pour des Français dont les ascendants venaient de l’étranger il y a quelques générations, mais aussi pour nombre d’autres cas – pieds-noirs, Alsaciens, dont les familles furent allemandes au début du siècle dernier…

A l’opposé, Jacques Cheminade, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon veulent maintenir le droit du sol. Quatre candidats ne prennent pas position sur cet épineux sujet : Nathalie Arthaud, Benoît Hamon, Jean Lassalle et Philippe Poutou.

Le regroupement familial

Le regroupement familial permet à des membres de la famille d’un ressortissant étranger de le rejoindre en France (les immigrés qui ont acquis la nationalité française et veulent faire venir conjoint ou enfant se situent dans le cadre du droit au séjour). Sur ce sujet, les positions sont réparties de façon égale entre trois groupes : le maintien des conditions actuelles (Jacques Cheminade, Benoît Hamon et Emmanuel Macron), l’assouplissement (Nathalie Arthaud, Jean-Luc Mélenchon et Philippe Poutou) et le durcissement (Nicolas Dupont-Aignan, François Fillon et Marine Le Pen).

La candidate du Front national parle de « mettre fin à l’automaticité » du regroupement familial. C’est loin d’être le cas actuellement puisqu’il faut avoir une carte de séjour, répondre à des conditions précises de résidence (au moins dix-huit mois) et de ressources (gagner au moins 1 139 euros par mois et avoir un logement d’au moins 28 m² pour un couple sans enfant par exemple). Par ailleurs, le demandeur doit respecter les principes essentiels qui régissent la vie familiale en France : monogamie, égalité femmes-hommes, respect de la liberté du mariage (et l’époux ou l’épouse doit être majeur), scolarisation des enfants…

Plusieurs candidats, comme Emmanuel Macron, rappellent, à raison, que ce dispositif ne concerne que peu d’entrées (environ 12 000 par an) et dépend surtout des « engagements internationaux de la France et la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme ».

L’aide médicale d’Etat

L’aide médicale d’Etat (AME) offre une couverture de soins minimale aux résidents étrangers en situation irrégulière et précaire qui sont en France depuis au moins trois mois et dont les ressources ne dépassent pas un plafond (9 709 euros par an pour une personne seule par exemple).

Quatre candidats veulent la maintenir : Jacques Cheminade, Benoît Hamon, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. Au contraire, Marine Le Pen veut la supprimer. Nicolas Dupont-Aignan et François Fillon vont encore plus loin en demandant, pour le premier, « un délai de carence de cinq ans pour les étrangers avant de pouvoir prétendre aux aides sociales », et pour le second un délai de deux ans (épargnant par ailleurs Sécurité sociale et Assurance-chômage pour ceux qui cotisent).

dimanche 5 août 2012

Saluons le pragmatisme de l'AP-HP

Saluons le pragmatisme de AP-HP

Une fois n'est pas coutume, un certain pragmatisme international (basculement des rapports de force financiers) amène l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) à rechercher plus de patients étrangers...Les plus fortunés d'entre-eux bien-sûr!

Au moins peut-on espérer que cette initiative salutaire éclaire certains de nos compatriotes sur la réalité de la migration internationale..qui ne peut se réduire au fantasme de hordes d'affamés Africains et Maghrébins envahissant la France, couverts par l'Aide Médicale d'État (AME), et nourris gratuitement avec le pain "des vrais français".

Cela est loin d'être le cas!

mercredi 3 novembre 2010

Augmentation de l'Aide médicale d’Etat (AME) à 30 euros, ou quand la polémique sert à entretenir l'escalade réactionnaire

30, 40...voire 500 euros, qu'est-ce que cela change fondamentalement au climat malsain qui règne et est entretenu aujourd'hui sur les étrangers en France?

C'est contre cette escalade réactionnaire qu'il faut s'insurger, et non contre l'augmentation d'une aide médicale qui couvre une infime minorité des étrangers séjournant en France.

Mais comme tout ce qui touche à l'immigration dans notre pays, l'aide médicale permet d'entretenir et d'inscrire à jamais dans les têtes, la fausse certitude sur ces étrangers qui profitent sans cesse de la France, en lieu et place des "bons français".

Pourvu que ça dure!!!


Joël Didier Engo

Pour information:

- L’Aide Médicale d’Etat est « réservée » aux étrangers en situation irrégulière qui disposent de moins de 634 euros par mois. Elle permet la prise en charge à 100% des tarifs de sécurité sociale, évite les avances de frais pour les dépenses de soins à l’hôpital ou en médecine libérale. Aujourd’hui, 216 000 personnes sont à l’AME.

- Les personnes françaises et étrangères en situation régulière qui ont moins de 634 euros par mois ont accès gratuitement à l’Assurance maladie et à sa couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C). La CMU-C concerne plus de 4 millions de personnes. La CMU-C permet également la prise en charge à 100% dans la limite des tarifs de sécurité sociale et la dispense des franchises, tickets modérateurs et autres forfaits (hospitalier notamment).

- La couverture maladie (Le panier de soins) garantie au bénéficiaire de l’Aide Médicale d’Etat est plus faible que celle d’un bénéficiaire de la CMU-complémentaire : les bénéficiaires de l’AME, ainsi que leurs enfants, ne bénéficient pas en effet d’une prise en charge effective des prothèses dentaires et des lunettes, à la différence des bénéficiaires de la CMU-C. Les étrangers en situation irrégulière ont donc, à revenu équivalent, une moins bonne couverture maladie que les assurés français.

- En outre, l’accès aux soins des bénéficiaires de l’AME est rendu particulièrement difficile en raison de nombreux refus de soins (même pour des soins importants), encore plus fréquents que pour les bénéficiaires de la CMU-C"


CINQ QUESTIONS POUR DECRYPTER LE PROJET DE REFORME DE L’AIDE MEDICALE D’ETAT


Les étrangers sans papiers devront payer pour être soignés

La fausse économie du gouvernement sur la santé des sans-papiers

Marine Le Pen idéalise la retraite des étrangers