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mercredi 18 septembre 2019

France: Repartis pour la surenchère politicienne à visées électoralistes sur l'immigration

Comme à chaque veille de scrutin en France depuis plus d'une quarantaine d'années (le premier choc pétrolier), les politiciens ravivent la surenchère politicienne au relent xénophobe et raciste sur l'immigration...



Les générations de femmes et d'hommes politiques se succèdent ainsi, mais toujours avec la même vieille vision d'un monde qui se serait à jamais figé autour d'une France voulue aussi prospère, influente, indispensable voire incontournable, notamment sur des flux migratoires pourtant plus mondialisés que jamais.

C'est simplement minable!

Il y a en effet plus de quatre décennies que des dirigeants français autrefois du "vieux monde" agitent "le courage d'évoquer ces questions", puis la prétendue "perception négative de l'immigration par une majorité des citoyens" français voulue "de souche"...pour - disent-ils - interrompre la progression constante du Front National et son arrivée éventuelle à l'Élysée. À cet égard M. Macron n'a absolument rien inventé ni changé à la manière de faire de la politique "à l'ancienne" en France. Bien au contraire...

Au fond la plupart des rapports internationaux sur les flux migratoires contredisent le discours nombriliste tenu en France sur un seuil de tolérance franchi sur l'immigration, même sur le droit d'asile. Car des pays du Sud de l'Europe (Grèce, Italie), et même ceux du continent africain connaissent davantage de migrations que ce que soutient un certain discours populiste en France. Dans ce pays, ceux qui sont souvent assimilés à des "immigrés" sont des nationaux et bi-nationaux français de couleur, ou des personnes détentrices de titres de séjour, majoritairement arrivées en France par le biais du regroupement familial ces dernières années. 

Les questions migratoires sont assez sérieuses pour être laissées à l'agitation électoraliste de politiciens, qui n'en mesurent pas réellement les enjeux, ou refusent de les "regarder en face". Parce qu'ils auraient beaucoup de choses à se reprocher, notamment dans le cas des présidents français successifs dont M. Macron: l'indéfectible soutien aux dictateurs inamovibles en Afrique noire francophone.

Un besoin de s'aérer collectivement l'esprit pour ne plus être en proie au catastrophisme véhiculé par une classe politique passéiste

Refusons d'être captifs du discours nombriliste et catastrophiste d'une classe politique française sur les flux migratoires. Ce bourrage ininterrompu de crâne, réactualisé chaque veille d'élection, est bien éloigné de l'évolution des parcours de migrants ces dernières décennies, qui ont peu à peu transformé la France en pays de transit, y compris des migrants africains (à l'exception notable des postulants au regroupement familial comme je l'ai indiqué plus haut). Il n'empêche, les Français gardent la perception erronée d'être envahis par des hordes de migrants clandestins, essentiellement venus d'Afrique, parce que ceux-ci transitent et se concentrent dans les grandes agglomérations comme dans l'Est de Paris. Nombre de ces migrants en transit à Paris ont été délogés de Calais où ils attendaient les opportunités pour aller en Grande Bretagne. 

Pour ce qui est des demandeurs d'asile, leur nombre a également progressivement baissé sous l'effet conjugué du règlement de Dublin puis des conditions drastiques mises en place par les gouvernements successifs en France, surtout ceux voulus de gauche, dans la délivrance d'un statut de réfugié. À telle enseigne que notre pays ne tient même pas ses engagements pris dans le cadre européen lors des grandes vagues de migrations Syriennes, et est entrain de sous-traiter progressivement la charge à des "spots" situés à l'étranger, notamment au Niger, au Tchad et désormais au Rwanda pour l'Afrique. 

Nous devons nous départir de l'enfumage réactionnaire ambiant sur les questions migratoires, parce qu'elles sont appelées à continuer...malgré les "odeurs" autrefois reprochées aux immigrés par Jacques Chirac, puis " la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde" de Michel Rocard, rien n'a fondamentalement changé sur le front de l'immigration, pas plus d'ailleurs  cela a empêché que le Front national s'installe durablement dans le paysage politique français. 

En réalité les flux migratoires demeureront, même avec un Front national au pouvoir, comme nous venons de le voir avec Salvini en Italie. Parce qu'il s'agit d'un phénomène structurel et international qui épouse les contours des différentes convulsions, crises et autres tensions multiples dans diverses parties de la planète. 

 Une fois que nous aurons tous entériné cela, peut-être commencerons-nous courageusement à nous attaquer frontalement aux racines de ce "problème", nous mettant définitivement à l'abri des manipulations politiciennes en tous genres.

Joël Didier Engo, Association NOUS PAS BOUGER

 

jeudi 20 avril 2017

France, #AvantLeVote : ce que proposent les candidats en matière d’immigration?

Droit d’asile, quotas d’immigration, contrôle des frontières… une ligne de fracture profonde se dessine entre les candidats.

LE MONDE |


C’est un record dans l’histoire française : la France a enregistré 85 700 demandes d’asile en 2016. Même si c’est peu par rapport aux voisins italien (121 200) et allemand (722 300), cet afflux de migrants, dû à la guerre de Syrie et à des conflits ou à des situations humanitaires plus anciens (Soudan, Afghanistan, Haïti), a propulsé la question de l’accueil que la France peut ou doit leur réserver au centre de la campagne présidentielle.

Mais si les questions des frontières, de l’intégration ou de l’identité se sont fait une place importante dans la campagne, les réponses qu’y ont apportées les candidats dans leurs programmes sont maigres (une centaine de propositions sur plus de trois mille au total) et très polarisées. Une France ouverte ou fermée, voici les principales promesses des onze candidats à l’élection présidentielle.

Les frontières dans et autour de l’Europe

Par les accords de Schengen, tous les citoyens peuvent circuler librement à l’intérieur de la zone éponyme (vingt-six Etats dont vingt-deux de l’Union européenne). Et à l’extérieur, l’agence Frontex tente d’assurer la surveillance face à l’afflux de migrants.

La question des frontières est symptomatique de l’embarras des candidats, hors extrême droite, face à la fois au drame humanitaire des migrants mais aussi à l’enjeu que représente la surveillance des mouvements terroristes.

A l’extrême droite, les positions ont le mérite de la clarté : Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen pensent que la régulation de l’immigration n’est plus assurée par Frontex et qu’il faut sortir de Schengen pour retrouver les frontières nationales, celles-ci devant par conséquent être renforcées. Il faudrait ainsi recréer six mille postes de douanier, selon la candidate du Front national, qui demande aussi le rappel des réservistes.

Défendant un double niveau de frontières, François Fillon se dit favorable au maintien dans Schengen (et au triplement du budget de Frontex) mais aussi à « la réintroduction temporaire des contrôles aux frontières intérieures » (une opération en réalité déjà en place depuis les attentats de novembre 2015).

En face, il y a ceux qui pensent que les frontières actuelles de Schengen sont déjà suffisantes : Benoît Hamon, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. Mais avec des nuances fortes puisque Emmanuel Macron voudrait renforcer les effectifs des gardiens des frontières de l’Europe quand Jean-Luc Mélenchon voudrait, lui, mettre un terme à la « militarisation de la politique de contrôle des flux migratoires ».

L’extrême gauche assume, elle, de vouloir abolir toutes les frontières, à l’intérieur et à l’extérieur de l’Union européenne – disent Nathalie Arthaud et Philippe Poutou, dans un esprit « internationaliste » et « solidaire ».

Le droit d’asile

Face à l’affluence de migrants, l’application effective du droit d’asile, principe énoncé dans le préambule de la Constitution, fait débat dans la classe politique. C’est d’ailleurs sur cette question que le spectre des promesses des candidats est le plus large : quand Nathalie Arthaud et Philippe Poutou souhaitent régulariser tous les sans-papiers, Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan veulent, eux, au contraire, durcir les conditions de l’asile. Le candidat de Debout la France avance une dizaine de mesures pour ce faire, dont l’assignation à résidence des demandeurs d’asile. La candidate du Front national insiste, elle, sur la nécessité de « rendre impossible la régularisation ou la naturalisation des étrangers en situation illégale ».

Entre ces pôles extrêmes, deux candidats proposent de favoriser l’accueil des demandeurs d’asile, notamment en instaurant un visa humanitaire (Benoît Hamon) et en construisant des camps d’accueil aux normes internationales (Jean-Luc Mélenchon). Trois autres candidats désirent raccourcir le délai de réponse de l’administration (Emmanuel Macron, Jacques Cheminade et François Fillon). C’est donc sur les services publics spécifiques aux réfugiés que reposent les promesses de la majorité des candidats.

Des quotas

En 2016, environ 227 500 étrangers ont obtenu leur premier titre de séjour en France, une augmentation de 4,6 % par rapport à 2015. Une hausse principalement liée à des admissions pour motifs humanitaires. Ces obtentions ne sont pas limitées par des quotas ; la France n’a jamais appliqué une telle limitation, contrairement aux Etats-Unis par exemple. Une majorité de candidats y sont défavorables (Nathalie Arthaud, Jacques Cheminade, Benoît Hamon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon et Philippe Poutou).

Parmi ceux qui ne se positionnent pas : Jean Lassalle et François Asselineau. Ce dernier se contente d’ailleurs de proposer un référendum sur l’ensemble des questions liées de près ou de loin aux volumes de migrants – quotas, regroupement familial, droit du sol…

Trois candidats défendent l’instauration de quotas. La position la plus extrême est sans trop de surprise celle de Marine Le Pen, qui recommande de « réduire l’immigration légale à un solde annuel de dix mille [personnes] ». Elle est suivie sur le principe par François Fillon, qui veut l’inscrire dans la Constitution, et par Nicolas Dupont-Aignan, qui veut « voter chaque année au Parlement un plafond d’immigration » lié au taux de chômage.

En 2006, Nicolas Sarkozy avait déjà formé le souhait d’établir des quotas, mais cette ambition s’était opposée au risque d’une censure du Conseil constitutionnel et avait été ajournée.

Le droit du sol

Le droit du sol consiste à attribuer la nationalité française aux enfants nés en France. Plus exactement, un enfant né en France de parents étrangers devient actuellement automatiquement français à ses 18 ans, s’il vit dans notre pays et s’il y a vécu plus de cinq ans ; et ce depuis 1515. Certains candidats proposent de restreindre cette possibilité (Nicolas Dupont-Aignan, François Fillon), voire de la supprimer (Marine Le Pen).

Pour la candidate du Front national, il s’agit de faire en sorte que « l’acquisition de la nationalité française [soit] possible uniquement par la filiation ou la naturalisation, dont les conditions seront par ailleurs plus exigeantes »… Ce qui peut s’avérer dans bien des cas très complexe, voire impossible. Non seulement pour des Français dont les ascendants venaient de l’étranger il y a quelques générations, mais aussi pour nombre d’autres cas – pieds-noirs, Alsaciens, dont les familles furent allemandes au début du siècle dernier…

A l’opposé, Jacques Cheminade, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon veulent maintenir le droit du sol. Quatre candidats ne prennent pas position sur cet épineux sujet : Nathalie Arthaud, Benoît Hamon, Jean Lassalle et Philippe Poutou.

Le regroupement familial

Le regroupement familial permet à des membres de la famille d’un ressortissant étranger de le rejoindre en France (les immigrés qui ont acquis la nationalité française et veulent faire venir conjoint ou enfant se situent dans le cadre du droit au séjour). Sur ce sujet, les positions sont réparties de façon égale entre trois groupes : le maintien des conditions actuelles (Jacques Cheminade, Benoît Hamon et Emmanuel Macron), l’assouplissement (Nathalie Arthaud, Jean-Luc Mélenchon et Philippe Poutou) et le durcissement (Nicolas Dupont-Aignan, François Fillon et Marine Le Pen).

La candidate du Front national parle de « mettre fin à l’automaticité » du regroupement familial. C’est loin d’être le cas actuellement puisqu’il faut avoir une carte de séjour, répondre à des conditions précises de résidence (au moins dix-huit mois) et de ressources (gagner au moins 1 139 euros par mois et avoir un logement d’au moins 28 m² pour un couple sans enfant par exemple). Par ailleurs, le demandeur doit respecter les principes essentiels qui régissent la vie familiale en France : monogamie, égalité femmes-hommes, respect de la liberté du mariage (et l’époux ou l’épouse doit être majeur), scolarisation des enfants…

Plusieurs candidats, comme Emmanuel Macron, rappellent, à raison, que ce dispositif ne concerne que peu d’entrées (environ 12 000 par an) et dépend surtout des « engagements internationaux de la France et la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme ».

L’aide médicale d’Etat

L’aide médicale d’Etat (AME) offre une couverture de soins minimale aux résidents étrangers en situation irrégulière et précaire qui sont en France depuis au moins trois mois et dont les ressources ne dépassent pas un plafond (9 709 euros par an pour une personne seule par exemple).

Quatre candidats veulent la maintenir : Jacques Cheminade, Benoît Hamon, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. Au contraire, Marine Le Pen veut la supprimer. Nicolas Dupont-Aignan et François Fillon vont encore plus loin en demandant, pour le premier, « un délai de carence de cinq ans pour les étrangers avant de pouvoir prétendre aux aides sociales », et pour le second un délai de deux ans (épargnant par ailleurs Sécurité sociale et Assurance-chômage pour ceux qui cotisent).

jeudi 24 septembre 2015

France, Pays de Transit, la Fin d'un Mythe.




"Venir en France? Mais pour vivre où? Dehors, sans nourriture, sans vêtements ?"...

C'est l'image et la respectabilité internationale de la "Patrie des Droits de l'Homme" - longtemps présentée comme une "terre d'accueil et d'hospitalité" - qui a pris un sérieux coup avec la crise migratoire en Europe, de surcroît sous un gouvernement socialiste.

En effet du pays autrefois assumé d'accueil, la puissance moyenne française n'est plus perçue par les migrants uniquement comme un pays de transit, qui n'offrirait même pas les garanties internationales minimales pour accueillir les réfugiés.

Quel désastre!

Il faut tout au moins espérer qu'il n'y aura plus un politique, pas un extrémiste...pour se plaindre de "toute cette misère du monde que la France ne peut accueillir".

La réalité est assez parlante pour casser définitivement le mythe.

Joël Didier Engo



Migrants: "Venir en France? Mais pour vivre où ? Dehors, sans nourriture, sans vêtements?"

Le pays des droits de l’homme a du mal à attirer les migrants. Mauvais accueil, chômage, casse-tête administratif… Ils nous racontent pourquoi ils préfèrent s’installer ailleurs.

"En France, il n’y a pas de travail." Ghalam, Fayhad, Mohsan et Ali, Afghans. (Lukas barth-AFP) (Lukas barth-AFP) 
"En France, il n’y a pas de travail." Ghalam, Fayhad, Mohsan et Ali, Afghans. (Lukas barth-AFP) (Lukas barth-AFP)

Un groupe s’est formé. Une dizaine de Syriens, d’Irakiens sont massés, debout, derrière une table en Formica beigeâtre, sous les néons blafards du sous-sol d’un hôpital désaffecté de Montmorency, en banlieue parisienne. L’endroit vient d’être transformé en centre d’accueil pour réfugiés. Le ton monte, les mains s’agitent, une voix s’élève :
Les gars, on n’est pas obligés de rester ici, on n’est pas prisonniers, on peut partir si on veut."
Depuis le matin, la rumeur court dans les couloirs. Une douzaine de migrants, acheminés dans des cars depuis Munich, en Allemagne, à la mi-septembre, auraient déjà quitté le centre. Waddah (*), 26 ans, qui travaillait encore comme avocat à Bagdad le mois dernier, et qui a laissé en Irak une femme et une petite fille, tourne comme un lion en cage :
Tout le monde veut partir, ici. La nuit, on a froid. Ils ont tardé à nous donner des couvertures, de nouveaux vêtements, il y des fuites d’eau dans les chambres, c’est vraiment insalubre. Et puis, on n'a pas le wi-fi, on n'arrive pas à joindre nos familles."
Le jeune homme avait trouvé le moyen de capter internet en allant dehors et en se postant près de la grille d’entrée d’une maison cossue, de l’autre côté de la rue, juste en face de l’hôpital. Le propriétaire du pavillon a appelé la police.

"Un peu déboussolés"

"Tous ces migrants n’avaient pas prévu de venir en France. Leur eldorado, c’était l’Allemagne ou la Suède. Ils ont changé d’avis en quelques heures après un périple long et douloureux", raconte un bénévole du Secours catholique.
Alors forcément, ils sont un peu déboussolés, un peu déçus quand ils arrivent ici. On essaie de faire en sorte qu’ils se reposent, on leur explique qu’on fait ce que l’on peut."
Ce sont les autorités françaises qui les ont convaincus de modifier leur itinéraire. Quelques jours auparavant, le lundi 7 septembre, au matin, une dizaine de collaborateurs de l’Ofpra (Office français de Protection des Réfugiés et Apatrides) et de l’Ofii (Office français de l’Immigration et de l’Intégration), la plupart arabophones, sont montés dans le premier avion pour Munich.
La France vient d’annoncer qu’elle ouvre en urgence ses frontières à 1.000 réfugiés supplémentaires (24.000 dans les deux ans) : des Syriens, des Irakiens et des Erythréens qui fuient la guerre ou la dictature. Il s’agit d’aider l’Allemagne, confrontée à une vague migratoire sans précédent.


Les images de Bavarois, les bras chargés de fleurs, de peluches, de panneaux "Welcome", défilent alors en boucle sur toutes les télévisions de la planète. Certains jours, jusqu’à 13.000 migrants débarquent à la gare de Munich. On les achemine ensuite dans un hall de la foire aux expositions, dans l’est de la ville.

Des Allemands accueillent les réfugiés à la gare de Berlin avec une banderole : "Bienvenue à Berlin". (Axel Schmidt / AFP)

C’est là que les équipes françaises s’installent, tout près du point de distribution des repas. Des haut-parleurs crachent des messages en arabe :
La France souhaite accueillir 1.000 réfugiés."
Des tracts sont distribués, des réunions d’information organisées, avec Pascal Brice, le directeur général de l’Ofpra en personne, juché sur une chaise. Des bus sont affrétés, des bâtiments et des lits réquisitionnés en France. On promet une carte de séjour de dix ans, le droit d’asile, un logement, l’école pour les enfants, une couverture médicale…

Mais, au final, le "recrutement" se montre bien plus maigre que prévu. 600 réfugiés sur le millier attendu. "C’est peu, mais ce geste a du sens", assure Pascal Brice. Les équipes repartent au bout de dix jours, après la fermeture de la frontière avec l’Autriche et l’arrêt du flux des migrants. Le "New York Times" s’émeut de la faible moisson française. "Le tardif 'bienvenue' de la France attire peu de migrants", titre le quotidien américain le 17 septembre. Commentaire du correspondant :
Les réfugiés votent avec leurs pieds et ils ne choisissent pas la France […]. Le pays, avec son chômage élevé et sa rhétorique incendiaire pour tenir les migrants hors de ses frontières, ne leur a pas déroulé le tapis rouge jusqu’à maintenant."
Et de rappeler les récentes déclarations de Marine Le Pen, le leader du Front National, qui a comparé l’arrivée des migrants aux invasions du IVe siècle.

L’hexagone ne fait plus rêver

La France ne serait plus une terre promise ? Sur les 600 réfugiés arrivés ces derniers jours de Munich, plus d’une vingtaine auraient déjà pris un billet de retour pour l’Allemagne, d’après l’Ofii. Des départs ont été enregistrés non seulement à Montmorency, mais aussi à la base de loisirs de Cergy-Pontoise, quelques kilomètres plus loin, et au monastère des Orantes, à Bonnelles, dans les Yvelines, deux autres foyers d’accueil qui viennent d’ouvrir.


Une visite dans les camps de réfugiés outre-Rhin montre que l’Hexagone ne fait plus vraiment rêver. Ousmane Ounes, 27 ans, casquette et anorak noirs, silhouette longiligne, était coiffeur au Pakistan. Il dort désormais à la Bayernkaserne, un ancien campement militaire dans le nord de Munich, transformé en centre d’accueil pour réfugiés il y a trois ans.
Venir en France ? Mais pour vivre où ? Dehors, sans nourriture, sans vêtements, sans argent ? Et pour espérer quoi ? Il faut attendre des mois et des mois avant d’obtenir des papiers. Je suis bien mieux en Allemagne."
Lorsqu’il a quitté Kamoke, dans la province du Pendjab, il savait déjà qu’il voulait y émigrer. Il a donné 3.000 dollars à un passeur, a vu sa "vie disparaître" sur le fleuve Evros entre la Turquie et la Grèce ("pendant quatre heures sur une barque avec 45 personnes, vous n’êtes plus rien"), a dormi trois jours dans la forêt, en Hongrie, s’est fait tabasser par la police de Budapest avant d’arriver à la gare de Munich.

"Il faut attendre des mois et des mois avant d’obtenir des papiers." Ousmane Ounes, 27 ans, Pakistanais. (Lukas barth / AFP)

À la descente du train, des panneaux de bienvenue inscrits en arabe, du jus d’orange, des gâteaux secs, des vêtements propres et un médecin l’attendaient. Il partage aujourd’hui sa chambre avec cinq autres Pakistanais et Afghans, va bientôt suivre des cours d’allemand et touchera une allocation mensuelle de 359 euros. S’il n’obtient pas ses papiers, il retournera en Turquie, où il a déjà travaillé comme ferronnier. Il n’ira pas en France.

"Des insuffisances graves"

Ahmad Yama Satik, 32 ans, chemise à carreaux bleue, raie sur le côté, bossait comme économiste pour des ONG à Kandahar, en Afghanistan. Il a "lutté pour rester en vie", durant les 35 jours qu’a duré son voyage, s’est fait tirer dessus par la police iranienne en passant la frontière, à cheval, a failli se noyer en rejoignant la Grèce.
Mais lui non plus ne veut pas entendre parler de la France :
J’ai des amis là-bas. C’est très compliqué pour trouver un travail. Ils sont à Calais maintenant. Ils dorment sous des tentes, dans la boue, les détritus, sans eau, sans électricité. Ils manquent de mourir à chaque fois qu’ils essaient de monter dans un camion pour aller en Angleterre. Ils ont retrouvé en France le danger qu’ils avaient fui en Afghanistan."
La sœur de sa femme (qui, elle, est restée à Kandahar avec leurs trois enfants) est installée à Munich depuis plusieurs années. Elle est mariée à un chauffeur de taxi qui roule en BMW noire. Ahmad Yama Satik l’a appelée avant de quitter Kandahar pour lui annoncer son arrivée. C’est elle qu’il attend en cette veille d’automne, devant les grilles de la Bayernkaserne, le long de la rue Heidemann, pour aller visiter Munich.

"A Calais, ils dorment sous des tentes dans la boue, les détritus." Ahmad Yama Satik, 32 ans, Afghan. (Lukas barth / AFP)

Un groupe d’une demi-douzaine de Syriens le rejoignent sur le trottoir. Dans les 20-30 ans pour la plupart, des ingénieurs, des étudiants, des fonctionnaires… Le plus âgé, Mageed, 44 ans, prend la parole :
La France est soi-disant une démocratie, le pays des droits de l’homme, mais elle n’accepte les réfugiés qu’au compte-gouttes et les traite mal."
En février, un rapport du commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Nils Muiznieks, dénonçait "des insuffisances graves et chroniques obligeant beaucoup [de demandeurs d’asile] à vivre dans des conditions de grande vulnérabilité qui sont indignes". Et chez les migrants, tout se sait. "Ils sont souvent éduqués et connectés au monde", indique Laurent Giovannoni, responsable du département accueil et droit des étrangers au Secours catholique.
Ils sont perpétuellement reliés à leurs proches, à leurs amis, partout sur la planète, avec leur téléphone portable. Ils ont vu sur Facebook les images de la jungle de Calais, de la Chapelle, du quai d’Austerlitz."
Laurent Giovannoni explique : "Ils savent qu’en France les conditions d’accueil se sont détériorées, qu’ils ne seront pas obligatoirement logés, même s’ils demandent l’asile, contrairement à ce qui se passe en Allemagne, en Suède ou en Angleterre. Ils savent aussi que les délais pour obtenir un statut de réfugié se sont allongés ces dernières années, même si cela s’est amélioré récemment. Et puis, il y a le pouvoir d’attraction de la communauté. Leurs familles, leurs proches sont déjà installés en Allemagne ou en Suède. Cela fait boule de neige."
Depuis le début de la guerre civile, l’Allemagne a accueilli 110.000 Syriens sur son territoire, la Suède, 30.000, et la France, seulement 7.000.

"Les mêmes avantages qu’en suède"

Quand il a quitté la Syrie, Sohab Horane, 20 ans, étudiant en arabe près d’Alep, voulait rejoindre des amis qui habitent Stockholm, la capitale suédoise. A Munich, les équipes françaises de l’Ofpra et de l’Ofii l’ont convaincu de changer de destination.

"Mes amis, à Stockholm, m’ont dit que j’avais tort de m’installer en France." Sohab Horane, 20 ans, Syrien. (Yannick Stephant pour "l'Obs")

Il est monté dans un bus qui partait pour la base de loisirs de Cergy-Pontoise avec le blouson de sport Adidas que des bénévoles d’une association caritative allemande lui avaient donné et qu’il porte toujours aujourd’hui. "Les autorités françaises m’ont assuré que j’aurais les mêmes avantages qu’en Suède : études, logement, nourriture… J’ai hésité, j’ai dit oui. J’ai téléphoné à mes amis à Stockholm pour les prévenir. Ils m’ont passé un savon, m’ont dit que j’avais tort. Au début, j’ai regretté, je me suis vraiment demandé si j’allais rester." Il poursuit :
Je ne connais personne ici, je suis perdu. Et puis j’ai décidé finalement de m’installer en France, de finir mes études et de faire venir ma femme qui est enceinte."
Sohab Horane, comme beaucoup d’autres réfugiés arrivés de Munich, a été déçu à son arrivée. Il bénéficie pourtant de conditions d’accueil exceptionnelles par rapport aux autres migrants. Il est logé, suit des cours de français et devrait obtenir le droit d’asile en seulement 15 jours, alors qu’il faut patienter d’ordinaire un an minimum. Il reconnaît tout ça.

Mais c’est la visite de François Hollande à la base de loisirs de Cergy-Pontoise trois jours après son arrivée qui l’a décidé à rester. Le président français leur a promis :
Vous aurez les mêmes droits que moi."
Nathalie Funès, L'OBS

vendredi 11 septembre 2015

Réfugiés: un droit d'asile à deux vitesses???


Par  Rebecca Tickle, http://rebeccatickle1.blogspot.be

Aujourd'hui le monde s'affole pour la Syrie qui se vide vers l'Europe. Plus de 276 000 personnes déjà. Mais a-t-on jamais compté combien d'Africains fuient leur pays depuis 50 ans, dans des circonstances de guerre, de destruction totale, de malgouvernance et d'abus massifs des droits humains? Ils sont pourtant des millions.

La migration sud-sud ne se ressent pas en Occident, mais elle est évidemment d'un poids monumental pour les sociétés d'accueil. Mais ce n'est que quand le mal arrive chez soi que la douleur se mesure.

L'autre jour j'entendais à la radio, dans un débat a propos des "bons" migrants versus

"mauvais" migrants. Un citoyen bien-pensant décrétait bien fort que les familles syriennes fuyant la guerre étaient admissibles en terme de politique d'asile. Mais que les réfugiés économiques, tels que les Erythréens par exemple, ne devaient pas être admissibles, puisque faux refugiés.

Pourtant, le rêve existentiel est universel et personne au monde ne quitte sa terre et ses parents de gaité de coeur. Surtout, l'Occident n'est jamais aussi rose qu'une vie décente dans son propre pays.

Mis à part que les Syriens sont plutôt blancs ou clairs de peau et que les Erythréens sont plutôt noirs, ce qui donne une dimension résolument négrophobe à la distinction entre "vrais" et "faux" réfugiés, dans la comparaison évoquée en tout cas, regardons au-delà de la simple conscience apparentiste des gens de bien.

Lisons déjà les informations à disposition sur les conditions de vie en Érythrée avant d'émettre des jugements raccourcis à la légère. Depuis plus 15 ans, une immense prison à ciel ouvert, une répression sanguinaire et une économie dans un délabrement avancé. Une des pires dictatures au monde.

Comme Hannah Arendt le disait si bien, "le totalitarisme ne tend pas vers un règne despotique sur les hommes, mais vers un système dans lequel les hommes sont superflus."

Être superflu consiste à ne pas exister aux yeux du système, on est donc dans la négation de toute forme de droit humain. Il s'agit bel et bien d'une guerre ouverte déclarée contre toute une nation. Criminaliser la fuite massive de citoyens dans de telles conditions constitue une double négation de leurs droits et de leur existence.

En clair, l'Érythréen lamda est superflu et ne possède aucun droit élémentaire. Un régime criminel contre l'humanité règne sur le pays dans la terreur. Et pourtant, selon certains, les Eythréens sont des réfugiés économiques, qui par conséquent ils ne doivent pas pouvoir obtenir le statut légal de réfugiés politiques.

Mais où place-t-on donc la limite entre l'économie et la politique d'un pays, d'autant plus dans un régime totalitaire? Le commerce - international - avec un tel régime n'est-il pas particulièrement avantagé par la spécificité politique locale justement? Quelle limite entre un commerce licite et respectueux des droits de l'homme et des échanges basés sur le recel et l'impunité?

La liste des pays à régime dictatorial - totalitaire, notamment en Afrique, est non exhaustive. Les profits engrangés par les puissances économiques et leurs multinationales tentaculaires dans le commerce avec ces régimes le sont aussi.

Cet aspect mondialisant de la question, et inconfortable il faut bien le dire, devra invariablement figurer en priorité dans le débat sur la qualification des réfugiés, et dans la recherche de solutions migratoires. Seule une réflexion sur les causes profondes des déplacements massifs de populations, surtout dans une vision de gagnant-gagnant (eh oui!) pourra être efficace à long terme.

On ne pourra plus faire l'autruche dorénavant en pratiquant la criminalisation-écran de certains réfugiés, car ces soi-disant faux-fuyants qui ne sont ni plus ni moins les victimes une à une d'une guerre socio-politique et économique, à basse intensité au mieux, méthodique, dirigée contre un peuple désarmé. La caution internationale que ces régimes reçoivent, font qu'au nom du concept "village global", tout le monde est responsable.

Le débat est urgentissime. Non pas parce que l'Occident panique devant le flux de réfugiés depuis le début de l'année 2015 particulièrement, mais parce qu'il s'agit de centaines de milliers de citoyens du monde dans une souffrance extrême, qui manqueront dans un avenir plus ou moins proche à l'appel de la reconstruction de leur pays en ruine, pour une bonne majorité.

Une véritable bombe atomique en gestation.




Migrants : la couleur de peau détermine la hiérarchie à bord des bateaux entre la Libye et l’Italie

migrants

Sur les bateaux d’embarcation au départ de la Libye et en destination de l’Italie, les passeurs établissent un classement en fonction du pays d’origine des migrants. Ceux qui viennent de l’Afrique subsaharienne sont  placés dans la cale d’embarcation – en juillet dernier, une centaine de migrants de l’Afrique subsaharienne ont été tués par des passeurs Italiens après avoir tenté de se sortir de la cale d’embarcation.
 

Hiérarchie à bord d’embarcations des migrants

Le trafic de migrants à travers la Méditerranée rapporte gros.

Les Erythréens constituent la population majeure (derrière les Syriens) qui arrivent en Europe après une traversée de la Méditerranée.  La plupart, qui vient de l’Ethiopie et du Soudan, paie entre 400 et 600 dollars pour un voyage dans un bateau en bois, au départ destiné à la pêche, et d’une longueur de 18 mètres environ . Pour la même embarcation, les Algériens et les Égyptiens déboursent le double et bénéficient de certains avantages. En effet, les passeurs établissent une hiérarchie de la première à la deuxième classe en fonction de la couleur de peau. Ceux à la peau Noire, à leurs yeux moins importants que les autres, sont placés en seconde classe –la cale d’embarcation- où il n’y a pas de fenêtre et où ils n’ont pas droit au gilet de sauvetage. En d’autres termes, si naufrage il y’a, ces migrants seront les premiers à en subir les conséquences…
Viols, tortures, noyades, déshydratation, absence de nourriture,  asphyxie dû aux vapeurs toxiques sont quelques unes des formes de racisme que subissent les passagers de l’Afrique subsaharienne au cours de la traversée de la Lybie à l’Italie.

Selon une estimation de l’OIM, près de 30 000 migrants pourraient mourir d’ici la fin de l’année.

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Un navire Libyen transportant des migrants.

Le calvaire des migrants à la peau Noire

De nombreuses ONG ont recueilli des témoignages de passagers qui racontent le racisme à bord des bateaux.  Ibrahim, un jeune Somalien de 17 ans, raconte comment sur le bateau où il avait embarqué avec 150 personnes, «les Somaliens étaient rassemblés dans la cale de l’embarcation, alors que les passagers d’autres pays pouvaient aller sur le niveau supérieur».

Une porte-parole de Save the Children indique «Ce que nous entendons de la bouche de nombreux migrants qui arrivent en Italie, est que les migrants originaires de pays africains sont traités de manière bien pire que ceux qui viennent d’Asie ou du Moyen-Orient. Ils sont souvent forcés de rester dans la cale du navire, là où les risques sont les plus grands si le bateau chavire ou coule. Ils sont aussi exposés aux vapeurs de pétrole.»

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Cinq hommes de nationalité Italienne ont été arrêtés au large des côtes européennes après une embarcation au départ de la Libye après le scandale de juillet dernier.

De nombreux Erythréens sont toujours sous le pont près d’Austerlitz en attendant que l’Etat français daigne trouver des solutions de logement.

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©Source: nofi.fr

samedi 18 juillet 2015

Ce que prévoit la nouvelle loi sur le droit d'asile


Par Céline Revel-Dumas, Le Figaro, 17 juillet 2015 


Le Parlement vient d'adopter, après sept mois de débats, la réforme sur le droit d'asile. La nouvelle loi va mettre la France en conformité avec la législation européenne.

Clap de fin pour la réforme du droit d'asile après plusieurs mois de débats. Définitivement adoptée mercredi par le Parlement, la loi doit être promulguée dans quelques semaines et mettra la France en conformité avec la législation européenne. Pour le gouvernement, le projet de loi visait à «sauver un système à bout de souffle», alors que les demandes d'asile ont augmenté de 83 % depuis 2007.

Le texte adopté par le Parlement propose ainsi de «renforcer les garanties des personnes ayant besoin d'une protection sociale», d'une part, et de «statuer rapidement sur les demandes d'asile», d'autre part, en réduisant le délai de traitement des demandes de deux ans aujourd'hui à seulement neuf mois à l'horizon 2017.

Pour remplir ces objectifs, le texte prévoit différentes mesures:
● Aujourd'hui, 50 % des dossiers sont déposés en en Ile-de-France. Pour éviter les concentrations territoriales, le texte prévoit des directives strictes de répartition des migrants dans les centres d'accueil des demandeurs d'asile (CADA),.

●  Pour améliorer les conditions d'accueil, les migrants seront contraints d'accepter la place qui leur sera attribuée dans un CADA où qu'il soit situé pour percevoir une allocation. De 5.200 en 2001, les places en centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) sont passées à près de 25.000 en 2014.

● L'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) devient pleinement indépendant. Il pourra désormais placer des demandes en «procédure accélérée» ou replacer certains dossiers traités par la préfecture en procédure normale.

● Le demandeur d'asile pourra bénéficier, «dans un souci de transparence», d'un conseil, avocat ou représentant d'une association, lors de son entretien à l'Ofpra, lors duquel lui sera remise une «autorisation provisoire de séjour».

● En cas de contentieux, une procédure de recours suspensif est créée devant un juge unique de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) dont le délai maximum pour statuer est établit à cinq semaines. Le délai de jugement en procédure normale est lui fixé à cinq mois.

● Par ailleurs, et c'est un apport des députés, l'accès au marché du travail et à la formation professionnelle sera autorisé au demandeur d'asile lorsque l'Ofpra n'aura pas statué sur la demande d'asile dans un délai de neuf mois.

Toutefois, en avril dernier, un rapport de la Cour des comptes révélait que «malgré l'obligation de quitter le territoire français (OQTF) qui leur est notifiée, seuls 1 % des déboutés sont effectivement éloignés. La plupart d'entre eux restent sur le territoire français, grâce à d'autres procédures telles qu'«étranger malade» afin d'obtenir un titre de séjour.» Le gouvernement promet d'agir dans une deuxième loi sur le droit des étrangers. La France est le 4e pays d'accueil des demandeurs d'asile en Europe derrière l'Allemagne, la Suède et l'Italie.

Source: Le Figaro Premium

vendredi 29 novembre 2013

Réformer le Droit d'asile, une urgence humanitaire



Si on pouvait déjà dissuader les "demandes infondées" en amont, on faciliterait les démarches aux vrais exilés et réfugiés, qui deviendraient alors plus rapidement éligibles à l'asile. 

Manuel Valls a raison de s’attaquer à cette racine du problème dans son projet de réforme.

Car il s'agit de plus en plus d'une véritable urgence humanitaire, les réfugiés et exilés ne pouvant le plus souvent accéder aux facilités d'hébergement en urgence; ou bénéficier de l'accompagnement social et sanitaire adéquat à leur condition, en conformité avec les conventions de Genève.

Joël Didier Engo




Le Rapport sur la Réforme de l'Asile remis au Ministre de l'intérieur le 29 novembre 2013

Ce que dit le rapport pour sauver le système

Déconcentrer les demandeurs, accélérer le traitement des dossiers, dissuader les demandes infondées...

Source: Nouvelobs.com, 28 Novembre 2013

Pour "sauver" un système d'asile qui "craque de partout", les deux parlementaires Valérie Létard, sénatrice UDI, et Jean-Louis Touraine, député PS, proposent de le "déconcentrer", notamment en répartissant les demandeurs sur l'ensemble du territoire avec des "quotas par région", dans un rapport remis jeudi 28 novembre à Manuel Valls.

Le constat : un système au bord de l'implosion

"L'asile est en train d'exploser parce qu'il est utilisé à des fins d'immigration", a diagnostiqué le ministre de l'Intérieur. Certaines régions et villes qui concentrent les arrivées sont "totalement saturées". 
  • La demande d'asile a quasiment doublé en six ans, passant de 35.000 demandes en 2007 à 68.000 prévues cette année, rappellent les auteurs du rapport, élaboré à l'issue d'une vaste concertation.
  • 45% des demandeurs se trouvent en Ile-de-France, mais Lyon et Metz ont enregistré des flux importants ces dernières années, ajoute le document, qui doit alimenter un projet de loi avant les élections municipales.
  • Les structures d'hébergement dédiées aux demandeurs d'asile (CADA) saturent en raison de cet afflux. Conséquence, la grande majorité se retrouve logée, la nuit, dans des hôtels, ou s'installe dans des squats plus ou moins salubres. Ces situations créent de fortes tensions au niveau local, avec des amalgames entre populations roms, sans-papiers et demandeurs d'asile, parfois instrumentalisés dans la campagne électorale. "Cela met en péril l'acceptabilité même de notre politique d'asile", écrivent Valérie Létard et Jean-Louis Touraine, qui plaident pour "un pilotage directif des personnes dès leur entrée" dans le pays.

Trois pistes de réforme qui font polémique

  • Proposition numéro 1 : un passage obligatoire par un centre de transit avant l'hébergement. Concrètement, l'idée est qu'une fois passés par une plate-forme d'accueil, les demandeurs soient dirigés pour quelques jours vers des centres de transit avant qu'une place leur soit offerte en respectant des "quotas par région". Pour que ce dispositif fonctionne, les élus suggèrent de retirer leurs allocations aux demandeurs qui refuseraient cette place et de traiter leurs dossiers en "procédure accélérée". Cette proposition ne fait "pas consensus", reconnaissent-ils, alors que les associations sont vent debout contre tout type de pénalités pour les demandeurs.
  • Proposition numéro 2 : l'identification précoce des déboutés. Pour réduire les délais, "priorité des priorités", les parlementaires suggèrent de simplifier les démarches : ne plus faire de la domiciliation, qui peut prendre des mois dans certaines villes, un préalable à l'ouverture d'un dossier ; accorder automatiquement l'aide juridictionnelle en cas d'appel pour économiser six mois d'attente... 
    En bout de chaîne, ils préconisent la création de "centres dédiés dans lesquels les déboutés seraient assignés à résidence" en attendant de quitter volontairement la France ou d'être expulsés. Pour les inciter à se rendre dans ces centres, les élus suggèrent de leur accorder une aide financière au retour et un accompagnement. Les associations ont déjà fait savoir qu'elles refuseraient de gérer ce type de structures, comparées à des "semi-centres de rétention".
  • Proposition numéro 3 : "dissuader les demandes manifestement infondées" qui, selon les auteurs du rapport "contribuent à alimenter les amalgames et les phénomènes de rejet". A cette fin, ils jugent nécessaires de maintenir des procédures accélérées, notamment pour les ressortissants de pays figurant sur une "liste de pays d'origine sûre", pourtant très contestée. "Mais c'est tellement sensible qu'on n'est pas entré dans le détail", ont-ils reconnu à ce sujet.