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mardi 5 mai 2020

En France, l'État appelé à «moderniser» sa politique migratoire

Migrants en attente d'être évacués par la police à Aubervilliers, le 28 janvier 2020.
Migrants en attente d'être évacués par la police à Aubervilliers, le 28 janvier 2020. Philippe LOPEZ / AFP
Travail, asile, expulsions... La Cour des comptes préconise, dans un rapport publié ce mardi 5 mai, une « modernisation » de la politique migratoire française, réhabilitant au passage les quotas.

Les expulsions ? « Peu efficaces. » L'enregistrement de la demande d'asile ? Trop lente. L'immigration de travail ? Doit s'inspirer du modèle canadien. Le rapport de la Cour des comptes utilise trente fois le mot « modernisation » pour revoir la politique migratoire française.

Dans ce document intitulé « L'entrée, le séjour et le premier accueil des personnes étrangères », la Cour dresse l'état des lieux d'une politique dont le triptyque, maîtrise de l'immigration, garantie du droit d'asile et intégration, nécessite « des objectifs plus tangibles, plus précis et plus réalistes ».

À commencer par ceux impartis aux délais d'enregistrement des demandes d'asile. « Depuis plusieurs années, les cibles de délais assignées par l'État sont plus strictes que les obligations légales car elles sont en partie conçues comme des signaux supposés décourager les demandes infondées », relève l'autorité administrative indépendante, pointant en particulier les procédures dites « accélérées », qui doivent être traitées en 15 jours mais dont les délais réels constatés sont de 121 jours.

Allonger la durée de certains titres de séjour

Parmi ses 14 recommandations pour la France, qui « accueille sensiblement moins de personnes étrangères que les autres grands pays occidentaux par la voie de l'immigration régulière », la juridiction financière suggère également de « simplifier le régime du séjour en allongeant la durée de certains titres, en automatisant le renouvellement de ceux qui s'y prêtent et en allégeant les formalités procédurales ».

En 2018, selon le rapport, plus des trois quarts des premiers titres avaient une validité d'un an, sans que ce ne soit « le gage d'une plus grande sélectivité », avec des refus de renouvellement de 1 % seulement.

Modèle canadien pour l'immigration professionnelle

La filière d'immigration professionnelle, elle, « pourrait être modernisée et diversifiée en s'inspirant du modèle canadien, fondé sur des cibles quantitatives pluriannuelles » et « un système de sélection individuel ». La Cour reprend à son compte la notion controversée de quotas pour la migration de travail, qui s'était effondrée en France entre 2011 et 2017, avant de se redresser.

Elle rappelle que la liste des « métiers en tension », censée déterminer les professions pour lesquelles l'immigration professionnelle est ouverte, est « aujourd'hui dépassée ». Une obsolescence qui fait consensus jusqu'au gouvernement, qui a prévu de la réviser.

RFI
Scepticisme au ministère de l'Intérieur
Dans une réponse à la Cour des comptes, le ministère de l'Intérieur s'est montré sceptique, évoquant une hypothèse « avant tout adaptée à un pays ayant d'importants besoins de main-dœuvre sans possibilité de mobiliser des actifs déjà installés » sur le territoire. « Cette situation n'est pas celle de la France (...) qui doit parallèlement assurer l'insertion dans l'emploi de personnes résidant en France, qu'elles soient Françaises ou étrangères. »
Par ailleurs, l'autorité administrative a jugé « peu efficace » la politique d'éloignement du gouvernement, lui suggérant de « mettre en place les moyens nécessaires à l'augmentation du nombre de départs aidés ». Sur ce point, la Place Beauvau n'a pas repris la Cour.

mardi 17 janvier 2017

Immigration : les titres de séjour et demandes d’asile ont augmenté en 2016

Au total, 227 550 titres de séjour ont été délivrés à des étrangers non européens, selon un bilan provisoire lundi du ministère de l’intérieur.

LE MONDE | | Par
Une famille de réfugiés irakiens accueillis à Cergy, dans le Val-d’Oise.

Après une année 2015 marquée par une hausse exceptionnelle des demandes d’asile (de 22,1 % en un an), liée à l’arrivée de réfugiés provenant de Méditerranée, la progression des demandes se poursuit à un rythme moins soutenu (+ 6,5 %) en 2016, selon un bilan provisoire publié lundi 16 janvier par le ministère de l’intérieur.

Cette hausse est inférieure à la moyenne européenne, puisque Eurostat a enregistré une progression de 12 % des demandes d’asile sur les neuf premiers mois de l’année, comme le rappelle la Direction générale des étrangers en France (DGEF).
26 351 demandes d’asile acceptées
 
Si la hausse des demandes est modérée, l’année 2016 se distingue par une forte augmentation du taux d’acceptation. Plus de 30 % des réfugiés qui ont déposé un dossier, soit 26 351 personnes, se sont vu octroyer ce statut protecteur, contre moins de 20 000 l’année précédente (24 %).

Les demandes d'asile en hausse de 6,5 % en 2016, après un bond de 22 % en 2015
Plus de 30 % des dossiers (première demande et réexamen) ont été acceptés, selon la Direction générale des étrangers en France
0 20000 40000 60000 80000 100000 Demandes d'asileattribution de l'asile2010201220142016
2010
● Demandes d'asile: 52 762
● attribution de l'asile: 10 377
soit 19,7 % de demandes acceptées
Source : DGEF
 
Les Soudanais, premiers à demander asile
 
Malgré l’ampleur de la crise syrienne, ce ne sont pas les Syriens qui sont les plus nombreux à déposer une première demande d’asile en France, mais les Soudanais, les Afghans et les Haïtiens. Quatre pays d’Afrique figurent parmi les dix nationalités les plus représentées.

 
Toutefois, le ministère rappelle que la France a accepté en 2016 d’accueillir 2 696 demandeurs d’asile arrivés de Grèce et d’Italie, dans le cadre de la politique de relocalisation européenne, et 3 005 réfugiés syriens provenant du Liban, de Jordanie et de Turquie.

Les Syriens à la cinquième place des demandeurs d'asile en France
 
Les données de première demande d'asile, fournies par l'OFPRA, ne sont que provisoire, car elles comptent pour décembre des demandes non encore enregistrées.
0 1000 2000 3000 4000 5000 6000 7000 Première demande d'asile 2016SoudanAfghanistanHaïtiAlbanie SyrieRépublique démocratique duCongoGuinéeBangladeshAlgérieChine
Source : DGEF
 
227 550 titres de séjour délivrés
 
La hausse des demandes d’asile a fait augmenter le nombre total des titres de séjour délivrés à des étrangers, qui s’élève à 227 550 en 2016. Les admissions pour motif humanitaire ont d’ailleurs augmenté de 41 % (et de plus de 9 % pour motif économique), alors que le regroupement familial est en recul pour la quatrième année d’affilée.

Les titres de séjour pour motif humanitaire ont augmenté de 41 % en 2016
 
Au total, 227 550 titres de séjour ont été délivrés en 2016, selon des données provisoires, soit environ 10 000 de plus qu'en 2015.
0 20000 40000 60000 80000 100000 201620152014économiquefamilialétudeshumanitairedivers
Source : DGEF
 
88 775 acquisitions de nationalité française
 
En 2016, 88 775 étrangers ont obtenu la nationalité française, dont moins d’un quart par le mariage avec une personne de nationalité française. Une augmentation modérée après deux ans de forte hausse en 2014 et 2015.

Les naturalisations se stabilisent en 2016
 
L'acquisition de nationalité par mariage a baissé de 17 % en un an, alors que celle par décret a augmenté de 10 %, selon la Direction générale des étrangers en France
0 20000 40000 60000 80000 100000 120000 140000 par décretpar mariage2010201220142016
Source : DGEF
 
2,8 millions d’étrangers en situation régulière
 
Conséquence de la hausse des titres de séjour, le nombre d’étrangers accueillis en France en situation régulière s’élève désormais à plus de 2,8 millions. Ce chiffre, qui n’inclut pas les ressortissants de l’Union européenne, représente environ 4,1 % de la population française. La moitié d’entre eux bénéficient d’une carte de résident de longue durée.

2,8 millions d'étrangers vivent en France avec une carte de séjour
 
Plus de la moitié des étrangers en France (1,4 million) bénéficient d'une carte de résident longue durée, et 250 000 ont des documents provisoires.
0 1000000 250000 500000 750000 1250000 15…Cartes de résident et résidentlongue duréeCartes de résident algérienCartes de séjour temporaireDocuments provisoiresVisa long séjour valant titre deséjourTitres communautairesCartes de séjour pluriannuellesRetraiteCompétences et talents
Source : DGEF
 
Moins de visas de tourisme
 
Si les demandes de titre de séjour de longue durée augmentent en 2016, ce n’est pas le cas des visas de transit ou de courts séjours, délivrés principalement aux touristes, qui enregistrent un repli de 4,2 %. La baisse s’explique, selon le ministère de l’intérieur, par une désaffection à la suite des attentats de Paris en novembre et de Nice en juillet.

En 2016, les visas de tourisme ont baissé de 4,2 %, mais les longs séjours ont augmenté de 2,5 %
 
Les visas de court séjour ou de transit constituent la plus grande part des demandes.
0 500000 1000000 1500000 2000000 2500000 3000000 3500000 4000000 visas de court séjour accordésvisas de long séjour accordésdemandes de visa refusées2010201220142016
Source : DGEF
 
 
 Anne-Aël Durand
Journaliste au Monde