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mercredi 2 septembre 2015

Monsieur Le Ministre, l'Afrique n'est pas la seule concernée par le "défi de la migration" en Europe.

Bernard Cazeneuve, Ministre de l'intérieur: " (...) c’est le développement du continent africain qui constitue pour l’Europe la véritable réponse au défi des migrations (...)"???

 

La classe politique française serait-elle obsédée par l'immigration africaine, au point de ne plus être capable d'identifier l'origine diverse et plurielle de la migration qui frappe désespérément aux portes de la forteresse Européenne?

Monsieur Cazeneuve, parmi ces migrants il y a autant de Syriens, d'Afghans, d'Irakiens..que d'Africains (essentiellement venus d’Érythrée). Et ces derniers migrent davantage vers les pays frontaliers dans leur continent d'origine, qu'ils n'empruntent la route meurtrière de l'Europe.

Est-ce peut-être un des effets réducteurs du vieux regard paternaliste et condescendant porté sur "l'Homme Africain"???

Mais à force de réduire l'Afrique et ses ressortissants à la seule problématique de la migration associée à la prétendue aide au développement, l'Europe semble précisément entrain de s'éloigner du réel potentiel humain et de l'infinie "réserve de croissance" de ce continent.

Dommage!

Migrants, notre faillite collective...Vraiment???

C'est d'abord la faillite d'une classe politique française littéralement tétanisée par l'influence grandissante du Front National dans l'électorat populaire, donc incapable d'aborder puis de traiter en profondeur une crise migratoire latente, sans donner en permanence des "gages de fermeté" à ce parti d'extrême droite.

Ainsi faire le strict minimum, y compris en prenant le soin parfois d'assimiler délibérément des réfugiés à des "migrants économiques", relève d'un choix politique (à droite comme à gauche) dit "responsable" et/ou de "gouvernement".

Voilà l'essence de la faillite politique collective française, particulièrement sur les questions migratoires et du droit des étrangers.

Joël Didier Engo


Président de l'association NOUS PAS BOUGER

Vidéo, Lionel Zinsou, premier ministre du Benin: «L’Afrique migre vers l’Afrique. Et non vers l’Europe»

TRIBUNE, Libération 01 septembre 2015

Migrants : la France n’a pas failli

Bernard CAZENEUVE 
Ministre de l'Intérieur 
01 septembre 2015 

Jour après jour, l’annonce de nouveaux drames frappant à mort, dans des conditions tragiques, les migrants qui tentent de franchir les frontières de l’Europe nous dicte d’agir vite. Entassés à fond de cale, abandonnés en haute mer, asphyxiés à l’arrière des camions, leur chemin de souffrances semble ne pas connaître de fin.

Depuis le début de l’année, 340 000 hommes, femmes et enfants, venus du Moyen-Orient et d’Afrique, ont pris le risque d’affronter cet enfer. Les rescapés sont souvent accueillis avec humanité, mais parfois aussi rejetés dans une extrême précarité. Tandis que les populistes jettent sur eux l’anathème, d’autres s’apprêtent à les suivre, pour fuir la guerre civile et les persécutions dont ils font l’objet, ou tout simplement dans l’espoir de mener une vie meilleure.

Face à ce drame des migrants, aucun gouvernement en Europe, aucun homme politique ne peut échapper à un examen de conscience. Avons-nous pris assez tôt la mesure de cette crise ? Avons-nous su faire preuve de la diligence et de la générosité qu’exigeait cette situation hors norme ? Avons-nous su respecter la promesse faite par la République depuis la Constitution de 1793 : «Le peuple français donne asile aux étrangers bannis de leur patrie pour la cause de la liberté»?

La France, pourtant, n’a pas failli. Nous avons ainsi adopté la plus ambitieuse réforme du droit d’asile des dernières décennies, afin de nous donner les moyens d’accueillir enfin tous les demandeurs qui se trouvent sur notre sol dans des conditions dignes et généreuses. Nous créons plus de 8 000 places nouvelles dans les centres d’accueil des demandeurs d’asile (Cada), ainsi que 11 000 places supplémentaires pour mettre à l’abri des migrants et reloger les réfugiés. A Calais, où se trouvent 3000 migrants ayant formé le projet d’entrer au Royaume-Uni, nous avons ouvert un centre d’accueil de jour, nous mettons à l’abri les femmes et les enfants, et nous offrons à ceux en besoin de protection la possibilité de demander l’asile en France. Notre politique y bénéficie du soutien de l’Union européenne qui vient de lui apporter de nouveaux financements, comme l’a annoncé lundi le vice-président de la Commission en présence du Premier ministre.

Au sein de l’Union européenne, c’est à notre initiative qu’a été décidé voici un an, le triplement des moyens de l’agence Frontex, chargée de surveiller les frontières de Schengen et dont les bateaux portent secours aux migrants au large des côtes grecques et italiennes. Des milliers de vies sont ainsi épargnées chaque jour.

C’est aussi suite à nos propositions et grâce à nos efforts qu’un dispositif global et solidaire se met peu à peu en place pour assurer le respect intégral du droit d’asile aux réfugiés qui parviennent en Europe. Le nombre des arrivées fait en effet que les trois principaux pays de première entrée - la Grèce, l’Italie et la Hongrie - ne peuvent assurer à eux seuls cette charge, comme le prévoient normalement les règles européennes. Nous soutenons le principe, pour le temps que durera la crise, d’un mécanisme de solidarité permettant de répartir certains de ces migrants dans le reste de l’Union européenne. La France a déjà annoncé qu’elle accueillerait pour sa part 9000 réfugiés au cours des deux prochaines années, qui s’ajoutent naturellement à tous ceux qui demandent directement l’asile sur notre sol chaque année. En parallèle, des centres d’accueil dits «hot spots» doivent ouvrir en Grèce et en Italie.

Pour que cette approche soit soutenable, il faut cependant que les Européens s’accordent sur une politique de l’asile commune, comme l’ont recommandé la semaine passée le président de la République et la chancelière allemande. Il faut également que les migrants irréguliers, qui ne peuvent bénéficier de l’asile, soient dissuadés de venir en Europe, où ils ne pourront demeurer de façon régulière. Cela implique que leurs retours soient organisés et aidés, en pleine coopération avec leurs pays d’origine et avec les pays de transit. La France a ainsi proposé la mise en place avant la fin de l’année au Niger d’un centre d’aide au retour et de prévention des départs sous l’égide de l’Office international des migrations. Bien des pays africains sont demandeurs d’un tel dispositif, parce qu’ils souhaitent épargner à leurs ressortissants les risques d’un voyage vers la mort et parce qu’ils veulent que leurs élites contribuent au développement de l’économie locale.

  À long terme, c’est le développement du continent africain qui constitue pour l’Europe la véritable réponse au défi des migrations. L’ Afrique est la réserve de croissance du monde et l’Europe doit accompagner cette croissance par une politique de coopération tournée vers le développement durable et la maîtrise des mouvements de population. Ce sera tout l’enjeu du sommet de La Valette, où seront réunis les pays européens et les pays africains en novembre 2015, et qui sera préparé à Paris.

La responsabilité de l’Union européenne et de ses États membres est aujourd’hui engagée. Elle ne concerne pas seulement l’avenir de nos peuples, mais la survie immédiate d’hommes et de femmes qui tentent d’échapper à la mort et aux persécutions. C’est la raison pour laquelle, j’ai appelé, avec mes collègues allemand et britannique, à une réunion exceptionnelle et immédiate des ministres de l’Intérieur européen. Elle se tiendra le 14 septembre. Le temps nous est compté.

Bernard CAZENEUVE Ministre de l'Intérieur

mercredi 17 juin 2015

Bernard Cazeneuve promet 10 000 places d'hébergement en plus pour gérer l'asile...À prendre évidemment!


10 000, pouvait-il en faire plus ou moins? Ce n'est vraiment plus la question...
 

Ces migrants sont là ...pour la plupart des réfugiés, souvent de transit en France...et la décence voudrait qu'ils soient abrités dans des lieux offrant un minimum d'humanité, de dignité...pour peu qu'ils soient considérés comme des semblables.

Voilà le fond du débat. 

Le reste participe de l'habituelle polémique politicienne de celles et ceux qui pensent prospérer en agitant la peur d'un appel d'air, sachant pertinemment que le poids de la migration est d'abord supporté par les pays voisins: en Afrique pour les migrants Africains, au Liban et en Jordanie pour les Syriens, en Iran pour les Afghans et j'en passe...

Joël Didier Engo

Le plan timide du gouvernement face au drame des migrants

  Par Le Monde


Un groupe de migrants évacué par la police italienne à Vintimille, mardi 16 juin.

Une dose d’humanitaire et une dose d’expulsion : le plan proposé en conseil des ministres, mercredi, par le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, pour répondre aux conséquences en France de la crise migratoire européenne ressemble à un cocktail savamment dosé pour déminer un sujet politiquement explosif. Au risque de fâcher tout le monde…

La chasse aux migrants délogés de leurs installations successives dans Paris, qui scande la vie de la capitale depuis deux semaines et la proposition de la maire de Paris, Anne Hidalgo, de créer pour eux des centres de transit, nourrissent le débat politique français et conduisent à une surenchère dans la volonté d’accueillir ou non les centaines de migrants qui passent par la France après avoir débarqué sur les côtes italiennes. Dans ce contexte, le plan du ministre de l’intérieur, qui répond à une commande du chef de l’État le 8 juin, a pour ambition de jouer un rôle pacificateur.

Les demandeurs d’asile et les réfugiés en sont les premiers bénéficiaires, grâce à la création de 9 500 places d’hébergement supplémentaires. En même temps, le ministre veut multiplier par deux le nombre de retours volontaires des migrants économiques et optimiser le remplissage de ses centres de rétention administrative (CRA), dernière étape avant le renvoi forcé.

Renvoyer plus d’étrangers

La dose d’humanitaire est un message adressé à la gauche, à la sphère associative, aux citoyens parisiens engagés depuis deux semaines dans l’aide aux migrants évacués du campement de La Chapelle le 28 mai, et à tous ceux qui souhaitent un traitement plus digne des demandeurs d’asile condamnés à dormir dehors. Elle veut envoyer un signal à ceux qui pensent que le gouvernement Valls – et avant lui le gouvernement Ayrault – n’ont pas créé de vraie rupture avec la politique de l’ère Sarkozy. Le volet sécuritaire, lui, s’adresse à l’extrême droite, à la droite et plus largement à une opinion publique pour laquelle, dans un débat mal posé, renvoyer plus d’étrangers est un gage de bonne politique migratoire.

Le sujet est clivant. C’est en effet sur ce dossier du renvoi des étrangers qu’a achoppé la loi asile. Prévu pour passer au Parlement en procédure accélérée et s’inscrire dans la loi française en juillet, le projet de loi s’est conclu fin juin par un désaccord en commission mixte paritaire. Les Républicains ayant insisté pour que les refus d’octroi du statut de réfugié valent obligation de quitter le territoire, la députée (PS) Sandrine Mazetier, qui portait le dossier pour l’Assemblée nationale, a préféré renvoyer le texte à un nouvel examen par les deux chambres.

«Pôles d’éloignement»

Dans le plan présenté mercredi, Bernard Cazeneuve choisit de donner des gages sur ce sujet. La création annoncée de « pôles d’éloignement » aux contours encore flous est un moyen d’effacer l’image « laxiste » qui colle aux socialistes. Une autre manière aussi d’entériner que le « bon » étranger est un demandeur d’asile, un réfugié ou titulaire d’une carte talent pour les universitaires, les artistes, les étudiants les plus brillants… Cette même philosophie sous-tend le texte de loi sur les titres de séjour (qui va aussi arriver en discussion fin juillet au parlement). On n’est pas loin de l’« émigration choisie » de Nicolas Sarkozy, même si cette expression est réfutée place Beauvau.

Depuis son arrivée à l’intérieur, Bernard Cazeneuve insiste régulièrement sur « l’accroissement de 13 % des retours forcés hors Union européenne depuis 2012 ». Pour poursuivre cette courbe et surtout renouer avec les départs volontaires qui eux sont en baisse de 18,6 % entre 2013 et 2014, son plan prévoit d’expérimenter « de nouveaux dispositifs de préparation au retour », déclare-t-il sans donner de détail. Une version qui pourrait être assez proche des « Maisons du retour » que la sénatrice UDI Valérie Létard avait fait introduire lors de la première discussion sur la loi asile. Politiquement, le plan Cazeneuve a un mot pour chaque sensibilité politique.


Les efforts faits en faveur des demandeurs d’asile sont censés contrebalancer les renvois. Des moyens supplémentaires vont être débloqués pour les réfugiés, que M. Cazeneuve présente comme « une préoccupation ».

Marchandage en cours

L’effort conséquent en nombre de logements, fait conjointement avec la ministre du logement, Sylvia Pinel, n’efface pourtant pas le marchandage en cours sur la part que la France pourrait prendre dans une répartition européenne des réfugiés débarqués en Italie. L’exécutif s’était fait tirer l’oreille pour réinstaller 500 Syriens quand l’Allemagne acceptait d’en prendre 10 000 (sur 130 000 personnes jugées prioritaires par le HCR). Depuis, elle a doublé ce contingent, mais reste toujours loin derrière l’Allemagne qui a donné son aval pour recevoir 10 000 personnes supplémentaires.


La loi ne suffira pas à changer le visage de l’asile dans l’Hexagone. Plus que par son faible taux d’hébergement des demandeurs, la France se caractérise depuis des années par son peu de générosité. En première lecture, la France octroie l’asile à 17 % des demandeurs (22 % selon Eurostat qui calcule autrement). En Allemagne, ce taux est de 42 % en 2014 selon Eurostat, en Belgique de 40 %, en Finlande de 67 %, au Royaume-Uni de 39 % et globalement dans l’UE de 45 %.

Jusqu’au mois de mai, les Érythréens qui, avec les Soudanais peuplent les campements parisiens, avaient bien peu de chance d’obtenir un statut de réfugié. 14,8 % pour les Érythréens en première instance, alors que « pour l’Érythrée, le taux est de 100 % en Suède et de 85 % dans la plupart des pays », précise Gérard Sadik, de la Cimade. Pour les Soudanais, c’est la même chose. 279 ont obtenu le statut de réfugié en 2014 pour 990 refusés. « Pour eux, les proportions sont inversées des deux côtés de la Manche, estime M. Sadik. Près de 75 % d’accord au Royaume-Uni et autant de rejets en France. » Quant aux Syriens, fierté de l’OFPRA avec leurs 96 % de taux d’acceptation, 40 % entre eux n’obtiennent pas le statut de réfugiés, mais une simple protection subsidiaire bien moins avantageuse.

 Maryline Baumard, Journaliste Le Monde


Accueil des migrants : les cinq points clés du plan du gouvernement

L' Obs 17 juin 2015

Le ministre de l'Intérieur a présenté ses objectifs d’amélioration de la prise en charge des demandeurs d’asile. Un plan qui se voulait "ambitieux" mais qui reste timide.


Un exercice d'équilibriste pour un sujet clivant. Le gouvernement a annoncé ses objectifs d’amélioration de la prise en charge des migrants, à l’issue du conseil des ministres mercredi 17 juin. Il prévoit des mesures humanitaires mais aussi un renforcement des expulsions. Si certains volets peuvent satisfaire la gauche, d’autres répondent davantage aux exigences de la droite la droite. De quoi irriter tout le monde, rappelle "Le Monde".

Dans un contexte de "crise humanitaire sans précédent" - illustré par les évacuations parisiennes et les drames récurrents en Méditerranée - le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, veut de "l’humanité et de la fermeté". Davantage de logements mais aussi plus de lutte contre l’immigration irrégulière.
Notre dispositif d'accueil des demandeurs d'asile est embolisé et le dispositif d'hébergement d'urgence ne fonctionne pas de manière satisfaisante", précise Bernard Cazeneuve.
Voici les cinq points à retenir du plan annoncé ce mercredi.

14.000 places d’hébergements pour les demandeurs d’asile

Le gouvernement s’engage à créer 4.000 places supplémentaires en centres d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada) d’ici fin 2016, dont 2.000 à la fin de l’année. Seules les personnes qui ont déposé un dossier peuvent prétendre à ces hébergements.

Les places créées depuis 2012 approcheraient ainsi les 12.200. La capacité d’accueil devrait atteindre près de 34.000 places, indique "Libération". Soit un doublement en dix ans.

25.500 logements adaptés pour les réfugiés

Une fois la demande d’asile acceptée, les migrants peuvent obtenir le statut de réfugié. Pour ceux-là précisément, le gouvernement veut créer 5.000 logements accompagnés, donc autonomes, abordables et adaptés. Les réfugiés sont alors accompagnés par un gestionnaire afin de faciliter leur insertion.

Les 5.000 logements seront créés parmi 3.000 habitations vacantes dans le parc social, 1.000 places en résidences locatives, et 1.000 places en intermédiations locatives.

Pour les réfugiés les plus vulnérables, 500 places en centres provisoires d’hébergement seront créées.

31.500 places d’hébergements d’urgence pour les migrants en transit

Un autre effort portera sur l’hébergement d’urgence, réservé aux migrants en transit. 1.500 places seront créées "pour une mise à l’abri temporaire de ceux qui arrivent sur notre territoire", signale Sylvia Pinel, la ministre du Logement.
Il y aura une différence notable avec les solutions proposées aujourd’hui : les personnes seront suivies, accompagnées et orientées vers les dispositifs les plus adaptés, ou éloignées du territoire".

4 Améliorer l’accueil des migrants à Calais

La dose d’"humanisation" du plan du gouvernement s’applique aussi à la situation migratoire de Calais. "Près de 3.000 personnes vivent dans des conditions sanitaires indignes sur la lande. Nous devons mettre en place un aménagement renforcé", explique Sylvia Pinel.

Des points d’eau, des structures modulaires, de l’éclairage et des sanitaires vont être mis en place. Un opérateur sera également "présent en permanence pour des missions de nettoyage et de médiation".

5 Renforcer les mesures d’éloignement

"Eloigner davantage ceux qui révèlent de l’immigration irrégulière", c'est l’autre volet de ce plan. Une annonce qui vise à rassurer ceux qui craignent un "afflux de clandestins".
Il n'y a pas de tabou car pas de politique d'asile soutenable si nous ne reconduisons pas ceux qui ne peuvent rester sur le territoire de notre pays", affirme Bernard Cazeneuve.
Parmi les mesures :
  • La mise en place d’une task-force de la police judiciaire pour démanteler des réseaux de passeurs. Elle sera coordonnée par l’Office central pour la répression de l’immigration irrégulière et l’emploi d’étrangers sans titre (Ocriest). Les contrôles seront renforcés aux frontières et dans les points stratégiques (gares, ports…).
  • Les 1.400 places de rétention administrative - qui sont occupées aux deux tiers actuellement - seront optimisées. Ce qui favorisera une augmentation du nombre de retours contraints.
  • Les aides au retour et à la réinsertion vont, elles aussi, augmenter. "Un objectif minimal de versement de 8.000 aides au retour vers des pays extérieurs à l’UE, contre 4 000 en 2014, est visé", précise le ministre de l’Intérieur.
Avec 22 % de demandes d’asile acceptées, la France ne fait pas partie des bons élèves de l’Union européenne en matière d’immigration. En Allemagne, le taux est de 42 %, et en Finlande de 67%. La moyenne de l’Union européenne s’établit à 45%.


Juliette Pousson, L'OBS

samedi 16 mai 2015

Immigration en Europe: la Libye inopérante, transfert des camps pour migrants au Niger?

Par Guilhem Delteil, Radio France Internationale


media 
Le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve (g.), et son homologue nigérien Hassoumi Massaoudou, le 14 mai 2015 à Niamey. AFP PHOTO / BOUREIMA HAMA
La Commission européenne a dévoilé, mercredi 13 mai, sa stratégie migratoire : mieux répartir les réfugiés entre les Etats-membres et renforcer les contrôles de ses frontières maritimes. Mais l’UE veut aussi intervenir en amont sur les routes de l’immigration. Une première initiative a été annoncée, ce vendredi à Niamey par le ministre français de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, et le président nigérien, Mahamadou Issoufou : des centres pour migrants seront créés au Niger. 

Le Sahel est traversé par 50 à 60% des migrants qui arrivent en Libye. Le Niger est donc un important pays de transit et l’Union européenne veut atteindre les migrants en route vers la Méditerranée pour renforcer la protection de ceux qui sont éligibles à l’asile, mais aussi pour construire avec les migrants économiques un projet d’insertion professionnelle les incitant à rentrer dans leur pays.

« Les centres que l’Union européenne se propose de mettre en place dans le cadre d’une démarche conjointe avec le Niger doivent être l’occasion de porter des politiques ambitieuses de développement pour les migrants et pour les Etats ». C’est ce qu’a déclaré Bernard Cazeneuve, le ministre français de l’Intérieur, à Niamey ce vendredi.

Car c’est là le cœur de la politique migratoire européenne, la très grande majorité des migrants traversant la Méditerranée relèvent de l’immigration économique. Il faut donc, aux yeux des Européens, renforcer l’aide au développement, une démarche qui va dans le bon sens, selon le président nigérien Mahamadou Issouffou : «Les gens quittent les pays pauvres parce que tout simplement, leur situation est intenable et c’est pour cela qu’il faut attaquer le mal à sa racine. Et attaquer le mal à sa racine, c’est envisager comment créer les conditions de développement économique et social des pays d’origine. » Le premier de ces centres devrait ouvrir à Agadez d’ici la fin de l’année.

Guilhem Delteil, Radio France Internationale (RFI)

Le mythe de la France généreuse

Jean QUATREMER (à Bruxelles) et Sylvain MOUILLARD
 
Libération 19 mai 2015
DÉCRYPTAGE

Contrairement à ce que laisse entendre le gouvernement, le taux des demandes d’asile qui reçoivent une issue favorable dans l’Hexagone est plus faible que la moyenne européenne.

La matière est hautement inflammable, sujette aux raccourcis et analyses biaisées. La prise en charge des demandeurs d’asile, aujourd’hui du ressort de chaque pays membre de l’Union européenne, pourrait faire l’objet d’une politique commune. La France, loin d’être un eldorado pour les migrants en danger dans leur pays, est justement en train de réformer son droit d’asile.

Que propose la Commission?

Une partie importante des étrangers qui pénètrent illégalement sur le territoire de l’UE, parfois au risque de leur vie, le fait pour fuir des persécutions ou la guerre et non pour chercher du travail. Ce n’est pas un hasard si le nombre de demandes d’asile a explosé en 2014 avec 626 065 dossiers (+ 45% par rapport à 2013), la situation internationale se dégradant. Or, la charge est actuellement supportée pour l’essentiel par les pays frontaliers de l’Union, la Grèce et l’Italie au premier chef. Bruxelles propose donc de répartir le traitement des demandes d’asile entre les pays européens.

Ce mécanisme d’urgence, qui sera finalisé mercredi prochain, ne s’appliquera qu’aux étrangers qui «ont manifestement besoin d’une protection internationale». L’exécutif européen va établir une liste de nationalités qui seront réputées être dans ce cas et dont feront sans doute partie les Syriens, les Erythréens, voire les Somaliens. Dans le pays de premier accueil, des représentants de Frontex (l’agence européenne des migrations), d’Europol (agence de coordination policière) et des autorités nationales chargées d’accorder l’asile procéderont à un premier examen des dossiers pour écarter les demandes manifestement infondées. Ensuite, ces personnes seront réparties entre les Vingt-Huit selon une clé basée sur la démographie, la richesse, les efforts précédents, etc. Ainsi, l’Allemagne devra en accueillir 18,42%, la France 14,17%, l’Italie, 11,84%, etc. Soit, en se basant sur les chiffres de 2014, un «surplus» de 26 000 demandeurs d’asile dans l’Hexagone, et de 7 000 régularisés. Ce sont les autorités nationales qui, au final, accorderont ou non le statut de réfugiés. A charge pour elles, aussi, de reconduire à la frontière les déboutés. En outre, la Commission demande aux Etats d’accueillir 20 000 Syriens qui ont déjà obtenu le statut de réfugié et qui se trouvent actuellement dans des pays tiers (Turquie, Jordanie, Liban).

Pour entrer en vigueur, cette réglementation devra être adoptée par une majorité qualifiée d’Etats, le Royaume-Uni, l’Irlande et le Danemark ne participant pas au vote puisqu’ils bénéficient d’un opt-out (une option de retrait) sur la politique d’immigration.

La France est-elle spécialement généreuse?


A en croire le gouvernement, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve en tête, la France assumerait plus que sa part dans la prise en charge des migrants, notamment ceux relevant de l’asile. «Sur 28 pays de l’UE, 5 seulement accueillent 75% des demandeurs d’asile», a expliqué lundi le ministre de l’Intérieur. En valeur absolue, il n’a pas tort. L’an passé, la France a enregistré 62 735 demandes d’asile selon Eurostat, ce qui la place au quatrième rang européen derrière l’Allemagne, la Suède et l’Italie.

Mais alors que l’UE a enregistré une hausse globale des demandes de 44%, la France, elle, a vu le nombre de dossiers déposés diminuer de 5%. Certes, la tendance est à la hausse quasi continue depuis 2007. Mais les besoins de protection sont moins élevés qu’en 1989 (Turquie, Zaïre) ou en 2003 (ex-Yougoslavie, Algérie, Tchétchénie). «On est incapable de reconnaître que l’asile est phénomène éternel, note Jean-François Dubost, juriste à Amnesty International. Les demandes oscillent de manière récurrente entre 45 000 et 65 000 par an.»

Surtout, quand on rapporte le nombre de requérants à la population du pays d’accueil, on se rend compte que la France est loin d’être «submergée», comme voudrait le faire croire l’extrême droite. En 2014, la France comptait un demandeur pour un millier d’habitants. Très loin de la Suède (8,4 pour 1 000), de la Hongrie (4,3) ou de l’Allemagne (2,5). «Notre pays se targue d’être important sur la scène économique et diplomatique et de défendre l’asile, remarque Eve Shahshahani, responsable du dossier pour l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (Acat). Or, la France n’est pas bonne élève. Elle a été condamnée à près de dix reprises ces dernières années par la Cour européenne des droits de l’homme sur ce dossier.»

Le taux de protection est à cet égard révélateur. En 2013, 18% des dossiers aboutissaient à une issue positive, quand la moyenne européenne s’élevait à 35%, selon l’Acat. Les choses se sont améliorées en 2014, selon Pascal Brice, le directeur de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). « L’an passé, le taux de protection global était de 28%.» Au crédit de l’Ofpra, la France reçoit peu de demandes d’asile syriennes (3 154 en 2014), alors que l’Allemagne en a enregistré 41 000 et la Suède 31 000. Or, les Syriens bénéficient d’un taux de protection très élevé, plus de 90%. Mécaniquement, ils font donc monter le niveau du taux de protection. Pour Pascal Brice, c’est autant la situation économique, plus favorable en Allemagne ou en Suède, que les communautés implantées là-bas qui expliquent que ces deux pays soient privilégiés par les Syriens. A contrario, il est indéniable que la France se montre très peu généreuse envers les migrants originaires de la Corne de l’Afrique (Erythrée, Soudan), dont les dossiers sont rejetés dans près de 90% des cas.

 Les demandes d'asile en France et en Europe

Le système d’asile est-il dévoyé ?

C’est devenu un des leitmotivs de la droite et de l’extrême droite : puisqu’un quart des demandeurs d’asile seulement voient leurs demandes aboutir, c’est que les trois quarts seraient des «fraudeurs», des migrants économiques «déguisés». Un rapport provisoire de la Cour des comptes, qui a fuité dans la presse au mois d’avril, avait accrédité cette thèse : «La demande d’asile est utilisée par certaines personnes comme une nouvelle filière d’immigration, notamment économique.» La Cour des comptes pointait aussi le faible nombre de déboutés quittant effectivement le territoire français (1% selon elle, 10% selon le ministère de l’Intérieur). Cette machine à fabriquer des sans papiers coûterait, selon l’institution de la rue Cambon, 2 milliards d’euros par an.

Faux, répond le gouvernement, qui chiffre le budget de l’asile à un peu moins de 600 millions. «Cette rhétorique est trompeuse», dénonce Eve Shahshahani, qui estime que les déboutés sont avant tout des personnes «n’ayant pas eu la chance d’être pleinement entendues». Mylène Stambouli, de la Ligue des droits de l’homme, précise : «Une personne dont la famille a été massacrée peut mettre longtemps avant de réussir à faire le récit de son expérience.» Pascal Brice, le directeur de l’Ofpra, balaie lui aussi cette idée d’un droit d’asile dévoyé : «Penser qu’il y aurait un comportement conscient et massif de détournement, c’est une erreur sur la nature de ce droit.» Un coup d’œil aux nationalités les plus présentes parmi les demandeurs d’asile est instructif : les personnes originaires de zones de conflits (République démocratique du Congo, Russie, Syrie) côtoient celles venues du Bangladesh et d’Albanie.

Comment la droite s’engouffre-t-elle dans le débat?


Alors que les drames en Méditerranée se succèdent, le Sénat examine depuis quelques semaines un projet de loi sur l’asile destiné à réformer un système «à bout de souffle». Voté en première lecture à l’Assemblée en décembre, il pourrait ressortir profondément durci du Palais du Luxembourg. Les sénateurs UMP ont présenté des amendements visant notamment à réduire les délais de traitement des dossiers (trois mois contre neuf dans le projet initial). Pour Eve Shahshahani, il s’agit d’une «surenchère sécuritaire et démagogue».

Jean QUATREMER (à Bruxelles) et Sylvain MOUILLARD, Libération
   

lundi 11 mai 2015

Quand Bernard Cazeneuve va à la rencontre d'un des grands pourvoyeurs de réfugies politiques en France





Au moins Bernard Cazeneuve aura l'occasion inespérée d'interpeller directement Paul Biya, grand pourvoyeur d'exilés/réfugiés politiques et économiques en France, pendant la visite qu'il s'apprête à effectuer au Cameroun du 14 au 15 mai.

Espérons que le ministre de l'intérieur socialiste lui fera alors part du durcissement encours devant le Sénat de la loi sur l'asile en France, puis de l'instauration projetée des quotas pour les demandeurs d'asile entre les pays membres de l'Union européenne, précisément au grand dam des principales victimes du despote de Yaoundé. 

Il est permis d'en douter.

Car les réfugiés de Boko Haram présentent un avantage indéniable pour les officiels Français de passage au Cameroun, en ce qu'ils permettent bien malgré eux de ne jamais aborder toutes les questions dites sensibles qui fâchent sur place, telles que les violations incessantes des droits de l'Homme ou les emprisonnements politiques.

Joël Didier Engo

Reconduites à la frontière : gauche ou droite, qui expulse le plus?
Le ministre de l’intérieur assure que la gauche pratique 13 % de reconduites à la frontière de plus que la droite. Les Décodeurs ont vérifié.

Par Samuel Laurent, Les Décodeurs, Le Monde.fr

Afficher sa fermeté en matière d’immigration, telle est la ligne suivie par le gouvernement Valls. Quitte à faire dans la politique du chiffre dénoncée jusqu’à l’élection de François Hollande par les mêmes socialistes.

Manuel Valls dénonçait en 2012 à son arrivée au ministère de l’intérieur les risques de « travers statistiques » induits par une politique du chiffre. Mais son successeur ne résiste pas à la tentation d’en donner un qu’il juge bon.

Invité lundi 11 mai de RTL, alors que la loi sur la demande d’asile entre en discussion au Sénat - le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, a ainsi vanté les mérites de la fermeté en matière de reconduites à la frontière, affirmant que la gauche faisait ici « mieux » que la droite.

Ce qu’il a dit :

«En matière de reconduite à la frontière, nous faisons 13 % de reconduites de plus pour les déboutés du droit d’asile depuis 2012, ce qui montre que nous sommes dans une démarche où l’on a à la fois plus d’humanité et plus de fermeté dans l’application des règles.»

Pourquoi c’est exagéré?

Selon Bernard Cazeneuve, depuis 2012, le nombre de reconduites à la frontière de personnes déboutées du droit d’asile aurait donc augmenté de 13 %.
Mais de quoi parle-t-on ? En réalité, comme l’avait démontré Libération dans un autre cas, on ne connaît pas précisément le nombre de déboutés du droit d’asile reconduits à la frontière, mais le nombre de reconduits quel que soit le motif. Le ministère ne renseigne pas le passif des reconduits, et n’a pas connaissance de leur statut précis.

1. Baisse d’un quart des reconduites à la frontière depuis 2012

Le ministère dispose en fait de données sur « l’éloignement des étrangers en situation irrégulière », qui montrent l’évolution des reconduites depuis 2009, quel qu’en soit le motif.
 
Bilan des reconduites à la frontière depuis 2009
Les éloignements spontanés sont ceux qui se font sans intervention policière après prononcé d'une mesure d'éloigment.
0 5000 10000 15000 20000 25000 30000 35000 40000 Eloignements forcésEloignements et départs spontanésEloignements et départs aidés200920102011201220132014
2012
● Eloignements forcés: 13 386 personnes
● Eloignements et départs spontanés: 14 981 personnes
● Eloignements et départs aidés: 8 455 personnes
Total : 36822 personnes
Source : Ministère de l'intérieur


Les 13 % évoqués par M. Cazeneuve sont bien présents, mais ne concernent qu’une seule catégorie de ce total : les éloignements forcés. Ceux-ci sont passés de 13 386 en 2012 à 15 161, soit exactement 13,26 % de hausse.

Le ministère fournit une statistique détaillée pour 2013 et 2014, avec le type d’éloignements. On peut constater que ce sont les retours forcés de ressortissants de pays tiers (hors Union européenne) qui sont en nette hausse, de 39,9 % sur les deux années.

Mais ce que M. Cazeneuve ne précise pas, c’est que les deux autres catégories, à savoir les départs « spontanés » (sans intervention policière après une mesure d’éloignement) et les départs aidés (assortis d’une aide matérielle au retour au pays), eux, sont en baisse, respectivement de 70,12 % et 5,76 %.

De façon assez cohérente, le ministre ne reprend pas le mode de calcul que critiquait la gauche en 2012 (agréger reconduites forcées, spontanées et aidées). Mais appliquer ce mode de calcul peut se révéler instructif et ne va pas tout à fait dans le sens de M. Cazeneuve : avec un total de 27 606 expulsions en 2014, contre 36 822 en 2012, le recul est de 25 %.

La gauche a donc bien augmenté le nombre d’expulsions « policières » – des demandeurs d'asile déboutés et des autres, sans qu'on en connaisse la proportion –, mais réduit, parfois fortement, le nombre des autres types d’éloignement, ou du moins la méthode de comptage.

2. Hausse des demandes et des acceptations

M. Cazeneuve oublie par ailleurs de brosser un tableau complet de la situation. En réalité, le nombre de demandes d’asile vers la France est en hausse spectaculaire depuis 2007 (malgré un léger recul sur 2014). Et le nombre de demandes acceptées tend lui aussi à augmenter.

Demandes et admissions à l'asile en France
0 10000 20000 30000 40000 50000 60000 70000 DemandesAdmissions197319751977197919811983198519871989199119931995199719992001200320052007200920112013
1983
● Demandes: 22 350
● Admissions: 14 608
Source : OFPRA
1983
● Demandes: 22 350
● Admissions: 14 608

Source: OFPRA

Ainsi, depuis 2012, le nombre de demandeurs d’asile a cru de 7,34 %. Or, mécaniquement, s’il y a plus de demandeurs et si on conserve le même taux de refus, on augmente le nombre de déboutés.

Autre élément à prendre en compte dans un tableau plus global : malgré le « plus de fermeté » de M. Cazeneuve, on est passés de 9 976 demandes d’asile acceptées en 2012 à 14 512 en 2014, soit une hausse de 45,5 %.

3. Combien coûte une reconduite ?

2 186 euros par « reconduit » Autre élément à rappeler : une reconduite à la frontière n’est pas gratuite, loin de là. Dans un rapport de 2009, le Sénat estimait à environ 42 millions d’euros le coût des seuls frais d’éloignement (billets d’avion, de train ou de bateau), soit 2 186 euros par « reconduit ». Pour 2014, cela représenterait donc 33,14 millions d’euros, uniquement pour les transports.

Si on compte en sus le coût de fonctionnement des centres de rétention, des policiers affectés à ces missions, etc., on parvenait en 2009 à un total d’environ 415,2 millions d’euros, pour 13 908 éloignements forcés et 29 332 expulsions au total, contre 15 161 éloignements et 27 606 reconduites au total en 2014.

Une politique de « fermeté » qui a donc un coût certain. Et que certains ont longtemps dénoncé, notamment dans un petit livre distribué par le PS en 2011, et titré La France en libertés surveillées. On peut y lire des pages de réquisitoire contre la politique de Nicolas Sarkozy en matière d’expulsions, et contre « cette politique du chiffre qui donne lieu à de nombreux drames humains, comme les défenestrations de personnes sans-papiers arrêtées par la police ».

Il est d’ailleurs amusant de retrouver dans l’ouvrage du PS une citation de Nicolas Sarkozy qui, en 2006, estimait qu’en matière d’expulsions, il fallait « de l’humanité et pas simplement de la fermeté ». Les mêmes mots que ceux employés par M. Cazeneuve.

Samuel Laurent
Journaliste au Monde

Une grosse fabrique à clandestins...

Le Sénat adopte une réforme du droit d’asile durcie et dénaturée
Le Monde | 26.05.2015
Le Sénat a adopté mardi 26 mai en première lecture la réforme du droit d'asile après l'avoir durcie, contre l'avis du gouvernement. Sous la pression de l'UMP, le texte a changé l’esprit du projet de loi gouvernemental et prévoit à présent que tout migrant à qui est refusé le statut de réfugié ait automatiquement obligation de quitter le territoire français.

Il a été adopté par 187 voix (UMP et UDI-UC), contre 31 (communistes et écologistes). Les socialistes se sont abstenus. Le texte voté à l’Assemblée nationale en décembre 2014 cherchait à accélérer les procédures de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), engorgé, tout en respectant les droits du demandeur. Mais la commission des lois du Sénat l’avait beaucoup retravaillé, avec une priorité : renvoyer les déboutés du droit d’asile.
Ainsi, le texte interdit-il désormais de présenter une nouvelle demande sous un autre motif, après le refus de l’Ofpra. Certains migrants ne pouvant être renvoyés, car ils risquent la mort dans leur pays, cette loi augmentera mécaniquement le nombre des clandestins.

Le texte se soucie aujourd’hui moins du demandeur que de la limitation des flux d’entrées en France. Même si ceux-ci restent inférieurs à 15 000 réfugiés par an, puisque les trois quarts des dossiers sont rejetés.

L’esprit de cette nouvelle loi coïncide avec la politique menée vis-à-vis des Syriens. 1 500 ont été accueillis en France en tant que réfugiés, quand l’Allemagne a ouvert ses portes à plus de 20 000 d’entre eux et le Liban à 1,5 million.
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D'où viennent les demandeurs d'asile qui arrivent en France ?

Les Décodeurs, Le Monde.fr | 06.05.2015