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vendredi 5 janvier 2024
Loi immigration: le devoir moral de sensibiliser les migrants Africains sur l'inhospitalité de l'Europe, et singulièrement de la France
Il arrive un moment où le désir de vivre dignement chez soi doit pouvoir l'emporter sur toute volonté d'affronter des obstacles de plus en plus insurmontables dans la clandestinité en Europe, et singulièrement en France.
Dans un tel contexte, notre devoir moral est aussi de sensibiliser sur ces difficultés inhérentes à des sociétés ouvertement xénophobes et racistes. Puis d'inciter les migrants africains à privilégier d'autres destinations, à défaut de rester ou retourner dans leurs pays d'origine respectifs.
L'attraction croissante exercée par les pays étrangers sur la jeunesse française
Dites-le à tous les réactionnaires nombrilistes initiateurs de la Loi Immigration la plus raciste et xénophobe jamais adoptée en France sous la cinquième république...
Nombre de jeunes Français dits de souche préfèrent de plus en plus non seulement migrer à l'étranger pour étudier, mais également pour s'y établir définitivement.
Et s'il venait donc à tous ces pays (notamment d'Amérique, d'Asie, d'Océanie, et même d'Afrique, etc...) la tentation de leur appliquer systématiquement la réciprocité en termes de restrictions des visas, de cautions universitaires, de privations des droits sociaux, et d'accès aux marchés du travail, etc...comme le fait progressivement la France???
Le drame de la France c'est précisément qu'elle est gouvernée par une classe dirigeante (politique et économique) complètement déconnectée de la réalité économique et sociale de la population, à force de se coopter et se reproduire entre-elle en différents cercles clientélistes très fermés.
Joël Didier Engo, Association NOUS PAS BOUGER
http//www.nouspasbouger.org
dimanche 13 juin 2021
Migrations et conditions de vie et d'accès au droit des migrants
Médiapart 12 juin 2021 Par Sebastien Nadot Blog : Le blog de Sebastien Nadot
Commission d’enquête sur les migrations, les déplacements de populations et les conditions de vie et d’accès au droit des migrants, réfugiés et apatrides en regard des engagements nationaux, européens et internationaux de la France. Assemblée nationale - Exposé des motifs.
Conséquences de la guerre, de la répression politique, de la pauvreté, de la faim, de la dégradation de l’environnement ou de crises sanitaires, les migrations sont un sujet d’urgence, d’actualité et d’avenir : un sujet majeur pour nos sociétés du XXIe siècle, à commencer par la France.
Les migrations et les conditions de vie des migrants renvoient immanquablement au respect du droit, c’est‑à‑dire aux engagements qu’une société prend vis‑à‑vis d’elle‑même concernant les valeurs et les principes d’humanité qu’elle souhaite honorer. Elles nous confrontent à la mise en œuvre effective des traités internationaux, des règles européennes et des lois nationales. Et il y a peu de domaines où le sentiment d’un écart entre les textes et la réalité vécue n’est aussi grand.
Une multitude d’acteurs agissent dans la cacophonie avec une évidente dilution des responsabilités : acteurs étatiques, collectivités territoriales, institutions internationales et européennes, organisations non‑gouvernementales, mais également associations locales dans les pays de départ et d’arrivée.
Il y a peu de sujets qui croisent avec autant d’intensité la dimension internationale et la dimension nationale, qui articulent autant géographie, économie, relations internationales – et maintenant biosphère – avec la complexité de la société française et de son histoire.
La problématique des migrations nourrit depuis des décennies un nombre vertigineux de travaux de recherche, de rapports d’expertise, de résolutions et de projets de loi. Pour autant, les questions migratoires sont de plus en plus abordées avec de mauvais reflexes, qui en font aujourd’hui un sujet polémique quasi permanent.
La crise de l’accueil des migrants, des réfugiés et des apatrides en France est devenue une crise de la dignité humaine. Et l’urgence se fait plus pressante chaque jour, alors que les problèmes ne datent pas d’hier.
La crise sanitaire du Covid‑19 complique encore les difficultés rencontrées par les migrants, jusque dans ce qui devrait être de simples démarches administratives.
Or, une société ne peut détourner indéfiniment son regard des atteintes à la dignité humaine sans en subir directement ou insidieusement les maux. Il ne s’agit pas seulement de coût économique, social ou sécuritaire, mais également d’un prix moral, aux conséquences plus profondes (page de la Commission d'enquête ici).
La loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d’asile effectif et une intégration réussie visait un triple objectif de réduction des délais d’instruction de la demande d’asile, de renforcement de la lutte contre l’immigration irrégulière et d’amélioration de l’accueil des étrangers admis au séjour pour leurs compétences et leurs talents. Aujourd’hui, pour cette loi comme pour les autres textes, la réalité semble contredire le droit.
Confronter l’état de notre droit à la réalité vécue par les migrants, les réfugiés et les apatrides en France suppose de donner la parole aux principaux intéressés, non pas seulement au travers de documentaires ou de reportages, mais dans le cadre de notre démocratie parlementaire et de ses institutions. Il s’agit de retracer la réalité du parcours des migrants au temps du Covid‑19, d’ouvrir un espace d’accueil de la parole des migrants et de la confronter à notre politique migratoire, avec cette question : quel est l’état de l’accès au droit sur notre territoire pour un étranger ?
De Calais à Menton, de Briançon aux Pyrénées jusqu’à Mayotte, quelles sont les premières confrontations directes des migrants avec l’état de notre droit ? Dans quelles conditions les personnes venues de l’étranger sont‑elles prises en charge par notre administration une fois sur le sol français ?
L’Union européenne (UE), son action au travers de l’agence Frontex en particulier, doit également être questionnée. Comment se fait‑il que seuls des bateaux d’organisations non‑gouvernementales sillonnent la Méditerranée quand le sauvetage des migrants en mer devrait être assuré par l’UE ? Le jeu de la France au sein des institutions européennes constitue une dimension essentielle du questionnement en matière de règles intra‑communautaires et d’actions européennes relatives aux chemins des migrations et des principales voies et portes d’accès à l’Europe.
Par ailleurs, nos choix démocratiques ne peuvent s’exonérer d’analyser les facteurs générateurs des migrations. L’action ou l’inaction de la France dans les pays d’émigration contribue à résorber ou au contraire amplifie les phénomènes migratoires. Prenons le seul exemple de la Guinée, où la démocratie et l’État de droit sombrent : elle figure comme le premier pays d’origine des mineurs étrangers isolés en France.
Il s’agit là d’aborder l’action de la France et de l’Union européenne au regard des épicentres des phénomènes migratoires : accords internationaux contractés par la France et l’Union européenne vis‑à‑vis des pays d’origine des migrations et leurs conséquences (accords migratoires spécifiques, bilatéraux et tout autre accord incluant des clauses sur l’immigration).
Il s’agit également de mesurer les conséquences réelles de la politique d’aide publique au développement de la France dans ces pays de départ, et d’interroger par exemple la définition et l’application de la notion de pays sûr.
Enfin, une attention particulière doit être portée aux causes écologiques des migrations, avec l’enjeu de la concrétisation de la déclaration du Président de la République français aux Nations unies du 23 février 2021 à Paris sur la question climatique et les relations internationales. De même, un suivi des travaux de la France relatifs au chapitre spécifique dédié aux migrations en relation avec les changements environnementaux dans le cadre de la COP26 qui se tiendra à Glasgow du 1er au 12 novembre 2021 est nécessaire.
RÉSOLUTION :
Article unique
En application des articles 137 et suivants du Règlement de l’Assemblée nationale, il est créé une commission d’enquête de trente membres sur les migrations, les déplacements de populations et les conditions de vie et d’accès au droit des migrants, des réfugiés et des apatrides en regard des engagements nationaux, européens et internationaux de la France. Cette commission d’enquête :
1° A pour mission d’évaluer, en retraçant le parcours des migrants, la réalité des conditions d’accueil et d’accès au droit, notamment à nos frontières, des migrants, réfugiés et apatrides en France au regard du droit international, européen et national.
2° Examine l’action de la France et de l’Union européenne quant aux chemins des migrations.
3° Examine l’action de la France et de l’Union européenne dans les pays d’origine des migrations, en matière d’accords internationaux comme de politique d’aide au développement.
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mardi 20 avril 2021
En trois ans, plus de 18 000 mineurs étrangers ont disparu en Europe
Depuis 2018, les autorités d’une trentaine de pays ont perdu la trace de milliers d’enfants et d’adolescents migrants non accompagnés. Un chiffre effarant mais encore approximatif en l’absence de données précises dans certains Etats, dont la France.
Par Jean-Pierre Stroobants(Bruxelles, bureau européen)
Le Monde.fr
Entre 2018 et 2020, quelque 18 000 enfants et adolescents étrangers non accompagnés ont disparu en Europe. Ce nombre, accablant, est aussi approximatif : des Etats – dont la France – ne collectent pas de données précises sur ces disparitions de jeunes migrants et d’autres n’ont fourni que des estimations partielles pour 2020.
L’organisation Lost in Europe, un projet de journalisme d’investigation international regroupant des professionnels de sept pays, a collecté des informations auprès d’une trentaine d’Etats, membres et non membres de l’Union européenne (UE). Elle les a ensuite soumises, en mars, à des experts qui sont arrivés à la conclusion qu’en l’espace de trois ans les autorités avaient perdu la trace d’au moins 18 292 mineurs étrangers non accompagnés (MENA).
D’abord abrités dans des centres d’accueil, certains ont probablement rejoint un membre de leur famille. D’autres ont trouvé un travail au noir ou ont été contraints au travail forcé pour rembourser leur dette à l’égard de leurs passeurs. D’autres encore ont été victimes de groupes criminels, dont des réseaux de traite des êtres humains : des filières de prostitution de jeunes Nigérianes ont notamment été mises au jour dans plusieurs pays.
Article réservé à nos abonnés Lire aussi En Europe, la tragédie des jeunes migrants exploités par des réseaux clandestins
C’est en Italie (5 775 disparitions recensées), en Belgique (2 642), en Grèce (2 118, nombre arrêté à la mi-2020) et en Espagne (1 889) que les disparitions sont les plus nombreuses. Faute de statistiques, on ne sait rien de ce qui se déroule en France, en Grande-Bretagne ou en Roumanie. Lost in Europe relève cependant la fragilité de ces données. Parce que, dans certains pays de première arrivée, des enfants sont enregistrés en tant qu’adultes ou que d’autres transitent par des pays qui ne les enregistrent pas. En revanche, un mineur quittant, par exemple, un centre en Espagne pour gagner les Pays-Bas sera compté deux fois. En fait, les échanges de données entre les pays de l’UE concernant ces jeunes sont presque inexistants. Comme, apparemment, la prise en compte de leur situation.
Complexité des institutions
« L’Europe est capable de régler la question des compensations si votre avion est en retard, mais un enfant exploité devra, lui, se battre tout seul », déplore Kevin Hyland, membre du groupe d’expert du Conseil de l’Europe, interrogé par un journaliste de Lost in Europe. Deux jeunes Vietnamiens qui figuraient parmi les 37 personnes retrouvées mortes dans un camion frigorifique en Grande-Bretagne, en octobre 2019, avaient tenté, en vain apparemment, d’alerter les autorités néerlandaises sur le rôle de trafiquants avant d’être contraints d’embarquer. Ils n’auraient pas été écoutés.
Lire la tribune de Delphine Rouilleault : « Ouvrons le débat public sur les vrais enjeux de l’accueil et de l’accompagnement des mineurs isolés étrangers »
C’est en 2016, au lendemain de la grande vague migratoire, que Brian Donald, responsable des enquêtes sur les agressions sexuelles à Europol, avait, le premier, attiré l’attention sur ces disparitions en évoquant le cas de 1 000 mineurs ayant demandé l’asile avant d’échapper à toute surveillance.
Depuis, la situation a peu évolué, malgré la constitution d’un groupe de travail au sein du Conseil de l’Europe ou l’expression régulière d’Ylva Johansson, la commissaire européenne à la migration, de sa « profonde préoccupation ». Elle l’a répétée récemment lors du 13e Forum européen des droits de l’enfant, qui ambitionne notamment de favoriser une coopération et une coordination plus efficaces au sein des systèmes de protection de l’enfance.
Article réservé à nos abonnés Lire aussi L’Etat et les départements se renvoient la balle sur la prise en charge des mineurs isolés
La Commission vient aussi de présenter des « stratégies » sur la traite des êtres humains et les droits de l’enfant. Les institutions européennes ne peuvent, toutefois, jouer qu’un rôle mineur en ce domaine, les Etats étant seuls responsables du sort des mineurs présents sur leur territoire. Europol, l’office de coordination policière, n’intervient, lui, que de manière marginale dans ce type de dossiers, lorsque l’une de ses enquêtes concerne un groupe criminel impliqué dans la traite d’êtres humains. Et si la Commission formule des recommandations, elle ne peut qu’espérer qu’elles seront suivies d’effet.
Au sein des pays eux-mêmes, c’est la complexité des institutions qui empêche une bonne gestion du problème des MENA. La Belgique fournit, à cet égard, un exemple caricatural. L’Agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile et l’ONG Child Focus recensent séparément les disparitions. Comme le service de tutelle du ministère de la justice, qui récolte les informations des parquets, de la police, des centres d’accueil et d’autres services. Pour remédier à cet éparpillement, le nouveau secrétaire d’Etat à la migration, Sammy Mahdi, a créé un groupe de travail, avec l’espoir d’agir plus rapidement. En 2020, le royaume a recensé 638 disparitions, dont 93 jugées « inquiétantes ».
Jean-Pierre Stroobants(Bruxelles, bureau européen)
lundi 19 août 2019
Sauver les migrants est une obligation de solidarité
[BLOG You Will Never Hate Alone] Leur refuser l'accueil, c'est renier notre part d'humanité.
Ces gens nous ressemblent. Ils sont notre passé, notre présent, notre futur.| Óglaigh na hÉireann via Flickr
Voilà des jours et des jours que le navire Open Arms
sillonne la mer Méditerranée à la recherche d'un port où débarquer ses
singuliers passagers que par commodité de langage l'on nomme migrants
quand ce sont simplement des damnés de la terre. Voilà des jours et des
jours que les capitales européennes tels des chiffonniers de bas étage
se disputent quant à savoir qui doit les accueillir.
Voilà des jours et des jours qu'on rejette la responsabilité qui sur
l'Italie, qui sur l'Espagne, qui sur la France, sans être capable de
s'accorder sur des dispositions humanitaires à même de mettre fin à tout
ce cirque sinistre.
Comment ne pas voir dans toutes ces
mesquines tergiversations la reproduction exacte des comportements
passés quand au siècle dernier d'autres mers et océans abritaient des embarcations de fortune
où s'entassaient des juifs considérés comme des pestiférés dont
personne ne voulait? Comment ne pas comparer ces migrants d'aujourd'hui
avec le sort des populations honnies qu'au lendemain de la Seconde
Guerre mondiale, on entassait dans des camps de personnes déplacées
à la recherche d'une impossible solution? Comment ne pas s'émouvoir que
de nouveau les pays occidentaux cherchent par tous les moyens à se
refiler ces migrants comme s'ils étaient des lépreux, des épouvantails
qui une fois rendus sur la terre ferme sèmeraient le désordre et le
chaos?
Même égoïsme. Mêmes fantasmes. Mêmes peurs
irraisonnées. Même frilosité. Comme si le principe même d'hospitalité
était une notion vaine tout juste bonne à figurer dans quelques
Évangiles sans jamais être mise en pratique.
Car
enfin, à qui fera-t-on croire que ces milliers de migrants puissent
représenter un danger quelconque pour des pays aussi opulents que la
France ou l'Italie? N'existe-t-il donc pas une obligation de solidarité,
au nom même de la vie humaine, face à ce spectacle d'êtres humains
entassés comme du bétail à bord de navires dont on se doute bien qu'ils
sont tout sauf des bateaux de croisière? Comment l'Europe, ce continent
des droits de la personne, des Lumières, des démocraties éclairées,
peut-elle autoriser de voir des êtres humains ainsi ballottés, méprisés,
renvoyés à leur triste condition sans même réagir, sans rien
entreprendre pour soulager le fardeau de leur douleur?
Rappeler l'Europe a ses devoirs
On
le sait, derrière chacun de ces individus se cachent des tragédies
innommables. Personne ne s'aventure loin de son pays natal pour des
raisons qui ne seraient pas de l'ordre de la nécessité impérieuse. Elles
fuient la guerre, l'odeur de sang, le chaos, les exactions, les
bombardements, l'impossibilité de manger à sa faim; l'irréductible
désespoir qui ronge les cœurs et plonge les âmes dans une détresse dont
jamais rien ne les sort.
Ce sont des hommes, des femmes,
des enfants, des êtres humains comme nous dont la seule faute a été de
naître au mauvais endroit, sous le soleil noir de pays livrés au
désordre de l'Histoire quand elle condamne les individus à vivre une
existence faite de mendicité, de renoncements et d'implacables deuils.
Il
ne s'agit pas d'accueillir toute la misère du monde, ni de verser dans
un humanisme bêlant mais simplement de rappeler l'Europe à ses devoirs.
Comment un continent fort de près de 500 millions d'habitants dont la
plupart vivent dans une relative aisance peut-il refuser l'hospitalité à
des dizaines voire à des centaines de milliers de migrants sans se
renier, sans renoncer à ce qu'il est par essence: un phare dont la
lumière est censée guider le monde entier?
Peu importe
qui sont ces migrants. Peu importe la couleur de leur peau, leur
appartenance religieuse, la raison de leur exil. Peu importe leur pays
d'origine. Peu importe la langue qu'ils parlent. Ils nous ressemblent.
Ils sont notre passé, notre présent, notre futur. S'en détourner pour
mieux les ignorer, ce serait comme salir le genre humain dans son
ensemble.
Les sauver, c'est nous sauver nous-mêmes.
mercredi 13 mars 2019
Demandeurs d’asile : «Pourquoi un tel déni de la souffrance psychique?»
Par Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky
Professeur d’anthropologie, psychologue clinicienne
Sarah Iribarnegaray
Psychiatre
Tribune. La violence des lois de l’asile dans les
pays européens et leur impact désastreux sur la santé et la précarité
des migrants ont été maintes fois dénoncés. En revanche, on connaît
moins les limites de la loi française, où l’Etat de droit se retrouve le
premier compromis par des mesures qui sont autant d’entorses au respect
de la personne, et dont les effets pervers viennent anéantir toute
politique d’accueil cohérente. Dans le domaine de la santé, les
contradictions se cristallisent particulièrement autour de la question
du trauma psychique.
Les demandeurs d’asile qui ont vécu
dans leurs pays d’origine des menaces, incarcérations ou violences
souffrent fréquemment d’état de stress post-traumatique compliqué
d’épisodes dépressifs. Ces individus aux capacités mémorielles
perturbées ne parviennent pas à effacer la violence des images dans leur
esprit, ne dorment plus, sont rivés à une angoisse envahissante.
Troubles faciles à ignorer
Pour
ceux-là, la procédure d’asile a des conséquences terribles. En effet,
ces patients qui précisément devraient attester des violences subies et
faire pencher le juge du côté de la protection française ne peuvent
parler avec « cohérence » et « spontanéité » des horreurs vécues, comme
le souhaiterait une procédure fondée sur le récit. Un patient ayant subi
un traumatisme grave peut se présenter perplexe ou détaché, son
discours parfois peu cohérent, voire contradictoire, sa mémoire troublée
rendant les éléments biographiques (parcours de vie et de migration)
difficiles, voire impossibles à verbaliser. Ces troubles
post-traumatiques sont du reste invisibles et variables dans leur
présentation selon les individus, donc faciles à ignorer ou à mettre en
doute.
Parmi les récentes mesures, la loi sur le droit
des étrangers de mars 2016 a transféré l’évaluation médicale des
étrangers malades des médecins des agences régionales de santé (ARS)
dépendant du ministère de la santé à ceux de l’Office français de
l’immigration et de l’intégration (OFII), autrement dit au ministère de
l’intérieur. La récente loi de septembre 2018 exige que le demandeur
d’asile fasse conjointement la demande d’asile politique et la demande
de séjour pour soins. Or la plupart des exilés ne peuvent préciser leurs
troubles qu’une fois leur accès aux soins effectif, bien après leur
arrivée.
«Le premier motif des demandes, les troubles de la santé mentale et du comportement, est aussi celui qui fait l’objet du refus le plus massif»
Ainsi,
l’octroi de la demande d’admission au séjour pour soins (APS) a baissé
de 39 % en 2017. Le taux d’avis défavorables (47 %) est en augmentation
par rapport aux années précédentes. Plus précisément, comme en témoigne le rapport de l’OFII au Parlement sur la procédure d’admission au séjour pour soins de 2017, le rejet des demandes est inversement proportionnel au classement de la pathologie invoquée.
Le
premier motif des demandes, concentrant plus d’un cinquième de
celles-ci, les troubles de la santé mentale et du comportement, est
aussi celui qui fait l’objet du refus le plus massif, avec plus de 75 %
de taux de rejet. Les maladies organiques, par exemple les maladies du
sang, sont acceptées à plus de 85 %. L’OFII semble se féliciter de ces
taux. Pourquoi tant de suspicion à l’égard des pathologies mentales et
du psycho-trauma ? Pourquoi un tel déni de la souffrance psychique?
Contrairement
à beaucoup de maladies organiques, les troubles mentaux ne sont souvent
pas objectivables ni quantifiables par des examens paracliniques ;
seule l’analyse du tableau clinique permet de poser le diagnostic.
L’OFII n’hésite pas, dans son rapport, à avancer que le « problème
de la réalité de l’affection se pose parfois, notamment quand le
diagnostic repose essentiellement sur des éléments déclaratifs ».
On aurait pu penser que, au vu des certificats de suivi des psychiatres
et psychologues inclus dans les dossiers, les médecins de l’OFII
reconnaissent cette pathologie. Ce n’est pas le cas, et la mise en doute
systématique de celle-ci a des conséquences graves. Au niveau
professionnel, elle met directement en cause la bonne foi et l’expertise
des soignants.
Si une catégorie de maladie, en
l’occurrence les maladies mentales, est quasi systématiquement refusée
par les collègues de l’OFII, la décision médicale ne perd-elle pas de sa
valeur au profit d’un biais politique ? Est-il question de prise en
charge médicale ou de gestion des flux migratoires?
Selon
la nouvelle procédure, un dossier est examiné successivement par quatre
médecins de l’OFII, un médecin rapporteur puis par trois médecins
composant un collège. Or, celui-ci n’est pas composé de manière
systématique d’au moins un psychiatre, lui-même formé à la clinique du
psycho-traumatisme. De plus, le temps imparti lors de la consultation
médicale est souvent minimaliste et peut se faire sans la présence
systématique d’un interprète.
Appréciation variable selon les médecins
Or,
puisqu’il s’agit de protéger des personnes qui n’ont pas accès à ces
soins dans leur pays d’origine, on peut sans risque formuler que la
prise en charge médicale des psycho-traumas et dépressions n’y existe
pas. Rappelons, dans les pays dont viennent nos patients, la
stigmatisation des malades souffrant de troubles mentaux, la pénurie
aiguë de personnels qualifiés et de structures sanitaires, la difficulté
d’accès aux soins, les coûts élevés et le manque de médicaments. Un
rapport d’une ONG de 2013 faisait état d’un seul établissement public
psychiatrique à Kinshasa pour toute la République démocratique du Congo.
L’un des critères majeurs d’appréciation des dossiers par les médecins de l’OFII est celui des « conséquences d’une exceptionnelle gravité en l’absence de soins pour les demandeurs ».
Il semble que l’acception de cette notion fasse l’objet d’une
appréciation variable selon les médecins : faut-il systématiquement
mettre en avant l’éventualité d’un risque suicidaire pour attester de la
gravité de la souffrance psychique?
Surtout, cela a
des conséquences lourdes pour des exilés déboutés, sans papiers, qui ont
besoin d’être soignés : présents en France, ils n’en partiront pas.
Confinés dans l’illégitimité, c’est une condamnation à l’errance qui les
frappe, en contradiction brutale avec la politique d’intégration de la
France, pays au principe d’accès universel aux soins.
Sarah Iribarnegaray est psychiatre. Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky est anthropologue et psychologue, spécialiste des questions d’exclusion en Inde et au Brésil.
lundi 9 avril 2018
Le coût de l’immigration
L’immigration coûte-t-elle entre 70 milliards et 80 milliards d’euros par an?
Votre question
Bonjour,
Nous avons reformulé votre question qui était initialement : «Cette
affirmation est elle exacte : en France et en 2006, l’immigration nous
coûtait entre 70 milliards et 80 milliards d’euro par an»
Cette réponse repose en partie sur un article publié dans la rubrique Désintox de Libération en 2013.
La question du "coût de l'immigration" est complexe à plusieurs
titre, ce qui explique que circule à son propos des estimations
particulièrement variables, et pas toujours très sérieuses..
De 24 milliards... à 80 milliards, voire 164 milliards
En évoquant un montant de 70 à 80 milliards par an, vous faites
référence à des données qui circulent depuis longtemps, et qui ont
parfois été citées par Marine Le Pen, par exemple. Des données qu'on
retrouvait il y a quelques jours sur le site Dreuz. Voilà d'où elles proviennent:
En 2006, les économistes Yves-Marie Laulan et Jacques Bichot produisent une courte note sur le sujet du coût de l'immigration. En
quinze pages, ils aboutissent à une estimation de 24 milliards. A quoi
sont ensuite ajoutés 12 milliards - non détaillés - au titre de «l’intégration». Cela fait 36 milliards : le rapport s’arrête là. Mais en 2011, dans une interview pour Monde & Vie, Yves-Marie Laulan lance, sans guère plus de précisions : «Les experts qui ont travaillé à cette étude pensent qu’il faut doubler [ce montant].» Et voilà comment on est passé de 24 milliards à 70 ou 80.
Cette inflation brutale, de 24 à 80 milliards, incite à la plus grande prudence quant au sérieux de ce chiffrage.
A noter que Dreuz, dans son article daté d'il y a deux jours, se base
sur ce montant de 70 à 80 milliards pour le doubler à nouveau, et
affirmer que le montant actuel est de 164 milliards par an. Comment?
Simplement en décrétant que ce montant augmente de 10% par an. Et
toujours sans aucune justification.
Nous pouvons estimer son coût, à raison de 10% supplémentaires par année, à 164 milliards, compte non tenu de l’afflux de tous ces illégaux qui envahissent notre territoire et ceux « légaux » que nos gouvernements font entrer au nombre de 300 ou 400 mille, chaque année. Ce sont, bien entendu, 164 milliards, à la charge du contribuable français. Mais les chefs de l’État, tous, refusent obstinément de dévoiler les chiffres réels.
C'est quoi, le "coût de l'immigration?"
Au delà de ce tour de passe passe consistant à multiplier par deux le
montant initial calculé, cette étude (comme toutes celles sur
l'immigration) repose sur des bases arbitraires, et donc contestables.
Par exemple, l'étude estime que l'éducation est un des pans les plus
coûteux (près de 10 milliards d'euros) de l'immigration du fait de la
scolarité des enfants d'immigrés. Ce qui revient à compter comme coût de
l'immigration des dépenses liées aux enfants d'immigrés.
Lorsque l’on cherche à chiffrer le coût de l’immigration, le tout est
justement de savoir ce que l’on chiffre. Il y a des évidences : comme
tout un chacun, les immigrés coûtent en dépenses de santé, en retraites,
en allocations, mais ils rapportent en cotisations sociales, impôts,
TVA… Restent les coûts indirects, qui ouvrent la porte aux
interprétations les plus diverses et aux choix les plus arbitraires.
Quelle part des dépenses de sécurité ou d’éducation leur est imputable ?
Faut-il prendre en compte leurs enfants (et pourquoi pas, alors, les
enfants de leurs enfant)? Un enfant né d'un couple mixte (un parent
immigré et un parent né en France) doit-il être «comptabilisé»? Si on
mesure le coût indirect, comment mesurer les bénéfices indirects? Etc.
Les différences de chiffrage entre les différentes études tiennent
essentiellement -outre aux sérieux des calculs- aux périmètres retenus.
Quand une étude de chercheurs lillois (aboutissant à l'idée que l'immigration est positive sur le plan économique à hauteur de 4 milliards d'euros pour l'année 2006) estiment à 47,9 milliards les dépenses de l’Etat en faveur des immigrés, l'auteur d'une autre étude pour contribuables associés (aboutissant
à un coût de l'immigration de 17 milliards d'euros par an), Jean-Paul
Gourévitch compte lui deux fois plus (89,4 milliards) en rajoutant à
l’ardoise les «coûts sécuritaires», et en incluant les enfants nés en
France.
Bref, personne ne calcule la même chose.
L'analyse de l'OCDE
En 2013, l’OCDE a rendu public une étude qui repose aussi sur des
choix (se bornant au seul impact fiscal des immigrés) mais qui
a l'avantage d'appliquer le même calcul à l'ensemble des pays. Selon
l'étude, l'impact fiscal due l'immigration, au sein de ses pays membres
de l'OCDE, n’est que très rarement supérieur à 2% du PIB. Car même si
les ménages immigrés touchent plus d’avantages sociaux que ceux nés dans
le pays, leur «structure par âge [est] plus favorable» : en
clair, les immigrés sont davantage concentrés dans la tranche d’âge
25-54 ans que les autochtones, donc ils cotisent plus et ont, par
exemple, moins de dépenses de santé que la moyenne. Et si la France a,
selon l’OCDE, un impact de - 0,52% du PIB (environ 10 milliards
d’euros), c’est parce que ce constat y est moins vrai : l’immigration y
est plus ancienne, ce qui creuse les dépenses de retraites.

En résumé : il n'existe aucun chiffre incontestable sur le coût de
l'immigration. Les résultats des différentes études varient selon ce que
chacune retiendra dans son calcul. Il existe autant de méthodologies
que d'enquêtes. Toutefois, le montant de 70 à 80 milliards que vous
évoquez (qui correspond de très loin à l'estimation la plus haute parmi
les études sur le sujet) ne semble pas très sérieux, puisqu'il se base
sur une étude ayant préalablement chiffré à 35 milliards le coût de
l'immigration avant que ce montant soit doublé subitement sans aucune
précision.
Cordialement
C.Mt
mardi 2 janvier 2018
Prédation et pillage de l'Afrique versus refoulement des migrants africains en Europe: le beurre et l'argent du beurre de l'Occident
Multinationales occidentales, un vrai cancer en Afrique.
Par Rebecca Tickle
À l'instar de l'histoire des réfugiés sud-soudanais, centrafricains,
congolais et tant d'autres, la majeure partie des migrants africains se
déplacent péniblement au sein du continent, au gré des combats et en
étau entre les fronts, sans jamais le quitter.
L'Occident, devenu hystérique face aux migrants africains abordant
l'Europe, s'en fiche royalement des millions qu'il feint de ne pas voir.
Or la part de responsabilité des pays occidentaux dans les conflits en
Afrique et la malgouvernance de la classe politique qu'on manipule et
cautionne à gogo, est incommensurable.
En effet, au cœur de la monumentale ingérence occidentale dans les affaires africaines se trouvent les ressources naturelles sans lesquelles les pays européens intéressés ne survivraient pas.
De l'Afrique centrale à l'Afrique de l'Ouest, en passant par le grand Sahel, tout est mis à feu et à sang pour mieux rafler les ressources. Le pétrole, l'or, le coltan, le diamant, l'uranium, sans oublier la multitude de minéraux dont regorge aussi le sous-sol africain, rendent superflues les populations face à la plus grande prédation de tous les temps.
Selon Global Financial Integrity (centre de recherche américain), "les multinationales occidentales sont de loin les premiers fauteurs de la misère en Afrique depuis 1970."
Pour le compte de la France, il s'agit de Bolloré, Michelin, Total-Elf, Areva, Bouygues, Tereos.... "Véolia, BNP Paribas, Natixis, Crédit Agricole, Alcatel, Accor, Gaz de France, Michelin, Alsthom, Air-France-KLM, liste non exhaustive à laquelle il faudrait ajouter les marchands d’armes et quelques autres groupes, dans l’agro-alimentaire par exemple." (Survie).
Shell (Hollande), Agip (Italie), Chevron Texaco (USA), Glencore (Suisse), Sogem (Belgique), Afrimex (Royaume-Unis), etc. ne sont que quelques acteurs dans les immenses spoliations occidentales en Afrique, en termes de droits humains et écologiques.
Ces questions étrangement sont pourtant totalement absentes dans la gestion des flux migratoires de l'Afrique vers l'Europe. De plus les mesures prises sont purement de type "tête d'autruche dans le sable". On ne résoud pas un problème en balayant la poussière sous le tapis.
C'est ainsi que je me remémore invariablement ici les mots visionnaires que nous a transmis Aimé Césaire, les premières lignes de son Discours sur le colonialisme.
"Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente.
Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte.
Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde."
La migration africaine n'est qu'une introduction à la (pré)vision du grand Césaire.
RT
En effet, au cœur de la monumentale ingérence occidentale dans les affaires africaines se trouvent les ressources naturelles sans lesquelles les pays européens intéressés ne survivraient pas.
De l'Afrique centrale à l'Afrique de l'Ouest, en passant par le grand Sahel, tout est mis à feu et à sang pour mieux rafler les ressources. Le pétrole, l'or, le coltan, le diamant, l'uranium, sans oublier la multitude de minéraux dont regorge aussi le sous-sol africain, rendent superflues les populations face à la plus grande prédation de tous les temps.
Selon Global Financial Integrity (centre de recherche américain), "les multinationales occidentales sont de loin les premiers fauteurs de la misère en Afrique depuis 1970."
Pour le compte de la France, il s'agit de Bolloré, Michelin, Total-Elf, Areva, Bouygues, Tereos.... "Véolia, BNP Paribas, Natixis, Crédit Agricole, Alcatel, Accor, Gaz de France, Michelin, Alsthom, Air-France-KLM, liste non exhaustive à laquelle il faudrait ajouter les marchands d’armes et quelques autres groupes, dans l’agro-alimentaire par exemple." (Survie).
Shell (Hollande), Agip (Italie), Chevron Texaco (USA), Glencore (Suisse), Sogem (Belgique), Afrimex (Royaume-Unis), etc. ne sont que quelques acteurs dans les immenses spoliations occidentales en Afrique, en termes de droits humains et écologiques.
Ces questions étrangement sont pourtant totalement absentes dans la gestion des flux migratoires de l'Afrique vers l'Europe. De plus les mesures prises sont purement de type "tête d'autruche dans le sable". On ne résoud pas un problème en balayant la poussière sous le tapis.
C'est ainsi que je me remémore invariablement ici les mots visionnaires que nous a transmis Aimé Césaire, les premières lignes de son Discours sur le colonialisme.
"Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente.
Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte.
Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde."
La migration africaine n'est qu'une introduction à la (pré)vision du grand Césaire.
RT
jeudi 8 juin 2017
Jeune, éduqué, vulnérable… portrait-robot du migrant au Niger
Source: Les Décodeurs, Venons-En Aux Faits
Jeune, éduqué, vulnérable… portrait-robot du migrant au Niger
Les
données recueillies par les camps de transit au Niger, qui veulent
promouvoir des « alternatives à la migration », permettent de mieux
cerner le profil des migrants.
LE MONDE
|
Après
le verrouillage de la route migratoire des Balkans, les Européens
veulent s’atteler au casse-tête de l’axe de la Méditerranée centrale.
Parmi les propositions mises sur la table par la Commission européenne,
des centres de « transit » chargés de retenir les migrants avant qu’ils
n’entament la traversée vers l’Europe.
Une solution qu’on retrouvait dans le programme d’Emmanuel Macron :
C’est en tout cas l’ambition des Européens… car, en réalité, comme le laisse apparaître le dernier bilan de l’OIM publié sur son site en juin, seules quelques centaines de personnes ont bénéficié de formations (600 en 2016 environ) sur les plus de 9 000 migrants de pays tiers accueillis dans les cinq centres de l’OIM au Niger depuis 2015.
Par ailleurs, les personnes qui sont acceptées dans ces centres sont obligatoirement des candidats au retour ; les centres ne voient donc pas passer l’essentiel des mouvements migratoires. Plus de 40 000 personnes, sur le seul premier trimestre 2017, ont tenté la traversée depuis l’Afrique jusqu’aux rives européennes. L’Union européenne elle-même compte près de 9 millions de migrants africains, selon l’agence européenne de surveillance des frontières, Frontex.
Les pays d’Afrique de l’Ouest sont d’autant plus représentés dans les statistiques que le Niger se trouve sur la route dite, dans le vocabulaire de Frontex, « de l’Ouest méditerranéen ». Cette immigration, contrairement à d’autres pays africains, est essentiellement économique, comme en témoignent les intentions des migrants « profilés » par l’OIM.
Sur la totalité des migrants que voient passer les centres nigériens,
92 % sont des hommes et 8 % des femmes. Dont 86 % d’hommes entre 18 et
59 ans ; dans la même tranche d’âge, les femmes représentent 5 % du
total. Entre 6 et 17 ans, les filles ne représentent que 2 % des
effectifs de migrants contre 4 % de garçons.
Comme l’indiquaient déjà d’autres statistiques,
les migrants sont éduqués : près de la moitié des migrants ont un
niveau d’éducation du secondaire (47 %) et 10 % ont atteint le
supérieur ; seuls 23 % n’ont fait aucune étude, 20 % se sont arrêtés au
primaire.
Certes, « le taux de diplômés du supérieur est bien moindre sur le continent africain qu’en France », mais « pour quitter l’Afrique, il faut désormais bénéficier d’un certain niveau de capital économique, social et intellectuel », expliquait ainsi Mathieu Ichou, chercheur à l’Institut national d’études démographiques (INED) dans le dernier numéro de Population et Sociétés.
Ce sont d’ailleurs le plus souvent sur des fonds propres que les migrants financent leur voyage, un budget qui peut atteindre 10 000 euros.
En dépit de l’investissement considérable consenti par les migrants,
ces derniers sont particulièrement vulnérables pendant leur trajet. 60 %
des personnes interrogées dans les camps de transit disent avoir subi
au moins un incident pendant leur trajet : menaces (31 % des incidents),
vol (40 %), violence physique (20 %).
Certains ont affirmé s’être vus privés de leur salaire, de liberté de mouvement, de leurs documents, de nourriture ou d’eau. Ils sont très peu nombreux à reconnaître avoir été sujets aux violences sexuelles et à la prostitution, « des sujets de nature très sensibles qui ne sont pas rapportés facilement par les victimes », note l’OIM.
Parmi les raisons de retour au pays, l’insécurité est devenue de très loin la première réponse (72 %, contre 24 % lors de la précédente enquête), mais aussi le refoulement (15 %) et le manque de travail (11 %). Une des explications au refoulement tient à l’absence de papiers d’identité : 66 % des migrants qui arrivent au centre n’ont pas de papiers d’identification, qu’ils aient été perdus ou confisqués… ou jamais obtenus.
Une solution qu’on retrouvait dans le programme d’Emmanuel Macron :
« Nous développerons des actions et des projets dans les principaux pays de départ et de transit des migrants, de manière complémentaire et additionnelle à notre aide au développement, en appuyant également l’installation de points de contrôle dans ces pays avant l’arrivée dans l’UE, l’aide à la lutte contre les passeurs et le retour des migrants non autorisés à entrer dans l’UE. »Les cinq premiers ont été ouverts en 2015, sous l’égide de l’Union européenne et de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), au Niger, l’un des grands points de passage de l’Afrique vers l’Europe, via la Libye notamment.
Limiter l’immigration économique
Concrètement, il s’agit de centres ouverts (les migrants n’y sont pas détenus et peuvent en partir dès qu’ils le souhaitent) offrant abri, nourriture et assistance médicale, mais aussi de l’aide pour revenir dans leur pays d’origine et des formations pour trouver un travail et sortir ainsi de la problématique de l’immigration économique.C’est en tout cas l’ambition des Européens… car, en réalité, comme le laisse apparaître le dernier bilan de l’OIM publié sur son site en juin, seules quelques centaines de personnes ont bénéficié de formations (600 en 2016 environ) sur les plus de 9 000 migrants de pays tiers accueillis dans les cinq centres de l’OIM au Niger depuis 2015.
Par ailleurs, les personnes qui sont acceptées dans ces centres sont obligatoirement des candidats au retour ; les centres ne voient donc pas passer l’essentiel des mouvements migratoires. Plus de 40 000 personnes, sur le seul premier trimestre 2017, ont tenté la traversée depuis l’Afrique jusqu’aux rives européennes. L’Union européenne elle-même compte près de 9 millions de migrants africains, selon l’agence européenne de surveillance des frontières, Frontex.
Des migrants éduqués et jeunes
Reste que les informations glanées sur les migrants dans le cadre de l’action de l’OIM permettent de brosser à grands traits le portrait d’une partie des migrants africains. Le Sénégal, la Gambie et la Guinée-Conakry constituent plus de la moitié des pays d’origine des migrants accueillis dans les centres nigériens.Les pays d’Afrique de l’Ouest sont d’autant plus représentés dans les statistiques que le Niger se trouve sur la route dite, dans le vocabulaire de Frontex, « de l’Ouest méditerranéen ». Cette immigration, contrairement à d’autres pays africains, est essentiellement économique, comme en témoignent les intentions des migrants « profilés » par l’OIM.
Les motifs économiques sont les plus largement avancés par les migrants qui transitent au Niger
Mariage, insécurité,
discrimination et persécution ne sont cités que de façon marginale dans
les réponses aux questionnaires des centres d'information sur
l'immigration de l'OIM.
recherche de travail
● Part du total: 73%
● Part du total: 73%
Source : Organisation internationale pour les migrations (OIM)
10 % des migrants ont atteint le supérieur
Certes, « le taux de diplômés du supérieur est bien moindre sur le continent africain qu’en France », mais « pour quitter l’Afrique, il faut désormais bénéficier d’un certain niveau de capital économique, social et intellectuel », expliquait ainsi Mathieu Ichou, chercheur à l’Institut national d’études démographiques (INED) dans le dernier numéro de Population et Sociétés.
Ce sont d’ailleurs le plus souvent sur des fonds propres que les migrants financent leur voyage, un budget qui peut atteindre 10 000 euros.
La majorité des migrants transitant par les centres nigériens finance son voyage sur des fonds propres
Source : Organisation internationale pour les migrations (OIM)
Vols et violences sur la route des migrants
Si le commerce est le premier métier indiqué par les migrants avant leur départ (28 % des cas), ils sont nombreux (22 %) à affirmer avoir travaillé dans le bâtiment pour survivre et gagner un peu d’argent durant leur voyage. Mais la majorité des migrants est sans emploi.Une grande majorité de migrants se retrouve sans emploi pendant le trajet ou travaille pour le bâtiment
Source: Organisation internationale pour les migrations (OIM)
60 % ont subi au moins un incident pendant leur trajet
Certains ont affirmé s’être vus privés de leur salaire, de liberté de mouvement, de leurs documents, de nourriture ou d’eau. Ils sont très peu nombreux à reconnaître avoir été sujets aux violences sexuelles et à la prostitution, « des sujets de nature très sensibles qui ne sont pas rapportés facilement par les victimes », note l’OIM.
Parmi les raisons de retour au pays, l’insécurité est devenue de très loin la première réponse (72 %, contre 24 % lors de la précédente enquête), mais aussi le refoulement (15 %) et le manque de travail (11 %). Une des explications au refoulement tient à l’absence de papiers d’identité : 66 % des migrants qui arrivent au centre n’ont pas de papiers d’identification, qu’ils aient été perdus ou confisqués… ou jamais obtenus.
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/06/07/jeune-eduque-vulnerable-portrait-robot-du-migrant-au-niger_5140176_4355770.html#yMWERtFMfUSm2RGM.99
dimanche 12 mars 2017
À ce frère inconnu mort en voulant vivre…
Par Becca Tickle
Il a quitté son village avec le sourire et ses parents avec les larmes.
Sa mère l’a serré fort et lui a dit : « sois fort mon fils, tu sais
comme je t’aime, reviens-moi vite… ».
Puis il est parti vers
l’inconnu, vers une terre qu’on disait riche d’humanité et de progrès ;
il voulait fuir la misère pour revenir aux siens avec un peu plus de
lumière.
Puis il est parti, vers l’inconnu… il pensait emprunter les
routes du paradis, il a atterri en
enfer. Il s’est embarqué avec des inconnus, il a payé le prix cher pour
traverser ; il pensait acheter un ticket pour le bonheur et il s'est
embarqué dans le train de la mort. Enfant de la chaleur, il ne
connaissait pas le froid, enfant du désert, il ne connaissait pas la
mer, enfant des terres, il ne savait pas nager.
Piégé entre ciel et mer, il y a eu une terrible vague, et la barque a
basculé, il est tombé dans les eaux profondes. Enfant des plaines, il ne
savait pas nager. Dans son angoisse, en se débattant désespéré, il a
pensé à son village, à ses frères et sœurs, à ses amis, à son père et
surtout à sa mère. Dans son ultime souffle, il a eu quelques larmes, et
il a dit en s’étouffant : «pardonne-moi maman, je n’ai pas réussi à
vous aider, et je meurs sans t’avoir revue.» Le pauvre… c’était plus
difficile qu’il ne croyait, la forteresse Europe était inaccessible.
Quel destin ! il est né dans les terres sèches et il est mort en pleine
mer.
Il est mort à cause d’un monde impitoyable, il est mort à cause d’un système meurtrier, il est mort en voulant vivre…
Hommage à toi, héros inconnu des temps modernes.
Il est mort à cause d’un monde impitoyable, il est mort à cause d’un système meurtrier, il est mort en voulant vivre…
Hommage à toi, héros inconnu des temps modernes.
Becca Tickle
vendredi 13 janvier 2017
L’économie allemande dopée par l’arrivée des réfugiés en 2015 et 2016
La hausse des
dépenses de l’Etat et l’augmentation globale de la consommation ont
permis au PIB de l’Allemagne de croître de 1,9 % en 2016.
LE MONDE ECONOMIE
| |
Par Cécile Boutelet (Berlin, correspondance)
La croissance de l’économie allemande, qui s’élève à 1,9 % en 2016, est supérieure d’un demi-point à la moyenne des dix années précédentes (1,4 %). La hausse des dépenses de l’Etat et l’augmentation globale de la consommation liée à l’arrivée des réfugiés ont eu sur l’économie un fort effet d’entraînement.
Lire aussi l’éditorial :
Le charme de l’austérité allemande
La hausse soudaine de la population a également stimulé la consommation des ménages (+2 %). Au total, la consommation privée et publique a augmenté de 2,5 %, ce qui a représenté le plus gros soutien à la croissance allemande en 2016.
Lire aussi :
Le très bon bilan économique d’Angela Merkel
Demande immobilière forte
A côté de la consommation, les investissements en biens d’équipement et la construction ont constitué les autres moteurs de l’activité. Et leur bonne tenue doit également beaucoup à l’arrivée des réfugiés. Ces derniers, en renforçant la demande immobilière dans les centres urbains, ont stimulé la construction de logements neufs. Celle-ci a bondi de 4,3 % l’an dernier, quand les investissements ont augmenté de 2,5 %.La contribution du commerce extérieur en revanche a eu un léger effet négatif sur la croissance (– 0,1 %), car les importations ont augmenté plus rapidement que les exportations. En d’autres termes, la forte croissance enregistrée par l’Allemagne en 2016 doit peu aux forces traditionnelles de l’économie allemande, mais beaucoup aux dépenses intérieures fortement stimulées par l’arrivée des réfugiés.
Lire aussi la tribune :
Rénover la gauche : « Il faut donner aux demandeurs d’asile un accès immédiat au travail »
« Manque de personnel »
Nul doute que ces éléments vont contribuer à renouveler le débat sur les réfugiés en Allemagne, qui jusqu’ici était principalement abordé sous l’angle des coûts, ou de la sécurité. Or deux chiffres sont frappants : les 20 milliards d’euros dépensés par l’Etat pour accueillir les demandeurs d’asile correspondent presque exactement à l’excédent dégagé par l’Etat en 2016, qui s’élève à 19,2 milliards d’euros.Reste la délicate question de savoir si l’économie pourra intégrer les nouveaux arrivants. Pour l’instant, seuls quelques dizaines de milliers de réfugiés ont trouvé un emploi. Et ce, malgré une forte demande des entreprises, qui peinent à recruter. La chambre de commerce et d’industrie table sur la création d’un demi-million de postes en 2017, principalement dans les services de santé et de soin et dans l’éducation et la formation, qui envisagent de créer 150 000 emplois cette année, mais aussi le commerce et la gastronomie.
-
Cécile Boutelet (Berlin, correspondance)
Journaliste au Monde
mardi 5 avril 2016
Accord UE-Ankara sur les réfugiés : «Il s'agit d'un marchandage assez ignoble»
Par
Estelle Pattée
—
Interview: Trois questions à Geneviève Garrigos, présidente d'Amnesty International France.
La
Grèce renvoyait ce lundi ses premiers réfugiés vers la Turquie : des
Pakistanais, des Bangladais et deux Syriens ont quitté les îles grecques
de Lesbos et Chios pour retourner en Turquie dans le cadre de l’accord
controversé signé entre l’Union européenne et Ankara le 18 mars dernier.
La présidente d’Amnesty International France, Geneviève Garrigos,
revient sur les conséquences de cette politique européenne.Pourquoi l’accord entre l’Union européenne et la Turquie est-il contestable à vos yeux ?
Cet accord se fait au détriment des droits des réfugiés et est contraire aux principes mêmes de l’Union européenne. La Turquie a ratifié partiellement la convention de Genève de 1951, relative au sort des réfugiés. Encore aujourd’hui, elle ne donne le statut de réfugiés qu’aux seuls ressortissants européens, à l’exception des Syriens en raison du conflit. Les personnes originaires d’Irak, d’Afghanistan, etc., ne peuvent pas faire de demande d’asile dans ce pays et subissent des renvois massifs. Le jour même de la signature de l’accord, une trentaine d’Afghans ont été arrêtés par des gardes-côtes turcs et emmenés dans des centres de rétention, avant d’être renvoyés de force vers Kaboul, malgré la menace des talibans. Le deuxième aspect que nous contestons concerne les Syriens eux-mêmes. L’accord spécifie que pour un Syrien renvoyé en Turquie, un autre sera installé dans l’Union européenne. Il s’agit d’un marchandage assez ignoble quand on sait que ces réfugiés ont risqué leur vie pour atteindre la Grèce. Enfin, le nombre de personnes qu’accueillera l’Union européenne est limité à 72 000. On est extrêmement loin des besoins d’installation.Quelles sont les conséquences sur le long terme de cet accord ?
Les centres de rétention turcs dans lesquels sont emmenés les réfugiés sont de plus en plus fermés. On a également des témoignages de mauvais traitements. Nous craignons qu’à terme, les réfugiés décident de prendre l’autre route, celle du Sinaï, en passant par l’Egypte ou la Libye. Or, ce parcours est extrêmement dangereux. Les réfugiés risquent de se faire kidnapper contre une rançon par exemple. Cet accord permet aux institutions européennes de gagner du temps, mais il est illégal, non applicable et risque d’aggraver la situation.Quelles solutions prônez-vous pour sortir de cette crise ?
Aujourd’hui, on paye l’absence de politique concertée au niveau de l’Union européenne pour l’accueil des réfugiés. En septembre 2015, Jean-Claude Juncker [président de la Commission européenne, ndlr] avait fait un discours tout à fait remarquable qui remettait la question de la protection des réfugiés au centre des valeurs de l’Union européenne. Mais lors des négociations qui ont suivi pour relocaliser les personnes arrivées en Grèce et en Italie, très peu de pays se sont engagés. L’Allemagne s’est retrouvée toute seule. Nous demandons une réelle concertation entre les pays membres pour mettre en place une vraie politique de relocalisation, ainsi que l’instauration de visas humanitaires et de politiques de regroupement familial. Cette opération-là est plus une politique de communication vis-à-vis du public européen. On fait passer comme message aux réfugiés «Ne venez pas». Cela fait cinq ans qu’on leur dit, on voit bien que cela ne marche pas.Estelle Pattée
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