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mercredi 12 juillet 2017

Le gouvernement fait de la réduction du délai de demande d’asile une des clés du plan migrants




Cette évolution, déjà engagée, ne résoudra pas tout. Le texte doit être présenté en conseil des ministres mercredi 12 juillet.

LE MONDE | | Par

Protéger plus rapidement ceux qui ont besoin d’un statut de réfugié ; renvoyer plus efficacement les autres. Central dans la politique d’accueil d’Emmanuel Macron, ce double objectif passe par une réduction du temps entre l’arrivée en France et la réponse finale à une demande d’asile. C’est un des points clés du plan qui devait être annoncé en conseil des ministres, mercredi 12 juillet.

Aujourd’hui, l’instruction d’un dossier dure treize mois et ressemble à un parcours du combattant. La centaine de migrants qui arrivent chaque jour en France commencent par tenter d’accéder à une plate-forme d’enregistrement. A Paris, ils dorment des semaines à même le trottoir, devant le boulevard de la Villette, pour espérer se glisser au plus vite dans les bureaux de France terre d’asile, ou à La Chapelle, autour du centre d’accueil d’où 2 800 personnes ont été évacuées vendredi 7 juillet. Ils doivent en passer par là pour obtenir un rendez-vous devant le guichet unique de demande d’asile (GUDA).

« En moyenne, on leur fixe un rendez-vous 25 jours plus tard. Mais cela varie considérablement puisque à Metz, il faut attendre 90 jours, 21 jours dans le Rhône », observe Gérard Sadik, coordinateur de l’asile au sein de l’association de défense des migrants Cimade. C’est seulement lors de ce second rendez-vous qu’un agent préfectoral prend les empreintes et qu’un représentant de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) remet une attestation de demandeur d’asile, marque de l’entrée dans le dispositif ; et rares sont ceux qui arrivent à ce point d’étape avant d’avoir dormi un mois et demi dans la rue.

Augmenter les effectifs pour accélérer la cadence

Une fois ce processus lancé, le demandeur dispose de 21 jours pour introduire son dossier à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), laps de temps utilisé par les associations pour écrire le récit de leur vie. Puis il reçoit une convocation pour un entretien avec un officier de protection instructeur. La plupart du temps, le rendez-vous est fixé un mois et demi plus tard.

Au final, il faut compter cinq mois pour l’étape de l’Ofpra, entre l’introduction du dossier et le départ de la lettre qui informe de la réponse. S’il est refusé, l’exilé fait alors appel devant la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), qui, à son tour, a besoin de six mois et demi pour statuer. Il s’agit là d’une procédure de droit administratif.
Ces données varient bien sûr d’un cas à un autre, mais le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, souhaite faire tenir ce déroulé en six mois en moyenne. Rien d’original, puisque c’est la suite du mouvement engagé sous le quinquennat Hollande. « Nous sommes passés de neuf mois à cinq aujourd’hui, et serons à trois en fin d’année. Avec des moyens supplémentaires et une modification logistique, on se mettra en situation d’atteindre deux mois », précise le directeur de l’Ofpra, Pascal Brice.
L’office est déjà passé de 60 000 décisions rendues en 2012 (avec, à l’époque, un stock de 30 000 dossiers à la traîne, dont 30 % avaient plus d’un an) à une capacité à traiter 110 000 dossiers à la fin de cette année (avec un stock de 10 000, dont 9 % seulement ont plus d’un an), rappelle son directeur. Pour cela, ses effectifs ont été multipliés par deux et devraient encore bénéficier de moyens nouveaux. Comme la CNDA et comme à l’étape du guichet unique « qui traite actuellement 568 dossiers quotidiens, contre 435 fin 2016 », a calculé Gérard Sadik. Mais là encore, il va falloir augmenter les effectifs des préfectures et de l’OFII pour accélérer la cadence.

Une autre approche de l’accueil à inventer

Reste que pour vraiment compresser les 45 jours avant l’Ofpra, c’est une autre approche de l’accueil qu’il faut inventer. Comme le rappelle Pierre Henry, directeur général de France terre d’asile, « on a mis beaucoup de rustines pour faire tenir le système et pensé trop longtemps le système par segments. Si on veut vraiment avancer, il faut penser globalement et offrir un premier accueil réparti sur tout le territoire ». Un sujet d’autant plus crucial que les campements de rue sont en train de se multiplier en France, empêchés par la police comme à Calais, déjà enkystés comme à Metz, ou latents comme dans la vallée de la Roya.

Sur ce point de l’hébergement, la réponse apportée par l’Etat risque d’être très insuffisante, puisque pour Gérard Collomb, accueillir dignement entraînerait un « appel d’air », comme il l’a fait comprendre aux associations travaillant à Calais.

Son annonce, vendredi 7 juillet, à ces mêmes acteurs, de créer 7 000 places d’hébergement pour les demandeurs d’asile a d’emblée été jugée insuffisante. « Officiellement, nous sommes à 83 000 places ouvertes, en additionnant tous les dispositifs qui existent. Il faut logiquement atteindre les 110 000 si on veut que tous les demandeurs 2017 soient hébergés », ajoute Gérard Sadik, qui observe que « 20 % de ces places ne sont pas occupées par des demandeurs, mais par des déboutés, des “dublinés” [selon l’accord de Dublin, un réfugié doit déposer sa demande d’asile dans le premier pays où il a été contrôlé, souvent la Grèce et l’Italie] ou des réfugiés qui n’arrivent pas à trouver un logement classique ». A ses yeux, ce sont donc « 140 000 places qui seraient nécessaires » pour éviter la rue… Un total bien loin de la promesse de Gérard Collomb.

Pour faire tenir son plan, le gouvernement table sur le renvoi de ceux qui ont laissé des empreintes ailleurs en Europe ou ont été déboutés de l’asile. Mais même avec une procédure à six mois, il y a peu de chance qu’il fasse mieux que ses prédécesseurs. A l’heure actuelle, 10 % des « dublinés » repartent et 3 % des déboutés sont renvoyés…

Quant à la baisse des entrées en France, attendue avec la multiplication des accords bilatéraux de renvois et des conventions avec les pays tiers, c’est du très long terme. Or, en attendant, 57 % des nouveaux arrivants en Italie sont francophones…

vendredi 29 novembre 2013

Réformer le Droit d'asile, une urgence humanitaire



Si on pouvait déjà dissuader les "demandes infondées" en amont, on faciliterait les démarches aux vrais exilés et réfugiés, qui deviendraient alors plus rapidement éligibles à l'asile. 

Manuel Valls a raison de s’attaquer à cette racine du problème dans son projet de réforme.

Car il s'agit de plus en plus d'une véritable urgence humanitaire, les réfugiés et exilés ne pouvant le plus souvent accéder aux facilités d'hébergement en urgence; ou bénéficier de l'accompagnement social et sanitaire adéquat à leur condition, en conformité avec les conventions de Genève.

Joël Didier Engo




Le Rapport sur la Réforme de l'Asile remis au Ministre de l'intérieur le 29 novembre 2013

Ce que dit le rapport pour sauver le système

Déconcentrer les demandeurs, accélérer le traitement des dossiers, dissuader les demandes infondées...

Source: Nouvelobs.com, 28 Novembre 2013

Pour "sauver" un système d'asile qui "craque de partout", les deux parlementaires Valérie Létard, sénatrice UDI, et Jean-Louis Touraine, député PS, proposent de le "déconcentrer", notamment en répartissant les demandeurs sur l'ensemble du territoire avec des "quotas par région", dans un rapport remis jeudi 28 novembre à Manuel Valls.

Le constat : un système au bord de l'implosion

"L'asile est en train d'exploser parce qu'il est utilisé à des fins d'immigration", a diagnostiqué le ministre de l'Intérieur. Certaines régions et villes qui concentrent les arrivées sont "totalement saturées". 
  • La demande d'asile a quasiment doublé en six ans, passant de 35.000 demandes en 2007 à 68.000 prévues cette année, rappellent les auteurs du rapport, élaboré à l'issue d'une vaste concertation.
  • 45% des demandeurs se trouvent en Ile-de-France, mais Lyon et Metz ont enregistré des flux importants ces dernières années, ajoute le document, qui doit alimenter un projet de loi avant les élections municipales.
  • Les structures d'hébergement dédiées aux demandeurs d'asile (CADA) saturent en raison de cet afflux. Conséquence, la grande majorité se retrouve logée, la nuit, dans des hôtels, ou s'installe dans des squats plus ou moins salubres. Ces situations créent de fortes tensions au niveau local, avec des amalgames entre populations roms, sans-papiers et demandeurs d'asile, parfois instrumentalisés dans la campagne électorale. "Cela met en péril l'acceptabilité même de notre politique d'asile", écrivent Valérie Létard et Jean-Louis Touraine, qui plaident pour "un pilotage directif des personnes dès leur entrée" dans le pays.

Trois pistes de réforme qui font polémique

  • Proposition numéro 1 : un passage obligatoire par un centre de transit avant l'hébergement. Concrètement, l'idée est qu'une fois passés par une plate-forme d'accueil, les demandeurs soient dirigés pour quelques jours vers des centres de transit avant qu'une place leur soit offerte en respectant des "quotas par région". Pour que ce dispositif fonctionne, les élus suggèrent de retirer leurs allocations aux demandeurs qui refuseraient cette place et de traiter leurs dossiers en "procédure accélérée". Cette proposition ne fait "pas consensus", reconnaissent-ils, alors que les associations sont vent debout contre tout type de pénalités pour les demandeurs.
  • Proposition numéro 2 : l'identification précoce des déboutés. Pour réduire les délais, "priorité des priorités", les parlementaires suggèrent de simplifier les démarches : ne plus faire de la domiciliation, qui peut prendre des mois dans certaines villes, un préalable à l'ouverture d'un dossier ; accorder automatiquement l'aide juridictionnelle en cas d'appel pour économiser six mois d'attente... 
    En bout de chaîne, ils préconisent la création de "centres dédiés dans lesquels les déboutés seraient assignés à résidence" en attendant de quitter volontairement la France ou d'être expulsés. Pour les inciter à se rendre dans ces centres, les élus suggèrent de leur accorder une aide financière au retour et un accompagnement. Les associations ont déjà fait savoir qu'elles refuseraient de gérer ce type de structures, comparées à des "semi-centres de rétention".
  • Proposition numéro 3 : "dissuader les demandes manifestement infondées" qui, selon les auteurs du rapport "contribuent à alimenter les amalgames et les phénomènes de rejet". A cette fin, ils jugent nécessaires de maintenir des procédures accélérées, notamment pour les ressortissants de pays figurant sur une "liste de pays d'origine sûre", pourtant très contestée. "Mais c'est tellement sensible qu'on n'est pas entré dans le détail", ont-ils reconnu à ce sujet.

mercredi 23 octobre 2013

Réforme du droit du Sol ou Symptôme persistant d'une classe politique déboussolée?


La réalité du droit à la nationalité en France, Source





"Le droit du sol, une tradition régulièrement remise en cause..."* Tellement remise en cause que ce droit est en réalité depuis quelques décennies, réduit à sa portion congrue.

Puisque la naissance sur le territoire français n'ouvre plus automatiquement les portes de la nationalité française aux enfants de parents étrangers (notamment quand ces derniers sont en situation irrégulière), comme cela peut se faire aux États-Unis d'Amérique et dans tant d'autres vieilles et non moins respectables démocraties que la France.

Mais il faut en permanence et en filigrane agiter la peur d'une supposée perte d'une «pureté raciale» ou d'une «identité française» du fait de l'immigration; faire des étrangers et/ou de leurs descendants les boucs émissaires d'une certaine classe politique déboussolée devant le stupéfiant mélange des cultures et l'inévitable mobilité internationale.

C'est à croire que le racisme et la xénophobie, surtout quand ils ne sont pas assumés et se nichent dans des postures réformistes, s'avèrent véritablement insolubles dans la science - celle qui nous apprend précisément que la notion de race est une vaste fumisterie. Une fumisterie hélas de plus en plus très politicienne!

À n'en pas douter, l'instrumentalisation du droit des étrangers et des questions migratoires à de basses fins de politique intérieure est vraisemblablement ce qui restera à cette classe politique, lorsqu'elle aura fait tout l’étalage de ses échecs en matière économique et sociale. Il suffit pour cela de parcourir les archives politiques de ce pays depuis les années 70, pour se rendre compte de manière stupéfiante combien ces thèmes constituaient déjà le menu des mêmes hommes politiques, puis de celles et ceux qui se réclament de leur héritage sécuritaire et/ou identitaire aujourd'hui.

Une bien triste extrême droitisation d'honorables républicains pour une grande démocratie.

Joël Didier Engo

* "Le droit du sol, une tradition régulièrement remise en cause...", Le Figaro.fr


Droit du sol : ce que dit la loi

Achille Mbembe :"(...)Les derniers arrivés se montrent les plus pervers dans la dissémination de l’idéologie de l’autochtonie, comme s’ils voulaient fermer la porte à ceux qui viennent derrière eux. Voyez Sarkozy et Valls en France… C’est la même affaire ! Il faut les entendre, comme s’ils avaient été là depuis le paléolithique…"
Rue 89, 27 octobre 2013