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mercredi 18 août 2021

Chute de Kaboul et Lepenisme de l'inconscient politique en France...

Non M. Macron, la France n'est pas la seule à accueillir les supposés migrants clandestins de Kaboul et ne le sera pas. Même l'Ouganda s'est proposé d'en accueillir des milliers. Merci de remettre la raison là où vous vous êtes laissé déborder par un réflexe réactionnaire très pavlovien, consistant à assimiler ces réfugiés évacués d'Afghanistan à de potentiels migrants clandestins...en France. Ce n'était pas à la hauteur de la communication présidentielle en temps d'une aussi grave crise humanitaire, avec des afghans amassés par centaines de milliers à l'aéroport de Kaboul essayant désespérément d'échapper au nouvel ordre Taliban.
Bref il y a longtemps que le lepenisme a contaminé les esprits d'une partie écrasante de la classe politique française, au point de lui faire perdre le discernement nécessaire dans le regard qu'elle porte notamment sur les peuples du monde, vus essentiellement comme de potentiels envahisseurs clandestins et illégaux. C'est cela la véritable grande victoire de l'extrême droite dans ce pays. JDE

mercredi 6 novembre 2019

France: Immigration, l’éternel chiffon rouge

 "Un chiffon rouge" ravivé par les politiciens français depuis une quarantaine d'années, et qui laisse désormais indifférents les premiers concernés. Tant tout cela participe d'un nombrilisme franchouillard ...

En effet les générations de femmes et d'hommes politiques se succèdent, mais toujours avec la même vieille vision d'un monde qui se serait à jamais figé autour d'une France voulue aussi prospère, influente, indispensable voire incontournable, notamment sur des flux migratoires pourtant plus mondialisés que jamais.

Alors même que la plupart des rapports internationaux sur les flux migratoires contredisent  ce discours nombriliste tenu en France sur un seuil de tolérance franchi sur l'immigration, y compris sur le droit d'asile. Car des pays du Sud de l'Europe (Grèce, Italie), et même ceux du continent africain connaissent davantage de migrations que ce que soutient cette obsession française.

Parions que dans dix ou vingts ans le parlement sera encore appelé à débattre dessus.




Éditorial du Quotidien Le Monde sur la présentation par le gouvernement Philippe, mercredi 6 novembre 2019, d'une série de mesures qui, une nouvelle fois, font figure de diversion aux véritables problèmes du pays et ne font pas reculer les forces politiques qui prospèrent en exploitant les préjugés.

Véritable arme politique, la question de l’immigration nourrit les conversations, mais ne figure pas parmi les principales priorités des Français. En dépit du battage politico-médiatique incessant sur cette obsession de l’exécutif, le pouvoir d’achat, la santé, la protection sociale et l’environnement préoccupent davantage nos concitoyens, selon un récent sondage.
Depuis trois décennies, ce constat n’a guère changé. Cela n’a pas empêché les gouvernements, de droite comme de gauche, d’agiter ce chiffon rouge comme diversion aux véritables problèmes du pays. Le regroupement familial, la demande d’asile, les reconduites à la frontière, les modes d’acquisition ou de déchéance de la nationalité, n’ont cessé d’alimenter les mesures des pouvoirs successifs, sans jamais vraiment régler les problèmes auxquels elles étaient censées s’attaquer ni faire reculer les forces politiques qui prospèrent en exploitant les préjugés et en brandissant des boucs émissaires.

Emmanuel Macron et Edouard Philippe n’échappent malheureusement pas à la règle. En annonçant, mercredi 6 novembre, l’instauration de quotas annuels de travailleurs immigrés par professions et en entravant l’accès des demandeurs d’asile à la Sécurité sociale, le gouvernement ne modifiera que très marginalement les réalités. Des travailleurs étrangers aptes à occuper des emplois non pourvus peuvent déjà se voir délivrer des titres de séjour : 33 500 en ont bénéficié en 2018.

Un message venimeux

Quant au délai de carence de trois mois imposés aux demandeurs d’asile, il n’empêchera heureusement pas ces derniers, souvent éprouvés physiquement ou psychiquement par les persécutions qu’ils ont subies, d’être pris en charge au titre des « soins urgents et vitaux », comme le précise un rapport de l’inspection générale des affaires sociales et de l’inspection des finances. Force est de reconnaître, à lire ce document, que des abus existent : la « migration pour soins (…) n’est clairement pas un phénomène marginal », y lit-on. Il est légitime de combattre la fraude. Encore ne faudrait-il pas présenter une mesure microscopique et symbolique comme la panacée apte à apaiser les états d’âme des Français sur l’immigration.



Afficher des quotas de travailleurs rompt à juste titre avec l’idée selon laquelle les immigrés seraient des intrus. Mais l’annonce repose sur un quiproquo : pour l’opinion, chauffée depuis des années sur cette idée, notamment sous Nicolas Sarkozy, des quotas doivent permettre de limiter les flux d’entrée et de « protéger » l’emploi des Français. Il n’en est rien. Afficher un nombre d’immigrés souhaités dans certaines professions à partir des besoins recensés dans l’économie revient à diffuser un message attractif d’accueil. Tel est le constat dans les pays, comme le Canada ou les Etats-Unis, qui pratiquent les quotas.

Sous le couvert de mesures « équilibrées » entre ouverture – lesdits quotas – et fermeture – le délai de carence –, c’est un message pour le moins ambigu et en réalité venimeux qui est adressé à l’opinion. En matière d’immigration, le « en même temps » macronien consiste à envoyer des signaux à l’électorat de droite et d’extrême droite, tout en gardant bonne conscience puisque l’on agit par petites touches, dans le cadre constitutionnel. C’est une stratégie perdant-perdant : elle conforte l’association entre immigration, fraude et chômage, érode la tradition humanitaire de la France sans convaincre ceux pour qui les « solutions » d’exclusion des semeurs de haine resteront toujours préférables à ces appels du pied symboliques.

Le Monde, 06 Novembre 2019

Quotas, lutte contre la fraude, restriction des soins : les annonces du gouvernement sur l’immigration

Le premier ministre a dévoilé les axes de sa politique migratoire : des mesures pour la plupart déjà annoncées, voire déjà en vigueur, qui permettent au gouvernement de montrer qu’il occupe le terrain.

Edouard Philippe à l’Assemblée nationale, à Paris, le 5 novembre.
Edouard Philippe à l’Assemblée nationale, à Paris, le 5 novembre. THOMAS SAMSON / AFP
Immigration, acte II. Edouard Philippe devait présenter mercredi 6 novembre au matin vingt mesures qui sont les grands axes de sa politique migratoire, dont Le Monde a pu prendre connaissance. La réponse au débat qui s’est tenu au Parlement en octobre et qui, à la demande du président de la République, devrait désormais se tenir chaque année.

Ce rendez-vous constitue surtout l’un des multiples épisodes d’un automne que l’exécutif a souhaité orienter sur le régalien, notamment dans la perspective d’un duel avec l’extrême droite lors de la présidentielle de 2022, quand, sur le front social, son agenda s’embourbe, en particulier concernant la réforme des retraites.

Après le long entretien accordé notamment sur ce sujet par Emmanuel Macron à l’hebdomadaire Valeurs actuelles la semaine dernière, au tour d’Edouard Philippe de s’exprimer, à peine un mois après l’avoir fait devant l’Assemblée, puis le Sénat. Pourquoi reprendre la parole ? Soucieuse que le débat d’octobre en soit vraiment un, la majorité macroniste avait insisté pour que le rendez-vous parlementaire ne soit pas le moment de faire des annonces. L’exécutif s’est donc donné un mois supplémentaire avant d’avancer de nouveaux arbitrages.

Le gouvernement a aussi été pris par le calendrier. Il avait missionné les inspections générales des finances (IGF) et des affaires sociales (IGAS) pour évaluer l’ampleur et la nature d’abus et de fraudes présumés aux systèmes de soins réservés aux étrangers. Leur rapport a été rendu public mardi. Le gouvernement voulait en tirer les conséquences dès le projet de loi de finances (PLF) pour 2020. Or l’examen de la mission santé du PLF, dont ces ajustements relèvent, était programmé dès jeudi 7 novembre. Il fallait donc aller vite, mais sans prendre de risque politique.

Politique « d’ensemble »

En matière d’immigration, la majorité à l’Assemblée est tatillonne sur l’équilibre entre mesures répressives et d’ouverture. Isolée, la restriction de l’accès aux soins pour les étrangers aurait pu mal passer. Le premier ministre devait donc présenter un paquet global de mesures, mercredi. « Nous avons la volonté d’afficher une politique migratoire d’ensemble, et non pas focalisée sur telle ou telle mesure technique ou sectorielle », explique-t-on ainsi à Matignon, où l’on se targue de ne pas présenter une « addition de demi-mesures ». « Aucune mesure n’a vocation à être spectaculaire, mais la somme change assez spectaculairement l’approche de la politique migratoire », abondait mardi après-midi Gilles Le Gendre, patron du groupe La République en marche (LRM) à l’Assemblée nationale.

Les « 20 décisions » mises en scène mercredi constituent toutefois un inventaire de mesures pour la plupart déjà annoncées, voire déjà en vigueur, mais qui permettent au gouvernement de montrer qu’il occupe ce terrain d’affrontement politique.

Depuis début septembre, l’exécutif et la majorité ne parlent plus d’une articulation entre « humanité » et « fermeté » en matière de politique migratoire comme en début de quinquennat, mais d’« humanité » et de « lutte contre la fraude ». Un nouveau diptyque au cœur des mesures que devait annoncer Edouard Philippe mercredi. L’exécutif estime qu’il existe un « tourisme médical » de la part de migrants attirés par la gratuité des soins en France.

Pour y remédier, il met en place deux mesures déjà dévoilées par Agnès Buzyn il y a quelques semaines. D’abord, les demandeurs d’asile devront désormais attendre trois mois avant d’avoir accès à la protection universelle maladie (PUMa) quand, aujourd’hui, ils y ont accès dès l’enregistrement de leur demande. A Matignon, on assume de chercher à « envoyer un signal pour rendre la démarche moins intéressante ». Les demandeurs d’asile continueront toutefois d’avoir accès, avant ce délai de trois mois, aux soins urgents. Un décret devrait aussi réduire la durée de maintien de la PUMa de douze à six mois pour les demandeurs d’asile déboutés.

Dans le même esprit, les étrangers sans-papiers peuvent aujourd’hui bénéficier de l’aide médicale d’Etat (AME) après trois mois de présence sur le territoire, accédant ainsi à un panier de soins réduit. Le gouvernement souhaite qu’un croisement des fichiers AME et de demandes de visa (Visabio) permette dès 2020 d’« éviter que des personnes n’entrent sur le territoire avec un visa afin d’obtenir l’AME immédiatement à son expiration ». De même, dans les neuf premiers mois où les personnes bénéficient de l’AME, un certain nombre de soins non urgents devraient être exclus de la prise en charge (prothèse de hanche ou de genou, cataracte…).

Trois nouveaux centres de rétention

Dans la même logique, le gouvernement veut empêcher par décret la perception rétroactive du revenu de solidarité active (RSA) pour d’anciens bénéficiaires de l’allocation pour demandeurs d’asile (ADA) et rappelle les outils de lutte contre la fraude à la reconnaissance de paternité, dans le cadre de l’immigration familiale, adoptés dans la loi asile et immigration de septembre 2018, dite « loi Collomb ».

L’une des principales annonces que devait faire l’exécutif mercredi préfigure la construction, à partir de 2020, de trois nouveaux centres de rétention administrative avec de grandes capacités d’accueil : à Lyon et à Bordeaux (140 places chacun) ainsi qu’à Olivet, près d’Orléans (90 places). Ceux-ci doivent permettre d’améliorer le taux de reconduite aux frontières, l’un des principaux talons d’Achille de la politique migratoire française.

Pour contrebalancer cette logique de fermeture, le gouvernement prévoit la relance d’une politique d’immigration économique. « C’est un thème qui est monté en puissance avec le débat parlementaire », observe-t-on à Matignon, alors que la mesure était très largement poussée par la majorité. Mardi, Muriel Pénicaud, ministre du travail, a parlé de « quotas » ou d’« objectifs chiffrés » d’accueil de nouveaux arrivants dans des filières professionnelles en tension dont la liste, qui date de 2008, sera actualisée dès cet été. Anticipant les inquiétudes d’une partie de l’opinion et de la droite sur les conséquences pour l’emploi des ressortissants français, Mme Pénicaud a immédiatement assuré qu’elle n’attendait cependant « pas des grands changements sur les chiffres », c’est-à-dire sur le nombre de nouvelles arrivées par ce biais (environ 30 000 par an aujourd’hui, soit 13 % à peine des titres de séjour délivrés).

Exécutif et majorité mettent également l’accent sur la réduction du montant des taxes sur les titres de séjour, qui doit être entérinée dans le cadre du PLF 2020. Une série de mesures renvoie à la loi Collomb, comme la mise en place d’un fichier des mineurs isolés étrangers ou la possibilité de délivrer des obligations de quitter le territoire français (OQTF) dès le rejet en première instance des demandes d’asile des ressortissants des pays dits « sûrs ».

D’autres mesures déjà dévoilées – l’élévation du niveau de français exigé pour la naturalisation, le renforcement des effectifs de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), l’ouverture d’un chantier de simplification des procédures contentieuses applicables aux étrangers – ou assez vagues – la lutte contre les campements de migrants – viennent s’ajouter au panel, renforçant l’impression d’un agrégat d’annonces parfois recyclées.

Que ce soit au niveau européen ou mondial, l’exécutif se fixe des objectifs ambitieux pour des décisions qui, par nature, ne dépendent pas uniquement de lui. Si la France milite pour une refondation du système de Schengen, la convergence des systèmes d’asile ou le durcissement du règlement de Dublin, elle ne pourra pas réussir sans le soutien des autres pays de l’Union. Or, les dissensions entre Etats membres sont nombreuses sur le sujet, confinant à la paralysie. Laurent Nunez, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’intérieur, et Amélie de Montchalin, secrétaire d’Etat aux affaires européennes, seront chargés de faire un tour des capitales européennes pour présenter des propositions.

De la même manière, Edouard Philippe devait réaffirmer son souhait de faire de l’aide publique au développement ou de la politique d’octroi de visas des leviers diplomatiques au service de la maîtrise des flux migratoires.

 

mercredi 18 septembre 2019

France: Repartis pour la surenchère politicienne à visées électoralistes sur l'immigration

Comme à chaque veille de scrutin en France depuis plus d'une quarantaine d'années (le premier choc pétrolier), les politiciens ravivent la surenchère politicienne au relent xénophobe et raciste sur l'immigration...



Les générations de femmes et d'hommes politiques se succèdent ainsi, mais toujours avec la même vieille vision d'un monde qui se serait à jamais figé autour d'une France voulue aussi prospère, influente, indispensable voire incontournable, notamment sur des flux migratoires pourtant plus mondialisés que jamais.

C'est simplement minable!

Il y a en effet plus de quatre décennies que des dirigeants français autrefois du "vieux monde" agitent "le courage d'évoquer ces questions", puis la prétendue "perception négative de l'immigration par une majorité des citoyens" français voulue "de souche"...pour - disent-ils - interrompre la progression constante du Front National et son arrivée éventuelle à l'Élysée. À cet égard M. Macron n'a absolument rien inventé ni changé à la manière de faire de la politique "à l'ancienne" en France. Bien au contraire...

Au fond la plupart des rapports internationaux sur les flux migratoires contredisent le discours nombriliste tenu en France sur un seuil de tolérance franchi sur l'immigration, même sur le droit d'asile. Car des pays du Sud de l'Europe (Grèce, Italie), et même ceux du continent africain connaissent davantage de migrations que ce que soutient un certain discours populiste en France. Dans ce pays, ceux qui sont souvent assimilés à des "immigrés" sont des nationaux et bi-nationaux français de couleur, ou des personnes détentrices de titres de séjour, majoritairement arrivées en France par le biais du regroupement familial ces dernières années. 

Les questions migratoires sont assez sérieuses pour être laissées à l'agitation électoraliste de politiciens, qui n'en mesurent pas réellement les enjeux, ou refusent de les "regarder en face". Parce qu'ils auraient beaucoup de choses à se reprocher, notamment dans le cas des présidents français successifs dont M. Macron: l'indéfectible soutien aux dictateurs inamovibles en Afrique noire francophone.

Un besoin de s'aérer collectivement l'esprit pour ne plus être en proie au catastrophisme véhiculé par une classe politique passéiste

Refusons d'être captifs du discours nombriliste et catastrophiste d'une classe politique française sur les flux migratoires. Ce bourrage ininterrompu de crâne, réactualisé chaque veille d'élection, est bien éloigné de l'évolution des parcours de migrants ces dernières décennies, qui ont peu à peu transformé la France en pays de transit, y compris des migrants africains (à l'exception notable des postulants au regroupement familial comme je l'ai indiqué plus haut). Il n'empêche, les Français gardent la perception erronée d'être envahis par des hordes de migrants clandestins, essentiellement venus d'Afrique, parce que ceux-ci transitent et se concentrent dans les grandes agglomérations comme dans l'Est de Paris. Nombre de ces migrants en transit à Paris ont été délogés de Calais où ils attendaient les opportunités pour aller en Grande Bretagne. 

Pour ce qui est des demandeurs d'asile, leur nombre a également progressivement baissé sous l'effet conjugué du règlement de Dublin puis des conditions drastiques mises en place par les gouvernements successifs en France, surtout ceux voulus de gauche, dans la délivrance d'un statut de réfugié. À telle enseigne que notre pays ne tient même pas ses engagements pris dans le cadre européen lors des grandes vagues de migrations Syriennes, et est entrain de sous-traiter progressivement la charge à des "spots" situés à l'étranger, notamment au Niger, au Tchad et désormais au Rwanda pour l'Afrique. 

Nous devons nous départir de l'enfumage réactionnaire ambiant sur les questions migratoires, parce qu'elles sont appelées à continuer...malgré les "odeurs" autrefois reprochées aux immigrés par Jacques Chirac, puis " la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde" de Michel Rocard, rien n'a fondamentalement changé sur le front de l'immigration, pas plus d'ailleurs  cela a empêché que le Front national s'installe durablement dans le paysage politique français. 

En réalité les flux migratoires demeureront, même avec un Front national au pouvoir, comme nous venons de le voir avec Salvini en Italie. Parce qu'il s'agit d'un phénomène structurel et international qui épouse les contours des différentes convulsions, crises et autres tensions multiples dans diverses parties de la planète. 

 Une fois que nous aurons tous entériné cela, peut-être commencerons-nous courageusement à nous attaquer frontalement aux racines de ce "problème", nous mettant définitivement à l'abri des manipulations politiciennes en tous genres.

Joël Didier Engo, Association NOUS PAS BOUGER

 

lundi 28 mai 2018

France: Le sursaut d'humanité d'un Président souvent impassible devant la détresse humaine



Quelque soit l'opportunisme voire le cynisme politique que revêt cette démarche d'un président Macron qui se montre si souvent impassible devant l'extrême détresse des migrants notamment à Paris, il faut néanmoins saluer son sursaut d'humanité à l'égard d'un héros anonyme qui, malgré sa situation irrégulière, a sauvé un enfant d'une mort programmée.

Ce geste vient rappeler que, quand bien même la France ne pourrait pas tous les accueillir, les migrants dits économiques sont d'abord des êtres "normaux et ordinaires" en quête comme nombre d'entre-nous d'un bien être social auquel ils ne peuvent souvent pas aspirer ou espérer dans leurs pays d'origine.

Joël Didier Engo, Président de NOUS PAS BOUS






Du Mali au palais de l'Elysée, le parcours inspirant de Mamoudou Gassama

Le jeune Malien est arrivé en France en septembre dernier, après avoir vécu une traversée en mer "très difficile".

Par L'Obs

Inconnu il y a encore quelques jours, Mamoudou Gassama est désormais présenté par de nombreux médias comme un "héros". Samedi, le jeune homme a grimpé quatre étages pour sauver un enfant suspendu dans le vide dans le 18e arrondissement de Paris. Un acte spontané, filmé et visionné des millions de fois sur les réseaux sociaux.

Le visage de Mamoudou a, depuis, fait la une des journaux télévisés. Le jeune Malien de 22 ans a même été reçu ce lundi matin par Emmanuel Macron.

On connaît encore peu d'éléments sur la vie du jeune homme. Arrivé du Mali en septembre dernier, il "rêve de construire sa vie Paris", expliquait dimanche Anne Hidalgo, après l'avoir eu au téléphone.

Une traversée "très difficile"

Quelques heures avant de rejoindre l'Elysée, Mamoudou Gassama a raconté quelques bribes de son parcours sur RMC:

"J'ai quitté le Mali, je suis passé par le Burkina Faso et le Niger et je suis arrivé par la Libye, sur un bateau."
Une traversée "très difficile", remarque-t-il auprès de Jean-Jacques Bourdin.
"C'était terrible. On était beaucoup sur ce bateau."
Depuis son arrivé en France, Mamoudou loge dans un foyer. "Il vit au foyer et c'est une situation très grave", a souligné son frère, Diaby Gassama, sur BFMTV.

Un geste héroïque 

"Je n'ai rien pensé, j'ai pensé à le sauver et Dieu merci je l'ai sauvé." C'est avec ces mots, plein d'humilité que le jeune homme de 22 ans a expliqué son geste sur BFMTV.

En arrivant sur les lieux du sauvetage, samedi, les pompiers découvrent que le jeune homme a déjà porté secours à l'enfant, âgé de quatre ans.
"Par chance, il y avait quelqu'un qui avait une bonne condition physique et qui a eu le courage d'aller chercher l'enfant", ont-ils expliqué à l'AFP.
La scène, spectaculaire, a été filmée par des passants ébahis qui s'étaient regroupés en bas de l'immeuble. Sur la vidéo, on voit l'homme escalader à mains nues et en 30 secondes environ quatre balcons de la façade de l'immeuble, pour récupérer l'enfant et le mettre en sécurité.

Diffusée sur les réseaux sociaux, la vidéo est rapidement devenue virale, avec déjà plus de 4 millions de vues dimanche en fin de journée.

"Je lui ai dit 'pourquoi tu as fait ça ?', mais il n'a pas parlé", a raconté Mamoudou sur BFMTV, expliquant ne pas avoir arrêté de "trembler" une fois dans l'appartement.

Il "rêve de construire sa vie Paris"

Dès dimanche, SOS Racisme a demandé "au ministre de l'Intérieur de régulariser la situation de Monsieur Gassama, qui a su faire preuve d'un courage aussi rare qu'admirable". Une pétition en ligne demandant que le jeune homme soit régularisé et décoré par la République française, a rapidement recueilli plus de 9.000 signatures.

La maire de Paris, Anne Hidalgo, a immédiatement salué un "acte de bravoure".
La maire de Paris a, en outre, indiqué que le jeune homme "rêvait de construire sa vie" à Paris. Elle a ajouté "que la Ville de Paris aura évidemment à cœur de le soutenir dans ses démarches pour s'établir en France". Le jeune homme a confirmé vouloir demander la nationalité française.

Dans la soirée de dimanche, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a salué sur Twitter un "acte d'une immense bravoure, fidèle aux valeurs de solidarité de notre République". Un acte qui "doit lui ouvrir les portes de notre communauté nationale".

"Tous les papiers vont être régularisés", assure Macron

Reçu par le président Emmanuel Macron à l'Elysée, Mamoudou Gassama est reparti avec plusieurs bonnes nouvelles. La première étant la promesse de se voir "naturalisé français".

"Tous les papiers vont être régularisés", a en effet assuré le chef de l'Etat lors d'un échange, diffusé sur sa page Facebook.

"C'est un acte exceptionnel, un acte d'héroïsme. J'ai souhaité qu'on puisse prendre une décision exceptionnelle pour vous", a dit le président au jeune homme visiblement très ému.
Le président de la République lui a cependant expliqué qu'il s'agissait d'une exception car en tant que migrant non demandeur d'asile, il n'aurait pas dû être régularisé. "On ne peut pas donner (de papiers) à tous ceux qui viennent du Mali, du Burkina. Quand ils sont en danger on donne l'asile, mais pas pour des raisons économiques."

"Mais pour ce qui vous concerne, vous avez fait quelque chose d'exceptionnel. Même si vous n'avez pas réfléchi, c'est un acte de courage et de force qui fait l'admiration de tous."
"Je veillerai personnellement à ce que sa demande de naturalisation soit acceptée dans les plus brefs délais", a assuré le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb sur Twitter.

Mamoudou Gassama devrait également intégrer le service civique des sapeurs-pompiers.

Visiblement ému, le jeune Malien a quitté l'Elysée avec un diplôme et une médaille pour "Acte de courage et de dévouement", qui récompense "toute personne qui, au péril de sa vie, se porte au secours d'une ou plusieurs personnes en danger de mort".

M.C. et R.F.



vendredi 20 octobre 2017

Migrants : Agadez sous pression des hotspots de Macron (Reportage, Le Point Afrique)

Surpopulation, insécurité croissante : la ville du nord du Niger, devenue carrefour des migrants, s'interroge sur les dégâts collatéraux de ces postes-frontière français avancés installés en Afrique.

Par Morgane Wirtz, à Agadez
Publié le | Le Point Afrique
Dernière étape avant la grande traversée du désert, Agadez est sous pression des nombreux migrants venus de différents pays de la région. © Morgane Wirtz
 
Publié le | Le Point Afrique

« Hotspots », « missions de protection », voilà deux mots avec lesquels il va falloir s'habituer à chaque fois qu'il sera question de parler des migrants notamment africains. Dans le dessein d'éviter que ceux-ci arrivent en Europe en prenant des risques inconsidérés dans le désert du Sahara, mais aussi en mer Méditerranée, le président français, Emmanuel Macron, a émis l'idée de recevoir les candidats à une migration vers l'Europe dans des centres installés en Afrique. Autrement dit, faire en sorte que la décision de recevoir un migrant au titre de l'asile soit prise dans ces centres appelés « hotspots » par les uns et « missions de protection » par les autres. Ville située au nord du Niger, aux portes du désert, Agadez est devenue au fil des ans un carrefour de migrants. Autant dire donc qu'elle est en première ligne dans le dispositif que la France veut mettre en place pour contenir les migrants en terre africaine. Il n'y a bien sûr pas qu'Agadez qui est concernée. Nombre d'autres villes au Tchad et ailleurs ne manqueront pas de servir de hotspots. Sur place, au-delà de la question de souveraineté qui est posée avec une sorte de police des frontières françaises et Européennes installées au cœur de pays africains, il y a la crainte des conséquences économiques, sociales et politiques qu'ils ne manqueront pas d'entraîner. Le président français s'est engagé à accueillir 3 000 personnes parmi celles identifiées comme pouvant bénéficier de l'asile d'ici 2019. À Agadez, on sait que beaucoup de migrants ne seront pas acceptés à ce titre. De quoi alimenter bien des interrogations sur ce qui va advenir demain.

La crainte du surpeuplement

« C'est un bon projet », affirme Bilal Gallo, conseiller principal du sultan de l'Aïr. « Beaucoup de gens voyagent sans être ni informés ni encadrés. Ces missions permettront de les superviser et de leur apporter du secours, en cas de besoin », précise-t-il. « De nombreux candidats à la migration fuient des problèmes politiques ou la guerre. Ils pourront venir dans ces missions et y trouver des facilités pour migrer vers l'Europe », renchérit Hamed Koussa, adjoint au maire d'Agadez.

Mais pourquoi instaurer ces missions au Niger et au Tchad ? La quasi-totalité des migrants visés par les politiques du président français est en transit dans la région. Ils viennent du Mali, du Sénégal, de Guinée, de Gambie, du Nigeria, du Burkina Faso ou du Ghana et ont déjà effectué une bonne partie du chemin vers l'Europe. « Il serait préférable d'installer ces missions dans les pays d'origine des migrants. Proposer ces services dans les ambassades européennes, par exemple, pour voir comment, de là-bas, on peut les aider à avoir des papiers pour voyager » , propose Hamed Koussa.

À Agadez, la priorité des autorités est d'éviter une surpopulation de la ville. « Les candidats à la migration sont très nombreux. J'imagine que ceux qui répondront aux critères [pour obtenir le statut de demandeur d'asile­] seront, quant à eux, très peu nombreux », explique Issouf Maha, porte-parole du conseil régional d'Agadez. « Ce projet pourrait provoquer le surpeuplement d'Agadez et de ces environs. Déjà aujourd'hui, nous avons du mal à gérer la situation », poursuit-il. La ville souffre de carences en eau potable et en électricité.

Que faire des migrants refoulés ?

La question de savoir ce qu'il adviendra des personnes refoulées par les missions de protections est sur toutes les lèvres. Et chaque hypothèse ne présage que de sombres conséquences. S'ils sont relâchés, les migrants voudront, par tous les moyens, continuer leur route frauduleusement. « Il n'y a pas de stabilité en Libye. Il faut voir les dangers qu'encourent ces personnes. Il y a souvent des pertes de vies humaines. Nous les déplorons beaucoup parce qu'il s'agit de la jeunesse africaine. Il s'agit de cette jeunesse qui doit construire nos pays, qui doit construire l'Afrique. C'est elle qui est en train de partir et de périr dans la mer ou dans le désert », s'inquiète l'adjoint au maire.

Il semble aussi impensable de garder dans des centres ou de reconduire à la frontière les migrants qui n'auront pas été acceptés dans la procédure de demande d'asile. C'est que le Niger est membre de la Cedeao (Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest) et doit garantit la libre circulation des personnes sur son territoire surtout si elles sont originaires de pays membres de ladite communauté. « Si vous voyez des gens avec un passeport du Mali ou du Tchad, qu'est ce que vous pouvez leur dire ? Vous allez les refouler ? Si nous leur apportons des complications, cela créera une révolte. Moi, si je vais au Mali et qu'on me met en prison, comment est-ce que je réagis ? Je me révolte ! » explique Bilal Garo. « Est-il assez honnête qu'au nom de la coopération, on nous fasse piétiner nos principes et nos règlements pour satisfaire ceux des Européens ? » s'indigne Rachid Kollo, président du Cadre d'action pour la démocratie et les droits de l'homme.

Ces hotspots, le signe d'un retour de la Françafrique ?

« Le véritable président du Niger, Emmanuel Macron, a décidé tout simplement d'instaurer dans une de ses sous-préfectures des bureaux pour filtrer les Africains qui vont aller en Europe, en France. Et c'est bien triste, c'est bien dommage de constater que nous n'avons encore que des sous-préfets, non des présidents de la République », s'indigne Rachid Kollo. Pour ce représentant de la société civile nigérienne, l'Union européenne instaure ses politiques de répression migratoire sans se soucier du sort de la ville. « Le fait de stopper la migration appauvrit Agadez. Tous ces migrants viennent et restent entre une semaine et dix jours à Agadez avant de continuer. Ils achètent dans de petits commerces. Cela fait vivre certaines familles. Après, ils achètent leurs billets de transport, cela fait vivre d'autres familles », poursuit Rachid Kollo. « L'UE met en place des projets. Elle envoie des ONG européennes et leur donne des moyens pour répondre à la question migratoire. La commune d'Agadez peut trouver les solutions. Elle a besoin d'être soutenue dans cette démarche. La solution ne peut venir que de nous », renchérit l'adjoint au maire. Les autorités communales espèrent être prises en considération lors de la mise en place des missions de protections. Selon elles, c'est l'unique moyen de prévenir les conséquences néfastes de la dernière idée du président français.

mardi 29 août 2017

Crise migratoire: Niger et Tchad Hotspots pour demandeurs d'asile ou Quand le filet totalitaire se referme sur ses victimes avec l'aide de l'OFPRA

« Examiner » les demandes d’asile des migrants dès le Tchad et le Niger...C'est en effet comme offrir ou retourner avec l'aide de l'OFPRA les opposants et victimes des dictateurs à leurs principaux bourreaux. 

Car la solidarité entre despotes africains, notamment francophones, transformera naturellement le Tchad puis Niger en parfait filet pour appréhender les victimes des persécutions des différentes tyrannies de la sous région.

Et peut-être même ne franchiront-elles pas les portes des "hotspots", puisque les bidasses de Déby et Issouffou auront avant faciliter la tâche à l'OFPRA. 

Triste triomphe du cynisme politique sur les conventions internationales relatives à la protections des réfugiés! 

J'aimerais évidemment me tromper.

Joel Didier Engo

Crise migratoire : les "hotspots" en quatre réponses

 

En réunissant à Paris dirigeants européens et africains, Emmanuel Macron persiste dans sa volonté de créer des centres de transit en Afrique. Le point en quatre questions.

Par (avec AFP)

Publié le | Le Point Afrique



Le mini-sommet de chefs d'État et de gouvernement africains et européens tenu ce lundi à l'Élysée devrait déboucher sur une nouvelle feuille de route sur la question des migrations, sujet jugé prioritaire en cette rentrée par Paris, Madrid, Berlin et Rome. Mais comment dissuader les migrants de tenter la mortelle traversée de la Méditerranée ? L'une des solutions qui dominent les discussions figure les centres de transit et de la sécurisation des frontières. Voici pourquoi en quatre réponses.

Qu'est-ce qu'un « hotspot » ?
 
Fin juillet, Emmanuel Macron a évoqué la possibilité d'ouvrir des hotspots en Libye, une idée qui a fait bondir les ONG, rapidement écartée par l'Élysée. Les hotspots, stricto sensu, désignent les centres d'enregistrement et d'identification des migrants en Grèce (5 sur les îles, hébergeant entre 8 000 et 10 000 personnes) et en Italie (4 centres).

C'est un dispositif européen inventé en 2015 avec la crise migratoire, pour prendre les empreintes des arrivants, repérer ceux qui ont droit à l'asile (en les distinguant des migrants économiques) et les répartir en Europe dans le cadre de la « relocalisation ». Mais depuis l'accord UE-Turquie sur le renvoi des réfugiés de 2016, aucun migrant n'a quitté les hotspots des îles grecques.

Peut-on transposer ces centres en Libye?
 
La situation sécuritaire du pays, livré au chaos, rend l'idée difficile. « Pas possible aujourd'hui », reconnaît-on à l'Élysée. « Ce pays n'a aucune culture de l'asile », insiste Jean-Guy Vataux, chef de mission en Libye pour MSF.

En Libye, entre 7 000 et 8 000 migrants sont détenus dans une vingtaine de centres « officiels », mais les conditions de vie y sont, selon les ONG, déplorables. De plus, un nombre indéterminé de centres officieux (hangars, maisons...) sont exploités par des milices et nul ne sait ce qui s'y passe. Paris veut donc « traiter le problème en amont », c'est-à-dire au Niger et au Tchad, avant la Libye et la périlleuse traversée de la Méditerranée.

On parle côté français de « centres d'orientation », « pas de hotspots » dans ces deux pays, où une mission française a été envoyée début août. Le Tchad compte 400 000 réfugiés et 100 000 personnes déplacées, le Niger compte deux types de camps : ceux gérés par le HCR pour les Nigériens principalement, et ceux de l'OIM pour les migrants gagnant la Libye.

Quelle forme pour ces centres de transit ?
 
Un mécanisme rodé pourrait servir de canevas : celui de la « réinstallation » mis en place depuis 2015 au Liban (où un million de Syriens sont enregistrés), mais aussi en Turquie et en Jordanie (où deux camps accueillent 45 000 et 85 000 personnes).

Dans ces camps du HCR ou de l'OIM, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides entend des migrants sélectionnés avant de les transférer en France où l'asile leur est accordé rapidement. Quelque 5 500 personnes ont bénéficié de ce mécanisme au Liban, en Turquie et en Jordanie au cours des deux dernières années. « Il s'agit de délocaliser l'instruction des dossiers », assure-t-on à la présidence française, en promettant que « ça va se mettre en place très vite ». En 2016, un total de 85 000 demandes ont été enregistrées en France et quelque 36 000 personnes ont obtenu l'asile, selon les chiffres officiels.

De source nigérienne, on assure que « ce n'est pas nouveau ». « Ces centres de transit existent déjà et nous travaillons avec le Haut-Commissariat aux réfugiés et l'Organisation internationale des migrations. » L'UE a versé en juillet une aide de 10 millions d'euros au Niger pour lutter contre l'immigration clandestine, premier décaissement d'un programme décidé en 2016.

Peut-on bloquer la frontière sud de la Libye?
 
Cela nécessiterait des investissements colossaux, chiffrés par Khalifa Haftar, l'homme fort de l'Est libyen, à 20 milliards de dollars sur 20 à 25 ans. À titre de comparaison, l'UE avait mis 1,8 milliard d'euros sur la table pour le développement de l'Afrique lors de son sommet sur les migrations de 2015 à La Valette (Malte).

Mais l'Europe est bien consciente du rôle stratégique de la Libye, devenue la principale voie de migration en Méditerranée depuis que la route passant par la Grèce et la Turquie s'est tarie : près de 100 000 personnes sont arrivées en Italie depuis le début de l'année (2 400 auraient péri) et côté français on surveille de près la hausse des francophones (Ivoiriens, Guinéens...) parmi ces migrants.

Pour fermer cette route, l'UE a formé une centaine de garde-côtes libyens cet hiver, l'Italie leur a fourni des vedettes pour patrouiller dans l'idée de renvoyer les migrants en Libye, où se pose alors la délicate question des droits de l'homme.

D'autant que Tripoli pose ses conditions, en réclamant, pour équiper ses garde-côtes et gardes-frontière, un soutien européen à la levée de l'embargo sur les armes imposé en 2011 par l'ONU.

vendredi 28 juillet 2017

Migrants: Emmanuel Macron veut des centres d'accueil sur le sol africain



Le président Emmanuel Macron, jeudi 27 juillet à Orléans, où il a exposé une politique ambitieuse pour régler la crise des migrants,


© Michel Euler / POOL / AFP

En déplacement à Orléans, jeudi 27 juillet, Emmanuel Macron a esquissé les contours de la politique migratoire de la France durant son quinquennat avec un distinguo clair entre réfugiés politiques et migrants économiques.

Emmanuel Macron souhaite faire le tri entre migrants économiques et réfugiés. Il entend donc accélérer les procédures de demande d'asile. Le président français dit vouloir ramener les délais à 6 mois au lieu d'un an à 18 mois aujourd'hui en France.

Les demandes d'asile seront même prétraitées en dehors du territoire français dans des hotspots, c'est-à-dire des centres d'examen. En Italie, où arrivent la plupart des migrants qui posent le pied en Europe, mais aussi en Afrique. Dans des « pays sûrs » selon le terme du président, des Etats tiers proches du pays d'origine. Il est question du Niger ou d'ailleurs, un centre pour les migrants en transit existe à Agadez. Du Tchad aussi.

Le problème ce n’est pas seulement comment les arrêter, il faut trouver une solution pérenne à cette situation. La solution pérenne, c’est se développer. C’est trouver du travail pour notre jeunesse, un appui sérieux et sincère de l’Europe à l’Afrique, c’est très important.
Hotspots en Afrique: le Tchad d'accord sur le principe, à condition de favoriser le développement 
Mais surtout, le président a indiqué que la France installerait des hotspots en Libye, quand les conditions de sécurité le permettront. Pour ces trois pays, une mission de faisabilité devrait être lancée fin août, indique l’Élysée.

Emmanuel Macron a insisté. Il souhaite le concours de l'Europe, même si un certain nombre d’États européens sont réticents à ces hotspots.

Ensuite, quelques questions restent posées : qu'adviendra-t-il des migrants qui ne seront pas refoulés dans ces hostspots, c'est à dire qui pourront prétendre au statut de réfugié politique ? Seront-ils pris en charge ou les laissera-t-on reprendre leur route?

Amnesty International dénonce la vision binaire de Macron dans le traitement de la migration

A l'inverse, le président a promis de rendre plus efficaces les reconduites à la frontière pour les déboutés du droit d'asile. Comment ? Là non plus, pas de précision.
Si l'idée du président français n'est pas nouvelle, elle consiste surtout à dissuader les personnes non éligibles à l'asile de ne pas quitter l'Afrique, et de trouver un point de chute sur le sol africain.

Mais ces mesures sont décriées par les organisations humanitaires. Amnesty International demande à la France de reconsidérer radicalement toute sa politique migratoire. « Il y a dans ce discours, et c’est une continuité depuis qu’il est candidat, cette opposition un peu binaire malheureusement entre d’un côté les réfugiés, pour lesquels on déploie des moyens et des efforts qui sont conformes aux obligations que doit remplir la France en tant qu’État, et les migrants économiques. En réalité, réduire la migration à ces deux seules catégories est un peu faux, regrette Jean-François Dubost, du programme de protection des populations à Amnesty.

Parmi les migrants, il y a effectivement des personnes qui vont se déplacer pour des raisons économiques ou de travail, mais d’autres qui vont se déplacer pour des raisons familiales - ça rejoint d’ailleurs un certain nombre de droits fondamentaux des personnes à pouvoir rejoindre leurs familles et vivre en famille. Il y a aussi d’autres motifs de migration comme les études. Donc, simplement opposer aux réfugiés des migrants économiques dont on ne veut pas, pour lesquels il faut accélérer l’éloignement, le renvoi dans les pays, c’est quand même biaiser le regard qu’une population peut avoir sur les migrants en général. Une approche uniquement fondée sur le renvoi des migrants, ça fait à peu près 20-25 ans qu’on l’applique et ça ne produit pas de bons effets. »

Quelque 470 associations ont formulé une demande de rencontre avec le chef de l'Etat autour de cette question.

Nombreuses réactions après les  annonces du président Macron


Le 17 avril 2016, un canot pneumatique est en passe de sombrer avec quelques dizaines de migrants. En arrière plan, l'imposant «Aquarius» de SOS Méditerranée a repéré l'embarcation.
© Patrick Bar / SOS Méditerranée


Des questions subsistent encore après les annonces d'Emmanuel Macron sur sa politique migratoire. Dans un discours prononcé jeudi, le président français a clairement distingué les réfugiés politiques et les migrants économiques. Il veut examiner les demandes d'asile «en amont», directement sur le terrain dans ce qu'on appelle des «hotspots», des centres d'examen. L'Elysée dit avoir identifié des zones dans le sud libyen, le nord-est du Niger, et le nord du Tchad pour installer des centres de l'OFPRA, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides. Une nouvelle mesure qui suscite des commentaires.

L’annonce de ces hotspots, centre d’examen pour migrants, a été largement commentée. Parmi les pays concernés, il y a le Tchad. Pour le ministre tchadien des Affaires étrangères, la priorité, ce n'est pas d'intercepter les migrants avant qu'ils ne partent, mais plutôt de trouver une solution pérenne pour créer des emplois qui puissent retenir ces jeunes.

Le président Déby l'a déjà dit, il souhaite que l'Europe s'engage sur un plan de développement. Une sorte de plan Marshall pour l'Afrique et en particulier pour le Sahel. Pas de réactions officielles encore du côté du Niger et de la Libye, autres pays concernés par ces centres d’accueil de migrants.

A l'heure qu'il est, c'est sans doute du côté des organisations humanitaires que les critiques sont les plus vives. Amnesty International demande à la France de reconsidérer radicalement sa politique migratoire. L'organisation dénonce un traitement binaire de la question. Human Rights Watch s'inquiète des risques pour le droit et la dignité des personnes que pourrait engendrer la nouvelle politique d'Emmanuel Macron.

Ouvrir un centre d'examen en Libye n'est pas réaliste aujourd'hui, insiste de son côté Médecins sans Frontières qui précise qu’il n’est pas envisageable d'exposer des migrants qui se cachent aujourd'hui par peur des mauvais traitements. Leur demander de se rendre dans ces centres d'examen, c'est les mettre en danger souligne MSF.

Enfin, du côté des partenaires européens,  on ne sent pas non plus pas un enthousiasme démesuré. Néanmoins, selon l’Elysée, une première mission doit partir fin août pour voir ce qui est possible.

"Hotspots" en Libye : que veut dire Emmanuel Macron ?

"Hotspots" en Libye : que veut dire Emmanuel Macron ?
Emmanuel Macron s'exprime sur l'immigration à Orleans, le 27 juillet 2017. (Michel Euler / POOL / AFP)

En visite dans un centre d’hébergement de réfugiés, à Orléans, Emmanuel Macron a fait plusieurs annonces, concernant notamment les demandeurs d’asiles sur le sol africain. L’Obs les décrypte avec Pascal Brice, directeur général de l’Office français de protection des réfugiés.

Les annonces sont venues en deux temps, jeudi 27 juillet, lors de la venue du président de la République à Orléans, où il visitait un centre de d’hébergement de réfugiés. D’abord, Emmanuel Macron a déclaré à des journalistes vouloir "ouvrir des hotsposts en Libye, afin d’éviter aux gens de prendre des risques fous alors qu'ils ne sont pas tous éligibles à l'asile." Un objectif d’autant plus ambitieux qu’il rajoutait ensuite : "Je compte le faire dès cet été."

Mais quelques minutes plus tard, lors du discours officiel, toute référence à ces hotspots libyens et à ce calendrier avait disparu, le président adoptant un ton plus prudent :
"Je souhaite que l’Union Européenne, et à tout le moins la France le fera, puisse aller traiter les demandeurs d’asile au plus près du terrain. [...] C’est pourquoi nous développerons des missions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) [...] sur le sol africain, dans les pays sûrs."
Quelle est la nature précise de ces missions ? A quel horizon seront-elles effectives ? "L’Obs" s’est entretenu avec Pascal Brice, directeur général de l’Ofpra, pour répondre à ces questions.

Quelles sont les missions que vous a assignées le Président de la République ?
Ces missions s’inscrivent dans deux cadres différents. D’abord, le président de la République nous a demandé d’agir directement dans des pays qui se trouvent sur les routes de l’exil, voisins de la Libye, dans les pays du Sahel qui l’accepteront. Là, nous devrons mener une mission de protection, sur le modèle de ce que nous faisons pour les Syriens en lien avec le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Depuis 2014, des équipes de l’Ofpra sont placées dans les pays voisins, en Turquie, au Liban, en Jordanie, voire en Egypte, pour entendre des demandeurs d’asile syriens et permettre l’accueil en France de ceux qui relèvent du droit d’asile.

Il s’agit de s'inspirer de cette expérience pour envoyer des équipes de l’Ofpra dans les pays concernés, de manière à y entendre des demandeurs d’asile. Il faut faire en sorte que le plus de demandeurs d’asile possible, dans des limites qui seront fixées par le Gouvernement, soient pris en compte avant l’enfer libyen ou celui de la Méditerranée.

Le deuxième type de mission est en lien avec les hotspots en Italie. L’Ofpra va, si les  autorités italiennes en sont d’accord, renforcer son intervention  auprès des demandeurs d’asile qui arrivent en Italie et qui relèvent du programme de relocalisation, principalement des Erythréens dont le besoin de protection est évident au regard de la situation dans leur pays. Nous nous trouvons déjà à Athènes depuis un an et demi, où nous agissons dans le cadre de la politique de relocalisation décidée par le Conseil européen. Nous y entendons des demandeurs d’asile syriens et irakiens principalement.


Migrants : l'Italie à bout de souffle

Par hypothèse, il pourrait s’agir de faire la même chose en Italie, principalement pour les Erythréens. Sachant que des officiers de protection de l’Ofpra sont déjà présents, avec d’autres collègues européens, à l’arrivée des bateaux dans les ports italiens, pour informer les demandeurs d’asile relevant de la relocalisation des démarches à suivre, l’idée serait donc de renforcer très nettement notre présence et d’aller au-delà de la simple information.

Pour ce qui est de la première partie de ces missions, sur le sol africain, comment vous organiserez-vous, concrètement ? Serez-vous présent dans les consulats, à des points de passage ?

Au Proche-Orient, l’Ofpra travaille avec le HCR, dans des infrastructures variables : locaux des ambassades, hôtels, camps, en fonction de ce qui est le mieux pour les demandeurs. Nous nous en inspirerons. Mais il s’agit de modalités opérationnelles que nous allons travailler d’abord avec les pays concernés et les organisations internationales qui sont nos partenaires habituels, pour pouvoir nous mettre en place rapidement.

L’Ofpra a désormais une grande expertise pour de telles opérations de protection, puisque depuis trois ans, il y a pratiquement  toujours une de nos équipes à Amman, au Caire, à Ankara ou à Beyrouth.

Quid des centres pour migrants en Libye, annoncés dans un premier temps par Emmanuel Macron ?

Dans son discours d’Orléans, le Président a évoqué des missions de protection au Sahel dans le voisinage de la Libye. Mais la situation dans ce dernier pays ne permet pas, dans l’immédiat, de s’y installer. Nous préparons activement cette projection des équipes de l’Ofpra et une mission se rendra sur place à cette fin vers la fin du mois d’août.

Ces missions de protection que nous préparons permettront d’entendre des demandeurs d’asile afin de permettre, dans une ampleur qui sera fixée par le Gouvernement, l’accueil en France de celles et ceux qui relèveront bien du droit d’asile. Les autres ne relèvent pas de la compétence de l'Ofpra.

Combien de personnes seront concernées par cette mesure ?

Le nombre des personnes à accueillir en France dans ce cadre sera fixé par le gouvernement. Si la question porte sur l’éligibilité à l’asile des personnes que nous entendrons sur place, tout dépend toujours d’un examen de la situation de chacun. Mais quand on regarde les nationalités de celles et ceux qui prennent les routes de l’exil vers la Libye, une large majorité des personnes qui arrivent en Italie par cette voie viennent de pays pour lesquels les craintes, au regard du droit d’asile sont faibles. Il s’agit notamment beaucoup de ressortissants de l’Afrique de l’Ouest. Si l’on regarde plus à l’Est, la situation est différente, avec notamment des Erythréens et des Soudanais pour ceux qui viennent de régions en guerre comme le Darfour.

On peut cependant comparer avec les personnes qui arrivaient en Grèce jusqu’en mars 2016, date de l’accord entre l’UE et la Turquie. Là, il s’agissait très largement de personnes qui relevaient du droit d’asile venant de Syrie, d’Irak, d’Afghanistan. En Italie, en général, on n’est plus dans le même cas.

Justement, que répondez-vous à ceux qui estiment que cette politique ne permettra que de traiter une petite partie du problème ?

Ce n’est pas comme ça que nous réfléchissons. Nous sommes au nom des principes fondamentaux de la République,  au service des persécutés et des victimes des guerres, du droit d’asile. Dès lors que l’on sera en mesure de protéger des personnes relevant du droit d’asile, de leur éviter les tortures et les viols en Libye et la noyade en Méditerranée, ce sera mission accomplie pour l’Ofpra. Nos missions au Proche-Orient ont déjà concerné 10.000 personnes. Ce n’est pas rien.

Nous allons pouvoir poursuivre, sur le sol africain. Nous renforçons ainsi encore notre intervention à chaque étape des routes de l’exil : au plus près des pays de départ, aux frontières externes de l’UE et bien sûr sur le territoire national.

"Des hotspots en Libye ? Ce n’est ni faisable, ni souhaitable"

Interrogées par ""l’Obs" au sujet du discours d’Orléans, les ONG sont un plus sceptiques. Marine De Haas, spécialiste des questions européennes à La Cimade, approuve la volonté de "donner la possibilité d’être entendu et d’obtenir un visa sans prendre de risques", mais "à condition que cela n’empêche pas de faire les mêmes démarches à ceux qui ont traversé la Méditerranée."

Mais c’est surtout le raisonnement à l’œuvre qui les inquiète. "On est complètement dans la politique européenne de ces dernières années, explique Marine De Haas, c’est-à-dire dans une dynamique d’externalisation des politiques migratoires et du contrôle des frontières extérieures. L’Europe veut coopérer avec des Etats-tiers pour empêcher les personnes ne dépendant pas du droit d’asile d’arriver sur leur territoire."

Pour Jean-Guy Vataux, chef de mission pour Médecins sans frontières (MSF) en Libye, "la création de hotspots dans le sud Libyen n’est ni faisable, si souhaitable, en tout cas pour les migrants." La Libye, qui n’a pas signé les différentes conventions sur les réfugiés, semble en effet loin d’être un partenaire stable.

"Le problème, c’est que la part de ceux qui dépendent du droit d’asile, tel que nous le définissons, est minime au sein de ces migrants. Dans les centres de détention libyens, l’OIM estime à 7.000 personnes celles pouvant demander l’asile. Contre 200.000 arrivées en Italie", rappelle le chef de mission.

"Les migrants ne se rendront même pas dans ces hotspots, continue-t-il. Quel serait leur intérêt, s’ils sont sûrs d’être renvoyés ou emprisonnés ?"

Et de s’interroger sur les modalités d’attribution du droit d’asile : "Quand on voit que le Ministère des affaires étrangères peut ne pas conseiller certains pays aux Français, et ne pas accorder le droit d’asile à des ressortissants de ces pays… Peut-être faudrait-il également considérer non seulement la provenance, mais aussi les souffrances rencontrées durant leur parcours. Leurs conditions de vie durant leur trajet sont terribles, et elles exigent qu’on les protège."
 Propos recueillis par Martin Lavielle
Martin Lavielle

Martin Lavielle




samedi 22 juillet 2017

Macron a-t-il raison de voir dans la natalité africaine un frein au développement?



En Afrique, le seul pays atteignant encore aujourd'hui 7 enfants par femme est le Niger.
En Afrique, le seul pays atteignant encore aujourd'hui 7 enfants par femme est le Niger.
afp.com/Mujahid Safodien

Lors du G20, Emmanuel Macron a estimé qu'il était difficile de stabiliser l'Afrique quand la natalité était "encore de 7 à 8 enfants par femme". Une démographe analyse les propos du chef de l'Etat.

Les propos d'Emmanuel Macron ont choqué. Invité à s'exprimer sur le développement de l'Afrique lors du sommet du G20 à Hambourg le 8 juillet, le chef de l'Etat a estimé, entre autres: "Quand des pays ont encore aujourd'hui 7 à 8 enfants par femme, vous pouvez décider d'y dépenser des milliards d'euros, vous ne stabiliserez rien".
  

Dans son discours, Emmanuel Macron a également également cité d'autres problématiques qui touchent le continent, comme "la route des trafics, multiples, qui nécessitent des réponses en termes de sécurité" ainsi que "le terrorisme islamiste". Pour plusieurs médias étrangers, ces déclarations sont apparues racistes et démontrent "une vision colonialiste" de la France. Clémentine Rossier, démographe, professeure à l'Institut de démographie et de socioéconomie de l'Université de Genève et chercheure associée à l'Institut National d'Etudes Démographiques à Paris, analyse ces propos. 

En tant que démographe, que pensez-vous des propos d'Emmanuel Macron? 

Déjà le chiffre de 7 ou 8 enfants est faux. Selon l'ONU, entre 2010 et 2015 la fécondité en Afrique était en moyenne de 4,7 enfants par femme. En moyenne, car les situations sont très diverses. En Afrique australe, la région la plus développée du continent, on compte en moyenne 2,5 enfants par femme, en Afrique du Nord, 3,1. Le Rwanda, le Kenya ou encore l'Ethiopie ont aussi connu des baisses rapides. La fécondité de ce dernier pays est ainsi passée de 5,5 à 4,6 enfants entre 2000 et 2016. Le seul pays dépassant encore 7 enfants par femme est le Niger, une exception. 

Et y a-t-il une spécificité des colonies françaises?
  
Oui, c'est dans les pays colonisés par la France, au passé pro-nataliste, que les taux de natalité sont les plus importants aujourd'hui. En Afrique de l'Est et Australe, colonisé essentiellement par les Anglais, les programmes de planification familiale ont été plus nombreux, plus efficaces et ont doté d'importants moyens. Il est également important de noter les différences entre les populations les plus privilégiées des villes qui ont majoritairement des petites familles de 3 enfants, contrairement aux régions rurales. 

Quelles sont les projections pour les prochaines années?  

La population africaine est estimée à 1,2 milliard de personnes en 2015, soit 16% de la population mondiale. Il reste le seul continent avec une fécondité si élevée. Et selon les projections moyennes de l'ONU, il y aura 4,4 milliards d'Africains en 2100, soit 39% de la population mondiale, et cela alors même que ces projections intègrent le fait que la fécondité des femmes africaines va diminuer à deux enfants en moyenne d'ici là.  

Pourquoi la natalité moyenne baisse partout dans le monde, mais pas en Afrique? 

Les raisons sont multiples: absence de politique de planification familiale forte, une dimension culturelle et un système de valeurs qui fait que dans ces pays dont l'organisation sociale est coutumièrement basée sur le lignage, avoir une grande famille est valorisé, mais aussi car ce continent regroupe la majorité des pays pauvres du monde.
  

Globalement, c'est le développement socio-économique qui favorise la baisse de la natalité. Car l'agriculture de subsistance, que l'on trouvait dans les pays européens il y a deux siècles et que l'on retrouve aujourd'hui en Afrique, nécessite d'avoir des enfants. Ils ne coûtent pas cher, et en l'absence de services éducatifs et sanitaires, leur coût est encore moins élevé. Mais au fur et à mesure que le développement socio-économique décolle, que les structures d'éducation et de santé se mettent alors en place, les familles doivent investir dans les enfants. Or, si l'on veut investir correctement dans chacun d'eux, il faut faire moins d'enfant. 

Tous les gouvernements africains, ou presque, sont donc convaincus que maîtriser sa natalité est important. Mais évoquer la natalité en même temps que les trafics et la menace terroriste, comme le fait Emmanuel Macron, n'est pas une bonne piste. Cela laisse penser que la démographie est une dimension fondamentale et centrale du développement économique, ce qui n'est pas le cas. 

Quel rôle joue donc la démographie dans le développement de l'Afrique? 

La fécondité est l'un des facteurs, mais pas son moteur. Les études actuelles montrent que la baisse de la fécondité peut accélérer la vitesse du développement économique et social, mais ce n'est pas son unique condition. La diminution de la natalité peut jouer uniquement si des investissements dans l'éducation sont réalisés en amont, que le marché de l'emploi est florissant, que la croissance économique est en route. 

Dans certaines régions, on a assisté à ce cercle vertueux, entre éducation, emploi et baisse de la natalité. C'est le cas en Asie du Sud-Est où 30% de la croissance économique a pu être directement imputée au fait que les familles aient eu moins d'enfant, ce que l'on a appelé le Dividende démographique. Mais en Amérique latine, au contraire, la baisse de la fécondité n'a pas entraîné le même gain en termes de développement parce que les autres facteurs n'étaient pas au rendez-vous. Le cercle vertueux ne s'est pas mis en place. 

Quels sont donc les autres facteurs de ce développement? 

L'éducation, la santé, la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption, le développement de l'industrie, de l'énergie, d'une agriculture moderne, de l'emploi... Dans les régions rurales de l'Afrique, on manque encore de routes, d'électricité. Ce sont des chantiers énormes et les bases mêmes d'un développement qui restent à poser. De plus, ce développement devra être durable et lutter contre les conséquences du changement climatique.

La démographie africaine est-elle finalement une chance ou un risque? 

Justement, on ne sait pas. La croissance exponentielle de la population va-t-elle mettre en péril les modestes avancées que connaissent certains pays? Impossible à dire. Le Burkina a par exemple vu sa population passer de 6 millions en 1975 à 18 millions en 2015, et elle atteindra 30 millions en 2030. Vu les lenteurs du développement, on a du mal à imaginer comment ce pays va pouvoir trouver une activité à tous ces jeunes, d'autant que son potentiel agricole est peu élevé. 

La situation démographique future du Niger, au bord du désert, avec encore 7 enfants par femme, fait également peur. Mais c'est déjà ce que disait Malthus il y a plus de deux siècles, confronté au boom de population qui a fait suite à la baisse de la mortalité en Europe, lorsque la fécondité n'avait pas encore diminué. Et l'histoire lui a donné tort. 


Le planning familial, angle mort de l’aide au développement de la France

Malgré le discours d’un engagement en faveur des droits des femmes, Paris investit peu dans la santé maternelle et infantile des pays à forte croissance démographique.

Une patiente se fait expliquer les différents types de contraception, à l'agence de la Croix-Rouge de Pikine de Dakar, au Sénégal.
La forte croissance démographique de l’Afrique reste l’un des freins à son développement : c’est ce qu’a voulu rappeler le président français, Emmanuel Macron, en marge du sommet du G20 à Hambourg, le 8 juillet, en répondant à une question d’un journaliste ivoirien sur l’aide consentie par les pays industrialisés « pour sauver l’Afrique ». « Quand des pays ont encore sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien. » Cette affirmation a aussitôt suscité la controverse et une avalanche de réactions sur les réseaux sociaux dans lesquelles le chef de l’Etat se fait étriller pour avoir osé donner son avis sur un sujet sur lequel, selon ses détracteurs, il n’aurait pas à s’exprimer.

 
Ce plaidoyer d’Emmanuel Macron en faveur d’une démographie maîtrisée est d’autant plus surprenant que la France est loin d’être à la pointe de l’aide au développement en faveur des politiques de planning familial et de santé maternelle et infantile.

En 2015, la France a investi 1,44 % de son aide au développement dévolue à l’Afrique dans les droits sexuels et reproductifs. Si, en chiffres absolus, cela représente 47 millions de dollars (40 millions d’euros), un montant relativement élevé, c’est un pourcentage faible. Sur les vingt-cinq membres du Comité d’aide au développement de l’OCDE qui ont financé des politiques de population en Afrique, la France arrive en 16e position.

Grands premiers, les Etats-Unis dépensent 29 % de leur aide au développement à destination de l’Afrique pour les droits sexuels et reproductifs. Les leaders européens sont les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Suède et l’Irlande, qui investissent autour de 5 %.

« On détourne toujours la conversation »

Paris n’a d’ailleurs envoyé aucun membre de son gouvernement au sommet Family Planning 2020 qui se tenait le 11 juillet à Londres. Ce partenariat mondial, lancé en 2012, a pour objectif de fournir une contraception moderne à 120 millions de femmes supplémentaires d’ici à 2020, principalement dans les pays en voie de développement, dont l’Afrique. Plusieurs ministres européens s’y sont rendus pour signifier leur soutien, moral et financier, dans l’autonomisation des femmes.
Deux fonctionnaires français étaient présents, mais ni déclaration officielle ni engagement financier n’étaient à l’ordre du jour. Et la discrétion de la France n’est pas passée inaperçue. Catherine Giboin, chargée de la santé sexuelle et reproductive pour Médecins du monde, déclare : « Ce que je trouve problématique, c’est que la stratégie de la France sur les droits et la santé sexuelle et reproductive est politiquement forte, mais l’engagement financier derrière est faible. »

Pour Neil Datta, secrétaire du Forum parlementaire européen sur la population et le développement (EPF), un réseau qui fait du plaidoyer en faveur du droit des femmes, déplore : « La France s’est plusieurs fois déclarée championne des droits des femmes, mais quelle que soit la couleur politique du gouvernement, l’aide apportée aux pays en voie de développement est très modeste. Quand j’essaie d’aborder ces questions en France, on détourne toujours la conversation sur les succès du pays, comme la lutte contre le sida et le changement climatique. » 

 
Bénédicte Jeannerod, directrice du bureau parisien de Human Rights Watch (HRW) regrette que le nouveau gouvernement n’ait pas adopté une position forte sur les droits sexuels et reproductifs. « Je ne sais pas si on peut faire un parallèle avec l’annonce de la baisse de l’aide publique au développement (APD), poursuit-elle, mais cela envoie deux mauvais signaux sur des sujets clés en peu de temps. »

En effet, lundi 10 juillet, Gérald Darmanin, ministre de l’action et des comptes publics, annonçait dans un entretien au Parisien que le budget de l’APD serait tronqué de 141 millions d’euros pour contribuer à la réduction du déficit français.
Alors que l’ONU préconise depuis les années 1970 que les pays investissent 0,7 % de leur revenu national brut dans les aides publiques au développement, la France n’était qu’à 0,38 % en 2016. Bien loin du Danemark, du Luxembourg, de la Norvège et de la Suède, qui avaient atteint et dépassé cet objectif dès les années 2000, et ont amorcé une vraie politique d’aide au développement à destination des femmes.


Cédéao: objectif de trois enfants maximum par femme d'ici 2030


Une rencontre des femmes de la CEDEAO au Niger, Niamey 18 mars, 2016, Photo Bagassi Koura.

Les parlementaires de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao, 15 pays), de la Mauritanie et du Tchad ont affirmé samedi vouloir limiter à trois le nombre d'enfants par femme afin de faire baisser de moitié, d'ici 2030, le taux de fécondité le plus élevé au monde.

Les parlementaires de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao, 15 pays), de la Mauritanie et du Tchad ont affirmé samedi vouloir limiter à trois le nombre d'enfants par femme afin de faire baisser de moitié, d'ici 2030, le taux de fécondité le plus élevé au monde.

"Les parlementaires de la Cédéao, de la Mauritanie et du Tchad ont convenu que, d'ici 2030, les parlements devaient inciter les gouvernements à mettre en place des politiques tendant à faire en sorte que chaque femme (...) ait au plus trois enfants pour maîtriser le boom démographique", a déclaré le président du Parlement burkinabè, Salifou Diallo, lors d'une rencontre régionale sur la démographie samedi à Ouagadougou.

Avec un taux de fécondité général de 5,6 enfants par femme, le plus élevé au monde, la population de l'espace Cédéao se situera, en 2050, autour d'un milliard d'habitants, dont la moitié sera constituée de jeunes, selon les Nations unies.

"Nous estimons que quand on a des taux de croissance économique des pays qui est de l'ordre de 5 à 6% avec un taux de fécondité située à 6 ou 7%, nous sommes dans une situation de démographie non maîtrisée et nous ne pouvons pas espérer de développement avec une telle situation", a martelé M. Diallo.

Selon lui, "il est urgent de contenir la poussée démographique dans l'espace Cédéao pour promouvoir un réel développement viable et durable".

Les parlementaires devraient, dans leurs Etats respectifs, adopter des stratégies afin de "faciliter un déclin rapide, volontaire, de la fécondité grâce à l'accès universel à la planification familiale, l'augmentation du niveau d'éducation des femmes et le renforcement des efforts pour améliorer la survie de l'enfant", a ajouté M. Diallo.

De son côté, le président du Parlement du Bénin, Adrien Houngbédji, a estimé que "c'est à (nous) qu'il appartient de définir l'équilibre optimal qu'il est indispensable de trouver entre la régulation des naissances et l'amélioration de la qualité de vie de la population active".

Il s'agira de faire "baisser de moitié" le taux de fécondité et d'"arrimer le taux de croissance démographique, trop fort, avec le taux de croissance économique trop modéré", a déclaré le président de la commission de la Cédéao, Marcel De Souza.

"La jeunesse représente les deux tiers de la population. Cette jeunesse, lorsqu'elle ne trouve pas de solutions, devient une bombe: elle traverse le désert ou la Méditerranée, meurt par milliers pour l'immigration clandestine", a-t-il ajouté.

Avec AFP