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mercredi 4 mars 2015

Rapport de France Stratégie: jeunes issus de l'immigration et chômage

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Les moins de 25 ans issus de familles africaines éprouvent plus de difficultés que les autres à faire des études et à décrocher un emploi stable, selon une étude de France Stratégie.


 Comment expliquer les difficultés d'insertion pour la « deuxième génération » de l'immigration ? France stratégie fait l'inventaire des obstacles qui bloquent aujourd'hui leurs parcours : le milieu social, les difficultés scolaires, mais aussi la relégation spatiale, et les discriminations.

Un « apartheid territorial, social, ethnique » se serait-il imposé en France ? Manuel Valls avait évoqué les banlieues en ces termes, le 20 janvier, au lendemain des attentats commis par les frères Kouachi et Amedy Coulibaly. Et pour lutter contre la « relégation péri-urbaine », le Premier ministre avait rapidement promis un « comité interministériel à la citoyenneté à l'égalité ». Celui-ci doit se réunir ce vendredi 6 mars, à Matignon. Et une contribution vient déjà d'être livrée par France stratégie, cet organisme de réflexion et de concertation placé auprès du Premier ministre. A vrai dire, sa note sur les « jeunes issus de l'immigration » ne confirme pas l'existence d'une politique de ségrégation raciale en France. Elle détaille, en revanche, tous les obstacles qui éloignent les enfants d'immigrés de l'insertion économique.

Des situations contrastées

Certes, au sein de la deuxième génération, les situations sont « très contrastées, notamment selon l'origine migratoire des parents », rappelle d'abord France stratégie. Les enfants d'Africains apparaissent en effet comme les moins bien insérés dans l'économie. A moins de 30 ans, leur taux de chômage est de 32 % - contre 16 % pour les descendants d'immigrés d'Europe, comme pour les autochtones, et 25 % pour les jeunes issus de l'immigration d'un autre continent. Les taux d'activité se distinguent également, chez les femmes : les descendantes d'immigrés, notamment maghrébins, « sont moins actives que les femmes sans ascendance migratoire directe ». En outre les jeunes issus de l'immigration, particulièrement d'Afrique noire ou du Maghreb, sont « plus exposés à la précarité dans l'emploi, souffrent de trajectoires heurtées et intègrent moins la fonction publique d'État. Ces difficultés se traduisent par un niveau de vie inférieur et par des situations de pauvreté plus fréquentes ».

Parents modestes

Mais comment expliquer de telles inégalités ? France stratégie énumère les obstacles qui se dressent, tout au long des parcours de ces jeunes descendants d'immigrés. A l'origine, leurs parents appartiennent à des « milieux sociaux plus modestes que l'ensemble de la population : les trois quarts des descendants de deux parents immigrés ont un père ouvrier ». Et concrètement en 2011, le niveau de vie médian des personnes arrivées d'Afrique était de 12 240 euros, contre 16 520 euros pour les immigrés d'Europe, et 20 310 euros pour les non immigrés.

Décrochage scolaire

Les obstacles se présentent également à l'école, rapporte France stratégie : « En raison d'un environnement souvent moins favorable à l'apprentissage de la langue, un long processus de décrochage silencieux s'engage pour de nombreux enfants issus de l'immigration, dès le plus jeune âge. » En 6eme, comme à 15 ans, leurs résultats sont moins bons ; finalement, 24 % des enfants d'immigrés sortent du système éducatif sans diplôme, contre 16 % pour les autres jeunes. Le taux est de 30 % pour les descendants d'Africains. 

Concentration spatiale

Il est vrai qu'en France, les jeunes issus de l'immigration sont fortement concentrés dans certains établissements ; et cela « a un impact négatif sur leurs performances ». Plus largement, les immigrés d'origine africaine et leurs enfants restent aussi « très concentrés dans certaines régions et, à l'intérieur de celles-ci, dans certaines communes souvent pauvres et à forte proportion d'immigrés », rappelle France stratégie. Ainsi en 2005 en Seine-Saint-Denis, 57 % des jeunes étaient issus de l'immigration. Or cette situation « freine l'accès à l'emploi de tous les habitants de ces zones ». Du reste, les descendants d'immigrés n'apparaissent « pas à cet égard spécifiquement pénalisés ».

Discriminations

Ces différents facteurs, pourtant, « ne peuvent expliquer à eux seuls les écarts mentionnés en termes d'insertion économique », prévient l'organisme de prospective. « Cet écart non expliqué renvoie à des facteurs non pris en compte dans les enquêtes, dont des phénomènes de discrimination. » Et pour accéder à l'emploi, particulièrement, ces rejets sont davantage observés par les descendants d'immigrés africains.

Face à tous ces obstacles, faut-il donc différencier les citoyens français « en fonction de leur ascendance migratoire » ? Si France stratégie appelle à mobiliser le droit commun, l'organisme estime néanmoins « urgent de réfléchir » à « des mesures particulières » pour tous ces jeunes. La réponse est désormais à Matignon.







lundi 17 décembre 2012

France: un marché du travail encore sous l'emprise du faciès


Source: http://www.libelyon.fr


Le constat ci-dessus paraît presque réducteur par à rapport à l'étendue véritable des blocages rencontrés par les personnes d'origine étrangère dans l'accès au travail en France. À bien des égards chaque étude faîte sur le sujet devient aussitôt obsolète, vue l'ampleur jamais mesurée du phénomène, et l'interdiction toujours en vigueur des statistiques dits ethniques.

Pourtant l'impression largement répandue au sein de l'opinion publique française, qu'il existerait comme une sorte de "prime à la nationalité française" dans l'accès au travail des personnes d'origine étrangère (notamment d'Afrique noire et du Maghreb), n'a jamais été aussi fausse qu'aujourd'hui. De même laisser croire que celles d'entre-elles qui finissent par trouver le fameux sésame (c'est-à-dire un emploi stable) seraient, ou moins diplômées, ou moins expérimentées (que leurs collègues français communément dits de souche) ne se vérifie pas forcément.

Bien au contraire...sur le terrain les données ne semblent pas aussi tranchées.

Souvent le français d’origine africaine au maghrébine, comme l'étranger détenteur d'un titre de séjour avec autorisation de travail, occupent des emplois ou des fonctions relativement en deçà de ses références académiques et de ses compétences réelles. L'accès à nationalité française n'apporte pas toujours de changement significatif dans les opportunités d'emploi, à l'exception notable de l'accès aux concours de la fonction publique désormais ouvert une fois la naturalisation notifiée.

Il n'empêche, la généralisation des clichés et des préjugés perdure. Elle a même tendance à s'accentuer pour ces populations, plus exposées que les autres à l'insécurité de l'emploi et à la précarité sociale. Beaucoup ont ainsi fini par considérer leurs diplômes universitaires et expériences professionnelles (acquis y compris au sein des pays membres de l'OCDE) comme de véritables freins à leur insertion professionnelle en France. La tendance assez répandue consiste à systématiquement «revoir à la baisse» les prétentions professionnelles, à ne jamais mentionner certains diplômes ou études supérieurs sur les CV, à postuler prioritairement pour des emplois d'ouvriers, d'employés en intérim, d'agent administratif ou de sécurité, voire d'aide à domicile... afin de se donner le plus de chances pour décrocher un emploi.

L'emprise du délit de faciès se répand insidieusement sous la forme d'une véritable ségrégation professionnelle; bien au-delà des chiffres officiels disponibles sur le chômage des français d'origine étrangère et des immigrés.

Joël Didier Engo