Le
contexte économique et social difficile,
mais aussi la hantise d'un déclassement social...pourraient bien
expliquer (en partie) le durcissement des critères de régularisations
des étrangers, contenu dans la nouvelle
circulaire Valls.
Fermez les bans!
Tout au plus comme
responsables associatifs,
serions-nous autorisés à formuler un souhait: que les nouveaux critères
de régularisation (traditionnellement annoncés plus fermes que les
précédents) se révèlent à l'usage plus stables et réellement objectifs;
s'appliquent enfin de façon homogène dans toutes les
préfectures et sous-préfectures de France. En effet l'empilement des
circulaires ministérielles (au gré des humeurs et des poussées de
xénophobie) n'a point contribuer à dépassionner le débat sur
l'immigration en France, ni à apaiser des esprits. Bien au contraire...
Une tradition d'accueil un peu chimérique
La singularité de chaque parcours dans la migration n'a jamais su convaincre du bien-fondé des
régularisations dites massives; pas plus d’ailleurs la théorie dite de «
l'appel d'air»
ne s'est avérée crédible et pertinente en pleine globalisation.
Pourtant offrir la clandestinité ou l'illégalité à vie comme unique
perspective aux étrangers (hommes, femmes, enfants...) séjournant dans
notre pays depuis des années, nous éloigne indéniablement de cette
grande tradition d'accueil qui faisait la fierté de la
Patrie des Droits de l'Homme.
Brusque retour à la dure réalité d'un monde intégré:
incontestablement! Mais dans lequel aussi, les Hommes continuent (parfois
malgré eux) de franchir les frontières (y compris clandestinement); de
transiter par la France, d'y séjourner, voire d'y résider. Nos critères
fermes ou souples de régularisation ne changent pas grand chose à cette
mobilité internationale là.
Peut-être parviendront-ils, au moins, à tempérer nos peurs!
L'impasse des "collectifs" d'occupation
C'est à croire que les marraines et parrains de tous les
collectifs d’occupation n'ont véritablement jamais été dans la position
du migrant à l'étranger. Car la première préoccupation consiste souvent
à se conformer aux règles en vigueur en matière de séjour ou de
résidence réguliers (y compris lorsque l'on est en droit de juger ces
règles très contraignantes).
Mais jamais dans mes différents pays d'accueil (USA, Australie, et
j'en passe) je me suis préoccupé de l’existence d'un "collectif pour
sans-papiers", en vue d'occuper je ne sais quel édifice public, ou de
manifester sur une grande avenue...Une telle démarche aurait été simplement
déplacée.
En ce sens celles et ceux qui mènent les étrangers dans cette impasse
en France me semblent aussi cruels et cyniques, que ceux qui
restreignent leurs possibilités réelles d'intégration sociale et
citoyenne.
En effet rares sont les pays démocratiques où la régularisation des étrangers
obéirait à une forme caractérisée de chantage et de
culpabilisation misérabiliste.
La solidarité avec les étrangers qui vivent en France consiste
d'abord de les accompagner dans le processus de régularisation dans le
cadre de la réglementation en vigueur; y compris lorsqu'elle nous semble
restrictive.
Enfermer les "sans-papiers" dans des "luttes" dites
"sociales", où ils servent de faire valoir à des positionnements
idéologiques, n'est pas assez digne du respect et de l'obligation de
vérité que nous leur devons.
Je vous remercie
Joël Didier Engo