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jeudi 31 octobre 2013

Insultes envers Taubira : «C’est un racisme pur et dur»

Christiane Taubira
Christiane Taubira, Ministre de la Justice Garde des Sceaux
Ce qu'il faut malheureusement préciser dans l'«interdit raciste» qui vient publiquement de sauter avec des injures envers la personne d'une Ministre de la République, que c'est la France (malgré notre histoire commune) qui est en réalité traversée par tous ces poncifs et préjugés racistes (notamment sur les noirs), quels que soient les milieux et les formations politiques...

Il serait malhonnête de prétendre que ces injures surgissent comme cela un beau jour à l'encontre d'une ministre emblématique de la diversité, parce que nous serions effectivement en crise économique et identitaire; et devrions faire face à une montée sans précédent des thèses d'extrême droite.

Je vous remercie

Joël Didier Engo

INTERVIEW
Par Sonya FAURE, Libération, 29 octobre 2013

L’historien Pascal Blanchard revient sur les attaques dont la ministre est victime.

Des cris de singe, des bananes brandies, des dessins de guenon. «Je n’ai rien à dire à des personnes qui profèrent de telles paroles, qui sont je le rappelle, un délit.» Hier encore, interpellée sur les insultes racistes qu’elle essuie régulièrement, Christiane Taubira a rappelé sa ligne : ne pas surréagir sur les attaques à sa personne, mais s’inquiéter des paroles racistes proférées avec une impunité de plus en plus grande. Pascal Blanchard est historien, il a notamment codirigé la France noire en 2011 et la France arabo-orientale, qui vient de sortir aux Editions La Découverte.
Christiane Taubira est la cible d’insultes racistes de plus en plus brutales. Pourquoi ?
L’erreur serait de penser que cette brutalité n’existait pas avant. En réalité ce qui était invisible est rendu visible, un interdit a sauté. Des mots qui étaient il y a peu de l’ordre du scandale ou de l’interdit surgissent sur la scène publique : lors de manifestations ou dans les reportages télévisés. Ce qu’on entendait jusqu’alors dans les stades de foot - des cris de singe à l’entrée des joueurs sur le terrain, des phrases comme «il y a trop de Noirs dans l’équipe de France» - est dit désormais tout à fait ouvertement contre une ministre.
Pourquoi ces personnes qui profèrent des injures racistes osent-elles ?
Elles ont l’impression que leur opinion est devenue la norme. Que la majorité des Français les soutiennent. Des intellectuels tiennent des propos islamophobes, des magazines font des unes du même acabit, pourquoi le citoyen lambda n’aurait pas le droit lui aussi de tenir de tels propos ? Les barrages ont sauté les uns après les autres depuis dix/quinze ans. Ceux qui profèrent des propos racistes à l’encontre de Christiane Taubira lui reprochent d’être illégitime à son poste, non pas pour des questions de compétence, mais au nom de sa «race», qui serait inférieure et ne pourrait participer à la société politique. C’est un racisme pur et dur, un racisme de peau, qui fait penser à l’Amérique des années 30 ou à la France coloniale. Pour les racistes, Christiane Taubira est devenue l’ennemie. Ça n’est malheureusement pas fini, elle va focaliser désormais cette violence.
Pourquoi ça va continuer ?
Elle cumule quatre points de fixation forts et indélébiles. C’est une femme : elle ne serait pas légitime à son poste. Elle vient de l’outre-mer : depuis quand ceux-là viennent dire à la métropole ce qu’elle doit faire ? Elle est noire : et elle ose représenter la Justice ? Enfin, elle a porté deux textes emblématiques : le premier, lorsqu’elle était députée, sur la mémoire de l’esclavage, symbole de la repentance pour les racistes et les néocolonialistes, le second sur le mariage pour tous. Elle est la démonstration parfaite - en tout cas c’est celle que faisaient Charles Maurras ou Maurice Barrès au début du XXe siècle - que si une personne noire entre dans le système, elle le détruit de l’intérieur. C’est bien pourquoi au temps des colonies, le système refuse le droit de vote aux colonisés. Ajoutons qu’elle a de l’argumentaire et de la conviction politique, qu'elle n’a besoin de personne pour se défendre : l’abattre politiquement, c’est abattre tous ceux qui voudraient suivre son exemple. C’est tuer un symbole.
Pensez-vous que la réaction politique, associative ou médiatique a été à la hauteur de la violence des attaques ?
Non. Il y a tant d’attaques en ce moment, qu’il faudrait passer son temps à y répondre… Les intellectuels, les hommes politiques ou les médias, n’arrivent plus à mobiliser. A une époque d’angoisse identitaire, de crise et de doutes face à notre politique migratoire, le premier réflexe est désormais souvent : «Ah non on ne va pas encore parler de ça…» Encore une fois, ce n’est pas parce que la loi Gayssot a interdit l’expression d’opinions racistes qu’elles n’existaient plus. L’interdit sur ces mots-là est levé moralement aujourd’hui, ces cris de singe et ces bananes sont devenus un langage, des codes qui sont parfaitement compris dans l’espace public, et les élites ne savent plus comment y répondre. Il va falloir éduquer et agir autrement et décoloniser ces imaginaires qui irriguent encore la société française.


 

Pétition Respect pour Christianne Taubira

vendredi 27 juillet 2012

France: la persistance du bon vieux tropisme colonial

Doit-on en être surpris?..."Fleur Pellerin, ministre car « belle femme issue de la diversité »

Une partie de l'auto-désignée "élite française", qui se considère de "souche"(droite et gauche confondues) en est encore réduite à ces vieux stéréotypes de l'empire colonial: un homme ou une femme, parce que "issu de la diversité", ne peut devoir sa promotion managériale ou ministérielle (fait encore rarissime en France) uniquement à sa couleur de peau ou à sa "beauté" (toute relative).

Et dire que ce sont les mêmes qui ne se privent jamais de donner des leçons d'égalité toute républicaine aux USA sur la question de la discrimination positive et des "quotas ethniques". Alors que dans les faits, la France accuse un retard au moins d'un demi-siècle sur les américains, en matière de promotion managériale et gouvernementale des minorités ethniques.

Chez nous dans notre «Douce France», prévaut encore une certaine division ethnique du travail, que personne au plus au haut niveau de l'État n'ose remettre en cause. Bien au contraire chacun la reproduit si bien à son échelle (de la Présidence de la République au Patronat), laissant finalement entendre aux observateurs non avisés que notre pays n'a jamais pu former dans ses universités et grandes écoles, des femmes et des hommes d'origine étrangère, capables de prétendre valablement aux cabinets et fonctions ministériels, ou à la direction des grandes entreprises françaises.

Dur dur d'en finir avec un tropisme colonial!

Lire également: "Pour Royal, Belkacem a réussi grâce à ses origines", Par lefigaro.fr le 27/07/2012
Décidément une certaine classe politique française (de gauche comme de droite) s'avère encore incapable de poser un regard strictement humain et républicain sur les français issus de la diversité; y compris lorsqu'elle "vante la réussite" de celles et ceux qui ont le privilège (républicain?) d'être ses "protégé(e)s".
C'est simplement pitoyable!