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mercredi 2 novembre 2022

Coupe du monde 2022 au Qatar: l’exigence d’indemnisation des travailleurs étrangers et leurs familles est Humaine!

 Personne de raisonnable ne pense qu'on puisse ou doive annuler cet événement mondial 08 ans après son lancement…

 

  

Par contre nous essayons inlassablement d'attirer l'attention des autorités Qataris et du Football mondial sur les milliers de travailleurs étrangers qui y ont perdu la vie sans aucune indemnisation des familles (6 500 morts selon une enquête du quotidien britannique The Guardian publiée en 2021) et les conditions de vie inhumaines de tous ces autres étrangers affectés au bon déroulement du mondial.

 



 
Il s'agit d’une exigence minimale d’humanité, qui ne peut être décemment assimilée à du racisme.
 

 
Association NOUS PAS BOUGER

jeudi 25 mai 2017

Reportage, Médiapart: Au Niger et au Mali, avec les migrants de retour de Libye

Plusieurs dizaines de migrants sont tombés d’une embarcation surchargée en route vers l’Europe, Mercredi 24 mai au large de la Libye
Des gilets de sauvetage sont distribués aux migrants secourus.
Par Andrea De Georgio (texte) et Sara Prestianni (photos)
L'envoi de fonds européens aux pays d'Afrique subsaharienne a pour effet d'accroître le nombre de migrants retournant dans leur pays d'origine. Mais les départs ne se tarissent pas pour autant : sous l'effet du renforcement des contrôles, les exilés empruntent des routes plus dangereuses. Reportage à Niamey et Agadez au Niger, ainsi qu'à Bamako au Mali.



  • Niamey, Agadez (Niger), Bamako (Mali), envoyés spéciaux.-  Depuis quelques mois, au Niger et au Mali, les routes et les histoires des migrants sont en train de changer. Principales étapes de voyage des Africains subsahariens remontant vers la Libye, parfois pour rejoindre l'Europe, ces pays sont désormais traversés en sens inverse. Après l'arrivée des premières subventions européennes du Fonds fiduciaire pour l’Afrique, créé lors du sommet euro-africain de La Valette, en novembre 2015, les politiques migratoires de ces États se sont adaptées aux exigences de l'Union européenne pour arrêter, ou du moins contenir, le flux « de la Méditerranée centrale ».

    Contrairement aux années précédentes, dans les gares routières des compagnies de bus Sonef et Rimbo de Niamey, au Niger, les migrants se cachent des regards des curieux, les dortoirs sont fermés par des grilles et les gardes sont nerveux. Pour rencontrer des “étrangers”, il faut se rendre aux guichets des départs internationaux vers Bamako (au Mali), Dakar (au Sénégal) ou Abidjan (en Côte d'Ivoire), et non plus vers les comptoirs nationaux en direction d'Agadez et d'Arlit, autres étapes migratoires dans le nord du Niger.

    Dans le centre de transit géré par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) à Agadez, en mars 2017. © Sara Prestianni  
    Dans le centre de transit géré par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) à Agadez, en mars 2017. © Sara Prestianni
     
    « Personne ne pense plus à atteindre l’Italie d’ici. Nous n’avons plus d'argent. Personne n'a assez d’argent pour aller en Europe ! Et par conséquent, beaucoup d'entre nous décident de rentrer chez eux, mais ne savent pas comment faire », affirme Alfred. Ce jeune ingénieur civil de Gambie, un pays d’où il s’est enfui après avoir cherché en vain du travail pendant plusieurs années. Expulsé de Libye, à la frontière du Niger, il est arrivé en ville depuis trois jours et dort dans la gare Rimbo. « Dans le dortoir, nous sommes une cinquantaine d’hommes et de femmes. Surtout des gens de Gambie, du Mali, du Sénégal, du Liberia et du Nigeria. Nous avons entendu à la radio que le gouvernement allemand donnait de l'argent à plusieurs pays de la région pour aider les migrants à rentrer chez eux, mais ici nous ne voyons rien. Depuis que nous sommes ici, nous n'avons pas eu un seul euro ! On doit compter seulement sur nos propres forces pour rentrer à la maison », observe-t-il.

    Alfred marche toute la journée sous le soleil brûlant de Niamey, accompagné par un compatriote, à la recherche d'aide, d'assistance, d’un travail qui n'existe pas ici, même pour les Nigériens. Nous les rencontrons, les yeux hagards et le ventre noué par des crampes d'estomac, dans une décharge à ciel ouvert d’un marché de légumes bondé du centre, à quelques pas de la cathédrale de la ville. Devant un plat fumant de riz, de viande et de frites, Alfred retrouve un instant le sourire. « Je suis très heureux de vous raconter mon histoire », dit-il.

    Contrairement au “classique” témoignage des migrants, l'enfer que décrit cet homme n'est pas le chemin vers la Libye, mais le retour. « Partir était facile, mais le retour était horrible. Le gouvernement du Niger est le pire de tous. Depuis que je suis parti de Gambie, sur la route de la Libye, je n'avais jamais vécu une situation pareille », affirme-t-il. Ce qu’Alfred a du mal à dire, c'est que, après avoir été arrêté sur un bateau à peine parti d’une plage libyenne vers Lampedusa, en Italie, il a été expulsé vers la frontière du Niger. Dès son entrée dans le pays, des forces de sécurité nigériennes lui ont extorqué tout ce qu'il possédait, soit environ 1 500 euros.

    Des femmes aussi bien que des hommes sont « hébergés » dans ce centre de transit, en attendant de retourner dans leur pays d'origine. © Sara Prestianni  
    Des femmes aussi bien que des hommes sont « hébergés » dans ce centre de transit, en attendant de retourner dans leur pays d'origine. © Sara Prestianni
     
    « Nous étions un groupe de 100 à 150 personnes, les Libyens nous ont remis aux autorités frontalières nigériennes. En Libye, quelqu'un m'a parlé d'une organisation d’Agadez qui aidait les migrants à rentrer chez eux. Mais les militaires qui nous ont laissés en ville ne nous ont pas permis d'aller à l'OIM [l'Organisation internationale pour les migrations, supposée venir en aide aux migrants – ndlr]. Ils nous ont gardés dans le centre, dans le poste de police du premier arrondissement. Ils nous ont donné de la nourriture et de l’eau. On a dû pleurer pour avoir de l'eau. On nous a dit qu'il n'y avait pas d'organisation internationale qui s’occupait des migrants et que nous devions payer notre billet de retour pour Niamey. »

    Sur la route de Niamey, à un millier de kilomètres au sud-ouest d'Agadez, le bus d’Alfred a été arrêté à une trentaine de postes de contrôle où, systématiquement, les migrants ont dû payer pour continuer. Un voyage exténuant qui a causé à Marie, l'épouse d'Alfred, une infection à l’œil. L’idée de partir était la sienne. Elle a mis beaucoup de temps à le convaincre de laisser leurs deux jeunes enfants en Gambie. « Ils s’appellent Jackie et Patience… Ils doivent être patients et attendre notre retour », dit-elle dans un murmure.

    Membre de l'association Alternative espaces citoyens (AEC), dont la mission est de promouvoir l'égalité des droits, Boukar Hassan est convaincu que les dirigeants locaux manipulent la question migratoire dans l'unique but de s'enrichir. « Les réponses de l’Europe ne vont pas au-delà de la répression et appellent les pays africains à faire de même. Mais nos pays n’ont pas les moyens de bloquer les entrées et les sorties des migrants. En tout cas, selon nous, ces politiques ne pourront pas interdire le droit à l’émigration au profit de programmes de soi-disant “développement”. » Quand il fait référence à la répression voulue par l’Europe et mise en œuvre par le Niger, Boukar se réfère en particulier à la situation actuelle d'Agadez, « qui porte atteinte à la liberté de circulation des personnes ».

    « En 2017, pour la première fois, les retours ont été plus nombreux que les allers »

    Depuis son application, à partir de septembre, un décret de mai 2015 visant à lutter contre la traite des êtres humains, salué par l'Europe comme une percée dans la lutte contre la migration irrégulière, est en effet en train de changer le visage d'Agadez, une ville jusqu’alors appelée la « porte du désert » par les voyageurs subsahariens. Cette étape cruciale dans le flux migratoire subsaharien vers l'Europe est en train de se fermer en raison de la criminalisation des passeurs et de la militarisation de la région.

    Selon les autorités locales et les associations comme l’AEC, ce changement a non seulement un impact socio-économique mais risque de fragiliser davantage la situation, déjà critique, des migrants. « L'incertitude d’un passage en toute sécurité, comme autrefois, conduit nombre d'entre eux à renoncer à leur voyage. Aujourd'hui, beaucoup perçoivent qu'Agadez fait office de barrière », affirme Azaoua Mahaman. Ce Nigérien d’Agadez travaille pour l'OIM. Il cite les chiffres du centre de transit que gère l'organisation internationale, situé en dehors de la ville : une moyenne d'environ 30 nouveaux migrants par jour, avec une forte augmentation des rapatriements volontaires pris en charge par l'OIM, soit 1 721 en 2015, 5 089 en 2016 et déjà 373 au cours des deux premiers mois de 2017. Toujours selon ses informations, les principaux pays de retour sont le Sénégal, le Mali, le Cameroun, la Gambie, la Guinée-Conakry et la Guinée-Bissau.

    En exil depuis si longtemps, certains migrants ne savent plus depuis combien de temps ils sont partis ni par où ils sont passés. © Sara Prestianni  
    En exil depuis si longtemps, certains migrants ne savent plus depuis combien de temps ils sont partis ni par où ils sont passés. © Sara Prestianni
     
    Le chef de mission de l'OIM au Niger, Giuseppe Lo Prete, est au courant des changements qui ont lieu dans la région : « Les risques augmentent, les coûts augmentent. Le passage coûte beaucoup plus cher maintenant car les forces de sécurité nigériennes confisquent les véhicules. De toute évidence, en fin de compte, ce sont toujours les migrants qui payent. Même si on vous ramène d’Agadez, comme cela est arrivé à des milliers de personnes, les migrants ne sont pas remboursés, comme dans une agence de voyages : c’est la raison pour laquelle beaucoup restent coincés à Agadez », dit-il.

    Pour faire face à cette situation d'urgence et faciliter le retour des migrants dans leur pays, le Fonds fiduciaire pour l'Afrique a financé l’OIM-Niger, en le dotant de 22 millions d'euros pour la réception et le rapatriement des migrants. En particulier pour la gestion du centre de transit d’Agadez, qui peut accueillir jusqu'à 1 000 personnes. « Nous sommes en train de négocier avec le Fonds fiduciaire un projet d’un montant de 100 millions d'euros pour le Niger et les 13 pays d'origine des migrants », poursuit-il.

    Dans la salle de réunion du nouveau siège de l'OIM à Niamey, Giuseppe Lo Prete illustre la situation à l'aide de statistiques : « En 2016, plus de 300 000 personnes sont allées vers l’Algérie et la Libye, mais en majorité vers cette dernière. 100 000 personnes, en 2016, sont revenues en arrière. Il y a un flux continu dans les deux sens. En janvier 2017, pour la première fois, selon les données recueillies dans nos centres de passage, les retours ont été plus nombreux que les allers : 6 000 personnes sont parties, tandis que 8 000 autres sont revenues. Mais cela ne veut pas dire que le nombre des personnes en transit au Niger vers l’Algérie et la Libye soit en baisse. »

    « En effet, pour les migrants, lorsqu’une route se ferme, dix autres s’ouvrent. Et le Sahara ne manque pas de pistes peu fréquentées. » La version officielle de l’OIM, qui note avec satisfaction la réduction des “candidats à la migration” et l'augmentation importante des rapatriements “volontaires” (affirmation très discutée dans le débat régional), est contestée par les associations de la société civile, tant au Mali qu’au Niger.

    Selon l'OIM, les retours au pays sont désormais plus nombreux que les départs. Mais les statistiques officielles ne prennent pas en compte les nouvelles routes qui s'ouvrent et qui échappent aux radars des autorités. © Sara Prestianni  
    Selon l'OIM, les retours au pays sont désormais plus nombreux que les départs. Mais les statistiques officielles ne prennent pas en compte les nouvelles routes qui s'ouvrent et qui échappent aux radars des autorités. © Sara Prestianni
     
    Boukar Hassan précise la position de l'AEC sur cette question : « Au cours des derniers mois, les données présentées par l'OIM mettent en évidence une réduction significative des migrants passant par la ville d'Agadez, mais non une diminution des arrivées en Libye. » Et de citer le retour de la “bonne vieille route” de Gao, un temps abandonnée en raison de la guerre dans le nord du Mali, et l'avènement de nouvelles étapes dans le vaste désert de l'Aïr (région d'Agadez) et du Ténéré (Bilma et Dirkou).
    Boukar soutient qu’aujourd'hui, les migrants d’Agadez, pour échapper aux contrôles, se cachent dans des “ghettos mobiles” situés à la périphérie de la ville, dans un périmètre de 40 à 50 kilomètres. Ces exilés rejoignent à pied les passeurs et leurs véhicules, qui utilisent des pistes moins repérées, dont certaines traversent des zones minées mal signalées et où l'accès aux points d’eau et de repos est plus compliqué. Qui dit risque accru, dit renchérissement du coût du voyage. Les statistiques sur le nombre de personnes ayant perdu la vie dans le Sahara manquent. Loin de la Méditerranée, ces morts silencieux ne font pas les gros titres des journaux, avalés par le sable du désert qui tuerait plus que la mer.

    Selon une étude demandée par l'AEC à Ibrahim Diallo, journaliste indépendant d'Agadez, après l'application du décret de mai 2015, au moins trois incidents majeurs auraient eu lieu, entraînant le décès de dizaines de personnes dans le nord du Niger.

    « Après avoir vu tant de corps sans vie autour de moi, je me suis levé et me suis mis à marcher »

    « Bamako, Gao, Niamey, Agadez… », « Agadez, Niamey, Gao, Bamako » De retour dans la capitale du Mali, Andy énonce à voix haute les étapes de son voyage. Ce Libérien de 25 ans ne sait plus depuis combien de temps il est parti de chez lui ; il ne sait pas non plus précisément par où il est passé. Sur la carte accrochée au mur, son doigt va d'avant en arrière entre le Liberia, le Mali, le Niger, la Libye, l'Algérie… Son esprit est ailleurs. « Des bandits armés, aux visages couverts de turbans, ont attaqué notre convoi, ils nous ont séquestrés dans une prison dans le désert. Ils ont été certainement informés de notre arrivée par les passeurs. Ce sont eux qui nous ont vendus. Les personnes qui comme moi n'avaient pas d'argent ni de parents à appeler pour payer la rançon devaient travailler comme esclaves. Ils nous ont laissés mourir lentement. Un jour, ils nous ont emmenés dans le désert et abandonnés. Après avoir vu tant de corps sans vie autour de moi, je me suis levé et me suis mis à marcher pendant trois jours et trois nuits dans le désert, sans eau, jusqu'à Gao. Là, j’ai mendié et trouvé assez d'argent pour prendre un bus pour aller à Bamako », raconte-t-il.

    Revenir au pays est vécu comme un échec par la plupart des migrants. © Sara Prestianni 
    Revenir au pays est vécu comme un échec par la plupart des migrants. © Sara Prestianni
     
    Tout ce qu’Andy désire maintenant, à l'instar de tous les jeunes qui comme lui ont « échoué l’aventure », est de rentrer à la maison. Dépouillé de tous ses biens, émacié, fatigué et déçu, ce jeune est conscient que son retour sera considéré par sa famille et son village comme une honte, mais il n'a pas le choix.

    Président de l'Association des Maliens expulsés (AME), Ousman Diarra, un ancien migrant expulsé, comme tous les membres de l'association, est dubitatif sur les effets des financements européens. « Ces fonds n’attaquent pas les véritables racines socio-économiques du problème, estime-t-il. Une grande partie de l'argent sera utilisée pour renforcer la fermeture des frontières, pour l'équipement en passeports biométriques et pour contrôler les voyageurs selon une approche purement sécuritaire. » « Tant qu'il y aura du sous-développement en Afrique, la population continuera à partir », prévient-il. Il ne manque pas de recul puisque voilà plus de deux décennies que l'association existe, observant sur ses compatriotes les conséquences de politiques décidées à Bruxelles avant d'être relayées par les autorités locales.

     Vidéo à 360° dans le centre de transit de l'OIM à Agadez au Niger en mars 2017.
     

    dimanche 12 juin 2016

    Le droit à la santé des étrangers prend l'eau de toutes parts

    media 
    Pour dénoncer les expulsions d'étrangers gravement malades, des militants associatifs se sont allongés devant l'Assemblée nationale, le corps recouvert d'un drap. Paris, le 16 juin 2015. AFP PHOTO / JEFF PACHOUD

    Par Caroline Coq-Chodorge, Médiapart 12 juin 2016
     
    Une réforme de la Sécurité sociale qui oublie les étrangers, des titres de séjour pour soins qui leur sont plus souvent refusés : par petites touches et sur plusieurs fronts, le droit à la santé des étrangers est fragilisé. Depuis cinq ans, les associations constatent une prise en main du sujet par le ministère de l’intérieur. Et, à l’approche de la présidentielle, il est d’ores et déjà instrumentalisé par la droite.

    Une réforme de la Sécurité sociale qui oublie les étrangers, des titres de séjour pour soins qui leur sont plus souvent refusés : par petites touches et sur plusieurs fronts, le droit à la santé des étrangers est fragilisé. Dans son récent rapport sur les droits fondamentaux des étrangers en France, le Défenseur des droits rappelait quelques évidences. Le droit universel à la protection de la santé est certes « consacré tant par le droit international que par le droit interne », mais il est souvent « entravé » pour les étrangers, surtout lorsqu’ils sont en situation irrégulière. « Le besoin de soins est une cause tout à fait marginale d’immigration », dit encore le Défenseur des droits. Et toute politique visant à limiter l’accès aux soins des étrangers est en réalité plus « coûteuse, car la prise en charge est plus lourde si un malade doit attendre que son état de santé se dégrade ». Ce rappel est de circonstance, au moment où les associations voient s’accumuler les sujets d’inquiétude.
    • Puma : les étrangers privés de leurs droits à l’assurance maladie ?
    Personne ne devrait se plaindre de la protection universelle maladie (Puma). Elle vise à donner enfin corps à la couverture maladie universelle, créée en 1999. Finie la CMU, place à la Puma : l’assurance maladie devient réellement une prestation universelle, garantie à tous ceux qui « résident en France de manière stable et régulière ». Finies surtout les « ruptures de droit », ces dysfonctionnements administratifs qui surviennent lors du passage d’une caisse de sécurité sociale à une autre : lorsqu’un étudiant quitte le régime de ses parents pour rejoindre le régime étudiant, lorsqu’un salarié lance son entreprise et rejoint le régime social des indépendants (RSI), lorsqu’un salarié agricole au chômage doit quitter le régime des agriculteurs (RSA) pour avoir droit à la CMU au sein du régime d’assurance maladie des salariés (Cnamts), etc. Au cours de ces changements de régime, les assurés perdent l’accès à leur carte vitale, doivent avancer leurs frais de santé et attendre, parfois plusieurs semaines, leur régularisation pour être remboursés. Cette importante réforme doit au bout du compte « simplifier les démarches pour les assurés » et ainsi « garantir la continuité des droits », indique la loi de financement de la sécurité sociale pour 2016, qui la met en œuvre.

    Seulement, l’administration de la sécurité sociale a commis une « faute énorme », selon Didier Maille, responsable du service social et juridique du comité pour la santé des exilés (Comede). Deux cents articles du code de la sécurité sociale ont été modifiés ou supprimés, sans que personne semble avoir anticipé que de nombreux étrangers y perdraient leurs droits à l’assurance maladie. En effet, le dispositif qui assurait un maintien des droits automatique pendant un an a été supprimé : il a été jugé inutile puisque les droits sont désormais garantis. « Seulement, ils ont oublié qu’il y a une autre façon de perdre ses droits : lorsqu’un titre de séjour expire, explique Didier Maille. Ils ont ainsi saboté la base légale justifiant les droits à l’assurance maladie de 700 000 personnes en situation régulière, mais aux titres de séjour précaires. » Sur 3,8 millions d’étrangers en France, 700 000 ont en effet un titre de séjour inférieur ou égal à un an.

    Didier Maille donne l’exemple d’un Érythréen demandeur d’asile. Aujourd’hui, le dépôt à la préfecture de sa demande lui ouvre des droits à l’assurance maladie, pour un an minimum, même s’il reste dans une situation d’attente. Les associations craignent que les droits de cet Érythréen ne soient limités à la durée de son titre de séjour. La situation virerait alors à l’enfer administratif. Car pour les demandeurs d’asile, les titres de séjour sont de courte durée – 1 mois, 3 mois ou 9 mois – entrecoupés de périodes où leurs demandes de renouvellement sont en cours d’examen. L’assurance maladie met de son côté trois mois en moyenne pour ouvrir des droits à l’assurance maladie. « Dans le climat actuel, il n’y a aucune raison pour que l’assurance maladie ouvre des droits à une personne dont le titre a expiré, même si elle a déposé une demande de renouvellement », note Didier Maille. Autrement dit par Lise Faron, responsable de la commission migrants de la Cimade : « On craint que les ouvertures de droits n’arrivent jamais. » 



    Les droits à la santé des étrangers qui travaillent en France sont aussi fragilisés, en raison d’une cascade de décisions défavorables. Depuis la loi du 7 mars 2016 relative aux droits des étrangers, les titres de séjour des personnes en CDD expirent en même temps que leur contrat de travail. Si la réforme Puma entre en vigueur en l’état, leurs droits à l’assurance maladie s’éteindront eux aussi.

    Le ministère de la santé assure que « la réforme Puma est à droit constant, il n’y a aucun recul ». Il admet « avoir mal anticipé les conséquences pour les étrangers » et assure « travailler avec les associations » pour restaurer les droits actuels des étrangers. Mais après six mois de discussions, celles-ci ne sont pas satisfaites par les projets de décrets en cours d’écriture : « Ils cherchent à rattraper l’erreur commise, d’une manière très complexe et inapplicable. Nous demandons que des droits à l’assurance maladie soient ouverts pour une durée clairement indiquée – nous proposons un an – et qu’ils ne puissent pas être remis en cause », détaille le juriste du Comede. Pour l’Observatoire du droit à la santé des étrangers (ODSE), un tel dispositif aurait plusieurs avantages : « sécuriser les droits des personnes » ; « stopper les droits en cas de séjour irrégulier durable » et « diminuer le travail des caisses » d’assurance maladie.

    Se pose aussi la question du type de titres qui ouvrent des droits à l’assurance maladie. Aujourd’hui s’applique une circulaire très large : il suffit d’une convocation à la préfecture, qui atteste de l’engagement d’une procédure. Un décret en cours d’écriture va établir une nouvelle liste de titres et les associations craignent qu’elle ne soit plus « restrictive », selon Lise Faron, de la Cimade.
    • Un «droit à la santé des étrangers » des étrangers malades par les médecins ?
    C’est un scandale à double détente. Le 10 mai, l’AP-HP annonce la suspension de l’hépatologue Yves Benhamou : il aurait demandé à un étranger en situation irrégulière de l’argent en espèces pour établir un certificat médical permettant d’enclencher une procédure de régularisation pour raisons de santé. L’AP-HP évoque même un « système » impliquant un « intermédiaire » et d’autres étrangers. Puis le 16 mai, dans Le Parisien, la Cimade accuse un grand nombre de médecins de « pratiquer un “racket” auprès des migrants ». L’association a depuis modéré ses propos, légèrement embarrassée par l’ampleur de la polémique, mais surtout ravie de ses conséquences : le ministère a organisé en urgence une réunion sur le sujet avec l’ordre des médecins, et promet de résoudre rapidement un problème dénoncé en vain depuis de nombreuses années.

    De l’avis général, c’est plutôt le dispositif, mal connu et mal conçu, qui pose problème. Pour déposer une demande de titre de séjour pour soins, un étranger malade doit obtenir un rapport médical d’un praticien hospitalier ou d’un médecin libéral agréé par la préfecture. « Ces médecins ne sont généralement pas les médecins traitants de ces malades, explique Lise Faron de la Cimade. Ils n’ont parfois que peu d’informations, ils doivent les réunir, écrire un rapport circonstancié, cela prend du temps. Ces médecins libéraux sont aussi agréés pour rédiger des certificats médicaux pour les permis de conduire ou des expertises judiciaires et, par méconnaissance, ils appliquent la même tarification, un forfait non remboursé par la sécurité sociale. En Seine-Saint-Denis, ces médecins se sont même mis d’accord avec l’Agence régionale de santé pour facturer 92 euros aux étrangers, alors qu’ils devraient revoir ses personnes plusieurs fois, et leur facturer jusqu’à trois consultations prises en charge par l’assurance maladie. » André Deseur, de l’ordre des médecins, partage l’analyse des associations et souhaite lui aussi que « l’information des médecins s’améliore et que le dispositif évolue ».
    • Des étrangers malades expulsés
    « En février dernier, monsieur F. a été expulsé vers le Bangladesh. Pourtant, il ne pourra pas y bénéficier de la prise en charge médicale que nécessite son état. »
    L’ODSE recense ainsi, sur un site internet et sur Twitter, toutes les expulsions d’étrangers malades qui ont pourtant obtenu un avis médical favorable par le médecin de l’Agence régionale de santé. Leur état de santé a été jugé particulièrement grave, et le médecin a estimé qu’ils ne pourraient pas être soignés correctement dans leur pays d’origine. « Avant 2012, les préfectures suivaient systématiquement l’avis du médecin de l’ARS. Ce n’est plus le cas aujourd’hui pour de nombreuses personnes que nous suivons », constate Lise Faron, de la Cimade. Pour l’ODSE, « aucun gouvernement jusqu’ici n’avait enfermé ou expulsé autant d’étrangers malades ». 

    Plus grave encore, l’ODSE constate que des préfectures cherchent à obtenir des informations médicales sur les demandeurs de titres de séjour pour soins, violant ainsi le secret médical. Les préfets peuvent ainsi contredire l’avis du médecin de l’ARS et justifier l’expulsion par l’accès aux traitements dans les pays d’origine. « Certaines préfectures établissent une liste de pays sûrs d’un point de vue sanitaire : on y trouve le Kosovo, l’Albanie, la République démocratique du Congo, le Cameroun, l’Algérie », énumère Lise Faron. Par exemple, en mars 2016, une femme congolaise s’est vu refuser par la préfecture du Rhône un titre de séjour pour soins, malgré l’avis positif du médecin de l’ARS, pour ce motif : « le sérieux et la capacité des institutions congolaises qui sont à même de traiter la majorité des maladies courantes ».
    Extrait d’un refus de titre de séjour pour soins par la préfecture du Rhône, mars 2016  
    Extrait d’un refus de titre de séjour pour soins par la préfecture du Rhône, mars 2016
    « Les préfets jouent au docteur, constate Lise Faron. Et le ministère de la santé n’est plus d’aucun recours. Depuis 2012, nos saisines ne donnent plus rien. Pour nous, le ministère de la santé est démissionnaire sur le sujet. » Interrogé, le ministère se défend mollement en rappelant que « les médecins de l’ARS donnent un simple avis, ce sont les préfectures qui sont décisionnaires ».
    • Une prise en main par le ministère de l’intérieur ?
    Pour les titres de séjour pour soins, elle est manifeste : la loi du 7 mars 2016 relative aux droits des étrangers prévoit que l’avis médical ne soit plus délivré par le médecin-conseil de l’ARS, qui dépend du ministère de la santé, mais par celui de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), qui dépend de l’Intérieur.
    En ce qui concerne la réforme Puma, et ses conséquences pour les étrangers, ce qui était perçu au départ comme une « boulette », avouée, de l’administration, prend désormais corps aux yeux des associations : « Cela fait six mois que nous discutons et nous n’y arrivons pas. La direction de la sécurité sociale a mis beaucoup de temps à comprendre l’ampleur de la catastrophe. Est-ce une ignorance réelle ou feinte ? », s’interroge André Math, chercheur à l’Institut de recherches économiques et sociales et expert sur la protection sociale pour le Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti).

    Car la réforme Puma, en l’état, pourrait faire basculer les 700 000 étrangers aux titres de séjour précaires vers l’Aide médicale d’État (AME), qui couvre déjà 300 000 personnes. Ce dispositif d’assistance est normalement dédié aux personnes en situation irrégulière, à partir de trois mois de présence sur le territoire français. Il offre une couverture maladie réduite : ses bénéficiaires n’ont pas de carte vitale, leurs soins de prévention dentaires ne sont pas couverts, etc. L’AME est surtout une obsession politique pour la droite, qui la juge trop généreuse et trop coûteuse. Les principaux candidats à la primaire Les Républicains ont d’ores et déjà pris position sur le sujet : Nicolas Sarkozy, François Fillon et Bruno Le Maire veulent la supprimer ; Alain Juppé, la limiter aux cas d’urgence. En l’état, la réforme Puma va mécaniquement faire exploser le coût de l’AME, ce qui va donner de nouveaux arguments à ses détracteurs. Pour Didier Maille, du Comede, c’est « politiquement, humainement et sanitairement très dangereux ».
     Caroline Coq-Chodorge, Médiapart

    jeudi 18 juin 2015

    Le désert nigérien, l'autre tombeau des migrants africains


    Par Isabelle HANNE Libération 18 juin 2015

    DÉCRYPTAGE

    Les restes de près de 50 migrants ont été retrouvés ces derniers jours dans le Sahara qui «pourrait bien être aussi meurtrier que la mer Méditerranée» selon un expert.

    Le Niger vient de faire deux découvertes macabres dans son désert. Vendredi, une patrouille militaire a trouvé par hasard un premier convoi, près d’Arlit. Les corps de 18 migrants s’y trouvaient, probablement morts au cours de la semaine précédente, après l’accident du camion qui les transportait, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Même scénario lundi, près de Dirkou, au nord-est du Niger. Cette fois, ce sont les restes de 30 migrants qui ont été retrouvés. Leur état de décomposition indique qu’ils sont morts depuis plusieurs mois.

    Qui sont ces migrants?

    Selon les papiers d’identité retrouvés sur les corps du premier convoi, les migrants venaient du Mali, de Côte d’Ivoire, du Liberia, de Centrafrique, du Burkina Faso et du Sénégal. «Seule une personne n’a, pour l’instant, pas été identifiée», précise Paloma Casaseca, de l’OIM au Niger. Ils étaient en route vers l’Algérie. Les morts de l’autre convoi n’ont pas encore pu être identifiés par les autorités du Niger. Selon la presse locale, ils viendraient essentiellement du Burkina Faso et du Sénégal. Ceux-là se rendaient vraisemblablement en Libye.
    L’OIM a tenté de reconstituer le sort des 18 migrants du premier convoi. «A priori, ils ont eu un accident de camion, avance Paloma Casaseca. Le véhicule a fait une sortie de route, s’est ensablé. Les migrants, perdus en plein désert, à 100 kilomètres à pied de la première ville et sans moyens de communication, n’ont pu appeler à l’aide. Ils sont probablement morts de déshydratation.» L’OIM et les autorités du Niger ne disposent pas pour l’instant d’assez d’informations pour l’autre convoi.

    Pourquoi passent-ils par le Niger?

    Deux axes principaux sont assez clairement identifiés : l’un qui va de Niamey à Agadez, puis à Arlit, pour aller vers l’Algérie. L’autre, de Niamey à Agadez, puis au nord-est, vers la Libye. Ces routes ne sont pas nouvelles, mais ces morts récentes conduisent les organisations internationales à attirer l’attention sur le danger de cette traversée en terre ferme.

    Et le flux semble avoir augmenté ces derniers mois. «Le Niger, du fait de sa position géostratégique, la porosité de ses frontières et la difficulté de contrôler l’ensemble de ce vaste territoire, a toujours été un pays d’origine, de transit et de destination des migrants, constate Paloma Casaseca. Mais ces dernières années, l’instabilité des pays environnants (Mali, Algérie, Nigeria) a condamné certaines routes migratoires et augmenté le flux au Niger. Actuellement, un grand nombre de migrants, qui viennent du Sénégal, du Mali, du Burkina Faso ou de Gambie, et qui arrivent aux côtes italiennes, sont d’abord passés par le Niger.» Pris entre le marteau algérien et l’enclume Boko Haram, les migrants d’Afrique de l’Ouest et centrale n’ont d’autres choix que de traverser le Sahara nigérien. Avant de braver la Méditerranée.


    Carte des migrations au Sahara établie par l'Office International des Migrations (OIM)

    Les autorités nigériennes estiment qu’en 2015, entre 80 000 et 120 000 migrants venus d’Afrique de l’Ouest ou d’Afrique centrale vont traverser illégalement le Niger en direction de la Libye, voire de l’Europe. Ils étaient 80 000 en 2014. Entre janvier et mai 2015, l’OIM au Niger a secouru plus de 5 100 migrants.

    Combien de migrants meurent chaque année dans le Sahara?

    «Cette tragédie met en lumière un danger redouté mais méconnu, auxquels doivent faire face de trop nombreux migrants avant même de risquer leur vie en mer, a souligné dimanche le directeur général de l’OIM, William Lacy Swing. Le Sahara pourrait bien être aussi meurtrier que la mer Méditerranée pour cette vague de migrations. Mais la plupart de ces morts ne sont pas signalés.»

    Selon l’OIM, seule une petite fraction de ceux qui y meurent chaque année est comptabilisée, parce que la collecte de données fiables et les recherches dans la zone sont quasi-impossibles. «Seulement» 50 victimes ont été recensées dans la région, en 2014, selon l’OIM. Un nombre largement sous-évalué, estime l’organisation. Selon le blog Fortress Europe, qui recense les morts avérées de migrants sur ce chemin pour l’Europe, au moins 1 790 sont morts dans le Sahara entre 1996 et 2014.

    Soit un peu moins que les 1 865 morts en Méditerranée recensés depuis janvier 2015. «Le nombre de victimes dans le Sahara est probablement comparable, argue Paloma Casaseca. Mais nous n’avons pas les mêmes moyens de surveillance, techniques et politiques, qu’en Méditerranée pour avoir un décompte fiable.» Selon les témoignages de migrants qui ont traversé ce désert, le bilan pourrait être beaucoup plus lourd. 

    Comment se positionne le Niger face au fléau?

    La législation sur les migrations reste lacunaire au Niger. Pour l’OIM, il faudrait mettre en place un comptage systématisé et précis dans le désert, une meilleure coopération régionale, des expéditions de sauvetage régulières, tout en assurant la protection des migrants…

    Le gouvernement nigérien a tout de même conscience de l’urgence à traiter les flux de migrants, souvent tombés entre les mains de passeurs et de trafiquants. En 2010, le pays a voté une loi contre la traite des humains. En mai dernier, un autre texte contre le trafic de migrants, qui vise à les protéger et à promouvoir la coopération nationale et internationale, a été approuvé. «Néanmoins, tempère Paloma Casaseca, sa mise en œuvre reste un défi.»

    Isabelle HANNE Libération


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