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lundi 7 septembre 2015

La France va accueillir 24 000 réfugiés de plus

 

Le ministre de l'économie Emmanuel Macron dit une vérité pas bonne à dire en France; qui mériterait pourtant d'être enfin vulgarisée auprès des classes populaires, notamment les plus précarisées, attirées par les thèses xénophobes du Front National.

C'est aussi parce que ne leur est pas suffisamment et simplement expliqué les mécanismes économiques que certains se fourvoient vers le Front National. Il suffirait en effet de leur faire comprendre qu'une partie de la prospérité économique d'un grand pays développé comme la France se noue ou se joue dans sa capacité d'intégration des nouvelles migrations, dont l'accès à terme au plein emploi pour nombre de chômeurs et d'exclus d'aujourd'hui et de demain. Les migrants d'aujourd'hui sont naturellement appelés à devenir de nouvelles forces actives, productives, consommatrices insérées dans les rouages de l'économie Française, Allemande, Européenne... .

En Allemagne la droite semble être parvenue à faire entendre ce message; là où en France elle rivalise davantage par la surenchère de ses positions et propositions pendant cette crise des migrants en Europe: "fermeture des frontières, renvoi des réfugiés dans leurs pays d'origine, suppression des aides sociales, ouverture des camps de réfugiés dans le Maghreb"... et j'en passe.

Bref force est de constater avec regret que l'Allemagne a encore un train d'avance sur la France sur les questions migratoires et économiques.

Joël Didier Engo


Philippe Torreton: «Cher François, n'attends pas l'Europe pour agir»

Philippe TORRETON comédien Libération 7 septembre 2015
Cher François,

Comme nous tous, Européens normalement constitués, tu as été ému aux larmes par la photo de ce gosse échoué, mort ; car un enfant de cet âge n’est pas fait pour avoir cette position sur une plage. Personnellement, l’image m’a fait sursauter, comme un coup. Je suppose que quelque chose de cet ordre a dû se produire en toi, puisque tu as pris le micro pour nous parler et nous communiquer ta volonté d’agir – et vite.

Je suis urgemment d’accord avec toi. Nous sommes des millions à être d’accord avec toi. C’est pourquoi – et je te le dis solennellement – arrête de te planquer derrière les autres ! Car tu en appelles à l’Europe en sachant pertinemment que rien de bien concret ne viendra dans les prochaines semaines. Car tu dénonces les comportements nationalistes et xénophobes de certains collègues européens comme si tu voulais justifier d’avance notre probable attentisme.

Propose, cher François. Ne calcule pas, pour une fois. Ne viens pas nous dire, dans six mois, que tu regrettes de ne pas avoir pris des mesures pour soulager le flot de malheurs que subissent les réfugiés – que certains journalistes s’évertuent à appeler «migrants».

Le gouvernement d’Angela Merkel n’a pas attendu un assouplissement du bras droit tendu d’Orban pour proposer à son peuple d’accueillir, chez ceux qui en ont la place, des familles en déroute. Il verse déjà un loyer aux Allemands qui reçoivent des exilés. Cela permet à des personnes âgées, qui occupent parfois des surfaces trop grandes pour elles, d’héberger ces pères, mères et enfants dans le calme, le repos, le confort, la paix, l’hygiène et surtout cette valeur précieuse que l’on voit sur nos pièces de monnaie : la fraternité.

Organise cela chez nous, cher François. Donne aux Français, si nombreux le 11 janvier dernier, la possibilité de prouver leur grandeur. Je suis certain que des centaines de milliers d’entre nous sont prêts, si on les aide, à ouvrir leurs portes. Nos grands-parents, nos arrières grands-parents ont connu les routes, les bombes, le vol, la peur, le dénuement, la faim : autorise-nous à prouver que nous n’oublions rien, que cette société qui nous contraint à n’être que des êtres «consommant» n’a pas encore gagné, que nos cerveaux sont malgré tout disponibles pour la solidarité, l’amour et la compassion. Laisse cette France-là ridiculiser l’autre France, celle qui craint l’étranger, le stigmatise, cette France qui s’invente des voitures calcinées quand il n’y en a pas, qui compte, qui «faciès», qui pose des problèmes de robinets alors qu’il s’agit de frères en souffrance.

Aide-nous, par cette mesure simple, à tourner le dos aux décomplexés. N’attends pas l’Europe. Prends sur toi, on te couvre. Mets au plus vite sur pieds cette aide financière, cette participation au loyer, et les portes s’ouvriront. N’oublie pas que la courbe du chômage ne s’inverse pas, donc que les Français ne sont pas très riches : voilà qui permettrait à beaucoup d’entre nous de faire ce pas vers l’autre. Je compte sur toi. Vite.

Hollande ouvre la porte à 24.000 réfugiés en deux ans 

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Face à l'afflux massif de réfugiés en Europe, François Hollande a annoncé lundi que la France était prête à accueillir 24.000 personnes en deux ans, et plaidé pour un mécanisme de quotas entre les pays européens, sous peine d'échec de l'espace Schengen de libre circulation en Europe.

"La Commission européenne va proposer de répartir 120.000 réfugiés sur les deux prochaines années, ce qui représentera pour la France 24.000 personnes. Nous le ferons", a affirmé M. Hollande, lors de sa conférence de presse semestrielle.

Jusqu’à présent, la France avait pris un engagement de principe pour l’accueil de 9.000 réfugiés et demandeurs d’asile, dans le cadre de propositions de la Commission européenne portant sur 60.000 personnes au total.

Mais "c’est le devoir de la France, où le droit d’asile fait partie intégrante de son âme, de sa chair", une France "marquée par des générations d’exilés ou de réfugiés qui sont venus au cours des décennies passées faire la France avec nous", a ajouté le chef de l’Etat.

Alors que les Européens peinent à s’accorder sur l’accueil des réfugiés, François Hollande a averti que c’était la survie même de la libre circulation en Europe qui était menacée si les Etats-membres ne jouaient pas le jeu de la "solidarité" et de la "responsabilité".

Un "mécanisme nouveau" doit maintenant être adopté par les pays européens, et "s’il n’y a pas cette politique d’ensemble, ce mécanisme ne fonctionnera pas, il explosera, et ce sera à ce moment-là un afflux considérable et sans doute la fin de Schengen, le retour aux frontières nationales", a-t-il estimé.

Dans ce contexte et alors que plus de 360.000 personnes ont traversé la Méditerranée depuis le début de l’année selon les Nations unies, il a de nouveau plaidé pour le "mécanisme permanent et obligatoire d’accueil des réfugiés pour répartir l’effort entre tous les pays européens", proposé la semaine dernière avec Angela Merkel. "Le mot important, c’est +obligatoire+", a-t-il martelé.

- "Principe de solidarité" -

Le chef de l’Etat a aussi annoncé, au nom "du principe de solidarité", qu’il était "prêt à accueillir", dans les prochaines semaines, "plusieurs centaines voire un millier" de réfugiés fraîchement arrivés en Allemagne, qui a encore enregistré 20.000 migrants supplémentaires durant le week-end à Munich.

Annonçant que la France allait sans doute enregistrer 60.000 demandes d’asile cette année, soit un "chiffre pratiquement stable", il a averti que le pays ne pourrait pas rester dans cette situation quand l’Allemagne voisine comptera dans le même temps "800.000" demandes.

Le chef de l’Etat, qui a employé à plusieurs reprises les termes de "réfugiés" et de "déplacés", a assuré qu’il ne se déterminait sur ce dossier pas en fonction des sondages, majoritairement réticents à l’accueil des migrants.

Il est nécessaire de "faire des choix" qui "compteront le moment venu pour le jugement de l’Histoire", a-t-il assuré, en évoquant le souvenir du petit Aylan, "enfant martyr, symbole des 3.000 naufragés qui ont trouvé la mort au bout de leur chemin depuis le début de l’année".

Tout en saluant les initiatives lancées par des diocèses, des citoyens ou des villes, il a souligné qu’elles devaient être "coordonnées, organisées de manière digne et sérieuse".

Mais il a répété qu’"il y aura des raccompagnements qui devront se faire", pour ceux qui ne peuvent prétendre au statut de réfugié.

"La condition pour agir efficacement, c’est la mise en place de contrôles aux frontières de l’Union", en Italie, en Grèce, en Hongrie, avec "des centres de contrôle et d’enregistrement" pour "accueillir", mais aussi "établir la distinction entre ceux qui relèvent du droit d’asile et ceux qui doivent être raccompagnés de façon digne", a-t-il affirmé.

La crise migratoire est "dramatique, elle est grave", mais "elle peut être maîtrisée et elle le sera", a-t-il ajouté. Il a toutefois mis en garde contre une "crise humanitaire gigantesque" si des centres d’accueil des réfugiés n’étaient pas mis en place "de l’autre côté de la Méditerranée", pour "retenir, accueillir ces populations au plus près de leur pays d’origine".

"Nous devons élaborer une véritable politique de co-développement", qui sera l’objet du sommet de La Valette le 11 novembre, a-t-il affirmé.

 Source: LCP Assemblée Nationale 07 septembre 2015

EN IMAGES. Des milliers de réfugiés accueillis à bras ouverts en Allemagne

  Photo: DIAPORAMA République, en soutien aux réfugiés

République, en soutien aux réfugiés

Plusieurs milliers de personnes se sont réunies place de la République samedi à Paris en faveur de l'accueil des migrants.

Accueil des réfugiés: qui s’engage dans l'UE, à quelle hauteur

|  Par Carine Fouteau Mediapart

Lors de son premier «discours sur l’état de l’Union», mercredi 9 septembre à Strasbourg, le président de la commission européenne, Jean-Claude Juncker, devrait proposer une nouvelle répartition – cette fois-ci obligatoire – de 120 000 demandeurs d’asile entre les Vingt-Huit. Alors que l'Allemagne a vu affluer 20 000 exilés le week-end dernier, la France devrait en accueillir 24 000 sur deux ans.


Avant la réunion européenne convoquée d’urgence à Bruxelles le 14 septembre pour faire face à l’exode de milliers de ressortissants du Moyen-Orient et de la Corne de l’Afrique, les négociations entre États membres de l’Union européenne (UE) battent leur plein sur l’accueil des demandeurs d’asile. L’accélération de l’afflux, conjuguée à l’émotion suscitée dans le monde par les photos d’Aylan Kurdi, l’enfant syrien retrouvé mort sur une plage turque près de Bodrum, provoque des repositionnements. La plupart des pays affichent désormais leur volonté de ne pas rester inactifs, mais les écarts restent marqués entre les uns et les autres.

Les tout derniers chiffres sont éloquents ; ils donnent une idée de l’ampleur des efforts à fournir. Depuis le début de l’année, 365 000 personnes ont traversé la Méditerranée pour rejoindre les côtes européennes, parmi lesquelles au moins 2 700 sont mortes lors du périple, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), contre 207 000 sur l’ensemble de l’année 2014. Les ressortissants syriens et érythréens sont les plus représentés dans ces déplacements historiques de population. Au cours du seul mois de juillet, 110 000 personnes ont débarqué en Grèce et en Italie, soit deux fois plus qu’un an auparavant. Le week-end dernier, 20 000 sont arrivées en Allemagne après avoir marché au travers des Balkans.

Au tournant de l'été, les pays de l'UE ont pris conscience des bouleversements à l'œuvre. Lors de son premier « discours sur l’état de l’Union », le 9 septembre à Strasbourg, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, devrait proposer une nouvelle répartition de 120 000 demandeurs d’asile (en plus des 32 000 « partagés » en juillet) entre les États membres de l’UE. Parmi eux, 50 400 viendraient de Grèce, 15 600 d’Italie et 54 000 de Hongrie. Le dispositif serait cette fois-ci obligatoire. Le sommet européen des 25 et 26 juin n’avait abouti qu’à la mise en place d’un mécanisme (retenant quatre critères : le PIB, la population, le taux de chômage et le nombre de demandes d’asile déjà enregistrées dans le pays) basé sur le volontariat. La France et l’Allemagne, entre autres, avaient rejeté le principe de quotas contraignants, mais les récents événements les ont fait changer d’avis. François Hollande et Angela Merkel plaident depuis le 3 septembre pour la mise en place d’un « mécanisme permanent et obligatoire de relocalisation ».
Le nouveau plan de répartition que Jean-Claude Juncker devrait proposer le 9 septembre 2015. © Reuters 
Le nouveau plan de répartition que Jean-Claude Juncker devrait proposer le 9 septembre 2015. © Reuters
 
Annoncé par François Hollande pendant sa conférence de presse du 7 septembre, l’engagement de la France d’accueillir 24 000 demandeurs d’asile supplémentaires sur deux ans apparaît de faible envergure. Même s’il s’ajoute aux 6 700 validés en juillet et aux quelque 60 000 dossiers examinés en moyenne chaque année via les voies classiques par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra).

Selon le nouveau plan Juncker, l'Allemagne devrait recevoir 31 400 exilés en plus. Étant donné l’intensité des récentes arrivées, le pays s’attend à ouvrir ses portes à 800 000 personnes cette année, soit dix fois plus que la France. Signe d’une certaine fébrilité, le ministre français de l’intérieur Bernard Cazeneuve a indiqué, après la déclaration du président de la République, que l’Hexagone allait venir chercher en urgence 1 000 des demandeurs d'asile récemment entrés en Allemagne.

À part l’Italie, la Grèce et la Hongrie, tous les pays sont sollicités, y compris ceux qui ont par le passé indiqué être opposés à des quotas : l’Espagne est attendue à hauteur de 14 900, la Pologne 9 200, la République tchèque 2 900, la Roumanie 4 600, les Pays-Bas 7 200, la Belgique 4 500, la Suède 4 400. Les exigences ont été revues à la baisse pour les pays baltes (780 pour la Lituanie, 526 pour la Lettonie, 373 pour l’Estonie) dans l’espoir qu’ils se rallient à un plan qui nécessite une majorité qualifiée pour être adopté.

Lors de la réunion du groupe de Visegrad, en fin de semaine dernière, la Pologne, la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie avaient réaffirmé leur opposition à un dispositif directif. Mais la Commission espère que l’effet produit par la mort du petit Aylan sur les opinions publiques locales les contraindra à se montrer plus ouverts. Bénéficiant statutairement d’exemptions, le Royaume-Uni, l’Irlande et le Danemark sont eux invités à participer de manière volontaire. Réalisant un virage à 180 degrés, le premier ministre britannique David Cameron a annoncé le 7 septembre son intention d’accueillir 20 000 Syriens au cours des cinq prochaines années, après avoir exclu tout assouplissement de sa politique et refusé que son pays soit associé à cette politique de quotas.

En échange de l’accueil, les États devraient recevoir 6 000 euros par personne, prélevés sur le budget communautaire, tandis que la Grèce, l’Italie et la Hongrie se verraient attribuer 500 euros afin de couvrir les frais de voyage des personnes quittant leur sol. Concrètement, les personnes seraient réparties après avoir été identifiées et enregistrées dans des centres temporaires, appelés hotspots, dans lesquels un premier tri serait effectué entre demandeurs d’asile et migrants dits économiques, ces derniers ayant « vocation à être raccompagnés dans leur pays d’origine », selon l’expression reprise par François Hollande.

Ailleurs dans le monde, le choc des images a fait vaciller les citoyens et encouragé les solidarités, mais les propositions concrètes sont rares. Les pays du Golfe restent en retrait. Aux États-Unis, des voix s’élèvent pour inciter Washington à intervenir. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) met la pression en appelant le pays à prendre en charge quelque 16 300 réfugiés enregistrés par l’agence onusienne. En vain : l’administration américaine ne bouge pas.

En Australie, plusieurs personnalités ont lancé le 7 septembre un appel pour que le pays s’engage aux côtés de l’UE. L'opposition travailliste a demandé que soient accueillis 10 000 migrants supplémentaires tandis que la ministre des affaires étrangères Julie Bishop et le ministre adjoint des finances Josh Frydenberg ont invité le chef du gouvernement à prendre exemple sur la décision prise en 1999 par le premier ministre de l’époque John Howard d’accepter 4 000 personnes fuyant le conflit au Kosovo. Mais Tony Abbott pour l’instant refuse de revoir son quota annuel de 13 750 arrivées, acceptant tout juste d’augmenter la part des Syriens. L’Islande, avec son appel de 10 000 habitants d’héberger des réfugiés, apparaît comme un cas à part. En Amérique du Sud, la présidente brésilienne Dilma Rousseff a déclaré, dans son message annuel délivré à l'occasion de la fête nationale du pays, être prête à accueillir à « bras ouverts » des exilés syriens. Le Chili, l'Argentine, l'Uruguay et la Colombie se sont également proposés, mais sur des volumes réduits plus symboliques que de nature à changer la donne.

lundi 31 août 2015

Alain JUPPÉ: "L’Europe ne peut accueillir toute la misère du monde"????

Au-delà du titre qui prête à polémique, l'ancien Premier Ministre Français fait dans cette tribune parue dans son blog le 26 août 2015 une analyse lucide d'un sujet, que tant d'autres acteurs politiques français réduisent souvent à une querelle politicienne aux forts relents nombrilistes et nationalistes, voire réactionnaires.

 Hélas!


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L’Europe ne peut accueillir toute la misère du monde

 Publié le 26/08/2015 par Alain Juppé

La question des migrants est aujourd’hui brûlante. Mais soyons lucides : elle va le rester longtemps. Elle va compter parmi les 3 ou 4 défis majeurs que nos générations et celles qui vont suivre en ce siècle vont devoir affronter:

– le sauvetage de la planète qui , au delà du succès espéré de la conférence de Paris en décembre prochain , va exiger des changements profonds dans nos façon de vivre , de produire , de consommer

– la maîtrise de la révolution numérique dont nous n’avons vécu que les commencements : saurons-nous mettre les nouveaux outils qu’elle va nous apporter au service de l’homme et pas l’inverse?

– le défi démographique : nous devrons nourrir 10 milliards d’êtres humains , mais aussi les loger , les éduquer , les soigner…

– et les mouvements de population à travers la planète , qui concernent d’ailleurs le Sud aussi bien que le Nord . C’est un défi géopolitique immense : tant que des régions entières du monde seront dévastées par les guerres et des pays par les guerres civiles , que le terrorisme sévira à des degrés de barbarie inouïs , que la misère avilira des milliards de personnes , que les inégalités se creuseront entre riches et pauvres dans des proportions indécentes , rien ni personne n’empêchera des hommes , des femmes , des enfants de quitter leur terre et de courir tous les risques , la mort comprise , pour rejoindre ce qu’ils croient être l’Eldorado … à commencer par notre Europe.

C’est par des efforts de long terme pour (re)construire une gouvernance mondiale fondée sur la recherche du règlement pacifique des conflits (naguère dénommée multilatéralisme dans notre langage diplomatique) , et , s’agissant de l’Europe , pour engager un ambitieux projet de développement partagé avec l’Afrique que nous pouvons espérer apaiser les tensions migratoires . Travail de titan . Si nous ne nous y mettons pas , avec la plus grande détermination , le pire est possible.

Mais nous vivons d’abord dans le court terme . C’est aujourd’hui qu’il faut commencer à agir.

L’Union Européenne est comme tétanisée. Le Président de la République vient de rencontrer la Chancelière d’Allemagne et il en sort une pétition de principe sur la nécessité d’une action commune . Certes . Mais pour quoi faire ?

Pour l’instant il s’agit de mieux assumer nos responsabilités dans le domaine humanitaire . Ce n’est pas contestable . Quand des hommes, des femmes , des enfants se noient en Méditerranée, il faut les sauver ; quand ils parviennent sur le sol européen, même s’ils sont en situation irrégulière , il faut les traiter humainement.

Est-ce suffisant ? Je ne le pense pas . Si nous nous en tenons à cette réponse , nous allons donner un puissant signal d’encouragement à tous les candidats au départ et hélas! à ceux qui les exploitent honteusement.

Il faut qu’aujourd’hui les responsables européens aient le courage de dire ce que Michel Rocard a eu le courage de dire en d’autres temps en France : « L’Europe ne peut accueillir toute la misère du monde ». Elle doit en prendre sa part assurément mais elle doit surtout garder le contrôle de la situation pour éviter de graves déséquilibres économiques , sociaux , politiques en son sein.

Où sont aujourd’hui les failles du système ? J’en soulignerai deux :

– « Schengen » est dans l’incapacité d’assurer le contrôle des frontières externes de la zone . L’agence qui en est chargée (FRONTEX) n’en a ni les moyens budgétaires ni les moyens humains. En a-t- elle seulement la mission politique ? Il est urgent d’augmenter massivement son budget pour lui permettre de constituer un corps de gardes-frontieres et de gardes-côtes européen . L’Union doit aussi se donner les moyens juridiques d’exercer ses contrôles au départ des liaisons aériennes et pas seulement à l’arrivée . Il faut donc surmonter les réticences à la création d’un mécanisme inspiré du système américain PNR (passenger name record ) . L’alternative est hélas! prévisible : les États rétabliront des contrôles internes à leurs frontières , Schengen volera en éclat et nous y perdrons , outre la liberté de circuler entre nous , son Système d’Information très utile s’il était bien exploité et la coopération policière et judiciaire qui a été un réel progrès.

– Deuxième défaillance : le droit d’asile . Le nombre de demandeurs explose , en Allemagne mais aussi en France . La procédure est à l’évidence détournée de son objet ; elle est utilisée comme un moyen de contourner la suspension ou l’encadrement de l’immigration économique. À preuve : au terme de procédures exagèrement longues et assorties de fortes garanties, une très grande majorité des demandeurs est déboutée parce que leur demande ne relève pas de ce droit. Des décisions ont été prises récemment au niveau européen pour harmoniser les régimes nationaux. Mais ces textes (7 directives regroupées dans un « Paquet asile ») renforcent tout autant les droits des demandeurs qu’ils ne dissuadent l’utilisation abusive de l’asile . C’est aussi le cas des dernières mesures législatives adoptées en France . Il faut poser la vraie question : comment rendre effectives les obligations de quitter le territoire ( français ou européen) quand in fine le demandeur est débouté? Moins de 10% des OQTF sont exécutées ; les Préfets avouent leur impuissance . Je ne sous- estime pas l’extraordinaire difficulté du problème . Aucun gouvernement ne peut se targuer de bons résultats en la matière . Faut-il pour autant renoncer ? Des améliorations sont possibles . Lorsqu’une personne se présente à la frontière en demandant l’asile et qu’elle vient d’un pays figurant sur la liste des pays « sûrs » établie par les autorités européennes ou nationales , elle devrait être immédiatement déboutée. Nous devrions aussi renouer avec la politique des accords de réadmission que nous avons négociés dans le passé avec certains pays. Ce n’est pas toujours possible quand nous avons devant nous des Etats faillis comme la Libye ou la Syrie . Mais vis-à-vis de certaines pays des Balkans qui ne sont plus des dictatures , qui postulent à l’entrée dans l’Union et que nous aidons économiquement , nous pourrions poser nos conditions.

Toutes ces questions sont extraordinairement complexes . Elle méritent d’être approfondies . J’y reviendrai longuement dans le prochain livre que je publierai en janvier et qui traitera des responsabilités régaliennes de l’Etat républicain.

En attendant , je serai heureux de connaître vos réactions et vos attentes.

Alain Juppé, Ancien Premier ministre, Maire de Bordeaux

Non, l'Europe n'accueille pas toute la misère du monde

DESINTOX, Libération 31 août 2015

Alain Juppé explique que le continent ne peut accueillir tous les migrants. C'est loin d'être le cas.

DESINTOX. Quand il s’agit de parler d’immigration, les hommes politiques français de droite comme de gauche se plaisent à citer la fameuse phrase de Michel Rocard (phrase dont nous avons raconté la véritable histoire dans ces colonnes) sur la France et la «misère du monde». Invité mercredi 25 août au 20 heures de TF1, le candidat à la primaire LR Alain Juppé n’a pas dérogé à la règle, se laissant aller à une version plus continentale : «L’Europe ne peut accueillir toute la misère du monde.»

INTOX. L’Europe ployant sous la misère du monde ? De fait, il n’en est rien. Un exemple permet de le mesurer : selon un rapport publié en juin 2015 par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), la Turquie, le Pakistan et le Liban ont accueilli chacun plus de réfugiés que l’ensemble des vingt-huit Etats membres de l’Union européenne en 2014.

L’afflux vers l’Europe, d’une importance inédite depuis plusieurs années, est bien réel. Selon les derniers chiffres du HCR, plus de 300 000 réfugiés principalement venus de Syrie, d’Afghanistan et d’Irak auraient rejoint l’Europe par la Méditerranée depuis janvier 2015. Mais il ne peut être isolé d’un mouvement qui touche d’autres pays bien davantage encore. «Le nombre augmente mais pas seulement vers l’Europe», explique Céline Schmitt, porte-parole du HCR, «les Syriens fuient d’abord vers les pays voisins. C’est également le cas en Irak». Ainsi sur les quatre millions de Syriens en exil, près de la moitié se trouve actuellement en Turquie.

 

«La Turquie et le Liban sont des terres d’accueil mais qui ont besoin d’aide. Au Liban, le nombre de réfugiés représente presque un tiers de la population. Les ressources de ces pays s’amenuisent et poussent les réfugiés à traverser la Méditerranée pour se rendre en Europe. Au Haut Commissariat pour les réfugiés, nous appelons à la solidarité avec ces Etats», déplore Céline Schmitt.

Et l’affirmation de Juppé est évidemment encore plus trompeuse quand on regarde le problème à l’échelle planétaire. Selon le rapport du HCR pour l’année 2014, plus de la moitié des 14,4 millions de réfugiés dans le monde se trouvaient en Asie. Aux crises syrienne et irakienne s’ajoute l’importante crise afghane, dont les 2,6 millions de ressortissants en exil sont principalement répartis entre le Pakistan et l’Iran, mais aussi les réfugiés musulmans Rohingyas persécutés au Myanmar et les Bangladais fuyant la misère en Asie du Sud-Est.

L’Afrique arrive deuxième, loin devant l’Europe, puisqu’elle accueille plus de 4 millions de réfugiés issus des conflits en Afrique centrale (République centrafricaine, république démocratique du Congo) et orientale (Somalie, Sud-Soudan, Erythrée) qui ont poussé les populations à rejoindre l’Ethiopie, le Kenya, le Tchad ou l’Ouganda. En 2015, la crise au Burundi devrait accentuer ce phénomène.
 

Au total, et pour reprendre la terminologie de Michel Rocard, l’Europe accueille donc… un dixième de la misère du monde. «Elle a la capacité d’en prendre plus», assure Céline Schmitt.
Jacques Pezet

vendredi 26 juin 2015

Eh ben Madame Le Pen..."Les Africains vous emmerdent!"*


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L'héritière frontiste semble surtout ne rien comprendre ou fait semblant (comme d'autres populistes cyniques) de ne rien comprendre à la migration internationale...

L'on en viendrait presque à souhaiter vivement son arrivée à l'Élysée, agitée depuis des décennies comme une menace aux Africains...Alors qu'elle sonnerait le glas de sa vieille rhétorique xénophobe et raciste, devant l'impuissance qui sera alors la sienne à endiguer des mouvements migratoires (notamment de l'Afrique vers l'Europe et vice-versa) intrinsèquement liés à un déséquilibre des termes des échanges qui profitent d'abord à la puissance (qu'elle veut dirigée) et aux autres pays européens.

Sait-elle l'envie qui taraude de plus en plus les millions d'Africains (où qu'ils soient) de mettre définitivement un terme à cet esclavagisme des temps modernes, et de prendre enfin le contrôle du destin économique de leur continent, en choisissant par exemple plus librement leurs dirigeants et leurs partenaires extérieurs??? L'on peut sérieusement en douter.

Alors vivement Marine Le Pen à l'Élysée!

Joël Didier Engo

* En référence à la phrase du regretté Aimé Césaire: «N’allez pas le répéter, mais le nègre vous emmerde!»