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mercredi 12 juin 2019

Migrations : les Africains optent de plus en plus pour d’autres destinations que la France

Selon la dernière note de l’OCDE consacrée aux migrations africaines vers les pays développés entre 2001 et 2016, l’attractivité de l’Hexagone décroît sensiblement. 

Par , Le Monde
Un groupe de migrants dans le nord du Niger, en route pour la Libye, en janvier 2019.
Un groupe de migrants dans le nord du Niger, en route pour la Libye, en janvier 2019. SOULEMAINE AG ANARA / AFP
Les tenants de la théorie du grand remplacement ou les agitateurs du spectre de la ruée africaine – vers l’Europe en général et la France en particulier – n’apprécieront sans doute pas la lecture de la dernière note de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) consacrée aux évolutions des migrations africaines vers les pays développés entre 2001 et 2016.

On y lit en effet que « représentant un immigré sur dix, la migration africaine vers les pays de l’OCDE a vu son poids légèrement augmenter au cours des dernières années ; elle demeure toutefois faible par rapport à la part de l’Afrique dans la population mondiale […]. La France est toujours la principale destination, mais sa part se réduit. »

Ces conclusions découlent de la dernière actualisation de la base de données développée depuis plusieurs années par l’OCDE, en coopération avec l’Agence française de développement (AFD), sur les immigrés dans les pays développés. Celle-ci compile des statistiques, par pays de naissance, des migrants internationaux, « définis comme les personnes [âgées de plus de 15 ans] résidant dans un pays autre que celui de leur naissance » sans tenir compte de leur « statut légal ou de la catégorie de migration. »

« Pas de raz-de-marée annoncé »

Ces données couvrent non seulement les effectifs d’immigrés par âge, sexe et niveau d’éducation, mais également des variables clés de l’analyse des migrations internationales et de l’intégration comme la nationalité, la durée de séjour, le statut dans l’emploi et la profession.

Passées ces quelques précisions d’ordre méthodologique, il ressort de cette étude que « la part de la population originaire d’Afrique vivant dans un pays de l’OCDE a augmenté au cours des quinze dernières années, mais reste très modeste ». Le nombre de migrants africains y est en effet passé de 7,2 millions en 2000 à 12,5 millions en 2016. Mais ils ne représentent encore que 10,4 % des 121 millions de migrants répertoriés dans les pays développés, contre 9,2 % en 2000. A titre de comparaison, le nombre total de migrants venus du Mexique – pays classé en tête de liste des pays d’origine devant l’Inde et la Chine – s’établissait à 11,7 millions en 2016.
Infographie Le Monde
L’OCDE remarque ainsi que « la croissance démographique africaine est encore loin de se traduire en un accroissement équivalent de la migration vers les pays de l’OCDE. » En marge de la polémique née de la publication en 2018 du livre de Stephen Smith – La Ruée vers l’Europe (éd. Grasset) –, le démographe François Héran remarquait également que « les projections démographiques de l’ONU actualisées tous les deux ans ont beau annoncer un peu plus qu’un doublement de la population subsaharienne d’ici à 2050 (elle passerait de 900 millions à 2,2 milliards dans le scénario médian), cela ne suffira pas à déclencher le raz-de-marée annoncé ». « Il n’existe pas de lien mécanique entre la croissance démographique et celle du taux de migration », ajoute Jean-Christophe Dumont, chef du département des migrations internationales à l’OCDE.

Féminisation et hausse du niveau d’éducation

Et si la France demeure le principal pays de destination, « sa part s’est considérablement réduite, passant de 38 % des migrants africains installés dans les pays de l’OCDE en 2001 à 30 % en 2016 ». La part des immigrés dans la population totale (14 %), toutes origines confondues, a légèrement augmenté sur cette même période (environ 2 %), est supérieure à la moyenne des pays de l’OCDE (12 %), mais demeure très inférieure à celle de pays comme la Suède, l’Irlande ou l’Autriche (20 %).

La « préférence » française s’explique en partie par l’origine géographique des migrants africains. En effet, 54 % d’entre eux provenaient d’un pays francophone, notent les auteurs, or « les liens historiques et linguistiques restent des déterminants clés des migrations africaines ». Dans cet espace continental, les pays d’Afrique du Nord demeurent, de loin, les premiers pays d’origine (46 % de l’ensemble des migrants africains en 2016 contre 54 % en 2000). Le Maroc devançant tous les autres, étant « le pays de naissance de près d’un migrant africain sur quatre, devant l’Algérie (1 sur 8) ». Si la part de la France demeure prééminente, la surprise vient des Etats-Unis, dont la part est « en forte augmentation » avec l’accueil de 16 % des migrants africains en 2016 – notamment éthiopiens et nigérians – contre 12 % seize ans plus tôt. Les Etats-unis sont ainsi la deuxième destination devant le Royaume-Uni, l’Espagne, l’Italie, le Canada et l’Allemagne.
Infographie Le Monde
Si la jeunesse des migrants africains par rapport aux autres continents d’origine demeure une constante, les évolutions de deux autres données sont plus notables : la féminisation et le niveau d’éducation. Concernant ce dernier point, plus de 60 % des migrants ont au moins un niveau de 2e cycle du secondaire (lycée), dont la moitié (30 %) sont diplômés de l’enseignement supérieur (contre 24 % en 2000). « Cette évolution s’explique en partie par la conjugaison de deux facteurs, note Jean-Christophe Dumont. D’une part, la compétition entre pays de l’OCDE pour attirer les talents. D’autre part, la baisse des besoins de main-d’œuvre non qualifiée dans les économies des pays développées ».

La part des femmes augmente également sensiblement. Alors que celles-ci représentaient 46,7 % des migrants africains en 2000, elles étaient 48,2 % en 2016. « Dans des pays comme le Royaume-Uni, la France, l’Irlande, le Portugal, Israël, le Luxembourg ou encore l’Australie, les femmes sont même devenues majoritaires dans les diasporas africaines », note l’OCDE.

Enfin, si la recherche d’un emploi et d’une vie meilleure figure parmi les motivations des candidats à l’émigration, cette quête s’avère difficile. « Sur le marché de l’emploi des pays de l’OCDE, les migrants africains sont fortement touchés par le chômage (13 %) et l’inactivité (28 %). » Surtout, une grande part de ceux qui trouvent un emploi doivent accepter une forme de relégation par rapport à leur niveau d’études. Le taux de déclassement professionnel était ainsi de 35 % en 2016. Concernant les raisons, l’OCDE se montre prudente : « Cette situation peut être due à une discrimination sur le marché du travail, mais aussi à des questions de qualité et de reconnaissance des diplômes. »

L’obsession démographique, une histoire française

Les dynamiques démographiques ont souvent modifié l’histoire et les rapports de forces politiques. Pourquoi la France craint-elle l’influence politique d’une Afrique plus peuplée ?

Tribune. Il y a quelques semaines, l’écrivain français Renaud Camus, théoricien du «grand remplacement», s’est fendu d’un tweet qui a provoqué la colère de nombreux Africains, l’extase de nombre de ses partisans, et la condamnation d’associations antiracistes françaises : «Une boîte de préservatifs offerte en Afrique, c’est trois noyés en moins en Méditerranée, 100 000 euros d’économie pour la CAF, deux cellules de prisons libérées et trois centimètres de banquise préservée.»

Le racisme de ce tweet le rend dérisoire. Pour autant, l’obsession de la démographie africaine qu’il incarne est partagée par les élites françaises, dont Emmanuel Macron, qui s’est exprimé à plusieurs reprises sur le sujet. Que cache-t-elle ?

En réalité, comme d’autres grandes puissances européennes, les élites françaises ont toujours considéré la démographie comme un instrument politique, un vecteur de puissance. Jusqu’à la moitié du XVIIIe siècle, avec ses 25 millions d’habitants, la France était la principale puissance de l’Europe. Par la suite le pays connaîtra une période de glaciation démographique qui ouvrira - et précipitera - une phase de déclin relatif sur la scène internationale, au profit d’abord de l’Angleterre, puis de l’Allemagne.

Dans son livre, The Human Tide[«la vague humaine», Public Affairs, 2019, ndlr], le chercheur britannique du Birkbeck College de l’Université de Londres, Paul Morland, fait remonter ce qu’il appelle la «paranoïa» française sur la question démographique à la fameuse défaite française face à la Prusse de Bismarck en 1870, qui conduira à l’unification de l’Allemagne. Quoi qu’il en soit, cette obsession démographique, qui a donc accompagné un sentiment de déclassement géopolitique, a imprégné la politique française tout au long du XXe siècle. Ainsi, au plus fort de la guerre d’Algérie, le général de Gaulle exprimait à haute voix, devant l’écrivain et homme politique Alain Peyrefitte, ses doutes quant à la pertinence de l’idée d’une Algérie française, dès lors que «les Arabes se multiplieront par cinq, puis par dix, pendant que la population française restera presque stationnaire…». Mais les élites françaises n’ont pas tort : la démographie détermine fondamentalement l’histoire. Ainsi que le rappelle Paul Morland, à la naissance de Nelson Mandela, plus d’un Sud-Africain sur cinq était blanc ; au moment de sa mort, il n’en restait plus qu’un sur dix. Compte tenu de la démographie des Sud-Africains noirs, l’apartheid était donc voué à l’échec. Les colons européens avaient donc peu de chance de reproduire en Afrique du Sud «le génocide par substitution», dont ironiquement Renaud Camus accuse aujourd’hui l’immigration arabo-africaine en France, qu’ils avaient déjà brillamment appliquée en Australie, en Nouvelle-Zélande ou au Canada où la fameuse fécondité des Franco-Canadiens était interprétée comme une «revanche du berceau» sur une Angleterre qui avait défait la France au Canada. Les dynamiques démographiques de l’époque ont influencé l’issue et même, d’un certain point de vue, les causes de la Première Guerre mondiale. Tout comme l’influence de la démographie sur «les printemps arabes» fait aujourd’hui consensus.

Selon Stephen Smith, «si les Africains suivent l’exemple d’autres parties du monde en développement, l’Europe comptera dans trente ans entre 150 et 200 millions d’Afro-Européens, contre 9 millions à l’heure actuelle». La crainte de la mouvance française des «remplacistes» est que «l’identité française» se dissolve, et, plus tard, disparaisse, sous le poids des flux migratoires en provenance d’Afrique. Mais il y a autre chose : une France démographiquement dépendante de l’Afrique présenterait de fait un visage différent au plan politique. Il est difficile d’imaginer que l’autisme dont fait preuve la France officielle sur des sujets comme le franc CFA ou la reconnaissance des crimes commis par l’Empire colonial en Afrique persiste, ou dans le contexte d’un électorat majoritairement constitué d’Afro-Français. Cela est d’autant plus vrai que dans l’ensemble l’image de la France est plutôt dégradée au sein d’une jeunesse africaine qui considère que l’ex-colonisateur continue d’exercer une influence néfaste sur ses ex-colonies.

Fondamentalement, au-delà des préoccupations migratoires, l’obsession démographique des élites politiques et intellectuelles française cache la crainte de l’influence politique que l’Afrique pourrait jouer en France (et au-delà en Europe) dans les prochaines décennies. De ce point de vue, le pire pour ces élites serait que les pays africains sortent de leur interminable nuit, mettent de l’ordre dans leurs affaires et se mettent, eux aussi, à rêver de puissance. Autant de «bonnes» raisons de faire de l’utérus des femmes africaines un des enjeux de notre époque. C’est donc logique qu’en pleine campagne pour les européennes, le candidat Nicolas Dupont-Aignan ait préconisé un «contrôle des naissances en Afrique comme l’a fait en son temps la Chine» pour faire face au «défi géopolitique» posé à l’Europe. Les Africains sont prévenus : la bataille pour le contrôle de l’utérus des femmes du continent n’est pas près de s’arrêter.

Yann Gwet est l'auteur de : Vous avez dit retour ?
Editions Présence africaine, 2019.

Yann Gwet journaliste, écrivain , auteur de: «Vous avez dit “retour”?» éditions Présence africaine, 2019

 

mercredi 7 février 2018

Didier Fassin: «Sauver des vies est devenu illégitime et condamnable»

 
 
Par Sonya Faure, Recueilli par —
Illustration Sylvie Serprix

Dans son dernier livre, «la Vie, mode d’emploi critique», l’anthropologue démontre que même si les Occidentaux affirment que toutes les existences sont sacrées, ils n’accordent pas la même valeur à chacune, comme le montre notamment le traitement infligé aux migrants.

La vie n’a pas de prix. Mais les vies ne se valent pas toutes. Il y a huit ans, Didier Fassin tirait de sa double expérience de médecin et d’anthropologue une hypothèse : les sentiments moraux et la compassion, le fait de sauver des vies, étaient devenus, depuis les années 70, un ressort essentiel des politiques contemporaines. C’était le cœur de son essai la Raison humanitaire (Seuil), qui ressort ces jours-ci augmenté d’une postface inédite. Mais peut-on en dire autant aujourd’hui, quand l’Europe laisse à la Turquie le soin de gérer l’afflux de migrants à ses portes et que le gouvernement français hésite à leur offrir des points d’eau dans le Calaisis ? Dans son dernier livre, la Vie, mode d’emploi critique (Seuil), issu de conférences données à l’Institut de recherche sociale de Francfort, le professeur de sciences sociales à l’Institut d’étude avancée de Princeton revient sur un paradoxe : jamais la vie n’a été aussi sacralisée dans nos sociétés occidentales. Mais rarement les vies n’ont paru si inégales.
Qu’appelez-vous la «raison humanitaire», qui a sous-tendu selon vous nombre de politiques menées en Occident ces dernières décennies ?
A partir des années 70, les victimes - de pauvreté, de conflits, d’épidémies… - deviennent une «cause». Médecins sans frontières est créée en 1971, les puissances internationales interviennent dans des pays tiers au nom de la survie des populations locales comme en Somalie en 1993, et le principe de responsibility to protect [«responsabilité de protéger»] est voté par les Nations unies en 2005. Cette «raison humanitaire», ces actions déployées au nom de sentiments moraux et particulièrement de la compassion, formait un langage que tout le monde pouvait s’approprier, des ONG aux Etats, des gouvernements conservateurs aux partis progressistes. Elle est devenue consensuelle, au point d’être utilisée par certains de manière cynique, comme lors des interventions en Afghanistan ou en Libye, et de pouvoir justifier des opérations qualifiées de militaro-humanitaires, au Kosovo ou en Irak. On peut en effet difficilement s’opposer à l’idée de sauver des vies. Mais cette logique prévalait aussi sur le territoire national, en France notamment, à l’égard des personnes sans emploi ou des étrangers en situation irrégulière.
Est-ce encore d’actualité quand on voit l’attitude de l’Europe face aux migrants ?
La raison humanitaire reste présente dans notre société, mais sur un mode mineur et intermittent. Mineur parce qu’elle est débordée par d’autres raisons - à commencer par la raison sécuritaire. Intermittente car il subsiste des moments qui vont susciter des émotions et des protestations sincères mais éphémères, quand on découvre le corps d’un enfant mort sur une plage de Turquie par exemple. Mais c’est vrai, si la fin du XXe siècle était le moment de la raison humanitaire, le début du XXIe marque l’heure de la raison sécuritaire : celle du contrôle des flux, de la brutalité à l’encontre des exilés, et même de la répression des acteurs de l’humanitaire. On stigmatise les organisations qui viennent en aide aux exilés en Méditerranée, on sanctionne les citoyens qui hébergent des étrangers en perdition comme dans les Alpes. Sauver des vies devient illégitime et condamnable.
Ce revirement spectaculaire est au cœur de la tension que vous analysez dans la Vie : comment une société qui place la vie au-dessus de tout peut-elle accepter que certaines vies ne valent rien, ou pas grand-chose ?
J’ai laissé de côté la question classique en philosophie - qu’est-ce qu’une vie «bonne» ? - pour m’intéresser à une question plus rarement posée : qu’est ce qui a fait que la vie est devenue, assez récemment d’ailleurs, la valeur suprême de nos sociétés ? Le christianisme a joué un rôle central dans la sacralisation de la vie, mais, fait relativement nouveau, cette dimension sacrée s’est déplacée vers la vie physique ou biologique.
C’est-à-dire ?
Le philosophe anglais Locke avait bien noté que n’importe qui se sentirait insulté si on lui demandait s’il sait ce qu’est la vie. Et pourtant, tenter de la définir est une impasse. Notamment parce qu’il y a ce grand écart entre la vie biologique - la vie d’une cellule, la vie telle qu’elle s’exprime dans le génome - et la vie biographique - celle qu’on peut raconter, la vie sociale. Hannah Arendt le dit bien : on a d’un côté ce qui va de la naissance à la mort et qui est commun à tous les êtres humains (la vie biologique) et de l’autre, ce qu’on peut raconter des événements qui se sont déroulés dans cette période (la vie biographique). Pendant deux millénaires, d’Aristote à Hegel en passant par Descartes, des théories ont essayé de tenir ces deux bouts. Puis au XXe siècle, les travaux scientifiques, qu’ils cherchent des traces de vie infiniment loin dans l’univers ou qu’ils pistent les origines de la vie infiniment loin dans le temps, se sont de plus en plus approchés d’une vie molécularisée. L’exploration de la vie comme phénomène biologique a considérablement éloigné les deux formes de vie, celle du scientifique et celle du romancier. A la fin du XXe siècle, c’est la vie physique, corporelle, qui a été sacralisée.
Vous prenez l’exemple des migrants…
Dans les années 90, alors que les portes des pays européens s’étaient progressivement refermées face aux migrants économiques comme face aux réfugiés politiques, on fit une exception. En France, on ajouta un nouveau critère de régularisation : un étranger en situation irrégulière dont la vie est menacée par une maladie qui ne peut être soignée dans son pays d’origine peut obtenir un droit de séjour et une prise en charge médicale. Cette «raison humanitaire» a connu un succès très rapide, au point de dépasser significativement, dans les années 2000, le nombre de personnes bénéficiant du statut de réfugié. Les choses sont plus compliquées aujourd’hui car même cette raison médicale est à son tour devenue suspecte aux yeux de l’Etat, tandis qu’un léger ressaut s’est produit dans le traitement des demandes d’asile. On voit bien, malgré tout, le glissement qui s’est opéré dans l’éthique de la vie : on vient plus naturellement en aide aux personnes exposées à des pathologies qu’à celles menacées par des persécutions. Le certificat médical devient plus crédible que le récit des demandeurs, de plus en plus souvent remis en cause. On retrouve la même logique avec les mineurs isolés étrangers, qu’on soumet à des tests osseux pour vérifier qu’ils sont bien mineurs. Cette prééminence du biologique sur le biographique est dans ces différents cas d’autant plus remarquable que le premier n’est guère plus fiable que le second.
C’est ce que vous appelez l’avènement d’une «citoyenneté biologique» ?
En effet, c’est la reconnaissance d’une place légitime dans la société sur la base de critères biologiques - une affection ou un test osseux. Prenons un autre cas. Le saturnisme infantile, c’est-à-dire l’intoxication au plomb par ingestion ou inhalation de vieilles peintures, touche essentiellement des enfants de familles migrantes. Il a fallu qu’on découvre cette maladie dans les années 80 pour qu’on pose enfin dans l’espace public la question du logement particulièrement insalubre de ces populations et qu’on cherche des solutions pratiques. Pour mobiliser les autorités, les associations ont dû traduire des inégalités sociales dans le langage de la maladie, de la souffrance, de la biologie.
Vouloir sauver des vies est un progrès. Pourquoi estimez-vous que c’est aussi un risque ?
Il n’y a pas lieu de contester la légitimité de l’action humanitaire. Mais elle se fait au détriment d’autres approches. Prenons le cas des Territoires palestiniens. Pour alerter sur la souffrance des jeunes hommes menant l’intifada, les ONG les ont présentés comme des victimes, des êtres traumatisés par l’occupation. Ils le sont sans doute, mais les considérer uniquement ainsi fait perdre la signification politique de leur geste. On risque de les priver de leur parole, qui est celle d’une révolte, et de leur histoire, qui est celle d’une oppression : ce ne sont pas seulement des gens qui souffrent, ce sont des hommes spoliés et humiliés qui refusent leur condition. Walter Benjamin avait déjà pointé ce risque d’une vie réduite au seul fait de vivre, comme il le dit. La citoyenneté biologique restreint l’espace des droits sociaux. L’urgence humanitaire réduit la force de la demande de justice sociale.
Comment expliquer ce paradoxe : la vie est devenue à nos yeux inestimable, mais on le voit tous les jours, toutes les vies n’ont pas le même prix…
L’idée que la vie humaine pouvait avoir un équivalent monétaire a fini par s’imposer au XIXe siècle, avec l’essor des assurances vie et l’indemnisation des accidents du travail. Mais toutes les vies n’ont pas le même prix. Un fonds de compensation des victimes du 11 Septembre a ainsi été créé après l’attaque du World Trade Center. Les familles ont été indemnisées en fonction, notamment, des revenus de leurs proches décédés. Ce qui a amené à ce que certaines familles obtiennent des réparations huit fois plus élevées que d’autres et à ce que, parmi les victimes, mécaniquement, les femmes se voient accorder une valeur un tiers plus faible que les hommes. Il y a aussi des inégalités de traitement selon l’événement tragique dans lequel on trouve la mort : ni l’attentat d’Oklahoma City en 1995 (168 décès), ni l’ouragan Katrina en Louisiane en 2005 (1 245 décès) n’ont ouvert le droit à des indemnisations par les pouvoirs publics. Le World Trade Center était un élément fédérateur contre un ennemi extérieur. Dans le cas d’Oklahoma City, l’ennemi était intérieur : c’était un ancien militaire blanc. Dans le cas de la Lousiane, les victimes étaient essentiellement des Noirs américains. Mais parler de vies inégales va bien plus loin.

Il y a des inégalités invisibles, comme celles mesurées par les statistiques. On croit bien souvent qu’on meure plus ou moins tôt pour des raisons génétiques ou par manque de chance. Or les individus ne sont pas égaux face au diabète, au cancer, mais aussi aux accidents ou aux suicides. En France, les ouvriers meurent deux fois plus que les cadres supérieurs entre 35 et 65 ans. Des études récentes ont montré que l’expérience même de la discrimination et de la dépréciation a un effet néfaste sur l’espérance de vie. Comme l’écrivait Maurice Halbwachs il y a un siècle, la mort n’est pas une sorte de fatalité, elle est la conséquence de «l’importance attribuée à la vie humaine». Or la question des vies inégales est peu abordée dans nos sociétés. Cette inégalité n’est, du reste, pas uniquement quantitative, comme le révèlent l’évaluation monétaire et la mesure de la mortalité : elle est aussi qualitative. Elle se lit dans les conditions de vie faites à certaines parties de la population, qu’il s’agisse de logement, d’éducation, de travail, de rapport à la police, à la justice et à la prison. Ainsi faudrait-il entendre l’expression «espérance de vie» non seulement dans le sens de durée moyenne de l’existence, comme le disent les démographes, mais aussi dans le sens ce qu’on est en droit en attendre en fonction de qui l’on est et où l’on vit : ce qu’on peut en espérer.
Continuer de dire et de croire que la vie est notre valeur suprême, est-ce alors une manière de s’aveugler ?
On le voit dans la manière dont nos gouvernants parlent des migrants. Le chef de l’Etat dit à Calais : «Notre honneur est d’aider sur le terrain celles et ceux qui apportent l’humanité durable dans la République.» Ses propos sont démentis sur le terrain par les actions des agents qui, à la demande du pouvoir, œuvrent de manière aussi indigne qu’inefficace. Mais il est important de faire croire et de se faire croire que toutes les vies auraient le même prix. Sinon, ce serait tout notre édifice humaniste qui s’effondrerait. L’honneur, aujourd’hui, est du côté de celles et ceux qui dénoncent cette mystification.

Sonya Faure Recueilli

mardi 2 janvier 2018

Prédation et pillage de l'Afrique versus refoulement des migrants africains en Europe: le beurre et l'argent du beurre de l'Occident



Multinationales occidentales, un vrai cancer en Afrique. 

Par Rebecca Tickle


 À l'instar de l'histoire des réfugiés sud-soudanais, centrafricains, congolais et tant d'autres, la majeure partie des migrants africains se déplacent péniblement au sein du continent, au gré des combats et en étau entre les fronts, sans jamais le quitter. 

L'Occident, devenu hystérique face aux migrants africains abordant l'Europe, s'en fiche royalement des millions qu'il feint de ne pas voir. Or la part de responsabilité des pays occidentaux dans les conflits en Afrique et la malgouvernance de la classe politique qu'on manipule et cautionne à gogo, est incommensurable.

En effet, au cœur de la monumentale ingérence occidentale dans les affaires africaines se trouvent les ressources naturelles sans lesquelles les pays européens intéressés ne survivraient pas.

De l'Afrique centrale à l'Afrique de l'Ouest, en passant par le grand Sahel, tout est mis à feu et à sang pour mieux rafler les ressources. Le pétrole, l'or, le coltan, le diamant, l'uranium, sans oublier la multitude de minéraux dont regorge aussi le sous-sol africain, rendent superflues les populations face à la plus grande prédation de tous les temps.

Selon Global Financial Integrity (centre de recherche américain), "les multinationales occidentales sont de loin les premiers fauteurs de la misère en Afrique depuis 1970."

Pour le compte de la France, il s'agit de Bolloré, Michelin, Total-Elf, Areva, Bouygues, Tereos.... "Véolia, BNP Paribas, Natixis, Crédit Agricole, Alcatel, Accor, Gaz de France, Michelin, Alsthom, Air-France-KLM, liste non exhaustive à laquelle il faudrait ajouter les marchands d’armes et quelques autres groupes, dans l’agro-alimentaire par exemple." (Survie).

Shell (Hollande), Agip (Italie), Chevron Texaco (USA), Glencore (Suisse), Sogem (Belgique), Afrimex (Royaume-Unis), etc. ne sont que quelques acteurs dans les immenses spoliations occidentales en Afrique, en termes de droits humains et écologiques.

Ces questions étrangement sont pourtant totalement absentes dans la gestion des flux migratoires de l'Afrique vers l'Europe. De plus les mesures prises sont purement de type "tête d'autruche dans le sable". On ne résoud pas un problème en balayant la poussière sous le tapis.

C'est ainsi que je me remémore invariablement ici les mots visionnaires que nous a transmis Aimé Césaire, les premières lignes de son Discours sur le colonialisme.

"Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente.

Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte.

Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde."

La migration africaine n'est qu'une introduction à la (pré)vision du grand Césaire.

RT

samedi 23 juillet 2016

Les diasporas, vecteurs d’influence ou de fragilisation des Etats?

LE MONDE | 21.07.2016 Par Stéphane Dufoix (professeur de sociologie)


Le syllogisme est assez simple et, du coup, apparemment imparable. Les diasporas font partie de la mondialisation. La mondialisation menace les Etats-nations et leur souveraineté. Donc les diasporas menacent les Etats-nations et leur souveraineté. On pourrait presque s’arrêter là tant la démonstration semble tenir debout et susciter l’approbation. Pourtant, à y regarder de plus près, chacune de ces affirmations mérite qu’on y revienne.

D’une part, qu’est-ce qu’une diaspora ? Initialement religieux, longtemps limité au seul peuple juif, le sens du mot se transforme au cours du XXe siècle pour progressivement désigner les fractions d’un peuple vivant en dehors des frontières « naturelles » ou « historiques » de ce dernier (la diaspora kurde ou chinoise), ou encore la localisation d’une de ces fractions (la diaspora malienne en France).

La charge négative du terme appliqué aux seuls juifs avant la fondation d’Israël ou à d’autres nations sans Etat a disparu au profit d’une version positive, où diaspora ne signale plus la perte mais, au contraire, le lien entre un référent d’origine (une terre ou un Etat) et les fractions disséminées de ce peuple. De la sorte, ce qui se multiplie avec la mondialisation, ce ne sont pas les migrations – contrairement aux apparences, nous ne vivons pas à l’époque où les gens se déplacent le plus en proportion de la population mondiale, notamment par rapport à la fin du XIXe siècle – mais la capacité de conservation ou de recomposition du lien en dépit de la distance.

Ensuite, en quoi la mondialisation menace-t-elle la souveraineté des Etats-nations ? Il s’agit en l’occurrence de l’interprétation la plus courante de la mondialisation, celle qui émerge à partir du début des années 1990, et selon laquelle la forme stato-nationale, caractérisée par la coïncidence entre un territoire, une population et une administration, ne serait en aucune manière adaptée au nouveau régime des flux (de capitaux, d’informations, de personnes). On trouve ainsi chez des auteurs comme Kenichi Ohmae ou Arjun Appadurai l’idée selon laquelle la mondialisation signerait la fin de l’Etat-nation.

Des îlots ambigus

La sociologue américaine Saskia Sassen a, en revanche, présenté une interprétation beaucoup plus convaincante : la mondialisation – notamment sous sa forme de dérégulation économique – n’est ni un processus contre ni un processus sans les Etats, car elle est en grande partie la conséquence de décisions étatiques – nationales ou internationales – de libéralisation des échanges. L’Etat se compose de secteurs nationaux mais aussi de secteurs largement globalisés profitant de la mondialisation.
Enfin, les diasporas saperaient la souveraineté territoriale en raison de leur caractère transnational et de leur déterritorialité. Elles organiseraient entre les frontières des liens empêchant une bonne intégration des populations étrangères et de leurs descendants au sein de la société nationale. Elles constitueraient potentiellement des têtes de pont par lesquelles l’Etat d’origine tenterait de faire pression sur les autorités nationales afin de maximiser ses intérêts. Elles seraient des îlots ambigus, puisque même ceux qui posséderaient la nationalité du pays de résidence la partageraient avec celle de leur pays d’origine ou, à tout le moins, manifesteraient un lien à l’égard de ce dernier.

Pourtant, considérer que les diasporas fragilisent la souveraineté nationale est une vision largement simpliste de la réalité, notamment parce qu’il s’agit d’une vision territorialo-centrée de la réalité, dans laquelle le territoire national est encore largement considéré comme un conteneur identitaire, politique, économique et social borné par des frontières qui le distinguent d’un extérieur potentiellement hostile et, dans tous les cas, susceptible de venir dissoudre l’unité interne.

Davantage de doubles citoyennetés

Dans la plupart des pays, la présence sur un territoire de minorités considérées comme non assimilées parce qu’elles conservent leur langue, leur culture, leur religion, voire leur nationalité, donne lieu au soupçon, à la méfiance ou à l’hostilité. De fait, ces types de réaction à la présence de l’Autre ne constituent en rien une nouveauté, surtout en des périodes où l’incertitude structurelle est forte – guerres, révolutions, crises. L’historienne Sophie Wahnich a bien montré que la survenue de la guerre contre la coalition européenne au début des années 1790 a fortement modifié la relation aux étrangers vivant alors en France, y compris à ceux qui avaient épousé la cause de la Révolution.

Par ailleurs, la loi française du 7 avril 1915 sur la dénaturalisation des sujets ennemis – à laquelle il a constamment été fait référence dans les débats récents sur la déchéance de nationalité – se présentait comme une réaction à l’article 26 de la loi allemande du 22 juillet 1913, dite loi Delbrück, dans lequel le Reich autorisait un sujet allemand à ne pas perdre sa nationalité en cas de naturalisation dans un autre pays.

La tendance à saisir les populations étrangères sur le territoire comme des métastases ne serait donc en rien modifiée par notre vision d’un monde globalisé? Bien sûr que si

Alors, rien de nouveau ? La tendance à saisir les populations étrangères sur le territoire comme des métastases ne serait donc en rien modifiée par notre vision d’un monde globalisé ? Bien sûr que si, mais d’une manière bien plus complexe qu’on ne l’imagine généralement. Il est exact que l’extraordinaire accélération des capacités technologiques à réduire le temps nécessaire à la transmission d’informations a permis de maintenir la communauté d’esprit sans la communauté de sol. Il est tout aussi exact que, depuis une trentaine d’années, les Etats tolèrent de plus en plus la double nationalité, ce qui est aujourd’hui le cas d’environ 70 % d’entre eux.

Il en résulte également une augmentation des possibilités de double citoyenneté, où les nationaux vivant à l’étranger peuvent voter à distance pour les élections nationales et se voir représentés dans les assemblées parlementaires. C’est la raison pour laquelle, en 2004, Samuel Huntington écrivait, dans Qui sommes-nous ?, que les diasporas, en particulier hispanophones, mettent en danger le credo américain anglo-protestant. Bien souvent, les diasporas qui « posent problème » sont ainsi celles du « Sud », des pays non occidentaux, car elles représentent une menace pour l’identité nationale mais aussi, plus généralement, pour la civilisation.

Des politiques « diasporiques », même en Occident

Cependant, encore une fois, cette vision est hypermétrope. Certes, on observe, depuis trois décennies environ, une transformation des régimes d’attention portés par certains Etats dits du Sud à leurs ressortissants, voire à leurs ressortissants d’origine. A la fin des années 1970, la mise en œuvre par la Chine d’une politique d’incitation des émigrés chinois à investir sur le territoire a fait des émules. Le fait qu’environ 70 % de l’investissement direct étranger en Chine proviennent désormais de cette source – ce qui représentait 72 milliards de dollars (65 milliards d’euros) en 2005 – n’y est pas pour rien, et des Etats comme l’Inde se sont empressés, dans les années 1980, d’imiter le cas chinois.

Il est tout aussi vrai que les diasporas peuvent jouer un rôle de relais du gouvernement de leur pays d’origine afin d’influencer la politique étrangère du pays d’accueil, notamment dans les régimes où le lobbying est légitime. Si l’on évoque souvent le lobby juif américain, l’influence exercée par les lobbys gréco-américain et arméno-américain est tout aussi grande, en particulier quand elles s’additionnent pour faire passer au Congrès des résolutions antiturques, comme ce fut le cas en 2011 avec le vote de la résolution 306 de la Chambre des représentants, accusant la Turquie de discrimination religieuse.

Ce sont les diasporas des autres qui peuvent être considérées comme des menaces. En revanche, sa propre diaspora est de plus en plus souvent envisagée comme un atout

Ceci étant posé, il serait erroné de postuler que seuls les Etats non occidentaux développent ces politiques. Concrètement, vu d’un territoire national, ce sont les diasporas des autres qui peuvent éventuellement être considérées comme des menaces pour la souveraineté ou pour l’identité nationale. En revanche, sa propre diaspora est de plus en plus souvent envisagée comme un atout économique, une force diplomatique ou paradiplomatique, un vecteur d’influence à l’étranger, une manne d’investissements, etc.

De nombreux Etats occidentaux ont pris cette voie. La lecture du rapport parlementaire d’octobre 2014 sur « l’exil des forces vives de France » montre éloquemment que la France, non seulement n’hésite plus à nommer « diaspora » l’ensemble de ses expatriés, mais qu’elle entend aussi déployer une politique « diasporique » visant à s’appuyer sur les expatriés sans obligatoirement les inciter au retour.

L’espace et l’identité de la nation reconfigurés

Cette forme d’action publique s’inscrit généralement à l’intérieur d’une reconfiguration de l’espace de la nation et de l’identité nationale, où la diaspora devient un atout et une partie intégrante de la nation. Depuis le début des années 2000, l’Australie s’appuie ainsi sur sa diaspora pour accréditer son nouveau statut de pays d’émigration, et non plus de pays d’immigration, au moment précis où elle ferme ses frontières à l’immigration et à l’asile. Les pays européens ne sont pas en reste. Du 19 au 21 juin 2003, les représentants de 24 pays d’Europe se sont réunis en Grèce pour un sommet des diasporas européennes, afin d’« enclencher un processus de renforcement des liens entre l’Union européenne et les diasporas ».

Enfin, il peut sembler paradoxal de se plaindre de l’organisation de politiques de diaspora par les Etats du Sud, alors même qu’elles font partie des « bonnes pratiques » soutenues par des organisations internationales, telles que la Banque mondiale ou l’Organisation internationale pour les migrations, qui y voient un moyen pour ces Etats d’organiser leur développement économique sur des fonds en provenance de leur diaspora plutôt que sur l’aide occidentale au développement.

Sans une connaissance plus précise des relations complexes par lesquelles les logiques territoriales et transétatiques, non seulement se chevauchent, mais aussi ne constituent en rien la nature des Etats, d’une part, et des diasporas de l’autre, dans une vision où tout se ramènerait à un jeu à somme nulle, nous nous condamnons à continuer de penser dans un monde huntingtonien divisé en civilisations statiques et mutuellement menaçantes.

Stéphane Dufoix. 
Stéphane Dufoix.
Stéphane Dufoix est professeur de sociologie à l’université Paris-Ouest-Nanterre-La Défense (laboratoire Sophiapol) et enseignant à Sciences Po Paris. Membre honoraire de l’Institut universitaire de France, il travaille actuellement à une enquête de sociologie historique sur l’émergence du concept de globalisation.

Par Stéphane Dufoix (professeur de sociologie)

dimanche 17 janvier 2016

France: Les demandes d’asile et de visa en hausse depuis six ans


Les décodeurs, Le Monde 15.01.2016

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La France attire les étrangers. Selon des données publiées vendredi 15 janvier par la Direction générale des étrangers en France (DGEF), le nombre de visas demandés a augmenté de 13,5 % entre 2014 et 2015, et reste en hausse constante depuis 2009.

Cette expansion est surtout alimentée par les visas de court séjour, signe de la bonne santé du tourisme (824 384 visas accordés à des Chinois, en hausse de 37 %), bien que l’immigration de plus longue durée soit aussi en augmentation.
 
Des demandes de visa en hausse de 13,5 % en 2015
 
Les visas de court séjour ou de transit (principalement pour le tourisme) constituent la plus grande part des demandes, selon la Direction générale des étrangers en France.
 
0 500000 1000000 1500000 2000000 2500000 3000000 3500000 4000000 visas de court séjour accordésvisas de long séjour accordésdemandes de visa refusées2009201020112012201320142015
Source: DGEF
 
Le plus notable, en 2015, c’est la hausse des demandes d’asile, conséquence de la crise migratoire sans précédents en Méditerranée.

Les demandes d'asile en hausse de 22,1 % en 2015
 
Les dossiers acceptés sont également en hausse de 33,3 % par rapport à l'année 2014, selon la Direction générale des étrangers en France
 
0 20000 40000 60000 80000 100000 120000 Demandes d'asileattribution de l'asile2009201020112012201320142015
Source : DGEF
 
On le note dans la provenance des demandeurs : de plus en plus de Syriens (plus de 3 500, contre 2 000 l’année précédente), et d’Irakiens.

En 2015, les Soudanais en tête des demandeurs d'asile
 
La Syrie, 5e en 2014, prend la deuxième place, alors que l'Irak entre dans le classement. Les données, en provenance de l'OFPRA, ne sont que provisoire, car elles comptent pour décembre des demandes non encore enregistrées.
 
0 1000 2000 3000 4000 5000 6000 demandes d'asileSoudanSyrieKosovoHaïtiRépublique démocratique duCongoBangladeshChineAlbanieIrakAlgérie
Source: DGEF
 
Toutefois, le nombre de demandes d’asile en France est sans commune mesure avec l’explosion enregistrée en Allemagne en 2015. Le gouvernement Merkel doit en effet gérer un afflux cinq fois plus important que l’année précédente.
Les acquisitions de nationalité sont également reparties à la hausse depuis trois ans après un durcissement observé jusqu’en 2013. La naturalisation par mariage est celle qui progresse le plus en France.

Les naturalisations repartent à la hausse en 2015
 
L'acquisition de nationalité par mariage a augmenté de 27 % en un an, et celle par décret de 6,9 %, selon la Direction générale des étrangers en France
 
0 20000 40000 60000 80000 100000 120000 140000 par décretpar mariage2009201020112012201320142015
2013
● par décret: 52 207 naturalisations
● par mariage: 17 513 naturalisations
Total : 69 720 naturalisations
Source: DGEF