Ils pourront expulser, enfermer, et même tuer autant de noirs, d'arabes, et de populations issues des minorités, que cela ne changera fondamentalement rien au basculement démographique et économique encours.
C'est toute la stupidité de la hantise exercée sur ces gens racistes et xénophobes par ce qu'ils assimilent à "un grand remplacement", mais qui correspond simplement à l'ordre inéluctable de l'évolution naturelle de la planète vers le grand métissage.
Joël Didier Engo, Président de l'association NOUS PAS BOUGER
Au terme de longs mois d'incertitude puis de la précarité des statuts accordés aux réfugiés africains en provenance d'Ukraine (récépissés successifs d'une durée mensuelle suivis d'OQTF), nous avons dû rediriger vers l'Allemagne ceux d'entre eux qui sont détenteurs de cartes de résident ou de la nationalité ukrainienne.
Il nous est simplement inconcevable de laisser ces personnes déjà éprouvées par le départ sous les bombes en l'Ukraine, d'être à la merci des discriminations de nature xénophobe et raciste pratiquées ouvertement dans les préfectures et sous-préfectures françaises, tout à l'opposé du traitement privilégié accordé par celles-ci aux réfugiés blancs Ukrainiens.
En Allemagne ce phénomène est atténué et presqu'inexistant, les ressortissants africains remplissant les critères énoncés plus haut (résidents ou nationalité Ukrainienne) se sont immédiatement vus accorder un statut de réfugié (délivrance de cartes de séjour pluriannuels) similaire à leur homologues blancs Ukrainiens, en conformité avec les principes adoptés au début de la guerre en Ukraine par les pays membres de l'union européenne (UE).
Au fond toute la différence réside dans la manière dont chaque pays européen s'attaque réellement au racisme, et particulièrement à la négrophobie sur son sol, indépendamment de la guerre en Ukraine. En la matière force est de reconnaître que la France s'en accommode officiellement, notamment dans l'escalade réactionnaire que se livre la majorité macroniste au pouvoir avec son opposition d'extrême droite du Rassemblement national (RN).
Environ 634 millions d’euros. C’est la somme qu’aurait dépensée l’Etat en 2022 pour organiser l’accueil de quelque 100 000 Ukrainiens en France, d’après la Cour des comptes, qui a rendu public un audit sur le sujet, mardi 28 février. Sur cette somme, plus de 253 millions d’euros auraient été consacrés à l’hébergement et plus de 218 millions d’euros au versement d’une allocation de subsistance.
En dépit de ces coûts, la Cour des comptes livre un rapport en forme de satisfecit vis-à-vis des pouvoirs publics qui ont su, notamment, privilégier une gestion souple et déconcentrée des conséquences de l’invasion russe de l’Ukraine le 24 février 2022, en s’appuyant sur la création dès le 9 mars 2022 d’une cellule interministérielle de crise Ukraine (CIC Ukraine) ou encore le recours aux préfets de département pour gérer les flux d’arrivées des déplacés d’Ukraine et l’animation des acteurs locaux de référence.
La cour relève en particulier l’effort déployé afin de mettre en place des lieux d’accueil : « Plus de 80 sites ont été ainsi ouverts entre mars et août 2022 », qui ont concentré tout à la fois « le diagnostic social et de santé, l’émission de titres de séjour, les formalités pour l’obtention des droits, le premier hébergement et les premières aides, ainsi que l’orientation vers des hébergements ou logements de moyen terme ».
A l’intérieur de ces « hubs », la protection temporaire a ainsi été délivrée aux réfugiés ukrainiens, de sorte qu’ils ont aussitôt bénéficié d’un ensemble de droits (autorisation provisoire de séjour, accès aux droits sociaux et aux soins, scolarisation des enfants mineurs, autorisation d’exercer une activité professionnelle, accompagnement social…) et notamment le versement d’une allocation de demandeur d’asile « dans des conditions exceptionnellement favorables », souligne la Cour. Cette allocation, qui représente 6,80 euros par jour pour une personne, a été automatiquement majorée de 7,40 euros pour les Ukrainiens (jusqu’en octobre 2022) alors que ce cas de figure n’est en théorie prévu que pour les demandeurs d’asile n’étant pas hébergés gratuitement par l’Etat.
Hébergés immédiatement
En l’espèce, les Ukrainiens ont pu être hébergés immédiatement. D’après la Cour des comptes, « plus de 87 000 places [ont été créées], dont près de 60 000 demeuraient actives à la fin de l’année 2022 ». Parmi elles, l’hébergement collectif financé directement par l’Etat a représenté un tiers des réponses « pour un coût unitaire représentant presque le double de celui des dispositifs offerts aux demandeurs d’asile classiques, du fait de l’urgence des mises à l’abri et de l’incertitude pesant sur la durée du conflit ».
Ainsi, « le coût par place et par jour s’est élevé à 38 euros en moyenne nationale, là où la mise à l’abri de droit commun en nuitée hôtelière est en moyenne inférieure à 20 euros et à 18 euros dans le dispositif national d’accueil des demandeurs d’asile », mettent en avant les auteurs du rapport.
A côté de ça, l’hébergement citoyen a représenté près de la moitié des solutions de prise en charge des déplacés d’Ukraine. Mais le nombre de personnes ainsi logées est passé de plus de 23 000 fin septembre à moins de 13 000 à la mi-octobre 2022, soulignant les limites du dispositif, avec des ruptures d’hébergement avant l’été ou à l’approche de l’hiver, dans un contexte notamment « d’alourdissement des coûts de l’énergie ».
« Résultats modestes » de l’insertion professionnelle
Par ailleurs, l’objectif d’orientation vers des logements pérennes, dans le parc social comme privé, s’est heurté à la fragilité économique des ménages ukrainiens et à l’incertitude liée à la guerre et à un éventuel retour au pays. De sorte qu’à la fin de l’année 2022, seuls « 8 500 logements étaient occupés par plus de 27 000 personnes ». Désormais, insiste la cour, l’Etat fait face à l’enjeu d’« adapter des dispositifs conçus comme temporaires à une inscription dans un temps plus long, alors même que leur public ne manifeste pas nécessairement davantage de projets d’installation pérenne ».
Le dispositif d’insertion professionnelle connaît à ce titre « des résultats modestes », constate la cour, qui évoque moins de 13 000 personnes ayant travaillé sur un total de 85 000 adultes.
Parmi les pistes de travail évoquées par les auteurs, figure la possibilité de mettre à contribution financière les Ukrainiens hébergés gratuitement, dès lors qu’ils ont des ressources notamment liées à un emploi ; ou encore celle d’orienter plus fortement des Ukrainiens vers les zones où l’offre de logement est plus large dans une logique de « responsabilisation des bénéficiaires de droits », préconise la cour.
Dans ce contexte, et tandis que 2 000 à 4 000 réfugiés continuent d’arriver en France tous les mois, la cour s’étonne que la loi de finances pour 2023 ne prévoit « aucun crédit pour financer les actions en faveur des publics ukrainiens accueillis ». Elle évoque à ce titre un défaut de sincérité et un manque de visibilité.
C'est aussi cela la France, la seule supposée grande démocratie occidentale où
on se lève le matin et se couche le soir avec un fasciste (notoirement
négrophobe, arabophobe, et islamophobe)
en vedette dans tous les médias...
Tant qu'il peut ainsi stigmatiser ouvertement les arabes, les noirs, les
musulmans et tous ceux qui ne seront jamais assez dignes d'être Français...la
France officielle, politique et médiatique applaudit (pour son "talent" nous
dit-elle). Et même elle en redemande.
Comment pensez-vous donc que des jeunes
issus de l'immigration puissent décemment se reconnaître puis revendiquer une
quelconque appartenance à un tel pays, à cette république voulue égalitaire et
fraternelle qui affiche ouvertement sans la moindre gêne son rejet de sa grande
diversité raciale et culturelle???
C'est aussi cela la manifestation de ce
racisme systémique enkysté dans les arcanes d'une république qui se complaît
dans le déni officiel, en s'abritant généralement derrière une laïcité
essentiellement d'exclusion et une ségrégation insidieuse.
Ça y est, ils y sont parvenus...pourrait-on aisément en déduire. Tant nous avons vu prospérer un acharnement politico-mediatico-judiciaire sans précédent depuis son premier sketch raté considéré comme antisémite sur TF1.
Ce fut véritablement le début d'une descente aux enfers, ponctuée d'une escalade antisémite puis d'infinis procès à l'appel, qui ont fini par l’empêcher pratiquement d'exercer son métier d'humoriste en France, car privé de salles de spectacles puis de diffuseurs dans les réseaux sociaux.
Vivement que tous les négrophobes, arabophobes, islamophobes et xénophobes notoires qui polluent encore l'espace public français, dont les médias généralistes, puissent connaître un sort similaire!!!
Nous donnerons alors plus de crédibilité au combat que certains d'entre-nous menons sans distinction d'origine ethnique ou de religion contre toutes les formes d'intolérance et de racisme en république; évitant notamment à nombre de ses victimes d'origine africaine et maghrébine de céder à la tentation du repli communautaire, ou pire encore à l'antisémitisme imbécile des cages d'escaliers.
Parce que celui-ci prospère d'abord - ayons l'honnêteté de le souligner - sur le déni officiel, mais aussi un profond sentiment d'injustice, puis cette perception d'un deux poids deux mesures devenu particulièrement insupportable dans une république voulue égalitaire et fraternelle.
Nous ne cesserons pas même sous la pression insidieuse de relever ces graves contradictions.
Le racisme est peut-être plus brut et visible dans la police, quand
partout ailleurs jusque dans la grande "famille" dite de la gauche
française il est subtil, enrobé dans une compassion misérabiliste voulue
amicale, fraternelle, voire charnelle...Donc extrêmement difficile à
décrypter et du coup à combattre, pourtant tout aussi prégnant et
répandu.
Alors méfiance.
Croyez
d'abord en vous et déterminez-vous en accord avec vos valeurs, sans
être l'otage d'une quelconque idéologie!
En
France règne en effet une loi du silence voulue républicaine
consacrant un véritable tabou officiel sur le racisme, auquel il ne
faut surtout jamais faire la moindre allusion. Au risque de
représailles...C'est pourquoi, malgré la multiplication des crimes
racistes aux États-unis d'Amérique, j'ai davantage confiance en la
capacité collective de remise en question et d'évolution lente de
la société américaine, qu'à l'emprise du tropisme esclavagiste et
colonial dans nombre d'institutions de notre douce France (pas si
douce lorsqu'on la connaît bien de l'intérieur).
Le
racisme est un fléau hélas très répandu dans les différents
corps de l'État, et dont celui-ci ne veut absolument pas s'attaquer
de front, au risque de saborder tout un vieil édifice bâti sur des
discriminations raciales enracinées, un système d'exploitation des
anciennes colonies, et la prégnance d'un sentiment de supériorité
civilisationnelle. On peut ainsi comprendre aisément pourquoi un
débat comme celui qui a cours aux États-Unis d'Amérique à la
suite du meurtre de George Floyd est torpillé et étouffé en France
(sur Adama notamment) au nom d'un semblant de Justice et d'égalité
républicaines ...Les médias de grande écoute dits libres préférant
toujours regarder ailleurs (le racisme n'existe bien évidemment
uniquement chez les autres, les américains).
Voilà
comment se transmet génération après génération une culture
raciste et xénophobe du déni permanent.
Technique habituelle de déni du racisme aussi vieille que l'histoire de
l'esclavage, de la colonisation puis des ségrégations raciales:
l'instrumentalisation politique de la "bonne négresse" ou du "bon nègre"
de service...
Désolé, certains trouveront peut-être ces termes
excessifs, mais ils traduisent de manière directe et franche la triste
réalité d'une grande démocratie qui refuse délibérément de s'attaquer
frontalement à la négrophobie (appelons en effet ce racisme caractérisé
par son nom), en instrumentalisant comme
tous les pouvoirs négrophobes des femmes ou des hommes de couleur en
posture d'exemplarité pour taire toute forme de débat, et empêcher ici
la moindre contestation légitime ou manifestation publique sur un sujet
sensible - violences racistes de la police - sur lequel la France se
révèle particulièrement mal à l'aise (en raison de son histoire
coloniale et de l'impunité générale assurée aux auteurs).
Saura-t-elle encore taire des millions d'afro-descendants français qui,
fort de la mondialisation et de leur insertion inévitable dans le
tissus social, économique ou politique, refuseront sous la contrainte de
dire la vérité?
J'en doute fortement.
Il s'agit d'une véritable bombe à retardement que nous gagnerions collectivement à
désamorcer dans le cadre de la république, avant qu'elle ne nous
échappe complètement.
Être noir se révèle encore trop souvent une tare raciale et sociale au sein des sociétés dites civilisées en occident
Certains diront que ce n'est pas mieux dans certaines contrées
africaines, où les anciens maîtres colons ont su se faire remplacer ou
sont représentés par des roitelets nègres bien plus intolérants et
cruels à l'égard de la diversité et des minorités, que ne peuvent
précisément l’être les pires racistes aux USA, en France ou en Grande
Bretagne...pays où les lois protègent contre et surtout punissent
sévèrement les crimes racistes.
Peut-on en dire autant des
crimes ethno-fascistes et tribalistes perpétrés par des dignitaires,
partisans et lieutenants de certains pouvoirs en place en Afrique,
notamment au Cameroun? Malheureusement Non et j'en apporte la preuve
tous les jours.
Je ressens parfois comme
une sorte de tragédie nègre qui vous suit ou vous rattrape quelque soit
l'endroit, sous une forme ou une autre.
C'est elle que nous dénonçons et combattons. Parce que nous aspirons simplement à mener des vies "normales".
Mais est-ce qu'un raciste notoire peut être rationnel sur un crime raciste??? Franchement NON...
Honte aux télévisions et autres médias français qui continuent
d'inviter comme si de rien n'était ce triste personnage condamné pour provocation à la haine raciale et désormais multirécidiviste.
Toute la différence avec les États-unis tient aussi en cette forme de
promotion officielle évidemment non assumée du racisme en France, à
travers des médias de grande écoute, au nom de la liberté d'expression.
Ce sont en plus les mêmes milieux politiques et médiatiques qui
reprochent aux personnes indignées d'en faire trop ou de verser dans la
victimisation au motif qu'il reviendrait - comme l'a soutenu Mme Hidalgo
- uniquement à la justice et au droit de combattre le racisme.
J'emmerde Zemmour et tous ceux qui pensent comme lui que nous en faisons
collectivement trop et serions uniquement dans "l'émotion" en nous
insurgeant contre le meurtre d'un homme noir par un policier blanc en
raison de sa couleur de peau et rien d"autre.
Ce visage raciste des médias français fait littéralement gerber!!!
Joël Didier Engo, Président de l'association NOUS PAS BOUGER
«Bougnoules», «nègres», «fils de pute de juifs»: quand des policiers racistes se lâchent
Médiapart 4 juin 2020 Par Camille Polloni
En décembre dernier, un policier dénonçait ses collègues après avoir
découvert qu’ils échangeaient des messages racistes, antisémites,
sexistes et homophobes dans un groupe WhatsApp privé. Cinq mois plus
tard, ils sont toujours en poste, en attendant leur passage en conseil
de discipline.
«Le racisme n’a pas sa place dans la police
républicaine », affirmait Christophe Castaner le 27 avril, après la
diffusion d’une vidéo dans laquelle des policiers traitaient un
interpellé de « bicot », à l’Île-Saint-Denis. La condamnation morale du
ministre, ferme, a été suivie d’effets : deux agents ont été suspendus à
titre conservatoire, sitôt l’enquête ouverte. Mais une autre affaire
démontre que la police a encore du ménage à faire dans ses rangs.
Mediapart et ARTE Radio ont eu accès à des dizaines de messages vocaux
échangés par des policiers, fin 2019, sur un groupe privé WhatsApp qui
comptait onze membres. Parmi ces agents, en poste ou anciennement en
poste à Rouen, six passaient des heures à s’envoyer des audios qui
relèvent du suprémacisme blanc.
Persuadés de l’imminence d’une «
guerre raciale », pour laquelle ils affirmaient stocker des armes, ces
policiers (titulaires et « adjoints de sécurité », les emplois-jeunes de
la police) accablaient d’injures tous les « ennemis de la race blanche »
: les femmes (des « putes », même les policières), les Noirs (des «
nègres »), les Arabes ( des « bougnoules »), les gens du voyage (des «
putain de manouches »), les Juifs (des « fils de pute » qui « dirigent
le pays » en compagnie des « gauchistes »), les homosexuels (des « pédés
»). « Pour vivre heureux, vivons casher », plaisantaient entre eux ces
policiers, soucieux de rester discrets sur leurs échanges. « On est
fichés F, F comme fachosphère. »
Comme le révélaient le quotidien
Paris-Normandie et le site 76actu dès le mois de janvier, ces faits ont
été découverts et dénoncés, en décembre 2019, par un policier noir de
43 ans. En poste à l’Unité d’assistance administrative et judiciaire
(UAAJ) de Rouen – un service qui sécurise la préfecture et le tribunal,
veille au bon déroulement des audiences et escorte les justiciables –,
ce sous-brigadier prénommé Alex se trouvait dans une guérite en
compagnie d’un adjoint de sécurité quand il a vu s’afficher des messages
mentionnant son prénom sur le grand écran de son collègue. Celui-ci a
accepté de lui montrer les échanges, puis d’en consigner une partie :
180 pages pour la seule période du 4 novembre au 26 décembre 2019.
Assisté de l’avocate Yaël Godefroy, Alex a adressé un rapport à sa
hiérarchie le 23 décembre et déposé plainte contre six de ses collègues
dans la foulée, pour « provocation non publique à la discrimination », «
diffamation non publique en raison de l’origine, l’ethnie, la
nationalité, la race ou la religion » et « injures non publiques en
raison de l’origine, l’ethnie, la nationalité, la race ou la religion ».
Le directeur départemental de la sécurité publique (DDSP), Éric
Maudier, a également signalé ces faits à la justice.
Mi-janvier,
le procureur de Rouen, Pascal Prache, a ouvert une enquête confiée à
l’IGPN. Sur le plan pénal, ces conversations à caractère privé ne sont
passibles que d’une contravention, pouvant aller jusqu’à 1 500 euros.
En parallèle, la direction départementale de la sécurité publique
(DDSP) a mené une enquête administrative, confiée à son service interne
de déontologie. Aujourd’hui « bouclée », selon une source policière,
cette procédure « va se traduire par un renvoi des fonctionnaires
concernés devant le conseil de discipline ». La date de l’audience n’est
pas encore connue. Dans la police, les conseils de discipline
débouchent sur des propositions de sanction – pouvant aller jusqu’à la
révocation –, entérinées ensuite par l’échelon central du ministère de
l’intérieur.
À ce stade, les policiers mis en cause exercent
toujours leur métier au contact du public. Ils n’ont pas fait l’objet de
suspension mais « ont été affectés à de nouvelles fonctions au sein de
leur service », précise cette source policière. Leurs téléphones n’ont
pas été saisis et ils se sont vantés, avant leur convocation, d’avoir
déjà effacé une grande partie des messages.
Inquiète de ne pas
voir avancer l’enquête, l’avocate d’Alex a écrit au procureur de la
République le 2 juin. Dans ce courrier, Yaël Godefroy s’étonne que son
client n’ait « pas été interrogé depuis son dépôt de plainte » tandis
que son collègue, celui qui lui a montré les messages dans la guérite,
n’a « toujours pas été entendu ». « Mon client craint la perte ou
l’altération des éléments de preuve », écrit Yaël Godefroy, pour qui «
il est impératif de faire constater et retranscrire ces messages en
intégralité » avant que « le contenu des échanges » n’ait disparu pour
toujours. Contacté par Mediapart, le procureur de Rouen indique que «
l’enquête confiée à l’IGPN est toujours en cours » et précise qu’« une
audition a d’ailleurs eu lieu » mercredi.
Cinq mois après sa
plainte, Alex a accepté de sortir du silence. Sans vouloir « décrire la
police comme un milieu malsain », il estime que le racisme « existe
vraiment » au sein de l’institution et reste « tabou ». Son témoignage,
recueilli par Ilham Maad pour ARTE Radio, est à écouter ci-dessous,
entrecoupé de messages audio échangés par ses collègues Gilles, Camille,
Julien, Thibaut, Xavier et Guewen. Une logorrhée sur l’inégalité des
races, dénonçant une « invasion » de l’Europe, mâtinée de paganisme et
de survivalisme, qui se complaît dans la répétition d’injures racistes
et d’allusions sexuelles.
« Plus de Noirs, plus d’Arabes et moins de gonzesses »
Certains des propos tenus visent directement Alex. Un adjoint de
sécurité de 19 ans critique ainsi son « travail de nègre », ouvrant la
voie à un déferlement de haine partagée contre les Noirs et les femmes.
Alex « doit charmer à mort de la pute à nègres blanche », disent ces
policiers, alors que « n’importe quelle gonzesse qui a un minimum de
jugeote sait qu’elle a affaire au nègre typiquement séducteur qui la
fera cocue à tous les niveaux ».
Une de leurs collègues, qu’ils
soupçonnent de fréquenter Alex, est traitée de « pute à nègre »,
laissant entrevoir une forme de jalousie perverse : « De toute façon,
les gonzesses ne veulent pas de mec bien, elles prennent le nègre qui
les saute et puis qui les lâche après. » L’un des policiers explique aux
autres que s’il était responsable de la formation de la police
nationale, il n’y aurait « plus de Noirs, plus d’Arabes et moins de
gonzesses ».
Avec une certaine constance, ces policiers s’en
prennent aux « filles qui aiment bien les bâtards » plutôt que « les
mâles blancs », avec une explication toute trouvée. « Vu que c’est les
Juifs et les gauchistes qui dirigent ce pays, on fait en sorte que la
fille aille vers le bougnoule ou le nègre. En Angleterre ou en
Allemagne, c’est pas comme ça, t’éduques ta fille pour qu’elle continue
dans la race aryenne. »
Ce vocabulaire issu du répertoire nazi
s’accompagne de spéculations sur l’avenir. « Ce que ces putes n’ont pas
compris, c’est que ça a beau être des racailles, des cassos, des putains
de bougnoules de merde, tôt ou tard elles vont finir par le payer. Par
exemple, quand il y aura l’effondrement économique, ils sauront pas les
protéger. […] Moi j’ai les armes par contre, donc avec les armes je
serai capable de pouvoir défendre mieux qu’un gros bâtard qu’elle a
choisi, mieux que son singe. » Un autre regrette que dans sa section,
les femmes soient « trop colorées ». « Y a que ça dans ma section, y a
que de la colorée. Y a deux blanches sur dix. […] Si je leur dis que je
suis fasciste, y en a plus aucune qui voudra me parler. »
S’ils
s’autoqualifient parfois de « fascistes » ou de « gros fachos », les
agents ont bien conscience que leurs échanges ne doivent pas être rendus
publics. L’un des messages rappelle que leur groupe privé n’est ouvert «
qu’aux hommes, et tous les hommes de l’unité n’y ont pas forcément
accès ». Ils sont visiblement à l’aise entre eux, laissant échapper à
l’occasion un rot ou un pet sonore, entre deux saillies sur « la race
blanche », « les chambres à air » (pour désigner les chambres à gaz) ou
la nécessité de « purger » la France.
Ils se lancent par moments
dans des diatribes sur les « chanteurs juifs », citant Daniel Balavoine
et Jean-Jacques Goldman, déclarés coupables de « propagande pro-nègre et
bougnoules ». Se demandent si le journaliste Jean-Michel Aphatie, « un
gros fils de pute qu’il va falloir abattre », est juif ou non, et en
concluent qu’il « a un phénotype assez suspect ». Quant aux « fils de
pute de la gauche », ils ne méritent rien d’autre qu’une « balle dans la
tête ». « T’es une merde de gauche, tu mérites de mourir. Poutine il
s’occuperait de ta gueule vite fait bien fait. Vivement la guerre
civile, vivement l’effondrement, y a pas que la diversité qui va prendre
cher, la gauche aussi, il va vraiment falloir éliminer ces fils de
pute. Un jour ou l’autre, il va vraiment falloir que ces enculés paient.
»
Dans l’attente de la « guerre civile raciale » dont ils
rêvent, les membres de ce groupe évoquent à plusieurs reprises leur
désir de s’armer ou les armes dont ils disposent déjà. L’un dit à ses
amis qu’il vient d’acheter un « fusil d’assaut ». Un autre affirme avoir
« dix armes à la maison ». Deux semblent en affaire pour des « grenades
flashbang » : « Moi je t’en prends quatre, comme ça j’en mets deux dans
mon sac et j’en ai deux chez moi. » Tandis qu’un des adjoints de
sécurité, regrettant de ne pas pouvoir être « calibré hors service »
(porter une arme), dit s’être acheté « deux-trois petites conneries pour
compenser » : « Une mini-lacrymo, ma télésco, mon choqueur de contact,
mon poing américain. »
Galvanisés, les amis inventent des slogans
– comme « Make Normandie viking again » – et des théories, façon
alt-right américaine : « Là où nous, les nationalistes racialistes, on
doit être assez malins, c’est laisser le combat intersectionnel les
obliger à s’exterminer entre eux. Ils vont déjà se séparer entre
pro-arabes et pro-juifs, se bouffer la gueule, par exemple Mélenchon est
très pro-arabe. Y a les féministes, tu sais pas sur quelle fesse elles
dansent, ces grosses putes. Les pédés LGBT tout ça, machin-bidule, c’est
pareil, les musulmans vont s’en charger. Quand les féministes, les
LGBT, les juifs, les bougnoules, les nègres qui sont pas musulmans vont
commencer à se bouffer la gueule entre eux, tu manges ton popcorn, tu
regardes la télé, tu aiguises tes armes et quand ils se sont bien
affaiblis tu achèves les bêtes. »
Parmi ces six policiers, l’un
se montre particulièrement actif : Gilles C., 46 ans, passé par la
Seine-Saint-Denis avant la Normandie. Alex le considère comme « le
gourou du groupe ». Sur WhatsApp, celui-ci partage des dizaines de liens
vers Démocratie participative, le site raciste et antisémite attribué à
Boris Le Lay, un néonazi français en fuite au Japon après plusieurs
condamnations pour incitation à la haine raciale. Un site dont il est
souvent question dans leurs échanges : « Moi quand j’écoute Démocratie
participative au palais, je mets mes écouteurs. J’ai le droit d’écouter
ce que je veux avec mes écouteurs. »
Caché derrière un pseudonyme
à consonance nordique, ce fonctionnaire « fan d’histoire », de heavy
metal et de fantasy poste aussi de nombreux commentaires sur Internet.
Au sujet du film Jojo Rabbit, une comédie satirique sur Hitler, il écrit
par exemple, en septembre 2019 : « Encore un film de propagande juif. »
Bien qu’il ait récemment supprimé sa page Facebook, il continue à
poster sous le même pseudonyme, notamment sur le réseau social russe
VKontakt (VK), très prisé de l’extrême droite. Le 27 mars dernier, alors
que l’enquête de l’IGPN est en cours, il félicite ainsi Boris Le Lay
sur son profil VK : « Super vidéo. Longue vie et prospérité de
Normandie. » Contacté par Mediapart, Gilles C. n’a pas donné suite.
« Je suis obligé de rester un minimum correct, parce que je suis flic »
Un autre membre du groupe, Thibault D., évoque quant à lui une chaîne
YouTube où il aurait posté des vidéos sur les armes et le survivalisme,
s’étonnant qu’elles aient été supprimées par la plateforme pour «
incitation à la violence ». Ses collègues lui conseillent alors de
passer par d’autres fournisseurs, mais Thibault D. estime que « la
monétisation » n’y est pas aussi intéressante que sur YouTube. Et
tranche la question : « De toute façon, je peux pas dire ce que je veux,
je suis obligé de rester un minimum correct, tout simplement parce que
je suis flic. Et que le jour où la hiérarchie tombe là-dessus, si elle
est pas déjà tombée là-dessus, je veux qu’on puisse rien me reprocher
d’illégal ou d’amoral, qu’on puisse pas me sanctionner. »
Parmi
les dizaines de messages écoutés, certains portent sur les personnes
dont les fonctionnaires ont la charge, au sein du Palais de justice. Les
protagonistes d’un procès d’assises sont traités de « gros nègre de
merde » et de « gros bougnoule », les interpellés dans les geôles de «
putains de manouches, gitans et autres finis à la pisse nés dans une
caravane ». Mais régulièrement, ces policiers se plaignent que leurs
opinions soient considérées comme racistes.
Fin décembre,
certains membres du groupe reçoivent une convocation, des mains de leur
commissaire. S’ils soupçonnent que leurs propos sur WhatsApp en sont la
cause, ils continuent tout de même à en discuter. « Les patrons ils
cassent vraiment les couilles, toujours à chercher la petite bête pour
te niquer la gueule », analyse l’un d’entre eux. Tout en insistant sur
le fait que « c’est privé », ils disent avoir commencé à supprimer leurs
échanges. Dans le volet disciplinaire de l’enquête, ils ont été
auditionnés le 6 janvier pour « manquements à la déontologie ».
Alex, le policier qui a porté plainte, se souvient d’avoir été « choqué »
par le contenu des messages. « Ça pousse à la folie, je n’en dormais
pas. Je vis tout seul. J’en ai parlé à mon frère, à des amis, mais
c’était dur. J’ai dû prendre sur moi et décider d’avancer. » « Ces
propos sont au-delà du supportable », complète son avocate Yaël
Godefroy, « ébahie par la violence » des termes employés. « Mon client
n’a même pas pu les lire en totalité. Il m’a demandé d’en prendre
connaissance. »
« Pendant une semaine, j’étais dans les mêmes
locaux que les personnes que j’avais dénoncées mais elles ne le savaient
pas », rappelle Alex. « Les fêtes de Noël, c’était une horreur. » Au
retour des vacances, Alex apprend qu’il change de service, pour
rejoindre une patrouille anti-délinquance. « Cette affectation m’a été
imposée, mais je ne vais pas me plaindre. C’est un domaine qui me plaît.
Ma hiérarchie est attentive et proche de ses hommes. Personne ne me
parle de cette affaire, et j’évite aussi d’en parler, mais j’ai reçu des
marques de soutien. »
Tout au long de sa carrière, débutée en
1999, Alex dit avoir été dérangé par certains propos. S’il a connu « des
années magnifiques » en banlieue parisienne, jusqu’en 2008, Alex se
souvient aussi des « blagues racistes », « petites réflexions » et
raccourcis connotés de quelques collègues. « En patrouille par exemple,
s’ils voyaient une voiture occupée par des gens de couleur, ils disaient
: “Ça, c’est une voiture de bâtards. Mais toi t’es pas comme eux. T’as
choisi d’être comme nous.” »
Le policier a constaté un changement
en arrivant à Rouen. « Il y a moins de collègues antillais et
maghrébins, moins de fonctionnaires noirs. On est jugés tout de suite
sur notre apparence. Entourés de Blancs, ils ont moins de mal à se
lâcher. » Par des collègues, Alex a appris que certains le surnommaient «
le Noir » ou « le négro » dans son dos. Tout comme un huissier du
tribunal, ancien fonctionnaire de police. « Je ne veux pas me faire
passer pour une victime, dire que je n’ai rien à me reprocher ou que je
suis le meilleur fonctionnaire du monde », poursuit Alex. « J’ai sans
doute réagi en étant trop agressif, je ne montrais pas l’exemple dans la
manière de me défendre. Mais j’ai fait remonter l’info, et il ne s’est
rien passé du tout. »
Il estime avoir choisi, cette fois-ci, une
voie plus adaptée : un rapport complet à sa hiérarchie et un dépôt de
plainte. Et espère, en conséquence, que ses démarches ne resteront pas
sans suite. « Mon client a été courageux, son collègue qui lui a prêté
son téléphone aussi », résume Yaël Godefroy. « Il souhaite que cela
dépasse son cas personnel, qu’il y ait un débat sur le racisme dans les
institutions. En évitant deux écueils : la stigmatisation de la police
d’un côté, le discours sur les “brebis galeuses” de l’autre. »
Au
Sénat, ce mercredi, le ministre de l’intérieur a promis que « chaque
faute, chaque excès, chaque mot, y compris des expressions racistes »,
fera l’objet « d’une enquête, d’une décision, d’une sanction ».
Vous êtes invités au rassemblement autorisé que nous organisons samedi 27 juillet 2019 contre le racisme place de la République à Paris, à la suite de l'assassinat de l'universitaire Mamoudou BARRY.
Il s'agira d'un rassemblement républicain sur la prévalence de ce fléau, sur lequel nous souhaitons sensibiliser l'opinion publique relativement à la législation nationale, européenne, et internationale en vigueur, mais également à sa persistance en Afrique où un certain nombre de pays du Magreb sont entrain de s'y attaquer de front.
Bien cordialement
Joël Didier Engo, Président de l'association NOUS PAS BOUGER
Les personnes épargnées heureusement par ce fléau véritablement social qu'est le racisme peinent souvent à comprendre pourquoi des ONG et des activistes des droits humains sont inflexibles contre sa prévalence notamment dans des pays développés comme la France, où rien ne devrait prédisposer à ce qu'un jeune et brillant universitaire comme Mamoudou Barry perde la vie sous les coups d'un déséquilibré ouvertement raciste.
Si ce n'est que c'est la banalisation du racisme notamment anti-noir qui tue, et continue insidieusement de faire des ravages, y compris dans des milieux insoupçonnables.
L'indignation est souvent considérée en France comme une forme de victimisation communautaire, alors même que dans les médias de grande écoute des têtes d'affiche et même des chroniqueurs font des amalgames, procèdent à du révisionnisme sur un crime contre l'humanité comme l'esclavage, en laissant entendre que les indignés auraient sur-réagi, et jouissent d'une impunité totale.
Hommage dans une université de Conakry à Mamoudou Barry, agressé mortellement à Rouen
Cet enseignant-chercheur de 31 ans avait été battu à mort le
19 juillet par un homme qui disait vouloir « niquer » des « Noirs ».
Le Monde avec AFP
Des
proches de Mamoudou Barry portent son cercueil lors d’une veillée
funèbre organisée à l’université de Conakry, dimanche 4 août. CELLOU
BINANI / AFP
Une
cérémonie d’hommage à l’enseignant guinéen tué à Rouen il y a deux
semaines s’est déroulée, dimanche 4 août, dans une université de
Conakry, où la dépouille avait été rapatriée la veille au soir.
Mamoudou
Barry, 31 ans et père d’un enfant de 2 ans, est mort des suites de ses
blessures après avoir été roué de coups dans la rue, le 19 juillet, lors
d’une agression qualifiée de « raciste » par ses proches à Canteleu, dans la banlieue de Rouen.
Le
cercueil de M. Barry, enveloppé d’un drapeau rouge, jaune et vert – les
couleurs de la Guinée –, est arrivé, dimanche matin, à l’université
publique Sonfonia de Conakry, porté par ses camarades de promotion de
cet établissement où il a fait ses études, entre 2007 et 2010.
« Justice pour docteur Mamoudou Barry »
« L’université guinéenne en deuil s’incline devant la dépouille de docteur Mamoudou Barry »,
affirmait une grosse banderole. Des étudiants étaient vêtus de
tee-shirts à l’effigie du défunt avec des inscriptions réclamant « justice pour docteur Mamoudou Barry ».
Plusieurs
membres du gouvernement, le président de la Cour constitutionnelle,
Mamadouba Bangoura et des universitaires étaient présents, aux côtés de
parents et proches du défunt, dont son épouse, qui avait assisté,
impuissante, à l’agression mortelle.
« C’est
en 2007 que le jeune étudiant Mamoudou Barry a été reçu dans notre
université et, en 2010, il est sorti major de sa promotion avant d’aller
en France pour poursuivre ses études jusqu’à l’obtention de son
doctorat », a déclaré le recteur de Sonfonia, Koré Bah.
Après
la cérémonie d’hommage, le cortège funéraire devait quitter Conakry
dimanche soir pour Mamou, à 300 km de la capitale, où est prévue la
prière mortuaire lundi, suivie de l’inhumation à Bolaro, village natal
du défunt, à une trentaine de kilomètres plus loin.
« Les crimes racistes ne peuvent être tolérés »
« Le
gouvernement guinéen suit de très près l’évolution de l’enquête pour
élucider le mobile de ce crime odieux. Nous sommes convaincus que
justice sera rendue, car les crimes racistes ne peuvent être tolérés », a déclaré, samedi soir, le chef de la diplomatie guinéenne, Mamadi Touré.
A
la suite de l’agression contre Mamoudou Barry, un homme a été
interpellé et hospitalisé en raison de problèmes psychiatriques.
M. Talon, le représentant de l’ambassade de France, a dit, à l’arrivée
du corps samedi soir, être porteur d’une lettre de condoléances du
président français, Emmanuel Macron, adressée à son homologue guinéen,
Alpha Condé, et au peuple de Guinée.
Le dérapage (de trop) de Patrice Evra et les masques
antiracistes du milieu du football français qui tombent les uns après
les autres au nom du « bon sens »
Le plus drôle dans ce défouloir au relent nauséabond pour ne pas dire
« raciste » contre Evra (je mets raciste entre guillemets parce que ce
délit punissable par la loi française ne doit jamais être mentionné par
un nègre ou un arabe hexagonal, au risque de se voir reproché une victimisation ou un communautarisme
exacerbé)…. c’est précisément qu’aucun des supposés grands chroniqueurs
footballistiques français ne relève pas l’anomalie du supporter de
l’Olympique de Marseille (OM) qui se retrouve à insulter le joueur de ce
club sur un terrain à l’étranger….pas depuis une tribune – mais presque
sur l’aire de jeu où le joueur s’apprêtait à livrer le match contre un
adversaire portugais.
Tout cela semble donc parfaitement normal dès lors que les
injures visaient ce petit « nègre » qui a souvent un peu trop eu
tendance à « l’ouvrir » et à ne pas se laisser marcher sur les pieds,
dans un pays où il devrait pourtant se contenter de savoir taper sur un
ballon rond….
Et ne dites surtout pas à ces braves Messieurs et Dames du petit
microcosme footballistique français que nous sommes en plein 21éme
siècle où la première puissance mondiale a déjà pu être dirigée durant
deux mandats par un nègre, et qui aurait lui aussi pu réagir de manière
inattendue face à ce déferlement d’attaques haineuses dans les réseaux
sociaux puis d’injures sur un terrain de football (injures que les
inquisiteurs des médias prennent curieusement soin de ne pas mentionner,
preuve s’il en est de leur gravité…).
En réalité ce défouloir renseigne surtout beaucoup sur l’état
psychologique d’une certaine élite bien pensante française, et Dieu seul
sait combien elle peut être donneuse de leçons en matière de lutte
contre le racisme, la xénophobie, l’antisémitisme, l’homophobie et j’en
passe etc….Précisément quand cela se passe sous d’autres cieux et
accable les « violents » et « intolérants » américains ou russes….
J’espère surtout que ma réaction ici ne sera pas vue, lue, ou
interprétée comme un encouragement de ma part à de la violence
physique, verbale, ou morale. Bien au contraire….
Je ne peux simplement pas rester indifférent devant un acharnement
médiatique aussi jubilatoire contre un homme, dont le petit microcosme
footballistique français accuse littéralement de tous les maux
depuis le triste épisode du bus de Knysna lors de la Coupe du monde en
Afrique du Sud. Cette vulgaire banalisation de la négrophobie sous
couvert de bons sentiments m’est insupportable.
Au fond la vraie faute de M. EVRA fut de signer à l’OM alors qu’il
traînait une aussi mauvaise « réputation » dans le milieu du football
français. Ses détracteurs peuvent donc littéralement s’en donner à cœur
joie dans les médias avec des propos les plus méprisants et dégradants,
sans craindre d’être rappelés à une certaine décence.
Tout cela résonne dans notre inconscient comme un brutal retour d’un
« petit nègre » à une bien triste réalité française, devrais-je
conclure….Une réalité que celles et ceux qui ne l’ont pas vécu
saisissent assez difficilement la dimension sociétale. Car ce sont les
mêmes qui vous tapent à l’épaule en vous disant combien ils vous aiment,
ils auraient des amis et autres petites copines noirs de peau, et mêmes
des collaborateurs « de toutes les couleurs » (de toutes les « races »
se plaisent-ils à rappeler)….sont précisément ceux-là mêmes qui
s’autorisent sous forme de plaisanteries tous les raccourcis et préjugés
racistes, sautent sur le moindre incident pour vous plaquer « l’émotion
nègre » au visage.
Aujourd'hui le monde s'affole pour la Syrie qui se vide vers l'Europe.
Plus de 276 000 personnes déjà. Mais a-t-on jamais compté combien
d'Africains fuient leur pays depuis 50 ans, dans des circonstances de
guerre, de destruction totale, de malgouvernance et d'abus massifs des
droits humains? Ils sont pourtant des millions.
La migration sud-sud ne se ressent pas en Occident, mais elle est
évidemment d'un poids monumental pour les sociétés d'accueil. Mais ce
n'est que quand le mal arrive chez soi que la douleur se mesure.
L'autre jour j'entendais à la radio, dans un débat a propos des "bons" migrants versus
"mauvais" migrants. Un citoyen bien-pensant décrétait bien fort que les
familles syriennes fuyant la guerre étaient admissibles en terme de
politique d'asile. Mais que les réfugiés économiques, tels que les
Erythréens par exemple, ne devaient pas être admissibles, puisque faux
refugiés.
Pourtant, le rêve existentiel est universel et personne au monde ne
quitte sa terre et ses parents de gaité de coeur. Surtout, l'Occident
n'est jamais aussi rose qu'une vie décente dans son propre pays.
Mis à part que les Syriens sont plutôt blancs ou clairs de peau et que
les Erythréens sont plutôt noirs, ce qui donne une dimension résolument négrophobe à la distinction entre "vrais" et "faux" réfugiés, dans la
comparaison évoquée en tout cas, regardons au-delà de la simple
conscience apparentiste des gens de bien.
Lisons déjà les informations à disposition sur les conditions de vie en
Érythrée avant d'émettre des jugements raccourcis à la légère. Depuis
plus 15 ans, une immense prison à ciel ouvert, une répression
sanguinaire et une économie dans un délabrement avancé. Une des pires
dictatures au monde.
Comme Hannah Arendt le disait si bien, "le totalitarisme ne tend pas
vers un règne despotique sur les hommes, mais vers un système dans
lequel les hommes sont superflus."
Être superflu consiste à ne pas exister aux yeux du système, on est donc
dans la négation de toute forme de droit humain. Il s'agit bel et bien
d'une guerre ouverte déclarée contre toute une nation. Criminaliser la
fuite massive de citoyens dans de telles conditions constitue une double
négation de leurs droits et de leur existence.
En clair, l'Érythréen lamda est superflu et ne possède aucun droit
élémentaire. Un régime criminel contre l'humanité règne sur le pays dans
la terreur. Et pourtant, selon certains, les Eythréens sont des
réfugiés économiques, qui par conséquent ils ne doivent pas pouvoir
obtenir le statut légal de réfugiés politiques.
Mais où place-t-on donc la limite entre l'économie et la politique d'un
pays, d'autant plus dans un régime totalitaire? Le commerce -
international - avec un tel régime n'est-il pas particulièrement
avantagé par la spécificité politique locale justement? Quelle limite
entre un commerce licite et respectueux des droits de l'homme et des
échanges basés sur le recel et l'impunité?
La liste des pays à régime dictatorial - totalitaire, notamment en
Afrique, est non exhaustive. Les profits engrangés par les puissances
économiques et leurs multinationales tentaculaires dans le commerce avec
ces régimes le sont aussi.
Cet aspect mondialisant de la question, et inconfortable il faut bien le
dire, devra invariablement figurer en priorité dans le débat sur la
qualification des réfugiés, et dans la recherche de solutions
migratoires. Seule une réflexion sur les causes profondes des
déplacements massifs de populations, surtout dans une vision de
gagnant-gagnant (eh oui!) pourra être efficace à long terme.
On ne pourra plus faire l'autruche dorénavant en pratiquant la
criminalisation-écran de certains réfugiés, car ces soi-disant
faux-fuyants qui ne sont ni plus ni moins les victimes une à une d'une
guerre socio-politique et économique, à basse intensité au mieux,
méthodique, dirigée contre un peuple désarmé. La caution internationale
que ces régimes reçoivent, font qu'au nom du concept "village global",
tout le monde est responsable.
Le débat est urgentissime. Non pas parce que l'Occident panique devant
le flux de réfugiés depuis le début de l'année 2015 particulièrement,
mais parce qu'il s'agit de centaines de milliers de citoyens du monde
dans une souffrance extrême, qui manqueront dans un avenir plus ou moins
proche à l'appel de la reconstruction de leur pays en ruine, pour une
bonne majorité.
Migrants : la couleur de peau détermine la hiérarchie à bord des bateaux entre la Libye et l’Italie
Sur
les bateaux d’embarcation au départ de la Libye et en destination de
l’Italie, les passeurs établissent un classement en fonction du pays
d’origine des migrants. Ceux qui viennent de l’Afrique subsaharienne
sont placés dans la cale d’embarcation – en juillet dernier, une
centaine de migrants de l’Afrique subsaharienne ont été tués par des
passeurs Italiens après avoir tenté de se sortir de la cale
d’embarcation.
Hiérarchie à bord d’embarcations des migrants
Le trafic de migrants à travers la Méditerranée rapporte gros.
Les Erythréens constituent la population majeure (derrière les Syriens)
qui arrivent en Europe après une traversée de la Méditerranée. La
plupart, qui vient de l’Ethiopie et du Soudan, paie entre 400 et 600
dollars pour un voyage dans un bateau en bois, au départ destiné à la
pêche, et d’une longueur de 18 mètres environ . Pour la même
embarcation, les Algériens et les Égyptiens déboursent le double et
bénéficient de certains avantages. En effet, les passeurs établissent
une hiérarchie de la première à la deuxième classe en fonction de la
couleur de peau. Ceux à la peau Noire, à leurs yeux moins importants que
les autres, sont placés en seconde classe –la cale d’embarcation- où il
n’y a pas de fenêtre et où ils n’ont pas droit au gilet de sauvetage.
En d’autres termes, si naufrage il y’a, ces migrants seront les premiers
à en subir les conséquences… Viols, tortures, noyades,
déshydratation, absence de nourriture, asphyxie dû aux vapeurs toxiques
sont quelques unes des formes de racisme que subissent les passagers de
l’Afrique subsaharienne au cours de la traversée de la Lybie à
l’Italie.
Selon une estimation de l’OIM, près de 30 000 migrants pourraient mourir d’ici la fin de l’année.
Un navire Libyen transportant des migrants.
Le calvaire des migrants à la peau Noire
De
nombreuses ONG ont recueilli des témoignages de passagers qui racontent
le racisme à bord des bateaux. Ibrahim, un jeune Somalien de 17 ans,
raconte comment sur le bateau où il avait embarqué avec 150 personnes, «les
Somaliens étaient rassemblés dans la cale de l’embarcation, alors que
les passagers d’autres pays pouvaient aller sur le niveau supérieur».
Une porte-parole de Save the Children indique «Ce
que nous entendons de la bouche de nombreux migrants qui arrivent en
Italie, est que les migrants originaires de pays africains sont traités
de manière bien pire que ceux qui viennent d’Asie ou du Moyen-Orient.
Ils sont souvent forcés de rester dans la cale du navire, là où les
risques sont les plus grands si le bateau chavire ou coule. Ils sont
aussi exposés aux vapeurs de pétrole.»
Cinq
hommes de nationalité Italienne ont été arrêtés au large des côtes
européennes après une embarcation au départ de la Libye après le
scandale de juillet dernier.
De nombreux Erythréens sont toujours
sous le pont près d’Austerlitz en attendant que l’Etat français daigne
trouver des solutions de logement.
Pour les réactionnaires Français, la "laïcité" est surtout devenue l'excellente parade toute républicaine qui permet de distiller efficacement l'islamophobie et la négrophobie dans l'opinion publique, sans risquer d'être pris en flagrant délit de racisme ou de xénophobie.
En matière de religions, comme dans bien d’autres domaines,
chaque pays aime se mettre en scène dans de grands récits nationaux, qui
sont certes indispensables pour donner du sens à notre destinée
collective, mais qui, trop souvent, servent surtout à masquer nos
hypocrisies. Sur la religion, donc, la France aime se présenter au monde
comme un modèle de neutralité, de tolérance et de respect pour les
différentes croyances, sans en privilégier aucune : ce n’est pas chez
nous qu’un président prêterait serment sur la Bible!
La vérité est bien plus complexe. La querelle religieuse s’est soldée
chez nous par une massive prise en charge publique des écoles
confessionnelles catholiques, dans des proportions que l’on ne retrouve
dans quasiment aucun autre pays. Nous sommes également les seuls au
monde à avoir choisi de fermer les écoles un jour par semaine (le jeudi,
de 1882 à 1972, puis le mercredi) pour le donner au catéchisme, journée
qui vient seulement d’être réintégrée - partiellement - dans le temps
scolaire normal. Ce lourd héritage a laissé des traces et des ambiguïtés
monumentales. Par exemple, les écoles privées catholiques déjà
existantes sont massivement financées par le contribuable, mais les
conditions d’ouverture de nouvelles écoles privées d’autres confessions
n’ont jamais été clarifiées, ce qui crée de lourdes tensions aujourd’hui
avec les demandes d’écoles confessionnelles musulmanes. De même, les
cultes ne sont officiellement pas subventionnés, sauf lorsqu’il s’agit
d’édifices bâtis avant la loi de 1905.
Et tant pis si la carte de la pratique religieuse a bien changé
depuis, et si les mosquées se retrouvent aujourd’hui dans des caves. La
récente affaire des collégiennes musulmanes renvoyées chez elles pour
cause de jupe trop longue a également montré jusqu’où pouvait conduire
la loi sur l’interdiction des signes religieux ostentatoires. Au nom de
quoi pourrait-on exprimer toutes ses convictions par ses tenues, par
exemple par des jupes très courtes, des jupes plissées, des cheveux
colorés, des tee-shirts rock ou révolutionnaires, sauf ses convictions
religieuses ?
En vérité, en dehors du visage totalement couvert (qui empêche
l’identification), et de certaines parties du corps trop nettement
découvertes (indécence qui, semble-t-il, menacerait la paix publique),
il serait sans doute sage de laisser le choix des tenues et des
ornements à la liberté de chacun. La laïcité, cela pourrait consister à
traiter la religion comme une opinion comme les autres, ni plus, ni
moins. Une opinion, ou plutôt une croyance, que l’on peut caricaturer
comme les autres, dont on peut se moquer, bien sûr, mais que l’on a
aussi le droit d’exprimer, par le langage comme par les tenues. Mais
l’hypocrisie française la plus béante concerne, sans doute, notre refus
de reconnaître la discrimination professionnelle monumentale subie
actuellement par les jeunes générations d’origine ou de confession
musulmane. Une série d’études, menées notamment par Marie-Anne Valfort,
vient de le démontrer de façon glaçante. Le protocole est simple : on
envoie des faux CV à des employeurs en réponse à des milliers d’offres
d’emploi, en faisant varier le nom et les caractéristiques du CV de
façon aléatoire, et on observe les taux de réponse. Les résultats sont
déprimants. Dès lors que le nom sonne musulman et, par-dessus tout,
lorsque le candidat est de sexe masculin, les taux de réponse
s’effondrent massivement. Pire encore : le fait d’être passé par les
meilleures filières de formation, d’avoir effectué les meilleurs stages
possibles, etc., n’a quasiment aucun effet sur les taux de réponses
auxquels font face les garçons d’origine musulmane. Autrement dit, la
discrimination est encore plus forte pour ceux qui ont réussi à remplir
toutes les conditions officielles de la réussite, à satisfaire à tous
les codes… sauf ceux qu’ils ne peuvent changer.
La nouveauté de l’étude, c’est de reposer sur des milliers d’offres
d’emploi représentatifs des petites et moyennes entreprises (par
exemple, des emplois de comptable). Ce qui explique sans doute pourquoi
les résultats sont beaucoup plus négatifs - et malheureusement plus
probants - que ceux obtenus avec le petit nombre de très grandes
entreprises volontaires qui avaient été étudiées dans le passé. Alors,
que faire ? D’abord, prendre conscience de l’ampleur de notre hypocrisie
collective, et donner une publicité maximale à ce type d’études.
Ensuite, inventer des réponses nouvelles. Appliqué de façon systématique
à toutes les procédures d’embauche, le CV anonyme n’est peut-être pas
la solution miracle que l’on avait un temps espérée (c’est un peu comme
si on voulait lutter contre le sexisme dans l’entreprise en empêchant
les rencontres spontanées entre les sexes).
Mais, cette piste ne doit pas pour autant être totalement refermée.
On peut, par exemple, imaginer que ce type d’envois de CV aléatoires
soit généralisé, et puisse donner lieu à des peines exemplaires dans des
actions judiciaires. Plus généralement, il faut mettre tous les moyens
nécessaires (aide juridictionnelle, etc.) pour faire appliquer le droit
et punir la discrimination. Les grands récits nationaux et le
conservatisme ambiant ne doivent pas conduire à une panne de
l’imagination.
La place réservée à la religion dans
la société française est devenue un tabou tant le sujet divise les
laïcards, fidèles à une vision «historique», et les tenants d’une
adaptation de la loi de 1905 au nom de la protection des minorités.
Laïcité. Le mot est devenu incontournable après les
événements de janvier. Il est de tous les discours, et certains
aimeraient l’inscrire aux frontons des écoles. Un extraordinaire mot
fourre-tout qui réussit cette prouesse de faire à la fois unanimité et
polémique. Notamment à gauche. Tout le monde s’en revendique. Mais
chacun défend «sa» laïcité, selon un axe classique qui va d’une laïcité
stricte, qui souhaite repousser les signes extérieurs de la religion
dans la seule sphère privée, à une laïcité plus ouverte qui, au nom du
respect de la différence, affirme la nécessité de faire une place aux
religions, et notamment à l’islam, dans notre espace public. La fracture
est si profonde et ancienne que cette question est devenue le grand
non-dit de la gauche. Le gouvernement le sait. La poser, c’est
déclencher à coup sûr une tempête dans sa majorité. Les attentats contre
Charlie et l’Hyper Cacher n’ont rien apaisé. Au contraire. «Les positions se sont tendues», reconnaît, fataliste, Jean-Louis Bianco, président de l’Observatoire de la laïcité.
Et pourtant, tout le monde reconnaît l’urgence pour la gauche
d’ouvrir enfin ce débat et de trouver un début de position commune. «La campagne de 2017 se fera sur le terrain des valeurs, et notamment celle de la laïcité, estime Philippe Doucet, député socialiste qui travaille à l’élaboration d’une charte de la laïcité. Sarkozy a d’ailleurs commencé. Or, à gauche, on ne sait pas comment s’y prendre.»
La semaine dernière, le gouvernement a pour la première fois tenté un
dialogue avec les autorités musulmanes. Et ce lundi, à l’initiative de
Jean Glavany, député socialiste grand défenseur d’une laïcité stricte,
se tient à l’Assemblée nationale un débat intitulé «République et islam,
ensemble, relevons le défi», où le président de l’Assemblée, Claude
Bartolone, et Manuel Valls prononceront chacun un discours.
«Compromis et apaisement»
La crise de la gauche est double. A la fois existentielle et de
circonstance. D’abord, comme le résume le sociologue Michel Wieviorka,
l’arrivée de l’islam en France est venue contester l’héritage politique
de la gauche. «En 1905, le grand combat de la gauche était de
séparer l’Eglise et l’Etat. Aujourd’hui, le problème est l’inverse :
elle doit inclure une nouvelle religion dans la République, faire valoir
de nouvelles attentes, fixer des relations entre l’Etat et l’islam.»
Avec l’irruption de ce nouveau fait religieux, les différentes
racines historiques de la gauche ont réapparu à la surface. L’historien
Arnaud Houte décrypte : «Sous la IIIe République déjà, au
moins trois gauches coexistaient sur la laïcité. Les socialistes ne
voient pas dans le cléricalisme leur ennemi prioritaire, alors que les
radicaux, comme Clémenceau, sont franchement anticléricaux et veulent
mener à bien la séparation de l’Eglise et de l’Etat. L’opportuniste
Jules Ferry, enfin, prône une laïcité de compromis : le maître d’école
est invité à enseigner grosso modo la même morale que celle du curé.» Avec la loi de 1905, ces trois familles avaient trouvé un terrain de «compromis et d’apaisement»,
selon Houte. Inconsciemment peut-être, la gauche espérait ne jamais
avoir à y revenir. Et quand, pour mieux stigmatiser l’islam, le FN s’est
mis à revendiquer le mot de laïcité, personne à gauche ne s’est
réveillé. Philippe Doucet raconte : «Il y a eu dans notre famille
politique un état de sidération face à ce coup stratégique de Le Pen. En
détournant une valeur de gauche, il nous a renvoyés dans nos
contradictions.»
Financement des mosquées
Avec le FN, la signification du mot s’est mise à glisser. Et à contaminer le débat public. «Cette laïcité identitaire, jusqu’à présent portée par la droite ou l’extrême droite, a parfois tendance à influencer la gauche, décrypte le sociologue Jean Baubérot. C’est une laïcité à deux vitesses, qui vise en réalité les musulmans.On
voudrait demander aux immigrés de passer un examen de passage en
laïcité, comme si les "Français de souche", eux, étaient laïcs par
essence.» Michel Wieviorka abonde : «Aujourd’hui, une position
dure sur la laïcité permet de faire passer un message : "Je suis un vrai
républicain, j’aime ma nation." Il est beaucoup plus complexe - mais
courageux - de dire : "Je suis républicain et je suis prêt à accorder
plus de place à l’islam."»
Une position qui sonne comme une capitulation pour les tenants d’une
laïcité stricte comme Elisabeth Badinter, qui déclarait récemment dans Marianne : «Tétanisée
à l’idée d’être taxée de stigmatisation d’une population d’origine
immigrée, la gauche s’est empêchée de traiter cette situation nouvelle,
mais pas si différente de l’affrontement avec l’Eglise un siècle plus
tôt […]. Cela, je ne le pardonne pas à la gauche. »
La guerre est depuis déclarée. Notamment sur la question du voile.
Après les événements de Charlie, le PRG est revenu à la charge avec une
proposition de loi pour interdire le foulard dans les centres de
loisirs. En commission des lois, le débat «est parti immédiatement en vrille»,
se souvient un participant. Il a fallu plus d’un mois pour faire
retomber la température et dissuader le PRG de l’opportunité de son
texte.
Au congrès socialiste de Poitiers, les laïcards, emmenés par Glavany,
décident d’écrire un texte qui exige du PS de trancher ces questions.
Une trentaine d’élus le signent, mais le mot n’est quasiment pas
prononcé à la tribune. De même, il est quasi absent de toutes les
motions. C’est dire la puissance du tabou.
Aujourd’hui, la gauche n’est par exemple pas du tout prête à débattre
du financement des lieux de cultes, et notamment des mosquées, au «risque de déclencher une violente tempête», reconnaît Jean-Louis Bianco. «J’avais pensé qu’après Charlie, il y aurait un sursaut, soupire Glavany. Mais là tout est reparti en quenouille. Le PS nage en pleine confusion idéologique.»
Tous les regards se tournent donc vers François Hollande, qui jusqu’ici
a pris grand soin de se tenir à l’écart de ces fiévreux débats, au nom
du statu quo. «A chaque fois que je le vois, je lui dis que c’est un
sujet présidentiel, c’est celui de la République, et qu’il est attendu
sur cette question, raconte un visiteur du soir. Il me dit oui, tu as raison. Mais il n’a jamais rien fait.»