Affichage des articles dont le libellé est SOS Racisme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est SOS Racisme. Afficher tous les articles

jeudi 2 juin 2016

Racisme, La France du déni permanent

  

Cet entretien accordé au quotidien Libération jeudi 02 juin 2016 par Achille Mbembe ne pouvait pas mieux tomber... Dans une France pensante repliée sur elle-même, Achille est un véritable bol d'oxygène humaniste et internationaliste, surtout quand on étouffe (dans ce lynchage de Karim Benzema) avec toutes les postures républicaines et moralisantes d'une fachosphère triomphante.


Le racisme des temps modernes et notamment en France va bien au-delà de l'alignement des "têtes de nègres" sur un papier ou dans la composition d'une équipe sportive... 

Ce dont il est question ici et qui peut légitimement interpeller c'est l'exclusion systématique de certains joueurs typés - curieusement toujours les mêmes - au nom de leur caractère bien trempé (comme on dit) ou de tant d'autres traits de caractère attribués à une frange ethnique ou religieuse de la société française. 

Ce racisme-là - si c'en est un dans le cas Benzema - est bien plus subtil et pernicieux pour essayer de le nier ou banaliser en alignant les belles têtes bronzées de l'équipe française de football comme preuve d'une société sans racisme. L'équipe de France de Football aura ainsi été le bel arbre qui a toujours caché cette forêt..
Il est temps qu'un grand pays démocratique comme la France sorte de ce déni permanent. 

Et pourquoi faudrait-il donc que Karim Benzema fasse lui - au motif qu'il serait typé et s'appelle Benzema - plus "preuve d'intégration" que tous les autres jeunes français nés comme lui en France? Quelle est cette société qui instruit en permanence un procès en refus d'intégration contre une frange identifiée de ses ressortissants? 

Que M. Benzema soit jugé voire exclu de l'équipe de France sur la base uniquement des infractions, délits, ou crimes qu'il aurait commis, mais non sur ce procès latent et permanent du refus qui lui est prêté de s'intégrer à la France, basé sur son origine ethnique ou sa religion supposée (celle-ci devant rester du ressort de sa vie privée).

Qui mettra un terme à ce lynchage? 

Entre ceux qui tiennent à "recadrer" l'attaquant international en public, afin de rassurer "l'establishment" sur leur veille républicaine efficace contre tous les "mauvais procès" de racisme faits à la France par les jeunes dits de banlieues.. Puis tous les autres bons et vrais français - de préférence de "bonne souche" - pour lesquels une "racaille" de banlieue doit savoir jouer au ballon et toujours la fermer...
Nasri, Ben Harfa, Benzema...Cela commence effectivement à faire beaucoup et surtout à traduire une certaine forme d'exclusion à connotation ethnique, évidemment jamais assumée.

Mais jusqu'à quand?

Joël Didier Engo




Portrait

Achille Mbembe, globe penseur










Achille Mbembe au musée Dapper, à Paris. Photo Manuel Braun

Dégonfler les héroïsmes nationaux et redéfinir une pensée de la circulation et du détachement: les thèses décapantes de l’historien franco-camerounais rafraîchissent le débat dans une Europe rongée par le «désir d’apartheid».

  • Achille Mbembe, globe penseur
C’est un homme qui n’a pas peur de jeter par la fenêtre l’histoire nationale, les identités et les frontières. L’universalisme à la française ? «Péteux», affirme l’historien Achille Mbembe. Comme le petit dernier d’une famille, brillant mais insolent, l’intellectuel à la renommée internationale peut se permettre de bousculer ce vieux pays qu’est la France. Malgré une carrière menée depuis trente ans entre les Etats-Unis et l’Afrique du Sud, il continue de «penser et d’écrire» en français.

D’une certaine façon, Achille Mbembe est l’anti-Finkielkraut par excellence. A ceux qui, dans le sillage de l’académicien français, prônent le repli identitaire, l’historien avance le détachement. A la manière d’un Edouard Glissant, un de ses maîtres à penser, il ne limite pas sa géographie à celle de la nation mais l’élargit au «Tout-Monde». Il rêve d’écrire une histoire commune à l’humanité qui dégonflerait tout héroïsme national tapageur et redessinerait de nouveaux rapports entre le même et l’autre ? Dans une France et une Europe qui redoutent même leurs ombres, on voit bien le potentiel subversif de la pensée de Mbembe. Son dernier livre publié à la Découverte, au printemps, Politiques de l’inimitié, dresse le portrait peu amène d’un continent rongé par le «désir d’apartheid», mû par la recherche obsessionnelle d’un ennemi et avec la guerre comme jeu favori. Exagéré ? Lui assume le trait volontairement forcé. «Il faut réveiller ce vieux continent», dit-il lors d’une rencontre en mai à Paris.

«Puissant et transgressif»

Ce qui frappe chez lui, c’est son calme olympien, proche d’une béatitude amusée, si éloigné de la violence de certains de ses écrits. Immense crâne et lunettes d’intello à bords noirs et épais, il dégage le magnétisme de ceux capables de subjuguer un auditoire par une fulgurance théorique. N’a-t-il pas reformulé dans son précédent livre, Critique de la raison nègre (la Découverte, 2013), le concept même de «nègre», qui, dans un environnement néolibéral, concerne en fait tous les subalternes de tous les pays. Des «hommes-marchandises», analyse-t-il. «La condition nègre ne renvoie plus nécessairement à une affaire de couleur. Le nègre est devenu post-racial.»

Souvent, l’historien est présenté comme l’un des pères des études postcoloniales : il a écrit en 2000 De la postcolonie en France, devenu un classique enseigné dans les programmes américains. Mais, Mbembe déborde largement de ce cadre théorique. Tout en partant du fait colonial, il déploie une analyse plus globale qui prend en compte l’ensemble des mécanismes de domination. Il s’attaque aussi bien à la critique de l’universalisme qu’à celle du néolibéralisme. Lui, l’historien reconnu pour ses travaux sur la société camerounaise, a glissé petit à petit vers une philosophie politique portée par une écriture littéraire. «C’est une personnalité transgressive, puissante, imaginative, dit de lui son vieil ami, le politologue Jean-François Bayart qui a longtemps dirigé le Ceri (Centre d’études et de recherches internationales) à Sciences-Po Paris. Mais c’est vrai, je regrette parfois qu’il ait mis de côté la recherche historique pure…» Certains lui reprochent quelques facilités théoriques destinées à plaire au plus grand nombre…

Son fan-club traverse les continents à l’image de son itinéraire. Naissance et études au Cameroun, doctorat à la Sorbonne et Sciences-Po Paris, professeur à l’université de Columbia à New York puis à Dakar où il reste quelques années avant de s’installer entre deux continents, professeur à l’université de Witwatersrand à Johannesburg comme à celle de Duke aux Etats-Unis. «C’est un cosmopolite», dit Jean-François Bayart. Mbembe a coutume de dire que notre lieu de naissance relève du hasard. «Devenir homme dans le monde, écrit-il, est une affaire de trajet, de circulation et de transfiguration.» Défiant les origines, il croit en cette capacité de recevoir des «héritages qui n’ont rien à voir avec des histoires de naissance». Lui parle et écrit en français, non pas dans la dévotion d’une francophonie si complaisamment célébrée mais dans une recomposition politique de la langue. «Je me situe plutôt dans le prolongement d’une pensée de langue française qui n’est pas francocentrée. Cette pensée, qui est tout à fait différente de la littérature dite francophone, est une pensée de la circulation, de la traversée et du mouvement. C’est celle de Césaire, Glissant, Fanon et d’autres.»

«Ethique du passant»

Plus insoupçonné, domine dans son parcours son passage à la Jeunesse étudiante chrétienne quand il était étudiant au Zimbabwe. «Il a été marqué par la dimension prophétique du christianisme, explique Jean-François Bayart, on la retrouve aujourd’hui dans ses écrits.» L’un de ses mentors est l’ancien jésuite devenu philosophe, Fabien Eboussi Boulaga. De ses multiples apports, Mbembe tire une «éthique du passant» : au fond, nous ne serions les citoyens d’aucun pays en particulier. Une radicalité qui peut choquer mais qui a le mérite de renouveler le débat en France, pays à bout de souffle sur son histoire et son pedigree.









Interview

Achille Mbembe : «La France peine à entrer dans le monde qui vient»

Par et —


















Achille Mbembe au Musée Dapper à Paris dans l'exposition Chefs-d'œuvre d'Afrique (jusqu'au 21 décembre). Photo Manuel Braun

Identité, nation, voile, violence, migration… Achille Mbembe renvoie le continent européen à ses crispations et à son immobilisme.

  • Achille Mbembe : «La France peine à entrer dans le monde qui vient»
C’est l’un des nombreux paradoxes d’Achille Mbembe : il peut faire preuve d’une noirceur absolue sur le genre humain tout en déployant une philosophie que d’aucuns pourraient qualifier de béate. Rencontre avec l’historien, professeur à l’université de Witwatersrand à Johannesburg en Afrique du Sud et à celle de Duke aux Etats-Unis.
Dans le débat autour des questions d’identité, de frontières et d’islam, la France voit remettre en cause une de ses valeurs phares, l’universalisme. Une chance ou une épreuve ?
La France change, elle y est obligée. C’est justement, parce que des transformations irréversibles sont en train de s’opérer autour de ces questions que les lignes de confrontation et de conflit se raidissent. Les temps sont propices, pour les pays européens, à redéfinir les paramètres non plus de l’universel, mais de ce qui nous est commun en cet âge planétaire. A cause de sa très riche et complexe histoire, la France pourrait, si elle le voulait, contribuer à une compréhension inédite des enjeux nouveaux liés à notre condition terrestre. Ce que l’humanité a désormais en commun, c’est le fait que nous sommes appelés à vivre exposés les uns aux autres, et non enfermés dans des frontières, des cultures et des identités. C’est le propre de l’humain, mais c’est aussi le cours que prend désormais notre histoire avec d’autres espèces sur cette Terre. Vivre exposés les uns aux autres suppose de reconnaître qu’une part de notre «identité» s’origine dans notre vulnérabilité. Celle-ci doit être vécue et entendue comme un appel à tisser des solidarités, et non à se forger des ennemis. Malheureusement, tout cela est trop compliqué pour le tempérament de notre époque, portée qu’elle est vers des idées toutes faites. Plus notre monde se complexifie, plus nous avons tendance à recourir aux idées simples.

Mais on peut comprendre que la défense de l’universalisme, d’une identité et d’une culture propre à un espace géographique soit indissociable de l’histoire européenne et française…

Je comprends tout cela. Le problème, c’est que ni l’Europe, ni la France ne sont le monde. Le problème, c’est quand l’universalisme se fait ethnique. C’est quand l’identité se conjugue avec le racisme et que la culture se présente sous les traits d’une essence immuable. En vérité, ce que l’on appelle l’identité n’est pas essentiel. Au fond, nous sommes tous des passants. Le monde que nous habitons a commencé longtemps avant nous et continuera longtemps après nous. Alors qu’émerge lentement une nouvelle conscience planétaire, la réalité d’une communauté objective de destin doit l’emporter sur l’attachement à la différence.

Nous sommes pourtant tous nés quelque part…

… mais accidentellement. Etre né quelque part est une affaire d’accident. Ce n’est pas une affaire de choix. Sacraliser les origines, c’est un peu comme adorer des veaux d’or. Cela ne veut rien dire. Ce qui est important, c’est le trajet, le parcours, le chemin, les rencontres avec d’autres hommes et femmes en marche, et ce que l’on en fait. On devient homme dans le monde en marchant, pas en restant prostré dans une identité.

Peut-être est-ce plus simple pour vous d’être «un passant» : vous êtes né au Cameroun, enseignez en Afrique du Sud et aux Etats-Unis, avez étudié en France…

Je suis attaché à la France, conséquence d’une rencontre. Or, je ne suis pas né ici. Je ne vis pas ici non plus. Il y a des héritages qui n’ont rien à voir avec des histoires de naissance. J’écris par exemple en français, une langue que j’ai reçue en héritage. Je pense en langue française. Je contribue avec d’autres au rayonnement mondial de la pensée de langue française, et cela n’a strictement rien à voir avec je ne sais quelles racines. Au contraire, cela a à voir avec le fait qu’à un moment historique donné, la langue française a cessé d’être une langue ethnique. L’Afrique a permis à la langue française d’échapper à son destin ethnique. Au demeurant, c’est toujours Autrui qui nous octroie notre pesant d’universel. On ne peut pas s’autoproclamer universel. Quant aux plus faibles d’entre nous, il s’agit justement souvent de gens qui, pour survivre, doivent absolument bouger. Il s’agit de gens en permanence en mouvement. Or, on sait combien, de nos jours, il est presque devenu impossible de bouger, du moins pour certaines catégories de l’humanité. Celle-ci se divise entre ceux qui peuvent aller partout dans le monde et ceux qui, soit ne doivent pas bouger, soit ne peuvent le faire que sous des conditions draconiennes.

Votre description de l’Europe occidentale est terrible… Vous évoquez un territoire aussi accueillant qu’un «banc de glace».
 
Le tableau n’est pas noir. Ce qui me frappe, c’est la grisaille. Il suffit de regarder les frontières de l’Europe, et surtout ses frontières méridionales. Elles sont devenues des fosses communes. Il faut secouer cette Europe assoupie, qui n’arrête plus de ronfler. Sinon, plongée dans une sorte d’ennui existentiel, elle risque de devenir une menace pour le reste de l’humanité.

Elle est assoupie, mais à vous lire, elle est très violente…

Les deux choses vont de pair. L’Europe devient violente par ennui. La violence devient le moyen de son divertissement, une manière de se rassurer. Le racisme qui va avec l’ennui est, lui aussi, une forme de joyeuseté. Il est pratique au nom d’une pseudo-critique du «politiquement correct», cette expression fourre-tout que beaucoup assimilent à la répression. A la place, on cherche à se défouler, à briser tabous et interdits. On se met à rêver à des temps de licence absolue lorsque tout, croit-on, était permis. Le racisme contemporain est de ce point de vue une forme de démocratisation d’une jouissance perverse. Par ces temps de grand ennui, tout le monde peut y avoir accès. Il n’y a pas de tarif d’entrée. Si, à l’époque coloniale, le racisme et la violence européenne étaient symptomatiques de la montée en suprématie du continent, aujourd’hui leur fonction est tout autre : ils sont le fait d’une vieille puissance qui refuse de faire face à son déclassement international.

Mais en France, la réalité a été extrêmement violente en 2015…

Le terrorisme n’est pas une fiction. Il est bien réel et la France en fait l’épreuve. Mais le centre de gravité du terrorisme n’est pas l’Occident. Boko Haram a provoqué la mort de dizaines de milliers de gens au Nigeria, au Nord Cameroun et sur les pourtours du lac Tchad. L’expérience de dévastation due au terrorisme n’est pas une exception européenne, c’est une expérience partagée. Hormis les deux épisodes de 1914-1918 et 1939-1945, l’épicentre de la violence de notre monde, c’est hors d’Europe qu’il se situe depuis le XVe siècle.

Le terrorisme n’est pas une attaque contre l’identité ou la culture européenne ?

A vrai dire, les terroristes font assez peu dans la discrimination. Pour les victimes, il suffit parfois d’être là, au mauvais endroit et au mauvais moment. Le terrorisme s’attaque à l’Etat de droit. En même temps, il favorise la montée en Europe de discours paranoïaques qui accompagnent par ailleurs le déclassement international dont l’Europe fait l’expérience. De tels discours évoquent la sorcellerie : il y a toujours quelqu’un qui m’en veut en raison de qui je suis et non à cause de ce que je lui ai fait. Le discours paranoïaque et le discours sorcier sont tous deux des raisonnements mythologiques. A un moment où la mythologie de la nation est vide de sens, où la politique et la démocratie font de moins en moins sens, où les véritables centres de décision sont dénationalisés, sinon offshore, le raisonnement mythologique permet de combler un vide presque métaphysique. Mais il nourrit également des violences potentielles. C’est en effet un type de discours qui a toujours besoin d’un ennemi, peu importe lequel ; d’un bouc émissaire ou de quelqu’un contre lequel on peut déployer une violence sans retenue. Ce fut le cas hier avec les Nègres et les Juifs. Si l’on n’y prend garde, ce sera bientôt le cas avec les musulmans et toutes sortes d’étrangers.

Les démocraties occidentales sont-elles devenues des machines de guerre ?

Plus elles perdent de leur signification à l’intérieur, plus les démocraties atlantiques ont besoin de conduire des guerres interminables au loin. Tout cela exige l’invention permanente du «bon ennemi», celui-là qui nous permet de décharger à l’extérieur le surplus de violence qu’on aurait sinon à exercer à l’intérieur, au risque de déclencher une guerre civile. La guerre externe permet à la démocratie de faire reculer le spectre de la guerre civile. Auparavant, ce sont les colonies qui servaient d’exutoire à ce surplus de violence. Elles servaient de champ d’expérimentation de toutes sortes de guerres hors-la-loi et de toutes sortes d’atrocités. Aujourd’hui il faut externaliser cette violence d’une autre façon. Il faut par ailleurs comprendre que la guerre est devenue un rouage essentiel de la vie économique et technologique des démocraties. Elle est devenue une nécessité et ne relève plus de l’épisodique. Enfin la violence prend part à l’ordre économique international, où la force brute ne s’exerce pas seulement aux dépens des ex-colonies. L’histoire récente de la Grèce est tout à fait significative de ce point de vue. Peu importe la volonté démocratique des Grecs, les puissances financières sont capables de la congédier pour imposer le remboursement des dettes.

Les Grecs sont-ils l’exemple de cet élargissement de la condition de «Nègre» que vous avez théorisée?

Les Grecs sont en effet les nouveaux Nègres d’Europe. On peut leur imposer à loisir le genre de traitement que l’on n’impose qu’aux peuples vaincus lors d’une guerre. La sorte de mépris dans lequel on ne tient que les Nègres leur est étendue.

Plus globalement, qu’est-ce qui définit le «Nègre» aujourd’hui ?

Une classe et une race, voire une espèce d’individus, peu importe la couleur de la peau, au regard desquels la vieille distinction entre le sujet humain et la chose ne compte plus. Pis, des gens dont on n’a strictement guère besoin, une classe de superflus dont aucun maître n’a ni besoin ni envie, même pas en tant qu’esclaves. Le problème n’est plus de les exploiter : le souhaiteraient-ils, il n’y aurait guère preneur.

En France a eu lieu une violente polémique avec la ministre des Droits des femmes autour du mot «Nègre». Pourquoi avez-vous le droit d’employer ce mot à longueur de livres, et elle non ?

Parce qu’en n’en connaissant ni les tenants ni les aboutissants historiques, elle emploie ce terme à tort et à travers. Au passage, elle blesse, en toute bonne conscience, des gens. Il y a des termes lourds d’histoire que des gens incultes, mais qui se prévalent d’une parole officielle, ne peuvent utiliser qu’à leurs risques et périls.

Comment expliquez-vous le débat français autour du voile ?

Je ne comprends pas cette fixation. Nous traversons une époque caractérisée par une profonde incertitude dès lors qu’il s’agit de dire avec exactitude qui est qui. Le moment terroriste a pour effet de réactiver les dispositions paranoïaques qui existent à l’état latent dans toutes les sociétés. Quand la peur devient si intense et si interne, et le préjugé si viscéral et si partagé, le désir de démasquer l’ennemi potentiel, de l’exposer, d’en révéler l’identité profonde et secrète devient un besoin presque anal ! Je crains que la fixation sur le voile ait davantage à voir avec cette forme de l’analité qu’avec la laïcité !

Carrément ? Vous exagérez, non ? Cet acharnement n’est-il pas plutôt lié à une angoisse identitaire ?

Qui êtes-vous ? D’où venez-vous vraiment ? Quelles garanties avons-nous que vous êtes bien celui ou celle que vous dites être ? Tout tourne désormais autour de cela. Démasquer et dévoiler font partie des opérations dont on pense qu’elles nous permettront de savoir avec exactitude qui est parmi nous, pour nous ou contre nous. Or le visage nu, à découvert, sans sociabilité, aussi important soit-il, ne permet pas à lui seul de répondre à ces questions. Vous pouvez dévoiler toutes les femmes musulmanes de France et de Navarre, cela ne vous fera pas avancer dans la connaissance véritable de qui elles sont. Dans le régime de surveillance généralisé que favorise la guerre contre la terreur, et le désir d’apartheid, l’identité est devenue une affaire purement policière. Des histoires de traçage, de fichage, de délation.

On vous dira que lutter contre le voile c’est une façon de défendre le droit des femmes à être libres et à disposer de leurs corps…

Il faut faire confiance aux femmes musulmanes. Elles sont capables de défendre elles-mêmes leurs droits.

En ont-elles le pouvoir ?

Elles auront le pouvoir qu’elles s’octroieront. En attendant, essayons surtout de sortir de la logique coloniale : «Ce sont tous des enfants, il faut les aider.» Les opprimés se libèrent eux-mêmes. Dans l’histoire de l’humanité, personne n’a jamais libéré les opprimés à leur place.

Qu’est ce que cette polémique dit de la France ?

Elle peine à rentrer de plain-pied dans le monde qui vient.

Est-ce là ce qu’on appelle l’impensé colonial ou de l’esclavage ?

Le fait est que les vaincus sont obligés, pour survivre, de connaître non seulement leur propre histoire, mais aussi celle de leurs dominants. Les dominants, eux, non. L’ignorance suffit. Du coup, ce n’est pas parce que l’on a eu un passé ensemble que l’on aura nécessairement un futur en commun. Un tel futur, il faudra le construire consciemment. Par la lutte.

Vous dites : l’histoire des Nègres fait partie de notre histoire commune, celle de la France mais aussi du monde entier.

Il n’y a guère d’histoire de l’Afrique qui ne soit en même temps une histoire du monde. Tout comme il n’y a guère d’histoire du monde qui ne soit en même temps une histoire d’Africains ou de leurs descendants. Et ceci ne vaut pas que pour hier.

Cela signifie que l’histoire nationale…

… ne veut rien dire ! Il n’y a d’histoire que dans la circulation des mondes, dans la relation avec Autrui. C’est l’autre, le lointain, qui m’octroie mon identité. Une société qui refuse de se voir donner son identité par l’Autre est une société profondément malade, agitée par toutes sortes de troubles.

C’est pour cela que vous remettez aussi en cause l’universalisme à la française que vous qualifiez de «péteux» ?

L’universalisme péteux est celui qui ne sait pas faire place à cette parole qui le conteste, ou qui exige d’être prise en compte. Il ne dispose plus des ressources de l’inclusion. C’est le cas de tout universalisme de type finalement ethnique. Quand j’entends ces gens - toutes sortes d’individus venus d’horizons divers qui ont fini par faire souche ici, mais que l’on ne cesse de renvoyer à leur différence - dire «je suis Français», je n’ai pas l’impression qu’ils veulent créer un Bantoustan en plein cœur de Paris. Ce que j’entends, c’est : «Ouvrez-la toute grande, cette porte.» La malhonnêteté consiste à voir du «communautarisme» là où cherche à s’exprimer une requête d’appartenance et d’inclusion, de possible vie commune ou à tout le moins conviviale. L’universalisme péteux, c’est celui qui, tout en les assignant à une différence supposée inéradicable, leur adresse le reproche de ne point vouloir s’intégrer.

C’est ce système symbolique qui craque aujourd’hui ?

Il étale partout ses limites. Il faudrait en assurer l’approfondissement non plus dans le sens de la différence ou même de cet universel que je viens de critiquer, mais en direction de l’en-commun. Dans un pacte de soin, le soin de la planète et le soin apporté à tous ses habitants, humains et non-humains.

On va vous dire que c’est très beau, très gentil, mais totalement idéaliste, de la poésie.

Et bien, vive la poésie ! Elle est d’autant plus nécessaire que la trajectoire inverse, à savoir la relation d’inimitié, est implacable. On a besoin d’ouvrir portes et fenêtres. On a besoin d’un peu d’air par ces temps touffus et irrespirables. L’époque nous force à dormir tout en nous empêchant de rêver. Il faut redonner sa chance au rêve et à la poésie, c’est-à-dire à de nouvelles formes de la lutte, cette fois-ci sur une échelle véritablement planétaire.
Interview

Pap Ndiaye historien «Si je passe de plus en plus de temps en Afrique, c’est un peu grâce à lui»

Par —










Interview

Pap Ndiaye historien «Si je passe de plus en plus de temps en Afrique, c’est un peu grâce à lui»

Par —
  • Pap Ndiaye historien «Si je passe de plus en plus de temps en Afrique, c’est un peu grâce à lui»
«Mbembe a influencé celles et ceux qui, comme moi, réfléchissent à la situation des "afrodescendants" d’Europe et des Amériques. Il dit quelque chose d’essentiel : la situation des Noirs dans le monde dépend en bonne part de la situation de l’Afrique. Même s’ils tournent le dos à l’Afrique, même s’ils ne s’y intéressent pas (ce n’est pas une bonne idée mais c’est leur droit), les Noirs ne peuvent échapper à cela. Ils ne peuvent s’en sortir à l’échelle de l’histoire que si l’Afrique se relève.

«Quand j’ai rencontré Achille Mbembe, il y a vingt ans à Philadelphie, il m’a dit en substance : "N’oublie pas l’Afrique !" Si je passe de plus en plus de temps en Afrique, c’est un peu grâce à lui. C’est peut-être pour cela qu’on peut parler de diaspora noire : la prise de conscience d’un destin lié au continent des ancêtres. L’universalisme n’est pas la négation ou l’effacement des identités singulières : en ce cas, il n’est qu’un "uniformalisme" qui masque plus ou moins hypocritement un rapport de domination sur les subalternes de tout poil. C’est au contraire en approfondissant les cultures sans les enfermer dans une tradition inventée, sans les durcir en dogmes, que l’on accède à l’universel. C’est un travail d’une infinie délicatesse, toujours tenaillé par l’assignation identitaire d’un côté, et l’universel chauvin de l’autre, ces vieux complices d’autant plus véhéments ces temps-ci qu’ils sont finalement sur la défensive. La littérature et la philosophie permettent les déplacements de soi vers l’autre, le "changer en échangeant sans se perdre pour autant" comme dit Glissant. Ce nouvel universalisme, tissé de mille fils chatoyants, n’est pas acquis, loin s’en faut : il sera le fruit d’une bataille politique et intellectuelle.»

Pap Ndiaye historien

lundi 28 décembre 2015

Pétition: Monsieur le Président, ne créez pas des sous-catégories de citoyens !

Monsieur le Président de la République,

Comme chacun d’entre nous, vous avez été touché au plus profond de votre chair par les évènements tragiques du 13 novembre dernier. En tant que garant de nos institutions, vous êtes maintenant en quête de solutions pour réduire, autant qu’il est possible, le risque d’attentat dans notre pays. Pour ce faire, vous seriez manifestement prêt à proposer une loi permettant de déchoir de la nationalité française, les binationaux convaincus de terrorisme, y compris ceux nés Français.

Cette proposition, formulée de longue date par le Front national, nous parait dangereuse et nous attendons de vous que vous y renonciez. Car au-delà du fait que la déchéance de nationalité pour faits de terrorisme est déjà prévue dans le droit français pour les personnes binationales naturalisées depuis moins de 15 ans, de nombreux arguments nous poussent à nous élever contre cette annonce.

Tout d’abord, d’un point de vue pragmatique, permettez-nous de vous dire qu’une telle mesure ne dissuadera en aucun cas les terroristes de tenter de commettre des attentats sur notre sol. En effet, ceux-ci sont dans une logique nihiliste et ont parfaitement acquis que leurs projets, en cas de succès, se termineront dans le carnage et la mort. Risquer la déchéance de la nationalité n’est donc guère susceptible de les impressionner. De plus, comme le révèlent les investigations antiterroristes, les factieux peuvent aussi bien être français depuis plusieurs générations, que français de parents étrangers ou simplement étrangers. Le terrorisme n’est pas le monopole des Français binationaux nés sur notre sol.

Par ailleurs, la déchéance de nationalité étendue viserait donc à renvoyer davantage de monde de notre territoire. Concrètement, il s’agirait de renvoyer des gens vers le Maghreb ou le Mali, des zones qui ont déjà fort à faire avec les attaques menées par des organisations terroristes qui rêvent, de Tunis à Bamako, de ces renforts que nous leur apporterions.

Enfin, et il s’agit là de la conséquence la plus grave, vous valideriez, depuis le plus haut sommet de l’Etat, l’idée qu’il y aurait deux catégories de Français. Les binationaux nés français, qui sont « un peu moins français » et les Français qui n’ont qu’une nationalité et qui seraient « un peu plus français ». Il s’agit là d’une idée contraire à notre pacte républicain et aux valeurs les plus nobles constitutives depuis 1789 de notre identité commune. Ce sont précisément ces valeurs que Daech cherche à détruire et que nous devons plus que jamais préserver. A l’heure où de trop nombreux jeunes doutent de leur pleine appartenance à la société française, cette mesure, quand bien même elle ne les concerne pas, serait un signal vécu comme une défiance supplémentaire à leur endroit, là où il faudrait au contraire que la France montre pleinement qu’elle embrasse l’ensemble de ses enfants. La déstabilisation serait d’autant plus grave que chacun sait que vous ouvririez là un dangereux précédent. Car, une fois cette brèche ouverte, qui sait quels seront les critères qui pourront, demain ou après-demain, provoquer la déchéance de la nationalité ?

Installer l’idée que les Français ne sont pas tous égaux face à la loi, c’est donner du grain à moudre aux discours haineux des djihadistes ou de l’extrême-droite « traditionnelle » qui prétendent que la coexistence entre Français de différentes origines est impossible, c’est imprimer une marque indélébile sur nos concitoyens, nés en France, ayant vécu toute leur vie dans notre pays, mais ayant pour seul tort d’avoir un parent étranger. C’est en définitive tourner le dos à « l’âme de la France [qui] est l’égalité » comme vous l’affirmiez au Bourget, le 22 janvier 2012.

« Le terrorisme ne détruira pas la République, car c’est la République qui le détruira » avez-vous proclamé avec force lors de votre adresse aux parlementaires à Versailles.

M. le Président, mettez vos actes en adéquation avec vos propos en renonçant à cette mesure qui n’a pas sa place dans la patrie qui offrit la Grande Révolution à ses citoyens et au monde.

Premiers signataires:

SOS Racisme, LDH [Ligue des Droits de l’Homme], FTDA [France Terre d’Asile], MRAP [Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples], UEJF [Union des étudiants juifs de France], CGT [Confédération générale du travail], SNES-FSU [Syndicat national des enseignements de second degré], FIDL [Fédération Indépendante et Démocratique Lycéenne], UNEF [Union nationale des étudiants], FAGE [Fédération des Associations Générales Etudiantes], UNL [Union Nationale Lycéenne], CRAN [ Conseil Représentatif des Associations Noires de France], Boulevard des Potes, NPNS [Ni putes ni soumises], CIDFF [Centre d’information sur les droits des femmes et des familles], FTCR [Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives], BDM [Banlieue du Monde], Collectif des femmes Tunisiennes, Grad Guinée, APAVDE AFRICA [Agir pour une Afrique en voie d’émergence], KOCOON, LAG [Les amis de Guinée], ATF [Association des Tunisiens en France], ATF-75 (Paris), Espace Farabi (Paris), IDEAL-92 (Antony-92), ATF-Var (Toulon), IDEAL (Toulon), AST (Toulon), ATF-Nord (Roubaix), ATF-Charente, ATF-13 (Marseille), PMS (Montpellier), L’Afrique a du talent, ATF-Aquitaine (Bordeaux), ALIF’S (Bordeaux) [Association du lien interculturel familial et social], ATF-Haute Garonne (Toulouse), Solidarité Jasmin Aix en Provence-Marseille (Aix en Provence), ATF-Haute Savoie (Annecy), ASTI [Association de Solidarité avec Tous les Immigrés], Resf 91 [Réseau éducation sans frontières], Groupe de 5 humanistes (94), FLAM [Forces de Libération Africaines de Mauritanie]
JE SIGNE LA PÉTITION

Dominique Sopo
Président de SOS Racisme



Je me suis abstenu jusqu'ici de débattre publiquement de la déchéance de nationalité, en espérant que les débats internes à la majorité écartent ce danger. La décision de la maintenir dans le projet de loi constitutionnelle me conduit donc à formuler les objections suivantes:

Il n'était nullement question, lors du discours au congrès, de constitutionnaliser cette mesure aujourd'hui inscrite dans le code civil. Si le gouvernement choisit de procéder ainsi, c'est en raison du risque d'inconstitutionnalité d'une loi ordinaire sur la question. En effet, l'article 1er de la constitution, le saint du saint, établit que la République "établit l'égalité devant la loi de tous ses citoyens sans distinction d'origine."

Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Ce qui fait qu'un Français né Français risque ou non l'apatridie en cas de déchéance de nationalité, c'est - dans l'essentiel des cas - la nationalité d'un de ses parents. Il s'agit donc d'inscrire dans la loi qu'un crime terroriste aussi abject et anti-républicain soit-il, est puni différemment selon qu'il est commis par un Français "de souche" ou par un Français "issu de l'immigration".

J'entends les débats sur le "symbole" vs "l'efficacité". J'accepterais le débat sur l'efficacité d'une telle mesure si on l'appliquait à tous les Français. Mais ce n'est pas le cas. Et puisque ce n'est pas le cas, le symbole envoyé n'est pas celui de la fermeté face au terrorisme, c'est celui de l'inégalité de la nationalité française en raison des origines.

Alors que les attentats nous interrogent sur la sécurité, nous répondons sur la nationalité. 

Comme si nous devions accepter l'équation "immigration = insécurité" comme un fait acquis. Comme si ce qui pousse une petite frappe de banlieue à se radicaliser et à vouloir attaquer la République, ce n'est ni le renoncement de la République à faire vivre concrètement ses valeurs dans ces quartiers, ni le laisser-faire des autorités locales face à la radicalisation de certains lieux de culte, ni l'emprise de réseaux qui comblent le vide en donnant un sens à la mort de jeunes qui n'en ont pas trouvé à leur vie, ni une politique du tout carcéral qui favorise de mauvaises rencontres. Non, s'ils sont terroristes, c'est parce que leurs parents, qui se sont saignés au travail pour des salaires de misère quand on en avait besoin, venaient d'ailleurs.

La déchéance de nationalité, c'est une loi d'amnistie de la République envers elle-même. C'est considérer qu'un gamin né en France, scolarisé en France, tombé dans la délinquance en France, radicalisé en France, doit être regardé par la France comme un étranger. Comme un Algérien, comme un Marocain, ou comme un Belge. Parce que ce serait son autre nationalité, sa supposée allégeance à une puissance étrangère, qui serait la cause du terrorisme.

Il y a une différence essentielle entre refuser de leur chercher des excuses, et refuser d'en comprendre et d'en combattre les causes. L'angélisme, c'est de refuser d'admettre que notre société fabrique ses propres monstres.

Que l'on ne s'étonne pas de la poussée du Front national si, après avoir dénoncé pendant des années la banalisation de ses thèses par la droite Sarkozyste, la gauche en vient à son tour à les légitimer.


Déchéance de nationalité: Une mesure contraire à la Constitution française

DECRYPTAGE C'est ce que rappelle l'ancien Garde des Sceaux Robert Badinter, à l'unisson de plusieurs constitutionnalistes.

- BERTRAND GUAY/AFP

Et si la grande mesure sécuritaire annoncée par Nicolas Sarkozy faisait «pschiit»? Vendredi à Grenoble, le chef de l'Etat a proposé que «toute personne d'origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d'un policier, d'un gendarme ou de toute autre personne dépositaire de l'autorité publique» soit déchue de sa nationalité. Une mesure qui doit être intégrée au projet de loi relatif relative à l'immigration, à l'intégration et à la nationalité», selon le ministère de l'Immigration. Sauf que cette mesure semble vouée à ne pas passer - au moins - le cap du Conseil constitutionnel et rester un effet d'annonce puisqu'elle créée des catégories de Français, ce qui est contraire à la Constitution. 20minutes.fr vous explique pourquoi.

On ne peut pas créer des catégories de Français

«L'article premier de la Constitution dit que (...) la France assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine», qu'ils soient français de souche ou d'origine étrangère, a martelé ce lundi sur France inter Robert Badinter, l'ancien Garde des Sceaux socialiste. En voulant sanctionner d'une certaine manière une catégorie de Français - ceux d'origine étrangère - le chef de l'Etat «veut faire des discriminations contre les Français au regard de mêmes crimes, de même infractions, selon l'origine de la personne, selon les modalités d'acquisition de la nationalité française», a insisté le socialiste. «C'est contraire à l'esprit républicain», a-t-il résumé. Même analyse dans Libération pour le constitutionnaliste Guy Carcassonne, qui ne «vois pas comment on peut distinguer deux classes de citoyens selon qu'ils sont nés Français ou le sont devenus». Pour que la loi passe, il faudrait donc retoucher le 1er article de la Constitution française *, un symbole qui paraît intouchable.

Des annonces très floues

Vendredi, Nicolas Sarkozy a simplement évoqué «toute personne d'origine étrangère». Mais qui visait-ils? Celles qui ont été naturalisées? Celles qui sont nés de deux parents étrangers? D'un seul? C'est le flou. « Ce ne serait même plus deux classes de citoyens mais trois, quatre. A combien faudrait-il s'arrêter», s'insurge Guy Carcassonne dans Libération. 
 
Une pratique déjà très encadrée

La déchéance de la nationalité existe déjà dans le droit français et elle est strictement encadrée par l'article 25 du code civil, expliquait déjà 20minutes.fr à l'occasion de l'affaire Liès Hebbadj. Celui-ci reconnaît cinq situations permettant de déchoir quelqu'un de sa nationalité, relevant notamment de l'espionnage, du terrorisme et aux intérêts fondamentaux de la Nation. Assez loin, donc, des atteintes à la vie des policiers, aussi graves soient ces crimes. Surtout, pour déchoir quelqu'un de sa nationalité, il faut que la personne remplisse trois conditions. D'abord, qu'il ait une autre nationalité, car, comme le rappelle Guy Carcassonne, «le droit international nous interdit de fabriquer des apatrides». Ensuite, il faut que la personne visée ait acquis la nationalité depuis moins de dix ans, «ce qui exclut tous ceux devenus français dans leur petite enfance». Enfin, il faut que le Conseil d'Etat donne son avis conforme. Ce qui est très rare.

Que dit l'article 1 de la Constitution?

«La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée.

La loi favorise l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu'aux responsabilités.» professionnelles et sociales.