Le footballeur Larbi Ben Barek, surnommé "la perle noire" ((DR))
A
l'occasion des polémiques sur la composition de l'équipe championne du
monde, l'historien Alain Ruscio revient sur les liens historiques entre
le football français et les anciennes colonies de l'Empire.
Par Alain Ruscio
A l'occasion des polémiques
sur la composition de l'équipe de France championne du monde (23
joueurs d'origine africaine sur 34), l'historien spécialiste de la
période coloniale, Alain Ruscio, revient sur les liens historiques entre
le football français et les anciennes colonies de l'Empire. Alain
Ruscio, 71 ans, est notamment l'auteur de "Nostalgérie. L'interminable
histoire de l'OAS" (La Découverte, 2015)
Le football est, c'est une chose connue, le sport des pauvres par
excellence. Point besoin de grandes infrastructures pour taper dans tout
ce qui peut faire office de ballon, dans une rue peu passagère ou sur
un terrain vague. Aussi, comme dans d'autres pays pauvres (on pense au
Brésil), ce sport a-t-il été très vite populaire dans l'Empire français.
Lequel lui a donné certains de ses plus beaux champions, à commencer
par celui qui faisait l'admiration de Pelé, le Marocain – décrété
français – Larbi ben Barek.
Une pratique ancienne et de masse
Dès l'après-Première Guerre mondiale, le football algérien (au sens
de : européen d'Algérie) se fait remarquer en métropole. Une équipe
d'Afrique du Nord franchit la Méditerranée et, par deux fois, en 1924 et
en 1925, bat l'équipe tricolore. L'hebdomadaire "le Ballon rond" entame
alors une campagne pour l'intégration de ces Algériens dans l'équipe
nationale :
"Pour la deuxième fois cette année, l'Afrique du Nord a battu celle
de la métropole. On reconnaît que dans ses lignes il y a des hommes qui
pourraient nous être utiles. Mais on s'égare en discussions pour savoir
si leur football pourra s'amalgamer avec le nôtre ! Quelle fichaise !
Ils n'ont qu'à faire l'expérience. Car nos coloniaux possèdent ces
qualités principales qui nous manquent : l'amour du sport et le désir de
vaincre."
Il est entendu. En 1925, Charles Bardot, du RC Philippeville puis, en
1926, Georges Bonnello et Henri Salvano, du FC Blidéen, sont
sélectionnés pour porter les couleurs de la France : "Nous nous
réjouissons de ce choix, qui doit donner un bon résultat, car les
Africains ne seront pas surpris par le jeu latin, qu'ils pratiquent
naturellement. Cela ouvre la porte à une plus grande sélection et
évitera d'aller chercher ailleurs ce que nous avons chez nous." ("le
Ballon rond", 14 mars 1925).
Les Européens du Maghreb vont progressivement être recrutés dans des
équipes-phares du championnat de métropole : Marcel Haddidji, Émile
Zermani, Emmanuel Aznar, Mario Zatelli (qui devint plus tard un
entraineur emblématique de l'OM)…
L'intégration des musulmans attendra encore quelques années, mais
s'accélérera ensuite. Il y a, dans les équipes professionnelles évoluant
en métropole, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, de l'ordre
d'une quarantaine d'indigènes maghrébins : Abdelkader Ben Bouali, Riahi
Rabih (Olympique de Marseille), Gnaoui Souilem, Abdelkader Chibani (Red
Star), Maâmar Belhadj (Stade de Reims), Aoued Meftah (Fives-Lille, puis
Stade de Rennes), Saïd Benarab (Bordeaux)…
Durant l'entre-deux-guerres, il devient habituel de trouver, dans les
équipes professionnelles de métropole, des recrues originaires
d'Afrique du Nord (musulmans et européens) :
"Dans les exportations [1] du
football français, cette saison, on remarque surtout le pillage de
l'Afrique du Nord. 'Qui n'a pas ses Nord-Africains ?', c'est le cri
qu'on peut lancer ! Marseille, champion de France, arrive à en avoir
jusqu'à six."
Le premier footballeur algérien sélectionné en équipe de France fut
Ali Benouna. Remarqué dans une des équipes phares de l'époque, le FC
Sète, avec lequel il remporta la Coupe de France en 1934, il fut
sélectionné en octobre 1936 (défaite face à la Tchécoslovaquie, 0-3 [3]). Il n'eut que deux sélections, mais fut suivi immédiatement par son compatriote Abdelkader Ben Bouali, en 1937 [4].
Ben Barek, la "perle noire"
Mais c'est surtout la carrière du Marocain Larbi ben Barek qui va
marquer l'histoire du football français. Par sa qualité de joueur
d'abord. Les spécialistes le remarquèrent particulièrement lors d'un
match amical Maroc-France, à Casablanca, le 11 avril 1937, où son équipe
se permit de mettre 4 buts au mythique gardien Da Rui. Il fut alors
recruté par Marseille, puis fit une carrière au Stade français et à
l'Atletico de Madrid.
La presse ne tarissait pas d'éloges, tout en cédant aux images
exotiques un peu faciles : "Bien modeste, d'autant plus sympathique, est
le nouvel inter de l'équipe nationale, la vedette du jour, l'étoile
nord-africaine qui est apparue dans le ciel de nos champs de jeu comme
la Croix du Sud " (Mario Brun, "le Petit Parisien", 19 novembre 1938).
Larbi ben Barek
Et l'équipe de France ? Par définition, un Marocain était sujet
français, non citoyen et donc non sélectionnable. Qu'à cela ne tienne.
Henri Delaunay, président de la Fédération française de
Football-Association, avait pris les devants dès 1934 :
"Les indigènes autochtones d'origine tunisienne ou marocaine seront
considérés comme français pour tout ce qui concerne la délivrance des
licences et des règles de qualification." [5].
En conséquence, le 14 novembre 1938, le Bureau de la Fédération
confirma "la qualification au titre de joueur français (de Ben Barek) et
son droit à la sélection nationale " (Lucien Gamblin, "l'Auto", 15
novembre). Le 4 décembre suivant, Il portait pour la première fois, face
à l'Italie, le maillot de l'équipe de France. Il eut 16 autres
sélections. Un chiffre relativement modeste. Mais il faut tenir compte
d'un certain événement qui ouvrit une longue parenthèse : la Guerre
mondiale. Par contre, la carrière internationale de Ben Barek battit un
record absolu : sa dernière sélection date du 16 octobre 1954 — il a
alors 40 ans — : 15 ans et 10 mois.
Le footballeur était tellement populaire que le plus grand quotidien sportif, "l'Auto",
organisa auprès de ses lecteurs un véritable référendum pour lui donner
un surnom (lancement le 24 janvier 1939, résultat le 8 février) : bien
avant le roi Pelé — qui connaissait et portait aux nues la carrière du
Marocain —, Ben Barek devint pour chacun "la Perle noire " [6].
Malgré sa valeur, les clichés paternalistes ne l'épargnèrent pas non
plus : " Ben Barek, un brillant footballeur, un grand enfant " ("l'Auto", 15 novembre 1948). Ou même les surnoms racistes. Dans le concours déjà cité de "l'Auto", il se trouva des plaisantins pour proposer Blanche-Neige, Baba, Doudou [7]…
Il termina sa carrière à Sidi-Bel-Abbès comme entraineur-joueur dans
le modeste club de l'Union Sportive musulmane de la ville (saison
1955-56) [8],
puis rentra prendre une retraite méritée, en 1957, dans son pays,
devenu indépendant. Y a-t-il une malédiction attachée aux grands
sportifs issus du monde colonial ? Toujours est-il que Ben Barek, au
Maroc, eut des jours de plus en plus difficiles. Oublié de tous, il
meurt misérablement, le 16 septembre 1992. Son corps ne fut découvert
qu'une semaine après…
Les footballeurs d'Afrique subsaharienne
Les originaires d'Afrique subsaharienne furent plus rares, dans
l'exacte mesure où ceux-ci étaient bien moins intégrés dans des équipes
locales. Le premier africain subsaharien qui se fit remarquer, au point
d'intégrer l'équipe de France, fut Raoul Diagne. Mais ses liens avec
l'Afrique étaient ténus : fils du député du Sénégal (et un temps
ministre) Blaise Diagne, il était né en Guyane et était arrivé en France
à l'âge de 18 mois.
Sélectionné pour la première fois le 25 janvier 1931 contre l'Italie
(défaite, 0-3). Il fit une très longue carrière, ponctuée par 18
sélections nationales, avant de quitter le terrain en 1946, à 36 ans,
puis de devenir entraîneur. D'une lecture de la presse sportive de
l'époque ressort le portrait d'un homme affable, sérieux, respecté.
Seuls, de ci, de là, quelques surnoms douteux — "Joséphine " (Baker,
évidemment), "Mon z'ami ", "Le Négus" — rappelant le racisme ambiant [9].
L'ironie est que, devenu coach de l'équipe nationale du Sénégal
indépendant, il obtint plus tard une victoire contre l'équipe de France
(aux Jeux de l'Amitié, en 1963, 2 buts à 0) [10].
Après la Seconde Guerre mondiale, les footballeurs venus de l'Empire
sont nombreux. Le Camerounais Eugène N'Jo Léa est comparé aux plus
grands footballeurs brésiliens. Recruté par Saint-Étienne, il formera
avec Rachid Mekloufi un duo d'attaque d'exception qui mènera son club au
titre en 1957.
Rachid Mekhloufi
La grande aventure de l'équipe du FLN
En avril 1958, un fait spectaculaire ébranle le monde du football
français : une dizaine de joueurs algériens opérant en métropole,
disparaissent pour rejoindre le FLN.
Les fuyards réapparaissent à Tunis. La nouvelle fait grand-bruit, en
cette veille de Coupe du Monde. Que des professionnels renoncent aux
honneurs et à la fortune pour rejoindre les rebelles en dit long sur la
profondeur du sentiment national.
L'équipe du FLN
La liste des footballeurs professionnels qui font ce choix est
impressionnante : les internationaux Mustapha Zitouni (AS Monaco),
"meilleur arrière central de la planète " [11],
alors en contact avec le Real Madrid, et Rachid Mekloufi (AS
Saint-Étienne), des joueurs en vue de grands clubs de Première division,
Ben Tifour, Boubekeur, Bekloufi (AS Monaco), Brahimi, Bouchouk (FC
Toulouse), Kermali (Olympique lyonnais), Arribi (Avignon). Deux autres
sont interceptés aux frontières allemande, Mohamed Maouche (Stade de
Reims), et italienne, Hocène Chabri (AS Monaco).
La presse des Français d'Algérie présente la nouvelle avec dépit :
"Cédant aux pressions du FLN ou obéissant à des opinions politiques
personnelles, dix footballeurs africains, parmi lesquels de nombreux
internationaux, quittent clandestinement la métropole " ("l'Écho
d'Alger, 15 avril 1958). Le ton de la presse de métropole est le même :
ces hommes sont soit des traitres, soit des otages du terrorisme : " Les
footballeurs algériens désertent nos équipes pour Tunis. Menacés par le
FLN " (L'Aurore, 14 avril 1958). Paris Match envoie
un de ses reporters à Tunis. Une photo double page montre cinq des
joueurs, dans les ruelles de la médina de Tunis : "Vedettes du foot
français, les voilà fellagha " (Daniel Camus, Paris Match, 26
avril 1958). On sait que ce mot n'est pas précisément chargé de
positivité dans la presse française pro-guerre d'alors…
L'article
ironise : habitués à la belle vie, les voici au "pays des femmes voilées
et de l'eau" et pourtant " ils n'étaient pas si malheureux en France".
Même Le Monde, dont pourtant certains reportages, à la même
époque, insistaient sur le malaise algérien, douta de la sincérité des
sportifs et titra en première page : "La fuite concertées de neuf
footballeurs musulmans a été préparée par le FLN ". Puis commenta :
"Tout indique que ces départs ont été concertés. Il paraît hors de
doute, pour ceux qui les connaissent, notamment Mustapha Zettouni, qui
devait jouer demain contre la Suisse, n'ont pas désiré quitter la
métropole, mais ont dû obéir à un plan préparé par le FLN […]. Il est
évidemment hors de doute que les joueurs ont obéi aux injonctions du FLN
soucieux de frapper, par ce geste, l'opinion populaire française.
Ont-ils sans réticences quitté la métropole ? " ("le Monde", 16 avril
1958).
La presse communiste, par contre, commenta favorablement l'épisode et
reproduisit en Une le communiqué du FLN : "Les footballeurs algériens
ont répondu à l'appel de leur patrie". Commentaire le même jour de
l'éditorialiste : "Quelle leçon en tirer ? Celle-ci : que la lutte du
peuple algérien n'est pas, comme certains le prétendent, le fait d'une
minorité, mais la lutte d'un peuple entier. On aura peine à faire croire
que ce sont des “menaces du FLN“ qui ont pu conduire les onze
champions, d'un commun accord, à renoncer à la situation qui était la
leur pour prendre leur place dans un dur combat " (André Stil,
"l'Humanité", 16 avril 1958).
L'aventure de cette équipe dite du FLN est passionnante. Les joueurs
font désormais ce qu'ils savent faire, du football, pour le compte de
leur équipe nationale. Mais ils font bien plus. Ils sillonnent le monde
et leur passage est, à chaque fois, une manifestation qui dépasse
l'enjeu sportif. De mai 1958 à l'indépendance, elle dispute, malgré les
foudres de la FIFA et de la Fédération française, 91 matches de par le
monde, de la Tunisie au Maroc, en passant par l'URSS, la Hongrie, la
Yougoslavie, la Chine, le Nord Viêt Nam… Ces footballeurs sont
considérés (et se considèrent), à juste titre, comme de véritables
ambassadeurs de leur pays en marche vers l'indépendance. À Pékin, ils
sont reçus par Zhou Enlai, à Hanoi par Ho Chi Minh et le général Giap… [12]
"Avec le recul du temps, je peux dire qu'aucun d'entre nous ne
regrette… Nous étions militants, nous étions révolutionnaires. J'ai
lutté pour l'indépendance… C'était nos plus belles années " (Mohamed
Maouche) [13].
Le cas le plus étonnant de cette équipe est sans doute celui de sa
vedette, Rachid Mekloufi, international français, joueur de grande
classe évoluant à Saint-Étienne, quittant gloire, honneurs et salaire
confortable pour jouer avec le FLN… puis, l'indépendance acquise,
revenant terminer sa carrière, toujours aussi brillante, en France, où
il rejoua avec les Verts et redevint champion de France (1963, 1967 et
1968).
Plus tard, d'autres évasions, moins spectaculaires, moins massives,
eurent lieu : Ahmed Oudjani (RC Lens), Dajman Defnoun et Ali Ben Fadah
(SCO Angers) (août 1960), Hocine Bouchache (Le Havre), Oualiken et
Bourricha (Nîmes) (octobre 1960).
Alain Ruscio
[1] La logique de la phrase incite plutôt à lire : les importations.
[2] "À
huit jours de la reprise en football", cité par Stanislas
Frenkiel, Larbi Ben Barek, Marcel Cerdan, Ali Mimoun et Alfred Nakache
aux frontières de l'assimilation, Mémoire de Master 2, Centre de
Recherche en Science du Sport, Université Paris-Sud XI, Année
universitaire 2004-2005.
[3] Marcel Rossini, "Médiocre match de l'équipe de France", Match, 11 février.
[4] Présenté
à tort comme le premier Maghrébin par Ahmed Boubeker et Piero D.
Galloro, "Des Italiens aux Maghrébins, d'une génération de football à
l'autre", in Claude Boli, Yvan Gastaut & Fabrice Grognet
(dir.), Allez la France ! Football et immigration, Paris, Gallimard /
CNHI, Musée national du sport, 2010.
[6] Claude
Boli, "Larbi Ben Barek, la première vedette maghrébine du football
français", Revue Migrance, n°29, n° spécial, "Les footballeurs
maghrébins au XXè siècle", 1er trimestre 2008.
[8] Redouane
Ained Tabet & Tayeb Nehari, Histoire d'Algérie. Sidi-bel-Abbès, de
la colonisation à la guerre de Libération en Zone 5 – Willaya V
(1830-1962), Alger, ENAG Diffusion, 1999.
[9] Mario Brun, "Raoul Diagne", Match, 19 novembre 1935.
[10] Morad
Aïd-Habbouche & Pascal Blanchard, "Des Noirs en couleur. Les
joueurs afro-antillais en équipe de France", Africultures, 3 juin 2008.
[11] Dominique
Le Guilledoux, "En 1958, les sportifs avaient du courage. Des
footballeurs entre Paris et Alger", "le Monde diplomatique", août 2008.
[12] Paul
Dietschy, "Le football africain, entre domination coloniale et
émancipation", in Pierre Singaravélou & Julien Sorez (dir.),
"L'Empire des sports. Une histoire de la mondialisation culturelle",
Paris, Belin, 2010.
[13] Cité par Françoise Escarpit, "1958. Les ambassadeurs de la révolution algérienne", "l'Humanité", 6 octobre 2001.
Interview, Quotidien Libération
Lilian Thuram : «Pour ne pas gâcher le jeu, on donne l’impression que tout va bien»
Lilian Thuram boulevard Saint-Germain, à Paris, le 20 juillet.Photo Roberto Frankenberg
Pour le
champion du monde 1998, le racisme sur les terrains, reflet de
l’inconscient profond du pays, est minimisé par les instances
dirigeantes majoritairement blanches. Il dénonce les préjugés tenaces
contre les Noirs, renvoyés à leur physique et traités de paranoïaques
lorsqu’ils dénoncent les agressions dont ils font l’objet.
Lilian Thuram : «Pour ne pas gâcher le jeu, on donne l’impression que tout va bien»
Lilian Thuram a grandi en Guadeloupe jusqu’en 1981, année
de son arrivée en région parisienne, où il est élevé par sa mère femme
de ménage. Là, il fait l’expérience du racisme, elle fondera ses
engagements futurs. Le baccalauréat en poche, il débute sa carrière de
footballeur professionnel avec l’AS Monaco, passera ensuite l’essentiel
de sa carrière à la Juventus de Turin. Le défenseur tricolore, champion
du monde en 1998 et d’Europe en 2000, raccrochera les crampons en 2008.
Un temps membre du conseil fédéral de la Fédération française de
football (FFF) et du Haut Conseil à l’intégration, il crée sa fondation,
Lilian Thuram-Education contre le racisme.
Les Bleus sont la cible à l’étranger de commentaires sur leurs origines…
C’est surtout une hypocrisie totale de dire qu’il ne faut pas parler
des origines des joueurs. Parce qu’avec ceux qui ne jouent pas en équipe
de France, on se l’autorise. Ceux-là sont sans cesse désignés comme des
jeunes issus de la deuxième ou troisième génération, sans cesse
renvoyés à leurs origines. Cette victoire est un cadeau extraordinaire
fait à tous ces enfants qui ont du mal à se considérer comme français.
Avec elle, ils pourraient franchir le pas. Mais on ne devrait pas
attendre une Coupe du monde pour leur donner le sentiment d’être
légitimes, ce devrait être un discours porté par nos politiques et notre
société. En fait, parler des origines de quelqu’un n’est pas un
problème, tant qu’on ne l’enferme pas dedans. Jusqu’à preuve du
contraire, chacun de nous en a, alors pourquoi ne pas aborder le sujet ?
Parce que ce sont toujours les mêmes qu’on renvoie à leurs origines.
Parce qu’on ne parle pas de celles de Lloris, Griezmann, Hernandez,
Pavard. Parce qu’en fait, c’est de couleur de peau dont il s’agit. Ce
n’est pas anodin que certains pays désignent les joueurs d’origine
africaine. Le message est simple : on ne peut pas être noir et européen,
puisque les Noirs sont africains. Et il y aurait trop de Noirs dans
l’équipe de France. A ce discours-là, la FFF oppose que tous les joueurs
sont français. Bien sûr, évidemment, sinon ils ne pourraient pas jouer
en équipe de France ! Ne faudrait-il pas dire, assumer, que la force de
notre pays, de notre football, tient à ce que nous avons tous des
origines, des couleurs, des religions différentes… Dire que là est notre
fierté, que nous sommes fiers de cela. Et voilà pourquoi nous sommes
champions du monde.
Comment expliquer que les joueurs noirs du club amateur de l’AS Benfeld, qui ont essuyé des coups et des injures racistes,ont le sentiment de n’avoir pas été entendus par les instances du football ?
On sait bien que les Noirs racontent des bêtises… Le racisme est
présent dès la lecture d’une situation. La parole d’un Noir ou de trois
Noirs ne vaut pas la parole d’un Blanc. La victime n’est pas en mesure
de dénoncer quoi que ce soit puisqu’on ne va pas la croire. La parole
est d’emblée illégitime, c’est caractéristique du traitement du racisme.
Ce qu’on ne veut pas voir dans le racisme, c’est que cela existe
vraiment. On croit toujours que les personnes exagèrent, que ceux-là
voient du racisme partout. On leur fait comprendre qu’ils sont
paranoïaques. Car prendre en considération les paroles des victimes de
racisme, c’est prendre acte du fait qu’il y a du racisme, donc aller à
l’encontre du système, affirmer qu’il faut le changer au lieu de laisser
faire. Je prends toujours l’exemple du bus de Rosa Parks : il ne faut
jamais oublier que dans le racisme, il y a des gens qui sont avantagés.
L’engouement populaire pour les Bleus victorieux signifie-t-il que le football français s’est défait de tout racisme ?
Après cette victoire, il n’y aura peut-être plus de questionnements
sur la légitimité d’être noir et français. A condition de rappeler les
débats qui ont agité la FFF. Il faut dire aux gens : vous qui êtes
heureux de la victoire de l’équipe de France, souvenez-vous qu’en 2011,
des personnes ont voulu mettre en place des quotas pour les binationaux.
Avec ces quotas, nous n’aurions pas cette équipe-là. Ce projet a été
empêché grâce au courage d’un lanceur d’alerte, Mohamed Belkacemi.
Dans le cas du match Benfeld-Mackenheim, le District d’Alsace de
football a condamné à égalité tous les protagonistes, dix matchs de
suspension pour tous.
C’est une décision extrêmement lâche, cela revient à ne pas
sanctionner. Il n’y a ni victime ni bourreau. En ne prenant pas la
mesure de la gravité de la situation, ils permettent au racisme de
perdurer. Ils participent au mauvais traitement des Noirs par la
société, ils l’autorisent à les violenter, les sous-estimer, les
mépriser. Si les agresseurs et les victimes avaient la même couleur de
peau, ils n’auraient pas tous eu la même peine. On ne condamne pas de
manière identique victimes et agresseurs. Mais dans ce cas-là, on les
met sur le même plan, au même niveau, pour ne pas traiter de la question
raciste. L’essentiel, c’est de ne pas faire de vague, pour ne pas être
taxé de district raciste. Je doute que ces dirigeants aient pensé au
ressenti de ces footballeurs noirs, à la manière dont ils vivraient
cette affaire et leur sanction.
Autrement dit, la couleur de peau conditionnerait la lecture de la situation ?
C’est la réalité. Si au District d’Alsace de football la majorité des
personnes étaient noires, est-ce qu’il y aurait eu cette sanction ? Les
décisions prises dans les affaires de racisme émanent souvent d’une
classe dirigeante majoritairement blanche qui ne subit pas le racisme,
qui est éduquée à ne pas le voir ou à refuser de le voir. Si le racisme
existe encore dans nos sociétés, c’est qu’il y a encore beaucoup de
personnes qui trouvent ce comportement tout à fait normal, se retrouvent
dans cette façon de penser. Demandez aux joueurs, aux supporteurs, aux
gens du District, s’ils aimeraient être traités de la même façon que la
société traite les personnes de couleur noire. A chaque fois que je pose
la question dans les écoles, les enfants répondent non. Eux-mêmes
savent. Ils savent qu’on ne se comporte pas pareil avec les Noirs.
Quand on décortique la réflexion autour du racisme, on en arrive à
une remarque dangereuse : les gens ne se perçoivent pas blancs. Dans
l’absolu, c’est une bonne chose. Mais comme ils n’ont pas conscience
d’être blancs, ne se nomment pas blancs, ils ne se rendent pas compte
combien leur couleur de peau influence leur perception des personnes
noires, leurs actes envers elles. Moi, je sais que je suis noir parce
qu’on me l’a tellement répété. Je suis devenu noir à 9 ans, en arrivant
en région parisienne. Les autres enfants, qui me disaient noir, ne se
disaient pas blancs. Les gens blancs sont capables de parler d’un
physique noir, d’une pensée noire, mais ils ne parlent jamais d’eux.
Sauf qu’ils se pensent tout le contraire. Si les Noirs courent vite,
sont forts, cela sous-entend que les Blancs sont plus intelligents,
intellectuels. Dans les années à venir, il faudra questionner cette
structure de pensée : pourquoi les Blancs font cela ? Aujourd’hui, c’est
compliqué de rappeler aux Blancs qu’ils sont blancs, cela entraîne
souvent des blocages, c’est vécu comme une agression.
Quel discours éducatif contre le racisme portez-vous ?
J’essaie d’être le plus simple possible. De démontrer que le racisme
n’est pas quelque chose de naturel, mais résulte d’une éducation. Je dis
aux enfants que selon leur couleur de peau, leur sexe, leur orientation
sexuelle, ils ne vivent pas la société de la même façon. Je leur dis de
faire attention, qu’ils sont éduqués de manière inconsciente à se
penser mieux que les autres, plus légitimes ou au contraire moins bien.
Il s’agit de leur faire prendre conscience des stéréotypes que la
société ancre en eux, pour déjouer les mécanismes de domination. Et pour
l’heure, le racisme, quand il ne fait pas l’objet d’un déni, est traité
de manière superficielle… Dans l’affaire Weinstein, on aurait pu s’en
tenir à l’acte d’un gros dégueulasse, s’arrêter là. Mais ce cas a permis
de mettre au jour le système qui le sous-tend, qui a permis à Weinstein
de perpétrer ses violences avec un sentiment d’impunité : la domination
des hommes sur les femmes. Or, quand il s’agit d’un acte de racisme, on
ne se pose jamais la question. Si dans un stade, des supporteurs font
le bruit du singe parce que je touche un ballon, parce que je suis noir,
on se contente de dire qu’il s’agit de gens stupides. Mais cela raconte
autre chose, cela dit quelque chose de la relation à l’autre selon la
couleur de peau, d’une idée de supériorité. En chaque personne blanche,
il peut y avoir des séquelles de cette façon de penser. Cela ne veut pas
dire qu’il y en a forcément, mais on doit au moins se poser la
question. Le documentaire de Raoul Peck sur James Baldwin, I Am Not Your Negro, l’explique
très bien : il faut que les personnes blanches se demandent pourquoi
ils ont besoin des Noirs. Parce que le racisme, ce n’est pas le problème
des Noirs. Comme le sexisme n’est pas le problème des femmes, ou
l’homophobie le problème des homosexuels. Ce n’est pas eux qui peuvent
résoudre le problème. Et très souvent, c’est aux victimes qu’on demande
de le résoudre.
Pourquoi n’y a-t-il pas plus de voix qui s’élèvent contre le racisme dans le football ?
Quand j’étais joueur de foot, c’était déjà difficile de dénoncer les
actes de racisme, même quand cela me touchait en plein cœur. Il ne
fallait pas parler de ce qui est scandaleux. Parce qu’il ne faut pas
gâcher le jeu, mais donner une bonne image, l’impression que tout va
bien… Dans le foot professionnel, aucun arbitre n’a jamais arrêté un
match à la suite d’actes de racisme. Même à ce niveau-là, les joueurs
qui se plaignent de racisme sur le terrain finissent parfois avec un
carton. Alors même que la visibilité est forte, rien n’est fait. Autant
dire que dans le foot amateur, et encore plus en zone rurale, c’est
pire. Voilà pourquoi il faut parler, et ce d’autant plus lorsque vous
êtes un joueur médiatisé, car cette position est plus facile, et que
vous êtes plus audible. Dans le foot amateur, dénoncer du racisme, cela
peut même se retourner contre vous. Les clubs, en général, demandent aux
joueurs de laisser tomber, de ne rien dire. Les personnes qui ont une
visibilité ont aussi une responsabilité : s’opposer aux injustices, pour
en finir avec cette hypocrisie qui consiste à fermer les yeux. Il faut
une libération de la parole, faire comprendre aux gens que par leur
inaction et leur silence, ils entretiennent le racisme.
Cet entretien accordé au quotidien Libération jeudi 02 juin 2016 par Achille Mbembe
ne pouvait pas mieux tomber... Dans une France pensante repliée sur
elle-même, Achille est un véritable bol d'oxygène humaniste et
internationaliste, surtout quand on étouffe (dans ce
lynchage de Karim Benzema) avec toutes les postures républicaines et
moralisantes d'une fachosphère
triomphante.
Le racisme des temps
modernes et notamment en France va bien au-delà de l'alignement des
"têtes de nègres" sur un papier ou dans la composition d'une équipe
sportive...
Ce dont il est question ici et qui peut légitimement
interpeller c'est l'exclusion systématique de certains joueurs typés -
curieusement toujours les mêmes - au nom de leur caractère bien trempé
(comme on dit) ou de tant d'autres traits de caractère attribués à une
frange ethnique ou religieuse de la société française.
Ce
racisme-là - si c'en est un dans le cas Benzema - est bien plus subtil et pernicieux pour essayer de le nier ou banaliser en alignant les
belles têtes bronzées de l'équipe française de football comme preuve
d'une société sans racisme. L'équipe de France de Football aura ainsi
été le bel arbre qui a toujours caché cette forêt..
Il est temps qu'un grand pays démocratique comme la France sorte de ce déni permanent.
Et pourquoi faudrait-il donc que Karim Benzema fasse lui - au motif
qu'il serait typé et s'appelle Benzema - plus "preuve d'intégration" que
tous les autres jeunes français nés comme lui en France? Quelle est
cette société qui instruit en permanence un procès en refus
d'intégration contre une frange identifiée de ses ressortissants?
Que M. Benzema soit jugé voire exclu de l'équipe de France sur la base
uniquement des infractions, délits, ou crimes qu'il aurait commis, mais
non sur ce procès latent et permanent du refus qui lui est prêté de
s'intégrer à la France, basé sur son origine ethnique ou sa religion
supposée (celle-ci devant rester du ressort de sa vie privée).
Qui mettra un terme à ce lynchage?
Entre ceux qui tiennent à "recadrer" l'attaquant international en
public, afin de rassurer "l'establishment" sur leur veille républicaine
efficace contre tous les "mauvais procès" de racisme faits à la France
par les jeunes dits de banlieues.. Puis tous les autres bons et vrais français - de préférence de "bonne souche" - pour lesquels une
"racaille" de banlieue doit savoir jouer au ballon et toujours la
fermer...
Nasri, Ben Harfa, Benzema...Cela commence
effectivement à faire beaucoup et surtout à traduire une certaine forme
d'exclusion à connotation ethnique, évidemment jamais assumée.
Achille Mbembe au musée Dapper, à Paris.Photo Manuel Braun
Dégonfler les
héroïsmes nationaux et redéfinir une pensée de la circulation et du
détachement: les thèses décapantes de l’historien franco-camerounais
rafraîchissent le débat dans une Europe rongée par le «désir
d’apartheid».
Achille Mbembe, globe penseur
C’est un homme qui n’a pas peur de jeter par la fenêtre
l’histoire nationale, les identités et les frontières. L’universalisme à
la française ? «Péteux», affirme l’historien Achille Mbembe.
Comme le petit dernier d’une famille, brillant mais insolent,
l’intellectuel à la renommée internationale peut se permettre de
bousculer ce vieux pays qu’est la France. Malgré une carrière menée
depuis trente ans entre les Etats-Unis et l’Afrique du Sud, il continue
de «penser et d’écrire» en français.
D’une certaine façon, Achille Mbembe est l’anti-Finkielkraut par
excellence. A ceux qui, dans le sillage de l’académicien français,
prônent le repli identitaire, l’historien avance le détachement. A la
manière d’un Edouard Glissant, un de ses maîtres à penser, il ne limite
pas sa géographie à celle de la nation mais l’élargit au «Tout-Monde».
Il rêve d’écrire une histoire commune à l’humanité qui dégonflerait
tout héroïsme national tapageur et redessinerait de nouveaux rapports
entre le même et l’autre ? Dans une France et une Europe qui redoutent
même leurs ombres, on voit bien le potentiel subversif de la pensée de
Mbembe. Son dernier livre publié à la Découverte, au printemps, Politiques de l’inimitié, dresse le portrait peu amène d’un continent rongé par le «désir d’apartheid»,
mû par la recherche obsessionnelle d’un ennemi et avec la guerre comme
jeu favori. Exagéré ? Lui assume le trait volontairement forcé. «Il faut réveiller ce vieux continent», dit-il lors d’une rencontre en mai à Paris.
«Puissant et transgressif»
Ce qui frappe chez lui, c’est
son calme olympien, proche d’une béatitude amusée, si éloigné de la
violence de certains de ses écrits. Immense crâne et lunettes d’intello à
bords noirs et épais, il dégage le magnétisme de ceux capables de
subjuguer un auditoire par une fulgurance théorique. N’a-t-il pas
reformulé dans son précédent livre, Critique de la raison nègre
(la Découverte, 2013), le concept même de «nègre», qui, dans un
environnement néolibéral, concerne en fait tous les subalternes de tous
les pays. Des «hommes-marchandises», analyse-t-il. «La condition nègre ne renvoie plus nécessairement à une affaire de couleur. Le nègre est devenu post-racial.»
Souvent, l’historien est présenté comme l’un des pères des études postcoloniales : il a écrit en 2000 De la postcolonie en France,
devenu un classique enseigné dans les programmes américains. Mais,
Mbembe déborde largement de ce cadre théorique. Tout en partant du fait
colonial, il déploie une analyse plus globale qui prend en compte
l’ensemble des mécanismes de domination. Il s’attaque aussi bien à la
critique de l’universalisme qu’à celle du néolibéralisme. Lui,
l’historien reconnu pour ses travaux sur la société camerounaise, a
glissé petit à petit vers une philosophie politique portée par une
écriture littéraire. «C’est une personnalité transgressive, puissante, imaginative,
dit de lui son vieil ami, le politologue Jean-François Bayart qui a
longtemps dirigé le Ceri (Centre d’études et de recherches
internationales) à Sciences-Po Paris. Mais c’est vrai, je regrette parfois qu’il ait mis de côté la recherche historique pure…» Certains lui reprochent quelques facilités théoriques destinées à plaire au plus grand nombre…
Son fan-club traverse les continents à l’image de son itinéraire.
Naissance et études au Cameroun, doctorat à la Sorbonne et Sciences-Po
Paris, professeur à l’université de Columbia à New York puis à Dakar où
il reste quelques années avant de s’installer entre deux continents,
professeur à l’université de Witwatersrand à Johannesburg comme à celle
de Duke aux Etats-Unis. «C’est un cosmopolite», dit Jean-François Bayart. Mbembe a coutume de dire que notre lieu de naissance relève du hasard. «Devenir homme dans le monde, écrit-il, est une affaire de trajet, de circulation et de transfiguration.» Défiant les origines, il croit en cette capacité de recevoir des «héritages qui n’ont rien à voir avec des histoires de naissance».
Lui parle et écrit en français, non pas dans la dévotion d’une
francophonie si complaisamment célébrée mais dans une recomposition
politique de la langue. «Je me situe plutôt dans le prolongement
d’une pensée de langue française qui n’est pas francocentrée. Cette
pensée, qui est tout à fait différente de la littérature dite
francophone, est une pensée de la circulation, de la traversée et du
mouvement. C’est celle de Césaire, Glissant, Fanon et d’autres.»
«Ethique du passant»
Plus insoupçonné, domine dans son parcours son passage à la Jeunesse étudiante chrétienne quand il était étudiant au Zimbabwe. «Il a été marqué par la dimension prophétique du christianisme, explique Jean-François Bayart, on la retrouve aujourd’hui dans ses écrits.» L’un de ses mentors est l’ancien jésuite devenu philosophe, Fabien Eboussi Boulaga. De ses multiples apports, Mbembe tire une «éthique du passant»
: au fond, nous ne serions les citoyens d’aucun pays en particulier.
Une radicalité qui peut choquer mais qui a le mérite de renouveler le
débat en France, pays à bout de souffle sur son histoire et son
pedigree.
Achille Mbembe au Musée Dapper à Paris dans l'exposition Chefs-d'œuvre d'Afrique (jusqu'au 21 décembre).Photo Manuel Braun
Identité,
nation, voile, violence, migration… Achille Mbembe renvoie le continent
européen à ses crispations et à son immobilisme.
Achille Mbembe : «La France peine à entrer dans le monde qui vient»
C’est l’un des nombreux paradoxes d’Achille Mbembe : il
peut faire preuve d’une noirceur absolue sur le genre humain tout en
déployant une philosophie que d’aucuns pourraient qualifier de béate.
Rencontre avec l’historien, professeur à l’université de Witwatersrand à
Johannesburg en Afrique du Sud et à celle de Duke aux Etats-Unis.
Dans le débat autour des questions d’identité, de frontières
et d’islam, la France voit remettre en cause une de ses valeurs phares,
l’universalisme. Une chance ou une épreuve ?
La France change, elle y est obligée. C’est justement, parce que des
transformations irréversibles sont en train de s’opérer autour de ces
questions que les lignes de confrontation et de conflit se raidissent.
Les temps sont propices, pour les pays européens, à redéfinir les
paramètres non plus de l’universel, mais de ce qui nous est commun en
cet âge planétaire. A cause de sa très riche et complexe histoire, la
France pourrait, si elle le voulait, contribuer à une compréhension
inédite des enjeux nouveaux liés à notre condition terrestre. Ce que
l’humanité a désormais en commun, c’est le fait que nous sommes appelés à
vivre exposés les uns aux autres, et non enfermés dans des frontières,
des cultures et des identités. C’est le propre de l’humain, mais c’est
aussi le cours que prend désormais notre histoire avec d’autres espèces
sur cette Terre. Vivre exposés les uns aux autres suppose de reconnaître
qu’une part de notre «identité» s’origine dans notre vulnérabilité.
Celle-ci doit être vécue et entendue comme un appel à tisser des
solidarités, et non à se forger des ennemis. Malheureusement, tout cela
est trop compliqué pour le tempérament de notre époque, portée qu’elle
est vers des idées toutes faites. Plus notre monde se complexifie, plus
nous avons tendance à recourir aux idées simples.
Mais on peut comprendre que la défense de l’universalisme,
d’une identité et d’une culture propre à un espace géographique soit
indissociable de l’histoire européenne et française…
Je comprends tout cela. Le problème, c’est que ni l’Europe, ni la
France ne sont le monde. Le problème, c’est quand l’universalisme se
fait ethnique. C’est quand l’identité se conjugue avec le racisme et que
la culture se présente sous les traits d’une essence immuable. En
vérité, ce que l’on appelle l’identité n’est pas essentiel. Au fond,
nous sommes tous des passants. Le monde que nous habitons a commencé
longtemps avant nous et continuera longtemps après nous. Alors qu’émerge
lentement une nouvelle conscience planétaire, la réalité d’une
communauté objective de destin doit l’emporter sur l’attachement à la
différence.
Nous sommes pourtant tous nés quelque part…
… mais accidentellement. Etre né quelque part est une affaire
d’accident. Ce n’est pas une affaire de choix. Sacraliser les origines,
c’est un peu comme adorer des veaux d’or. Cela ne veut rien dire. Ce qui
est important, c’est le trajet, le parcours, le chemin, les rencontres
avec d’autres hommes et femmes en marche, et ce que l’on en fait. On
devient homme dans le monde en marchant, pas en restant prostré dans une
identité.
Peut-être est-ce plus simple pour vous d’être «un passant» : vous êtes né au Cameroun, enseignez en Afrique du Sud et aux Etats-Unis, avez étudié en France…
Je suis attaché à la France, conséquence d’une rencontre. Or, je ne
suis pas né ici. Je ne vis pas ici non plus. Il y a des héritages qui
n’ont rien à voir avec des histoires de naissance. J’écris par exemple
en français, une langue que j’ai reçue en héritage. Je pense en langue
française. Je contribue avec d’autres au rayonnement mondial de la
pensée de langue française, et cela n’a strictement rien à voir avec je
ne sais quelles racines. Au contraire, cela a à voir avec le fait qu’à
un moment historique donné, la langue française a cessé d’être une
langue ethnique. L’Afrique a permis à la langue française d’échapper à
son destin ethnique. Au demeurant, c’est toujours Autrui qui nous
octroie notre pesant d’universel. On ne peut pas s’autoproclamer
universel. Quant aux plus faibles d’entre nous, il s’agit justement
souvent de gens qui, pour survivre, doivent absolument bouger. Il s’agit
de gens en permanence en mouvement. Or, on sait combien, de nos jours,
il est presque devenu impossible de bouger, du moins pour certaines
catégories de l’humanité. Celle-ci se divise entre ceux qui peuvent
aller partout dans le monde et ceux qui, soit ne doivent pas bouger,
soit ne peuvent le faire que sous des conditions draconiennes.
Votre description de l’Europe occidentale est terrible… Vous évoquez un territoire aussi accueillant qu’un «banc de glace».
Le tableau n’est pas noir. Ce qui me frappe, c’est la grisaille. Il
suffit de regarder les frontières de l’Europe, et surtout ses frontières
méridionales. Elles sont devenues des fosses communes. Il faut secouer
cette Europe assoupie, qui n’arrête plus de ronfler. Sinon, plongée dans
une sorte d’ennui existentiel, elle risque de devenir une menace pour
le reste de l’humanité.
Elle est assoupie, mais à vous lire, elle est très violente…
Les deux choses vont de pair. L’Europe devient violente par ennui. La
violence devient le moyen de son divertissement, une manière de se
rassurer. Le racisme qui va avec l’ennui est, lui aussi, une forme de
joyeuseté. Il est pratique au nom d’une pseudo-critique du
«politiquement correct», cette expression fourre-tout que beaucoup
assimilent à la répression. A la place, on cherche à se défouler, à
briser tabous et interdits. On se met à rêver à des temps de licence
absolue lorsque tout, croit-on, était permis. Le racisme contemporain
est de ce point de vue une forme de démocratisation d’une jouissance
perverse. Par ces temps de grand ennui, tout le monde peut y avoir
accès. Il n’y a pas de tarif d’entrée. Si, à l’époque coloniale, le
racisme et la violence européenne étaient symptomatiques de la montée en
suprématie du continent, aujourd’hui leur fonction est tout autre : ils
sont le fait d’une vieille puissance qui refuse de faire face à son
déclassement international.
Mais en France, la réalité a été extrêmement violente en 2015…
Le terrorisme n’est pas une fiction. Il est bien réel et la France en
fait l’épreuve. Mais le centre de gravité du terrorisme n’est pas
l’Occident. Boko Haram a provoqué la mort de dizaines de milliers de
gens au Nigeria, au Nord Cameroun et sur les pourtours du lac Tchad.
L’expérience de dévastation due au terrorisme n’est pas une exception
européenne, c’est une expérience partagée. Hormis les deux épisodes de
1914-1918 et 1939-1945, l’épicentre de la violence de notre monde, c’est
hors d’Europe qu’il se situe depuis le XVe siècle.
Le terrorisme n’est pas une attaque contre l’identité ou la culture européenne ?
A vrai dire, les terroristes font assez peu dans la discrimination.
Pour les victimes, il suffit parfois d’être là, au mauvais endroit et au
mauvais moment. Le terrorisme s’attaque à l’Etat de droit. En même
temps, il favorise la montée en Europe de discours paranoïaques qui
accompagnent par ailleurs le déclassement international dont l’Europe
fait l’expérience. De tels discours évoquent la sorcellerie : il y a
toujours quelqu’un qui m’en veut en raison de qui je suis et non à cause
de ce que je lui ai fait. Le discours paranoïaque et le discours
sorcier sont tous deux des raisonnements mythologiques. A un moment où
la mythologie de la nation est vide de sens, où la politique et la
démocratie font de moins en moins sens, où les véritables centres de
décision sont dénationalisés, sinon offshore, le raisonnement
mythologique permet de combler un vide presque métaphysique. Mais il
nourrit également des violences potentielles. C’est en effet un type de
discours qui a toujours besoin d’un ennemi, peu importe lequel ; d’un
bouc émissaire ou de quelqu’un contre lequel on peut déployer une
violence sans retenue. Ce fut le cas hier avec les Nègres et les Juifs.
Si l’on n’y prend garde, ce sera bientôt le cas avec les musulmans et
toutes sortes d’étrangers.
Les démocraties occidentales sont-elles devenues des machines de guerre ?
Plus elles perdent de leur signification à l’intérieur, plus les
démocraties atlantiques ont besoin de conduire des guerres interminables
au loin. Tout cela exige l’invention permanente du «bon ennemi»,
celui-là qui nous permet de décharger à l’extérieur le surplus de
violence qu’on aurait sinon à exercer à l’intérieur, au risque de
déclencher une guerre civile. La guerre externe permet à la démocratie
de faire reculer le spectre de la guerre civile. Auparavant, ce sont les
colonies qui servaient d’exutoire à ce surplus de violence. Elles
servaient de champ d’expérimentation de toutes sortes de guerres
hors-la-loi et de toutes sortes d’atrocités. Aujourd’hui il faut
externaliser cette violence d’une autre façon. Il faut par ailleurs
comprendre que la guerre est devenue un rouage essentiel de la vie
économique et technologique des démocraties. Elle est devenue une
nécessité et ne relève plus de l’épisodique. Enfin la violence prend
part à l’ordre économique international, où la force brute ne s’exerce
pas seulement aux dépens des ex-colonies. L’histoire récente de la Grèce
est tout à fait significative de ce point de vue. Peu importe la
volonté démocratique des Grecs, les puissances financières sont capables
de la congédier pour imposer le remboursement des dettes.
Les Grecs sont-ils l’exemple de cet élargissement de la condition de «Nègre» que vous avez théorisée?
Les Grecs sont en effet les nouveaux Nègres d’Europe. On peut leur
imposer à loisir le genre de traitement que l’on n’impose qu’aux peuples
vaincus lors d’une guerre. La sorte de mépris dans lequel on ne tient
que les Nègres leur est étendue.
Plus globalement, qu’est-ce qui définit le «Nègre» aujourd’hui ?
Une classe et une race, voire une espèce d’individus, peu importe la
couleur de la peau, au regard desquels la vieille distinction entre le
sujet humain et la chose ne compte plus. Pis, des gens dont on n’a
strictement guère besoin, une classe de superflus dont aucun maître n’a
ni besoin ni envie, même pas en tant qu’esclaves. Le problème n’est plus
de les exploiter : le souhaiteraient-ils, il n’y aurait guère preneur.
En France a eu lieu une violente polémique avec la ministre
des Droits des femmes autour du mot «Nègre». Pourquoi avez-vous le droit
d’employer ce mot à longueur de livres, et elle non ?
Parce qu’en n’en connaissant ni les tenants ni les aboutissants
historiques, elle emploie ce terme à tort et à travers. Au passage, elle
blesse, en toute bonne conscience, des gens. Il y a des termes lourds
d’histoire que des gens incultes, mais qui se prévalent d’une parole
officielle, ne peuvent utiliser qu’à leurs risques et périls.
Comment expliquez-vous le débat français autour du voile ?
Je ne comprends pas cette fixation. Nous traversons une époque
caractérisée par une profonde incertitude dès lors qu’il s’agit de dire
avec exactitude qui est qui. Le moment terroriste a pour effet de
réactiver les dispositions paranoïaques qui existent à l’état latent
dans toutes les sociétés. Quand la peur devient si intense et si
interne, et le préjugé si viscéral et si partagé, le désir de démasquer
l’ennemi potentiel, de l’exposer, d’en révéler l’identité profonde et
secrète devient un besoin presque anal ! Je crains que la fixation sur
le voile ait davantage à voir avec cette forme de l’analité qu’avec la
laïcité !
Carrément ? Vous exagérez, non ? Cet acharnement n’est-il pas plutôt lié à une angoisse identitaire ?
Qui êtes-vous ? D’où venez-vous vraiment ? Quelles garanties
avons-nous que vous êtes bien celui ou celle que vous dites être ? Tout
tourne désormais autour de cela. Démasquer et dévoiler font partie des
opérations dont on pense qu’elles nous permettront de savoir avec
exactitude qui est parmi nous, pour nous ou contre nous. Or le visage
nu, à découvert, sans sociabilité, aussi important soit-il, ne permet
pas à lui seul de répondre à ces questions. Vous pouvez dévoiler toutes
les femmes musulmanes de France et de Navarre, cela ne vous fera pas
avancer dans la connaissance véritable de qui elles sont. Dans le régime
de surveillance généralisé que favorise la guerre contre la terreur, et
le désir d’apartheid, l’identité est devenue une affaire purement
policière. Des histoires de traçage, de fichage, de délation.
On vous dira que lutter contre le voile c’est une façon de
défendre le droit des femmes à être libres et à disposer de leurs corps…
Il faut faire confiance aux femmes musulmanes. Elles sont capables de défendre elles-mêmes leurs droits.
En ont-elles le pouvoir ?
Elles auront le pouvoir qu’elles s’octroieront. En attendant, essayons surtout de sortir de la logique coloniale : «Ce sont tous des enfants, il faut les aider.» Les opprimés se libèrent eux-mêmes. Dans l’histoire de l’humanité, personne n’a jamais libéré les opprimés à leur place.
Qu’est ce que cette polémique dit de la France ?
Elle peine à rentrer de plain-pied dans le monde qui vient.
Est-ce là ce qu’on appelle l’impensé colonial ou de l’esclavage ?
Le fait est que les vaincus sont obligés, pour survivre, de connaître
non seulement leur propre histoire, mais aussi celle de leurs
dominants. Les dominants, eux, non. L’ignorance suffit. Du coup, ce
n’est pas parce que l’on a eu un passé ensemble que l’on aura
nécessairement un futur en commun. Un tel futur, il faudra le construire
consciemment. Par la lutte.
Vous dites : l’histoire des Nègres fait partie de notre histoire commune, celle de la France mais aussi du monde entier.
Il n’y a guère d’histoire de l’Afrique qui ne soit en même temps une
histoire du monde. Tout comme il n’y a guère d’histoire du monde qui ne
soit en même temps une histoire d’Africains ou de leurs descendants. Et
ceci ne vaut pas que pour hier.
Cela signifie que l’histoire nationale…
… ne veut rien dire ! Il n’y a d’histoire que dans la circulation des
mondes, dans la relation avec Autrui. C’est l’autre, le lointain, qui
m’octroie mon identité. Une société qui refuse de se voir donner son
identité par l’Autre est une société profondément malade, agitée par
toutes sortes de troubles.
C’est pour cela que vous remettez aussi en cause l’universalisme à la française que vous qualifiez de «péteux» ?
L’universalisme péteux est celui qui ne sait pas faire place à cette
parole qui le conteste, ou qui exige d’être prise en compte. Il ne
dispose plus des ressources de l’inclusion. C’est le cas de tout
universalisme de type finalement ethnique. Quand j’entends ces gens -
toutes sortes d’individus venus d’horizons divers qui ont fini par faire
souche ici, mais que l’on ne cesse de renvoyer à leur différence - dire
«je suis Français», je n’ai pas l’impression qu’ils veulent créer un Bantoustan en plein cœur de Paris. Ce que j’entends, c’est : «Ouvrez-la toute grande, cette porte.»
La malhonnêteté consiste à voir du «communautarisme» là où cherche à
s’exprimer une requête d’appartenance et d’inclusion, de possible vie
commune ou à tout le moins conviviale. L’universalisme péteux, c’est
celui qui, tout en les assignant à une différence supposée inéradicable,
leur adresse le reproche de ne point vouloir s’intégrer.
C’est ce système symbolique qui craque aujourd’hui ?
Il étale partout ses limites. Il faudrait en assurer
l’approfondissement non plus dans le sens de la différence ou même de
cet universel que je viens de critiquer, mais en direction de
l’en-commun. Dans un pacte de soin, le soin de la planète et le soin
apporté à tous ses habitants, humains et non-humains.
On va vous dire que c’est très beau, très gentil, mais totalement idéaliste, de la poésie.
Et bien, vive la poésie ! Elle est d’autant plus nécessaire que la
trajectoire inverse, à savoir la relation d’inimitié, est implacable. On
a besoin d’ouvrir portes et fenêtres. On a besoin d’un peu d’air par
ces temps touffus et irrespirables. L’époque nous force à dormir tout en
nous empêchant de rêver. Il faut redonner sa chance au rêve et à la
poésie, c’est-à-dire à de nouvelles formes de la lutte, cette fois-ci
sur une échelle véritablement planétaire.
Pap Ndiaye historien «Si je passe de plus en plus de temps en Afrique, c’est un peu grâce à lui»
«Mbembe a influencé celles et ceux qui, comme moi,
réfléchissent à la situation des "afrodescendants" d’Europe et des
Amériques. Il dit quelque chose d’essentiel : la situation des Noirs
dans le monde dépend en bonne part de la situation de l’Afrique. Même
s’ils tournent le dos à l’Afrique, même s’ils ne s’y intéressent pas (ce
n’est pas une bonne idée mais c’est leur droit), les Noirs ne peuvent
échapper à cela. Ils ne peuvent s’en sortir à l’échelle de l’histoire
que si l’Afrique se relève.
«Quand j’ai rencontré Achille Mbembe, il y a vingt ans à
Philadelphie, il m’a dit en substance : "N’oublie pas l’Afrique !" Si je
passe de plus en plus de temps en Afrique, c’est un peu grâce à lui.
C’est peut-être pour cela qu’on peut parler de diaspora noire : la prise
de conscience d’un destin lié au continent des ancêtres.
L’universalisme n’est pas la négation ou l’effacement des identités
singulières : en ce cas, il n’est qu’un "uniformalisme" qui masque plus
ou moins hypocritement un rapport de domination sur les subalternes de
tout poil. C’est au contraire en approfondissant les cultures sans les
enfermer dans une tradition inventée, sans les durcir en dogmes, que
l’on accède à l’universel. C’est un travail d’une infinie délicatesse,
toujours tenaillé par l’assignation identitaire d’un côté, et
l’universel chauvin de l’autre, ces vieux complices d’autant plus
véhéments ces temps-ci qu’ils sont finalement sur la défensive. La
littérature et la philosophie permettent les déplacements de soi vers
l’autre, le "changer en échangeant sans se perdre pour autant" comme dit
Glissant. Ce nouvel universalisme, tissé de mille fils chatoyants,
n’est pas acquis, loin s’en faut : il sera le fruit d’une bataille
politique et intellectuelle.»
Le Franco-Camerounais Benoît Assou-Ekotto,
joueur de l'équipe nationale de football du Cameroun: «Quand l'équipe
nationale obtient de mauvais résultats, les gens commencent à dire qu'il
y a trop de noirs ou de musulmans. Je n'aime pas ça. (...)
Aucun joueur, fût-il le plus talentueux, n'est évidemment indispensable à une équipe nationale de football, encore moins à un pays. Mais force
est de constater que Benoît Assou-Ekotto exprime ici un sentiment assez
répandu chez les Français d'origine étrangère, et singulièrement
lorsqu'ils sont noirs ou arabes.
Certains grands esprits
laissent parfois entendre que des êtres humains, à force de subir le racisme dit ordinaire (y compris dès leur tendre enfance), finissent par
s'en accoutumer.
Non le racisme n'est pas "assimilable" à toute autre forme de discrimination!
Cameroun, un sevrage brutal du football vivement recommandé!
Le miracle n'a pas eu lieu au Brésil mercredi soir (un 18 juin!), le Cameroun a effectivement été lamentablement éliminé.
Et oui, il n'y a pas que le Football dans la vie...Les Brésiliens ont
compris, bien avant les Camerounais, qu'on a jamais développé un pays
avec le Football. Et la Fifa elle, se fait évidemment une bonne affaire
avec "son Mondial", mais généralement sur le dos des États littéralement
saignés à blanc!
Selon les premières informations recueillies aux aurores ce matin,
les téléspectateurs ont malheureusement assisté médusés en mondovision
au naufrage d'une dictature arque-boutée sur son équipe nationale, qui
estime avoir toujours raison sur tout et sur tous...au Cameroun comme
ailleurs.
Au moins -peut-on espérer - que ce brutal sevrage de l'opium
football, ramènera le peuple du Cameroun et nombre de ses ressortissants
à porter un regard sans concession sur l'état de délitement avancé de "leur société".
Il n'est jamais trop tard! On peut toujours bien reconstruire sur des décombres...Y compris au Cameroun.
Monsieur Le Gallou, une des raisons pour lesquelles je suis attaché à cette équipe de France de Football tient précisément à sa "diversité".
Je ne perds pas espoir de la voir relever le défi de la qualification
au mondial de 2014 mardi, parce qu'elle en a indéniablement le talent.
Pour peu que tous les réac' qui mangent à son râtelier dans la presse,
la télévision, et tant d'autres secteurs d'activités ...lui accordent un
répit d'un (01) jour!