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mardi 14 février 2017

Français issus de l'immigration et banlieusards, les dindons de la farce électoraliste sous François Hollande


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 Photo: Le Président Hollande au chevet de Théo à l'hôpital d'Aulnay-sous-Bois

C'est bien beau d'aller rendre visite sur son lit d'hôpital à un jeune banlieusard après une "bavure" policière, puis de se rendre à Aubervilliers pour apaiser les tensions. 

Mais quel est le bilan de François Hollande en matière de lutte contre les discriminations sociales à connotation raciale, de prévalence d'un plafond de verre du même ordre (notamment chez les hommes noirs et arabes), ou de maintien des contrôles aux faciès? J'ai bien peur que nous ne puissions poliment l'évoquer auprès de ces populations, tellement elles auront été - une fois de plus - les dindons de la farce électoraliste de 2012.

Alors autant s'abstenir d'aller les humilier à la fin d'un quinquennat qui ne leur aura été d'aucune avancée républicaine.

Joël Didier Engo, Président de NOUS PAS BOUGER



Les banlieues sous François Hollande : trois renoncements et deux échecs




Les banlieues sous François Hollande : trois renoncements et deux échecs
François Hollande en déplacement à Aubervilliers (93), mardi 14 février 2017. (NICOLAS MESSYASZ/SIPA)

Alors que des violences frappent plusieurs communes de Seine-Saint-Denis, le chef de l'Etat s'est rendu à Aubervilliers mardi matin.




Entre les banlieues et François Hollande, l'histoire avait d'abord bien commencé. En 2012, c'est dans ces quartiers populaires que celui qui n'était encore que le candidat socialiste à la présidentielle a réalisé parmi ses plus hauts scores, bien aidé par la forte impopularité de son rival Nicolas Sarkozy. Mais si sa victoire et le retour de la gauche ont pu laisser croire que la donne allait changer, cinq ans après, le bilan apparaît modeste, et la déception des habitants particulièrement forte. En octobre 2015, c'est même sous quelques huées que le président Hollande s'était rendu à La Courneuve...

Alors que le chef de l'Etat était ce mardi matin à Aubervilliers, et que des incidents violents frappent actuellement certaines communes de banlieue, retour sur 3 promesses emblématiques qui n'ont pas été tenues et deux échecs du quinquennat.
L’affaire Théo et les débordements s’invitent dans la campagne présidentielle

1 - Lutte contre le délit de faciès

Cela faisait partie de ses "60 engagements" de 2012 : François Hollande avait promis la création d’une circulaire contre les "délits de faciès" lors des contrôles d'identité, censée éviter les violences policières. Elle n’a plus jamais été évoquée par la suite.

La promesse de lutte contre le délit au faciès a pris la forme, sous l'égide du Premier ministre Jean-Marc Ayrault, d'un débat sur la remise de récépissés lors des contrôles. Concrètement, un coupon que le policier remet au contrôlé avec la date, le lieu et la raison du contrôle d’identité afin de pouvoir constater les discriminations. Le 16 octobre 2012, dans son "rapport relatif aux relations police-citoyens et aux contrôles d'identité", le Défenseur des droits Dominique Baudis estime que cette solution réduirait "mécaniquement le nombre de contrôles abusifs", même si elle ne réglerait pas le problème de fond des contrôles discriminatoires.

Pourtant, Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur, avait écarté cette option dès août 2012 au motif qu’elle était, selon lui, "beaucoup trop bureaucratique et lourde à gérer". Il lui préférera une simple révision du code de déontologie des forces de l'ordre. Fin juin 2016, l'Assemblée nationale enterre l'expérimentation du dispositif. "Dix ans qu'on travaille sur le sujet" et "chacun sait qu'on ne trouvera pas de dispositif plus innovant", critique alors Benoît Hamon. D'autres solutions, comme la mise en place de petites caméras portées au niveau du torse et filmant les contrôles, sont envisagées. Mais il ne s'agit encore que d'expérimentations, et leur efficacité est contestée puisque ces mini-caméras sont gérées de manière unilatérale par le policier.

Bobigny : "Les médias parlent trop des violences, pas assez du fond de l'affaire"

2 - Droit de vote des étrangers

Autre de ses 60 engagements mis au placard : le droit de vote aux élections locales des étrangers résidant légalement en France depuis 5 ans. Véritable serpent de mer de la gauche – la proposition était déjà formulée par François Mitterrand en 1981, la mesure a toujours été bloquée par les parlementaires.

Pendant sa campagne, François Hollande précise qu'il tentera de la faire passer par une réforme constitutionnelle, mais qu'à défaut, "ce sera au peuple français d'en décider". Le référendum ne viendra jamais. Le 17 septembre 2012, Manuel Valls affirme dans "le Monde" que le droit de vote des étrangers n'est pas une revendication forte de la société. Le mois suivant, le gouvernement, qui l'avait promis pour les élections municipales de 2014, recule.

Manuel Valls, personnellement "favorable" à l'idée, rejettera à plusieurs reprises l'idée d'un référendum, selon lui perdu d'avance et de nature à alimenter la communication du Front national. Le 27 octobre 2015 : "Je vous donne le résultat, c'est-à-dire massivement contre, et en plus nous allons exacerber les tensions autour de cette question." Le 9 février 2016, il renchérit : "Je ne crois pas qu'aujourd'hui cet élément soit une priorité ou une attente."

Le 30 mars 2016, François Hollande abandonne l'idée d'une réforme constitutionnelle, enterrant du même coup les amendements relatifs au droit de vote des étrangers.
La Cour des Comptes dresse un bilan sévère du quinquennat Hollande

3 - Police de proximité

Dénigrée et supprimée par Nicolas Sarkozy en 2003 alors qu'il était ministre de l'Intérieur, la police de proximité n'a pas été rétablie au cours du quinquennat. Si la promesse d'un retour de celle-ci ne figurait pas en tant que telle dans le programme du socialiste, l'engagement n°27 annonçait néanmoins "le rétablissement d'une présence régulière des services de police au contact des habitants dans les banlieues". Surtout, tout au long de sa campagne, François Hollande s'était montré favorable à ce dispositif, revendiquant à plusieurs reprises l'héritage de Lionel Jospin. "La police de proximité, ça marche", avait-il notamment clamé lors d'un déplacement à Dijon...

La promesse d'un retour de la police de proximité enterrée, le gouvernement a préféré se focaliser sur la création de zones prioritaires de sécurité (ZSP) et la création de "1.000 postes supplémentaires pour la justice, la police et la gendarmerie" chaque année. Au risque de négliger l'amélioration des relations entre la population et la police. Des relations plus que jamais tendues dans certains quartiers en dépit de l'arrivée de la gauche...

Mohamed K., ami de Théo, raconte son passage à tabac par le même policier
Aujourd'hui ministre de l'Intérieur, Bruno Le Roux a pourtant longtemps été l'un des promoteurs de la police de proximité. Elu de Seine-Saint-Denis, nommé par Lionel Jospin en 1995 délégué national du PS chargé de la sécurité et la police, il fut également le rapporteur en 2001 de la loi sur la sécurité quotidienne. En 2005 enfin, en pleine crise des banlieues, il avait directement reproché à la droite la suppression de ce dispositif :
"Reconnaissez-vous aujourd'hui votre responsabilité, vous qui avez démantelé la police de proximité ?"

Les anciennes ZEP n'ont pas été transformées

En 2013, la loi de "refondation de l’école" prévoyait deux mesures-phares destinées notamment aux banlieues :

- la scolarisation des enfants de moins de 3 ans

- le principe de "plus de maîtres que de classes" (intervention de deux enseignants en classe)

Or, sur les 3.000 postes annoncés sur le quinquennat pour la scolarisation précoce, seuls 1.000 avaient été créés en 2016. Alors que l’objectif était d’atteindre 30% d’enfants de 2 ans scolarisés dans les zones défavorisées à l’horizon 2017, la proportion stagne à 20,6%. S’agissant des maîtres surnuméraires, seuls 2.300 postes (sur les 7.000 prévus) ont déjà été mis en place en 2016.

L'agenda pour l'école, présenté à l'automne 2012, entendait également mettre fin à la labellisation ZEP des établissements au profit d'"aides personnalisées aux établissements". Or si l'appellation "ZEP" a été remplacée par les REP (réseau d'éducation prioritaire) en 2014, le fonctionnement de ces établissements n'a pas été profondément reconfiguré. L'école publique française est même globalement de plus en plus inégalitaire. Les adolescents des quartiers en ZUS sont défavorisés dès leur entrée au collège : leur taux de réussite au brevet n’est que de 75,6%, contre 86,1% dans le reste du pays.

Faute de mixité sociale, l'école laïque est en danger

Enfin, le gouvernement promettait de n'affecter en zone difficile que "des enseignants expérimentés sur la base du volontariat". Une mesure non réalisée, puisque des jeunes enseignants sont toujours affectés en éducation prioritaire.

Encore deux fois plus de chômage qu'ailleurs

Ce n'est pas à proprement parler un renoncement mais un échec, patent : le chômage reste en effet deux fois et demi plus élevé dans les quartiers prioritaires, selon la Cour des Comptes. Les jeunes de banlieue sont les plus touchés avec un taux de chômage de 42,1% chez les moins de 25 ans, contre 22,6% en moyenne en France.
L’Observatoire national de la politique de la ville dressait dans son dernier rapport un constat accablant de la situation dans les 1.296 quartiers classés en Zone urbaine sensible (ZUS), où vivent 4,8 millions de personnes :
"Depuis 2008, la crise y agit de façon plus brutale et plus profonde qu’ailleurs. Le chômage y a augmenté fortement, l’emploi a eu tendance à se précariser."
Depuis 2012, la création des emplois d’avenir se destine "en priorité" aux quartiers populaires. Ces contrats aidés, en CDD longs voire en CDI, concernent principalement le secteur non-marchand et s’appliquent essentiellement aux jeunes âgés de 16 à 25 ans peu ou pas qualifiés. Plus de 300.000 contrats en emploi d’avenir ont été signés depuis le début du quinquennat, soit le double des contrats promis. Mais la promesse d’assurer une formation complémentaire aux jeunes concernés est loin d’être toujours respectée. Selon une note de la Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) fin 2016, un an après la signature de leur contrat, seuls "3 jeunes sur 4 en emploi d’avenir ont bénéficié d’une formation et 1 jeune sur 2 d’une formation certifiante".

Sébastien Billard et Timothée Vilars

 

Comment François Hollande a perdu les banlieues

Le candidat François Hollande acclamé à Aulnay-sous-Bois lors d'un meeting le 7 avril 2012.
INFOGRAPHIE - Le candidat de la gauche avait, en 2012, multiplié les promesses à l'égard de l'électorat des quartiers populaires, qui avaient massivement voté pour lui. Il provoque aujourd'hui une déception à la hauteur de l'espérance suscitée.

«Alors, ils nous diront: “Mais de quel changement parlez-vous, que peut-on espérer?” Il y a eu tant de promesses, il y a cinq ans, du candidat qui fut élu, tant de désillusions, tant de déceptions, tant de trahisons. Pourquoi, ils nous interrogent, faudrait-il nous croire nous, quand lui a tout manqué, et d'abord manqué à ses promesses? Je suis conscient que la parole politique a été abîmée, a été abaissée. Je veux convaincre ces électeurs que le changement c'est maintenant, et que le changement c'est possible!» Ces mots, prononcés par François Hollande lors d'un meeting à Aulnay-sous-Bois, le 7 avril 2012, deux semaines avant le premier tour de la présidentielle, prennent aujourd'hui une tout autre saveur, alors que des émeutes viennent couronner un quinquennat marqué notamment par la désillusion des quartiers populaires envers la gauche.

Le moteur de l'antisarkozysme

Pourtant, tout avait bien commencé. Dans son discours d'Aulnay, le candidat du PS exhortait «ce qu'on appelle la “banlieue” et qui est tout simplement la France!» à se déplacer aux urnes et à voter pour lui. «Vous êtes une chance pour la France», martelait-il. Dans un clip surréaliste, réalisé par le collectif 2H12CREW, exhumé sur les réseaux sociaux par le journaliste Axel Roux, on voyait le futur président de la République sillonner pendant 48 heures la banlieue parisienne (Creil, Les Ulis, Clichy Sous-Bois , Aubervilliers, Aulnay-sous-Bois) au son de Niggas in Paris, une chanson de Jay-Z et Kanye West. Le candidat de la gauche enchaînait les selfies au milieu de jeunes banlieusards qui brandissaient leur carte électorale en clamant «Big-up François Hollande!», «François président Inch'Allah», ou encore «J'ai jamais voté de ma vie mais là je vais voter François Hollande».

«Dehors Sarko!» criait alors l'un des habitants. Et Hollande de répondre: «Il ne suffit pas de mettre quelqu'un dehors, il faut mettre quelqu'un dedans.» Phrase révélatrice sur le moteur principal du vote des banlieues en faveur de Hollande: l'antisarkozysme. Dans son discours d'Aulnay, il n'hésitait pas à faire huer le candidat de la droite: «Ce sont les Français qui vont bientôt lui adresser la lettre de licenciement, mais d'ici là, il faut les convaincre, ce n'est pas fait, ce n'est pas acquis!»
Cette stratégie de séduction avait fonctionné. Au deuxième tour, le candidat avait fait ses meilleurs scores au-delà du périphérique, réalisant par exemple 65% en moyenne en Seine-Saint-Denis (avec un pic de 72.07% à Aubervilliers), des taux beaucoup plus élevés que ceux de Ségolène Royal en 2007.

Promesses non tenues

Lutte contre le contrôle au faciès, emplois, éducation, politique de la ville: les promesses de François Hollande avaient été nombreuses envers ces «ghettos» qu'il voulait voir disparaître. Comme le montre le site Luiprésident.fr, qui surveille la réalisation des promesses du candidat, beaucoup n'ont pas été tenues

Ainsi, si le président a lancé en 2014 un énième plan banlieue au coût de 5 milliards d'euros pour, selon les
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mots de Manuel Valls, «lutter contre un apartheid territorial, social, ethnique», s'il a créé 300.000 emplois d'avenir, et augmenté les moyens destinés à l'éducation prioritaire, il n'a pas réussi à endiguer le chômage de masse, qui demeure, selon le dernier rapport de l'Observatoire national de la politique de la ville, à 26,7 % dans ces quartiers, contre un taux global de près de 10 % pour les agglomérations dont ils font partie.

D'autres promesses, comme la lutte contre le délit de faciès lors des contrôles d'identités, le CV anonyme ou le droit de vote des étrangers aux élections locales, ont été tout bonnement abandonnées. La promesse du rétablissement de la police de proximité, supprimée par Nicolas Sarkozy en 2003, a été enterrée, même si le gouvernement a mis en place des Zones prioritaires de sécurité (ZPS) et créé des postes de policiers.

» Lire aussi - Fin du délit de faciès: la promesse oubliée de François Hollande

Mariage pour tous et état d'urgence

Si de nombreux moyens financiers ont été octroyés à la banlieue, le ressentiment vient d'ailleurs. Le mariage pour tous, peu apprécié par un électorat musulman conservateur, ainsi que l'état d'urgence, que certaines associations communautaristes comme le CCIF décrivent comme une attaque contre les musulmans, ont conduit à une désaffection envers le parti socialiste. La figure autoritaire du premier ministre Manuel Valls et son soutien aux Juifs de France ont pu braquer une population très sensible à la cause palestinienne. Ainsi, à l'été 2014, une explosion de violence avait eu lieu après des manifestations en faveur de Gaza.

Pour Benoît Hamon, qui essaie de séduire l'électorat des quartiers populaires, les banlieues auraient été carrément stigmatisées sous le quinquennat Hollande. «Tout au long du quinquennat, les habitants des banlieues ont été visés. Un jour sur le port du burkini, un autre sur la laïcité avec le Premier ministre qui parle d'interdire le voile à l'université. Il y a eu très peu de messages positifs en direction des quartiers», affirmait-il à Libération en septembre 2015. «Du coup, malgré les efforts financiers, les blessures sont grandes chez les habitants. Et pour beaucoup, au niveau de la stigmatisation et de la mise à l'écart, Hollande et Sarko, c'est pareil.»

Le candidat du PS pour 2017 parviendra-t-il à séduire à nouveau les quartiers populaires? Rien n'est moins sûr. En guise d'avertissement, de nombreuses villes de banlieue ont basculé à droite aux municipales, en 2014.

 

lundi 29 février 2016

France: le contrôle au faciès est "normal"



Par Paul Aveline, Metronews 27 février 2015

Le contrôle au faciès est "normal". C'est en substance ce qu'a expliqué le représentant de l'Etat face à la Cour de cassation, vendredi 26 février. Dans un mémo publié par Mediapart (article payant), l'Etat enterre définitivement, et en grande pompe, une promesse de campagne du candidat Hollande. Portrait d'un reniement en quatre étapes.

Hollande-Ayrault : la promesse ferme

Dans son programme électoral, François Hollande érige la lutte contre les violences policières en axe fort, en insistant sur le racisme policier et le contrôle au faciès. Une lutte exprimée par l'engagement n°30 : "Je lutterai contre le 'délit de faciès' dans les contrôles d’identité par une procédure respectueuse des citoyens, et contre toute discrimination à l’embauche et au logement. Je combattrai en permanence le racisme et l’antisémitisme."

 Élu en mai président de la République, François Hollande charge Jean-Marc Ayrault de mettre en œuvre son programme. Parmi ses promesses de campagne, la n°30 n'est pas oubliée et le Premier ministre s'en explique en juin, sur le plateau de Jean-Jacques Bourdin qui lui demande si, finalement, l'idée d'un récépissé sera appliquée aux contrôles d'identité.

Le timing de la promesse de Jean-Marc Ayrault est important : nous sommes dix jours avant le 1er tour des élections législatives de juin 2012.

Valls freine des quatre fers

Comme un avant-goût de la suite du mandat de François Hollande, c'est Manuel Valls qui va le premier porter l'estocade. Alors que la gronde monte chez les policiers qui refusent d'être soumis à une obligation de récépissé, le ministre de l'Intérieur d'alors fait marche arrière. Evoquant une mesure complexe et coûteuse, Manuel Valls met fin à tout projet de reçu. Lors d'un discours devant les forces de l'ordre en septembre 2012, il affirme que le projet n'est pas viable.

En échange du récépissé, et pour calmer l'aile gauche du PS et Christiane Taubira, Manuel Valls promeut le retour du matricule sur l'uniforme des policiers. Une manière de s'assurer que chaque citoyen peut identifier, à terme, le policier qui l'a contrôlé s'il souhaite dénoncer une procédure abusive. Las, la mesure ne permet pas de lutter efficacement contre le délit de faciès, qui revient sur le devant de la scène en juin 2015.

2015 : l'Etat condamné

L'affaire est embarrassante. En juin 2015, l'Etat est condamné pour "faute grave" après que huit personnes ont déposé plainte pour un contrôle d'identité jugé abusif. Le 24 juin 2015, la cour d'appel de Paris estime que cinq de ces contrôles étaient basés sur "l'apparence physique et l'appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race".

L'histoire aurait pu en rester là si l'Etat n'avait pas décidé de se pourvoir en cassation, soulevant un nouveau tollé à gauche. L'aile gauche du PS ne comprend pas comment la promesse n°30 du programme de 2012 a pu se transformer en une fuite en avant face à la condamnation d'une pratique pourtant combattue quatre ans plus tôt. L'artisan de ce pourvoir n'est autre que... Manuel Valls. Dans l'ombre, le Premier ministre aurait fait pression pour que le dossier soit porté devant la cour de cassation.

2016 : l'Etat "blanchit" officiellement la nationalité

Le coup est fatal. Devant la Cour de cassation, le représentant de l'Etat produit un memorandum censé dédouaner l'Etat des contrôles abusifs condamnés par la cour d'appel 8 mois plus tôt. Dans ce texte, publié par Mediapart, le représentant de l'Etat écrit : "La circonstance que, à ce moment-là de leur mission de la journée, les officiers de police n'auraient contrôlé que des personnes d'apparence étrangère ne peut pourtant démontrer que le contrôle n'aurait pas été réalisé dans des conditions respectueuses des libertés individuelles et du principe d'égalité."

Pour la première fois, l'Etat promeut le contrôle au faciès qui, selon ce mémo, ne rompt pas le principe d'égalité. Pire, le texte entérine une prétendue "apparence étrangère", au motif que les personnes contrôlées étaient noires de peau. Dans sa défense, l'Etat va encore plus loin et enfonce le clou : "La Cour d’appel ne pouvait dire que les services de police judiciaire avaient commis une faute lourde établie par le contrôle (...) de la seule population dont il apparaissait qu’elle pouvait être étrangère".

Cette fois, il est clairement question du rapport entre nationalité et couleur de peau. Le temps de la lutte contre le racisme est définitivement révolu.


L’Etat justifie les contrôles au faciès

Par Michaël Hajdenberg, Médiapart, 25 février 2016
L'État français, condamné pour cinq contrôles au faciès, a décidé de se pourvoir en cassation. Mediapart a pris connaissance du mémoire qui vient d'être transmis à la Cour, dans lequel il est jugé légitime de ne contrôler que les Noirs et les Arabes au motif qu'ils ont plus de chances d'être étrangers et donc sans papiers. Pour la première fois, l'État valide ainsi le principe même du contrôle au faciès, à l'encontre d'une jurisprudence nationale et internationale constante sur le sujet.

 Pour l’État, il ne s’agit plus de minimiser les contrôles au faciès, ou seulement de contester au cas par cas la démonstration qui en serait faite. Mais d’assumer. Oui, explique le représentant de l’État dans un mémoire en justice que Mediapart a pu consulter, il est légitime de contrôler les Noirs et les Arabes si l'on cherche de possibles infractions à la législation sur les étrangers. Il serait donc logique de les arrêter et de les fouiller tandis qu’on laisse les Français blancs non suspects poursuivre leur chemin. Ce qui ressemble à une nouvelle doctrine, écrite certes dans un langage technique, désigne de fait chaque Noir et chaque Arabe comme un délinquant en puissance. Et va à l’encontre de toute la jurisprudence française et internationale en la matière.


Le mémo, rédigé au nom de « l’agent judiciaire de l’État », explicite les raisons du pourvoi en cassation de l'État condamné le 24 juin 2015 par la cour d’appel de Paris, pour « faute lourde », dans cinq cas de contrôle d’identité, jugés discriminatoires. Le ministère de la justice ne souhaitait pas contester cette condamnation. Aux yeux du Collectif contre le contrôle au faciès, d’Open Society Justice Initiative (la fondation du milliardaire George Soros) ou encore du Syndicat des avocats de France (SAF), tous moteurs dans cette procédure, le gouvernement tenait même une bonne occasion de faire respecter la parole de François Hollande qui, en 2012, avait promis, s’il était élu président, de lutter contre ce type de contrôle. « Il suffisait alors de dire aux policiers : la justice ne nous laisse pas le choix. Il faut changer le droit ou au moins vos pratiques », explique Me Slim Ben Achour.

Le premier ministre Manuel Valls, qui s’était déjà opposé à la mise en place de récépissés de contrôle lorsqu’il était ministre de l’intérieur, n’a pas fait ce choix. Officiellement, était-il dit par le gouvernement, afin de permettre une jurisprudence harmonieuse et cohérente : une fois que la Cour de cassation aurait tranché, tout serait définitivement clarifié, pour le meilleur. Le mémoire montre que la réalité est bien différente.

À l’origine, il y avait en effet treize requérants dans cette procédure. La cour d’appel de Paris n’avait donné raison qu’à cinq d’entre eux. Pour les huit autres, elle avait estimé que les contrôles étaient justifiés par le fait qu’ils s’étaient déroulés dans des « zones dangereuses ». Les huit se sont pourvus en cassation, ne supportant pas l’idée qu’en banlieue, la police aurait le droit de discriminer et de contrôler non pas en raison d’un comportement, mais d’un environnement.

Quid des cinq autres ? Trois d’entre eux, d’origine africaine ou nord-africaine, âgés de 18 à 21 ans, ont été contrôlés et fouillés à l’entrée du centre commercial de la Défense le 10 décembre 2011. Un témoin de la scène avait « observé au total une dizaine de personnes contrôlées durant 1 h 30 environ », « uniquement des hommes noirs et des Arabes âgés entre 18 et 35 ans » pourtant « habillés classiquement (jeans, survêtements) ». Ces contrôles n’avaient, selon lui, débouché sur « aucune arrestation ».


L’agent judiciaire de l’État ne voit pas où est le problème. Il écrit : « La circonstance que, à ce moment-là de leur mission de la journée, les officiers de police n'auraient contrôlé que des personnes d'apparence étrangère ne peut pourtant démontrer que le contrôle n'aurait pas été réalisé dans des conditions respectueuses des libertés individuelles et du principe d'égalité. En effet, les policiers étaient chargés d'enquêter notamment sur la législation sur les étrangers. »


Un peu plus loin (retrouver des extraits plus longs du raisonnement sous l'onglet Prolonger), il développe son raisonnement dans une formule plus alambiquée : « Les réquisitions du parquet entendaient que soient réalisés des contrôles d’identité pour rechercher et poursuivre, en particulier, les infractions à la législation sur les étrangers. La cour d’appel ne pouvait alors dire que les services de police judiciaire avaient commis une faute lourde établie par le contrôle (...) de la seule population dont il apparaissait qu’elle pouvait être étrangère, sans rechercher si ce contrôle n’était pas justifié par l’objet de la réquisition en exécution de laquelle il était réalisé. »

L’État rappelle ainsi à l’ordre la cour d’appel ; elle n’a pas bien lu « l’objet de la réquisition » : on recherche les étrangers en infraction et donc on contrôle « la seule population dont il apparaît qu’elle peut être étrangère », à savoir les Noirs et les Arabes.

« Il y a carrément une suspicion d’absence de nationalité française pour eux », s’étrangle Me Slim Ben Achour, l’un des avocats des 13 requérants. Pour Patrick Henriot, du Gisti (groupe d'information et de soutien des immigrés), « c’est une validation du contrôle au faciès », une première dans les écritures de l’État. Le droit de la non-discrimination ne s'appliquerait pas aux contrôles d'identité.


Lanna Hollo, d’Open Society Justice Initiative, rappelle pourtant que, selon la jurisprudence en vigueur, les policiers doivent normalement se fonder sur des « critères objectifs » permettant de présumer que la personne est de nationalité étrangère : la conduite d'un véhicule immatriculé à l'étranger, le port apparent d'un livre ou d'un écrit en langue étrangère… « Ni la tenue vestimentaire, ni l'apparence physique, ni le fait de s'exprimer dans une langue étrangère, ni a fortiori la couleur de peau ne justifient la réquisition des documents de séjour », explicite le Gisti.

L’Espagne a justifié ce type de contrôle. Mais l’ONU l’a rappelée à l’ordre à la demande de Rosalind Williams par une décision datée du 27 juillet 2009 dans laquelle il établit que tout contrôle de police s'appuyant sur des caractéristiques physiques (comme la couleur de peau) est illégal et peut avoir des conséquences dangereuses pour la société (racisme et xénophobie).

Si la Cour de cassation donne malgré tout raison à l’agent judiciaire de l’État, il suffira donc de mentionner dans une réquisition l'infraction à la législation sur les étrangers, pour justifier un contrôle au faciès. Mais après tout, l’agent judiciaire de l’État ne se contente-il pas de mettre en musique l’affirmation de l’actuel secrétaire d’État aux transports, Alain Vidalies, qui avait déclaré préférer « qu’on discrimine effectivement pour être efficace, plutôt que de rester spectateur » ?


Dans ces conditions, l'agent judiciaire de l'État peut bien écrire à un autre endroit du pourvoi que « bien évidemment, il ne peut que souscrire à l'affirmation que la discrimination du fait de l'origine ethnique est, comme le souligne la Cour européenne des droits de l'homme, “une forme de discrimination particulièrement odieuse, dont les conséquences funestes exigent des autorités une vigilance particulière et une réaction vigoureuse” ». En réalité, tout dans son raisonnement montre qu'il ne considère pas les contrôles au faciès comme relevant de ces « discriminations ».

Pour les deux autres jeunes hommes qui ont fait condamner l’État, la situation est un peu différente. Ils sont contrôlés le 1er octobre 2011, alors qu’ils sont assis à la terrasse d’un McDonald's de Villeurbanne. Officiellement, pour de possibles violations de la législation sur les stupéfiants. Les autres amateurs de hamburgers attablés à la terrasse du restaurant, tous blancs, ne sont pas contrôlés. Pour le parquet, cela n’a cependant rien de discriminatoire puisque cela est « justifié par l’attitude des deux hommes, (...) soupçon que les autres personnes dans le restaurant n’avaient pas suscité ». Seulement, cette supposée « attitude » et ce prétendu « soupçon » ne sont en rien détaillés. L’un des deux contrôlés a expliqué qu’il avait les mains sous la table, les coudes sur les cuisses. Le policier qui l’a contrôlé lui a dit qu’il l’avait vu fumer et jeter un joint. Une hallucination qu’il n’a pas eue pour les consommateurs blancs du restaurant.


L’État, qui fait feu de tout bois, ne s’arrête pas là et ressert par ailleurs les arguments qu’il avait mis en avant en première et deuxième instance : ce serait aux requérants d'apporter la preuve de la discrimination (et ce ne serait pas à la police de prouver qu’elle n’a pas discriminé). Le ministère remet également en cause les attestations des témoins fournis par les jeunes contrôlés, au motif qu’elles seraient insuffisantes. De manière plus générale, il balaie les statistiques établies sur les contrôles au faciès, au motif qu’elles sont « par nature générales et impropres à caractériser une circonstance grave, précise et concordante avec les faits spécifiques à établir ».
Au passage, le ministère disqualifie aussi le principe du récépissé de contrôle, alors que le défenseur des droits a soutenu à l’audience qu’une traçabilité des contrôles devait être mise en place. Face à un tel argumentaire, la décision de la Cour de cassation est plus attendue que jamais.

lundi 28 décembre 2015

Pétition: Monsieur le Président, ne créez pas des sous-catégories de citoyens !

Monsieur le Président de la République,

Comme chacun d’entre nous, vous avez été touché au plus profond de votre chair par les évènements tragiques du 13 novembre dernier. En tant que garant de nos institutions, vous êtes maintenant en quête de solutions pour réduire, autant qu’il est possible, le risque d’attentat dans notre pays. Pour ce faire, vous seriez manifestement prêt à proposer une loi permettant de déchoir de la nationalité française, les binationaux convaincus de terrorisme, y compris ceux nés Français.

Cette proposition, formulée de longue date par le Front national, nous parait dangereuse et nous attendons de vous que vous y renonciez. Car au-delà du fait que la déchéance de nationalité pour faits de terrorisme est déjà prévue dans le droit français pour les personnes binationales naturalisées depuis moins de 15 ans, de nombreux arguments nous poussent à nous élever contre cette annonce.

Tout d’abord, d’un point de vue pragmatique, permettez-nous de vous dire qu’une telle mesure ne dissuadera en aucun cas les terroristes de tenter de commettre des attentats sur notre sol. En effet, ceux-ci sont dans une logique nihiliste et ont parfaitement acquis que leurs projets, en cas de succès, se termineront dans le carnage et la mort. Risquer la déchéance de la nationalité n’est donc guère susceptible de les impressionner. De plus, comme le révèlent les investigations antiterroristes, les factieux peuvent aussi bien être français depuis plusieurs générations, que français de parents étrangers ou simplement étrangers. Le terrorisme n’est pas le monopole des Français binationaux nés sur notre sol.

Par ailleurs, la déchéance de nationalité étendue viserait donc à renvoyer davantage de monde de notre territoire. Concrètement, il s’agirait de renvoyer des gens vers le Maghreb ou le Mali, des zones qui ont déjà fort à faire avec les attaques menées par des organisations terroristes qui rêvent, de Tunis à Bamako, de ces renforts que nous leur apporterions.

Enfin, et il s’agit là de la conséquence la plus grave, vous valideriez, depuis le plus haut sommet de l’Etat, l’idée qu’il y aurait deux catégories de Français. Les binationaux nés français, qui sont « un peu moins français » et les Français qui n’ont qu’une nationalité et qui seraient « un peu plus français ». Il s’agit là d’une idée contraire à notre pacte républicain et aux valeurs les plus nobles constitutives depuis 1789 de notre identité commune. Ce sont précisément ces valeurs que Daech cherche à détruire et que nous devons plus que jamais préserver. A l’heure où de trop nombreux jeunes doutent de leur pleine appartenance à la société française, cette mesure, quand bien même elle ne les concerne pas, serait un signal vécu comme une défiance supplémentaire à leur endroit, là où il faudrait au contraire que la France montre pleinement qu’elle embrasse l’ensemble de ses enfants. La déstabilisation serait d’autant plus grave que chacun sait que vous ouvririez là un dangereux précédent. Car, une fois cette brèche ouverte, qui sait quels seront les critères qui pourront, demain ou après-demain, provoquer la déchéance de la nationalité ?

Installer l’idée que les Français ne sont pas tous égaux face à la loi, c’est donner du grain à moudre aux discours haineux des djihadistes ou de l’extrême-droite « traditionnelle » qui prétendent que la coexistence entre Français de différentes origines est impossible, c’est imprimer une marque indélébile sur nos concitoyens, nés en France, ayant vécu toute leur vie dans notre pays, mais ayant pour seul tort d’avoir un parent étranger. C’est en définitive tourner le dos à « l’âme de la France [qui] est l’égalité » comme vous l’affirmiez au Bourget, le 22 janvier 2012.

« Le terrorisme ne détruira pas la République, car c’est la République qui le détruira » avez-vous proclamé avec force lors de votre adresse aux parlementaires à Versailles.

M. le Président, mettez vos actes en adéquation avec vos propos en renonçant à cette mesure qui n’a pas sa place dans la patrie qui offrit la Grande Révolution à ses citoyens et au monde.

Premiers signataires:

SOS Racisme, LDH [Ligue des Droits de l’Homme], FTDA [France Terre d’Asile], MRAP [Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples], UEJF [Union des étudiants juifs de France], CGT [Confédération générale du travail], SNES-FSU [Syndicat national des enseignements de second degré], FIDL [Fédération Indépendante et Démocratique Lycéenne], UNEF [Union nationale des étudiants], FAGE [Fédération des Associations Générales Etudiantes], UNL [Union Nationale Lycéenne], CRAN [ Conseil Représentatif des Associations Noires de France], Boulevard des Potes, NPNS [Ni putes ni soumises], CIDFF [Centre d’information sur les droits des femmes et des familles], FTCR [Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives], BDM [Banlieue du Monde], Collectif des femmes Tunisiennes, Grad Guinée, APAVDE AFRICA [Agir pour une Afrique en voie d’émergence], KOCOON, LAG [Les amis de Guinée], ATF [Association des Tunisiens en France], ATF-75 (Paris), Espace Farabi (Paris), IDEAL-92 (Antony-92), ATF-Var (Toulon), IDEAL (Toulon), AST (Toulon), ATF-Nord (Roubaix), ATF-Charente, ATF-13 (Marseille), PMS (Montpellier), L’Afrique a du talent, ATF-Aquitaine (Bordeaux), ALIF’S (Bordeaux) [Association du lien interculturel familial et social], ATF-Haute Garonne (Toulouse), Solidarité Jasmin Aix en Provence-Marseille (Aix en Provence), ATF-Haute Savoie (Annecy), ASTI [Association de Solidarité avec Tous les Immigrés], Resf 91 [Réseau éducation sans frontières], Groupe de 5 humanistes (94), FLAM [Forces de Libération Africaines de Mauritanie]
JE SIGNE LA PÉTITION

Dominique Sopo
Président de SOS Racisme



Je me suis abstenu jusqu'ici de débattre publiquement de la déchéance de nationalité, en espérant que les débats internes à la majorité écartent ce danger. La décision de la maintenir dans le projet de loi constitutionnelle me conduit donc à formuler les objections suivantes:

Il n'était nullement question, lors du discours au congrès, de constitutionnaliser cette mesure aujourd'hui inscrite dans le code civil. Si le gouvernement choisit de procéder ainsi, c'est en raison du risque d'inconstitutionnalité d'une loi ordinaire sur la question. En effet, l'article 1er de la constitution, le saint du saint, établit que la République "établit l'égalité devant la loi de tous ses citoyens sans distinction d'origine."

Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Ce qui fait qu'un Français né Français risque ou non l'apatridie en cas de déchéance de nationalité, c'est - dans l'essentiel des cas - la nationalité d'un de ses parents. Il s'agit donc d'inscrire dans la loi qu'un crime terroriste aussi abject et anti-républicain soit-il, est puni différemment selon qu'il est commis par un Français "de souche" ou par un Français "issu de l'immigration".

J'entends les débats sur le "symbole" vs "l'efficacité". J'accepterais le débat sur l'efficacité d'une telle mesure si on l'appliquait à tous les Français. Mais ce n'est pas le cas. Et puisque ce n'est pas le cas, le symbole envoyé n'est pas celui de la fermeté face au terrorisme, c'est celui de l'inégalité de la nationalité française en raison des origines.

Alors que les attentats nous interrogent sur la sécurité, nous répondons sur la nationalité. 

Comme si nous devions accepter l'équation "immigration = insécurité" comme un fait acquis. Comme si ce qui pousse une petite frappe de banlieue à se radicaliser et à vouloir attaquer la République, ce n'est ni le renoncement de la République à faire vivre concrètement ses valeurs dans ces quartiers, ni le laisser-faire des autorités locales face à la radicalisation de certains lieux de culte, ni l'emprise de réseaux qui comblent le vide en donnant un sens à la mort de jeunes qui n'en ont pas trouvé à leur vie, ni une politique du tout carcéral qui favorise de mauvaises rencontres. Non, s'ils sont terroristes, c'est parce que leurs parents, qui se sont saignés au travail pour des salaires de misère quand on en avait besoin, venaient d'ailleurs.

La déchéance de nationalité, c'est une loi d'amnistie de la République envers elle-même. C'est considérer qu'un gamin né en France, scolarisé en France, tombé dans la délinquance en France, radicalisé en France, doit être regardé par la France comme un étranger. Comme un Algérien, comme un Marocain, ou comme un Belge. Parce que ce serait son autre nationalité, sa supposée allégeance à une puissance étrangère, qui serait la cause du terrorisme.

Il y a une différence essentielle entre refuser de leur chercher des excuses, et refuser d'en comprendre et d'en combattre les causes. L'angélisme, c'est de refuser d'admettre que notre société fabrique ses propres monstres.

Que l'on ne s'étonne pas de la poussée du Front national si, après avoir dénoncé pendant des années la banalisation de ses thèses par la droite Sarkozyste, la gauche en vient à son tour à les légitimer.


Déchéance de nationalité: Une mesure contraire à la Constitution française

DECRYPTAGE C'est ce que rappelle l'ancien Garde des Sceaux Robert Badinter, à l'unisson de plusieurs constitutionnalistes.

- BERTRAND GUAY/AFP

Et si la grande mesure sécuritaire annoncée par Nicolas Sarkozy faisait «pschiit»? Vendredi à Grenoble, le chef de l'Etat a proposé que «toute personne d'origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d'un policier, d'un gendarme ou de toute autre personne dépositaire de l'autorité publique» soit déchue de sa nationalité. Une mesure qui doit être intégrée au projet de loi relatif relative à l'immigration, à l'intégration et à la nationalité», selon le ministère de l'Immigration. Sauf que cette mesure semble vouée à ne pas passer - au moins - le cap du Conseil constitutionnel et rester un effet d'annonce puisqu'elle créée des catégories de Français, ce qui est contraire à la Constitution. 20minutes.fr vous explique pourquoi.

On ne peut pas créer des catégories de Français

«L'article premier de la Constitution dit que (...) la France assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine», qu'ils soient français de souche ou d'origine étrangère, a martelé ce lundi sur France inter Robert Badinter, l'ancien Garde des Sceaux socialiste. En voulant sanctionner d'une certaine manière une catégorie de Français - ceux d'origine étrangère - le chef de l'Etat «veut faire des discriminations contre les Français au regard de mêmes crimes, de même infractions, selon l'origine de la personne, selon les modalités d'acquisition de la nationalité française», a insisté le socialiste. «C'est contraire à l'esprit républicain», a-t-il résumé. Même analyse dans Libération pour le constitutionnaliste Guy Carcassonne, qui ne «vois pas comment on peut distinguer deux classes de citoyens selon qu'ils sont nés Français ou le sont devenus». Pour que la loi passe, il faudrait donc retoucher le 1er article de la Constitution française *, un symbole qui paraît intouchable.

Des annonces très floues

Vendredi, Nicolas Sarkozy a simplement évoqué «toute personne d'origine étrangère». Mais qui visait-ils? Celles qui ont été naturalisées? Celles qui sont nés de deux parents étrangers? D'un seul? C'est le flou. « Ce ne serait même plus deux classes de citoyens mais trois, quatre. A combien faudrait-il s'arrêter», s'insurge Guy Carcassonne dans Libération
 
Une pratique déjà très encadrée

La déchéance de la nationalité existe déjà dans le droit français et elle est strictement encadrée par l'article 25 du code civil, expliquait déjà 20minutes.fr à l'occasion de l'affaire Liès Hebbadj. Celui-ci reconnaît cinq situations permettant de déchoir quelqu'un de sa nationalité, relevant notamment de l'espionnage, du terrorisme et aux intérêts fondamentaux de la Nation. Assez loin, donc, des atteintes à la vie des policiers, aussi graves soient ces crimes. Surtout, pour déchoir quelqu'un de sa nationalité, il faut que la personne remplisse trois conditions. D'abord, qu'il ait une autre nationalité, car, comme le rappelle Guy Carcassonne, «le droit international nous interdit de fabriquer des apatrides». Ensuite, il faut que la personne visée ait acquis la nationalité depuis moins de dix ans, «ce qui exclut tous ceux devenus français dans leur petite enfance». Enfin, il faut que le Conseil d'Etat donne son avis conforme. Ce qui est très rare.

Que dit l'article 1 de la Constitution?

«La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée.

La loi favorise l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu'aux responsabilités.» professionnelles et sociales.

samedi 28 novembre 2015

Patson : "Monsieur le Président, je demande à être associé à un juste combat"

Évidemment l’humoriste Patson tient dans la tribune reproduite ci-dessous un langage de vérité qui va hériter les tenants d'une France sécuritaire, identitaire...qui se bercent d'une illusion nombriliste, en pensant qu'il suffira de déchoir certains de ses nationaux de leurs nationalités, de les renvoyer comme ils disent chez eux (mais où????) pour reconstruire cette cohésion nationale qui vole en éclats...Parce que ces terroristes, ces affreux terroristes sont d'abord des Français, nés en France, et dont certains sont blancs aux yeux bleus et de parents laïcs.

Alors une fois passé le deuil, la colère légitime après ces abominables attentats terroristes du vendredi 13 novembre 2015, il ne faudra précisément pas cette fois-ci - comme après les premiers attentats du 11 janvier à Paris - que sous l'émotion collective et la colère légitime...toute réflexion de fond soit proscrite, et le bon diagnostic sociétal définitivement raté sous l'emprise des clichés et préjugés réducteurs, le bâillonnement des voix "dissonantes"  par un état d'urgence illimité et des thèses réactionnaires envahissantes, voulues triomphantes...

Parce que le point de non retour serait alors fatal à tous, et d'abord à cette France que nous aimons tous, sans distinction de couleur ou d'origine.

Joël Didier Engo

 Patson.

Patson : "Monsieur le Président, je demande à être associé à un juste combat"

Par

L'humoriste Patson interpelle François Hollande et lui demande de s'attaquer au véritable combat : donner aux jeunes des perspectives autrement plus enthousiasmantes que celles que leur ouvre l’Etat islamique.


Monsieur le Président, je m’appelle Patson, je suis humoriste et comédien.

Pendant près de trois ans, j’ai été à l’affiche au Palais des Glaces, et très régulièrement, après avoir salué mon public, j’allais manger une assiette de charcuterie à La Bonne Bière ou boire un verre à la Casa Nostra, à quelques mètres du théâtre. Il m’arrivait même d’aller, à peine un peu plus loin, prendre un plat au Petit Cambodge.

C’est dire toute l’émotion qui m’a étreint lorsque, hier, j’ai voulu passer devant les devantures de ces trois lieux où j’ai tant de souvenirs heureux. C’est dire toute l’angoisse qui me serre le cœur dans le doute de ce qui a pu arriver au serveur qui me préparait ce bol de pop-corn que j’affectionne tant, à l’agent de sécurité dont la présence massive me tranquillisait, à la serveuse que je taquinais gentiment ou aux habitués avec qui je prenais tant de plaisir à plaisanter.

Oui, le 13 novembre 2015 marquera à jamais mes pensées.

Mais ce n’est pas mon seul univers intime qui a été ébranlé ce jour-là. Je suis français. Mieux, je suis devenu français. Lorsque je suis arrivé sur le sol de France, je n’avais pas dix ans. Et la France m’a tout donné : des valeurs, une éducation, un savoir. Oui, la France m’a accueilli, moi, le jeune enfant malingre et indiscipliné de Côte d’Ivoire, et m’a donné ma chance. Oui, des Français, alors que j’étais à la rue, m’ont accueilli dans leur foyer et m’ont adopté. J’ai travaillé, travaillé encore, je me suis battu et j’ai réussi à devenir ce que je suis aujourd’hui. Dès que j’ai pu, j’ai demandé, et obtenu, la nationalité française. Jamais je n’ai été aussi fier que le jour où j’ai reçu mes papiers de Français. Oui, ce pays, celui de Montaigne, de Diderot, de Voltaire, celui de Stendhal, de Hugo, de Camus, celui de Pasteur, de Poincaré, des Curie, celui de Poussin, de Manet, de Cézanne, celui de Renoir, de Rohmer, de Godard, celui de Molière, de Racine, de Anouilh, celui de Jouvet, de Gabin, de Coluche, ce pays a fait de moi l’un des siens.

Alors quand on touche à ce pays, quand on attente à ses valeurs, quand on tue ou simplement maltraite un de ses ressortissants pour le seul fait qu’il soit français, plus haut que tout autre, je me dresse.

Alors, oui, Monsieur le Président, j’ai aimé quand, dans votre discours de Versailles, le 16 novembre, vous avez défendu, avec tant d’ardeur et de conviction, ce pays qui est le nôtre. Et de tout mon cœur, Monsieur le Président, je demande à être associé à un juste combat.

Mais, Monsieur le Président, quel est ce combat ? Contre qui dois-je me battre ? Qui sont ces personnes qui m’ont plongé dans cet abîme de détresse ?

Monsieur le Président, ces hommes, ces huit individus, si j’en crois ce que je lis, qui ont semé le chaos sur leur passage, ce sont des Français. Qu’ils aient été embrigadés par des Syriens, ou des Irakiens, n’y change rien : ce sont des Français. Et croyez-moi, Monsieur le Président, je connais trop bien ces quartiers où, comme eux, j’ai grandi, pour savoir que ce ne sont pas ces Syriens ou ces Irakiens qui sont venus les chercher. Ce sont eux, eux de leur propre chef, qui sont allés, ailleurs, chercher une réponse qu’ils n’ont pas su, pas pu, ou pas voulu trouver chez nous.

Monsieur le Président, ces hommes en rupture peuvent être des Arabes, des Maghrébins, des Noirs, mais ils peuvent être aussi des Blancs. Ils peuvent vivre à La Courneuve, à Sarcelles, à Poissy, mais ils peuvent vivre aussi dans les beaux quartiers de Bondoufle.

Monsieur le Président, leurs motivations n’avaient rien de religieux.
Monsieur le Président, ces hommes qu’un désespoir, motivé ou non, conduit à des actes dénués de tout sentiment humain, ce sont des Français.

Monsieur le Président, ce n’est pas seulement en renforçant notre armée que vous vaincrez ce mal qui ronge nos quartiers.

Monsieur le Président, ce n’est pas seulement en embauchant des policiers et en les armant que vous ouvrirez des perspectives à ceux qui n’en ont pas. Certains artistes ont un génie visionnaire. Il y a près de cent ans, Charlie Chaplin réalisait un petit film, Charlot policeman, où, à sa façon, il nous expliquait tout. On y voit un colosse semer la terreur dans sa rue et y imposer sa loi. Les policiers sont impuissants. Ils ont beau recruter, recruter encore pour pouvoir nettoyer la rue (sans Karcher, cela n’existait pas encore), si nombreux qu’ils soient, ils se font systématiquement rosser par la population aux ordres du caïd et laissent sur la chaussée veste et pantalon. Un jour, Charlot, affamé, malgré ses réticences, revêt lui aussi le costume de policier.

 Son chef l’envoie, seul, dans cette rue désertée par l’ordre. Et cette rue, il va la nettoyer. Il va la nettoyer, non pas par la force, mais en donnant à une maman, incapable de nourrir sa famille, les denrées qu’il a lui-même volées sur l’étal du riche et gros marchand de la rue. Ce simple geste va renverser la rue, car ses habitants vont y trouver une autre réponse à leur misère que la révolte face à l’autorité, à quoi le caïd les poussait. Et Chaplin montre à la fin, suprême morale, le caïd lui-même se promener, modestement, petite fiancée au bras, dans cette rue pacifiée qui fut son empire.

Monsieur le Président, je ne suis pas naïf. Je connais mieux que quiconque les villes de banlieue pour y avoir grandi, y avoir côtoyé le meilleur et le pire et m’y être battu, dès mon plus jeune âge, pour survivre. J’y suis devenu éducateur. Et j’ai mis toute mon énergie dans le farouche combat quotidien de ces hommes et femmes de devoir pour préserver un équilibre précaire et montrer par l’exemple le droit chemin. Je me suis tellement investi dans cette mission que le Ministère de la Justice m’a confié, comme éducateur PJJ, le soin de m’occuper de certains cas parmi les plus désespérés. Il ne m’appartient pas de juger de mes échecs ni de mes succès, mais j’ai compris au travers de cette expérience que jamais la force ni la répression ne viendront seules à bout du mal-être de certains.

Monsieur le Président, vous pouvez débloquer de l’argent pour l’Armée ou pour la Police.

Monsieur le Président, s’il vous plaît, débloquez aussi de l’argent pour l’éducation. Débloquez aussi de l’argent pour ouvrir des structures capables de soutenir des parents débordés par leurs enfants. Débloquez aussi de l’argent pour monter des projets dans lesquels les jeunes pourront s’investir. Il n’est en aucun cas question d’assistanat, mais de permettre aux jeunes de se mettre en valeur et d’être récompensés pour leurs efforts et leurs résultats. C’est là le véritable combat : donnez à nos jeunes, aux forces vives de notre nation, des perspectives autrement plus enthousiasmantes que celles que leur ouvre l’Etat islamique.

Monsieur le Président, ce que j’écris, je sais que vous en êtes conscient. Vous avez nommé au poste de Premier ministre un homme qui a su transformer l’agglomération d’Evry. Vous avez soutenu le corps enseignant, en particulier les instituteurs et les professeurs des collèges. Des milliers d’éducateurs dans les quartiers sont prêts à les aider. Donnez-leur les moyens d’être efficaces. Ne laissez pas aux extrémistes des proies qu’ils n’ont même pas besoin de venir chercher pour les ramasser.

Monsieur le Président, je suis prêt à m’investir moi-même et à exploiter ma notoriété et la popularité dont je jouis dans les quartiers pour m’associer à une telle démarche.
Ne cédez pas, Monsieur le Président, à la facilité de telle ou telle manœuvre électoraliste ; votre fonction vous l’interdit. C’est en gagnant le véritable combat, celui du rêve français auquel a droit aussi la jeunesse de nos quartiers que vous gagnerez votre légitimité et votre place dans l’Histoire.

Vive la France!

Patson Humoriste



mercredi 4 novembre 2015

"Manuel Valls enterre le droit de vote des étrangers"...Et vlan!

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Dire que certains d'entre-nous ont pu être assez "naïfs"  pour croire à une telle promesse!

Juste devrait-on préciser que l'on trouvera peu d'étrangers sur le territoire Français prêts à revendiquer un droit de vote,  y compris aux élections locales, dans un contexte identitaire très marqué où leur stigmatisation est permanente.

Cela rendait cette promesse présidentielle, au mieux idyllique, au pire cynique.

Dont Acte.

Joël Didier Engo


Il appelle ça un "totem"! C'est un DROIT issu de notre première constitution républicaine de 1793, article 4 : "Tout étranger âgé de 21 ans accomplis, qui, domicilié en France depuis une année, y vit de son travail, ou acquiert une propriété, ou épouse une Française, ou adopte un enfant, ou nourrit un vieillard ; tout étranger enfin, qui sera jugé par le Corps législatif avoir bien mérité de l'humanité, est admis à l'exercice des Droits de citoyen français".

C'est bien joli d'invoquer la République à tout propos ; encore faut - il en connaître les fondamentaux.

La Ligue des Droits de l'Homme:

Droit de vote des étrangers : un totem ?

Communiqué LDH

En déclarant devant les étudiants de Sciences Po que le droit de vote des étrangers aux élections locales n’est pas « une priorité », le Premier ministre n’a surpris personne, tant son opposition à la promesse électorale de François Hollande et de François Mitterrand est connue. Pour lui, la France doit rester un des seuls pays d’Europe à refuser ce droit à une partie de la population qui réside sur son sol. Peut-être même doit-il, dans sa conception du « vivre ensemble », être le dernier !

En qualifiant cette mesure de « totem », Manuel Valls a mis à juste titre le doigt sur la valeur symbolique de ce vote. Pour ces centaines de milliers d’hommes et de femmes qui vivent depuis des années sur le territoire français, il est effectivement symbolique de leur reconnaître le droit de s’exprimer quant à la gestion de la commune où ils vivent, où ils paient des impôts, dans un pays dont ils ont contribué à accroître la richesse. A travers l’octroi du droit de vote aux étrangers, c’est une mesure essentielle pour la démocratie qui est en jeu.

Mais la mesure va bien au-delà du symbole. Octroyer le droit de vote aux étrangers, c’est aussi prendre en compte la réalité des discriminations et des fractures qui gangrènent notre société et auxquelles il convient de remédier autrement que par des incantations à la devise républicaine, aussi récurrentes que contredites par la réalité.

Paris, le 4 novembre 2015
Manuel Valls enterre le droit de vote des étrangers

Par Marc de Boni
Le Figaro le 04/11/2015 

LE SCAN POLITIQUE/VIDÉO - Le premier ministre était en conférence à Sciences Po mardi soir et a néanmoins réaffirmé que sa «volonté de changer les choses» demeurait intacte.

«Il ne faut pas courir derrière des totems qui ne sont plus adaptés à la réalité du monde», a expliqué mardi soir Manuel Valls, venu tenir une conférence devant les étudiants de Sciences Po. Et pour joindre les actes à la parole, le chef du gouvernement n'a pas hésité à enterrer l'une des promesses les plus symboliques du candidat Hollande en 2012: le droit de vote des étrangers aux élections locales. Cette mesure correspondant à une revendication forte de l'électorat de gauche mais aussi d'une partie des populations habitantes des banlieues, qui avaient massivement porté leurs suffrages sur le candidat socialiste. Le premier ministre a non seulement jugé cette mesure inopportune dans la période actuelle, mais aussi laissé entendre qu'elle ne figurerait plus au programme du PS pour la prochaine présidentielle.

«Je ne pense pas que cela soit une priorité. Je l'avais dit il y a trois ans, cela avait provoqué avait un scandale, on avait dit “abandon d'une promesse”… Mais cette promesse, de toute façon, ne sera pas mise en œuvre. Et je suis convaincu qu'elle ne sera pas reproposée à la prochaine élection présidentielle, parce qu'elle tend inutilement et parce que ce n'est plus le sujet», a estimé le premier ministre. Le locataire de Matignon a jugé désormais plus pertinent de «faire vivre» les citoyennetés françaises et européennes. Exit donc, la perspective d'un référendum sur le sujet, tel qu'il fut un temps envisagé par le pouvoir. «On mettrait le pays sous tension sur un sujet qui ne serait pas jugé comme prioritaire. Le “non” l'emporterait largement car on remettrait l'immigré - à tort - au cœur du débat et des tensions», a mis en garde Manuel Valls.

Déception en Seine-Saint-Denis

Pourtant, quelques minutes plus tôt, le chef du gouvernement était piqué au vif par la question d'un étudiant évoquant l'assagissement de ses élans réformateurs. Manuel Valls assurait n'avoir rien perdu de «la force de conviction et la volonté de changer les choses» qui l'animait. L'hôte de Matignon a tout de même expliqué préférer, sur ce sujet comme sur d'autres, «avancer avec des compromis parce qu'on ne peut pas gouverner à la schlague». Quitte à enterrer une nouvelle promesse de campagne de François Hollande.

Cette annonce n'a visiblement pas été du goût de tous les socialistes: invité de LCP, le député de Seine-Saint-Denis Daniel Goldberg a regretté cette annonce du premier ministre. «C'est une faute que les députés n'aient pas à délibérer sur le sujet» a déploré le parlementaire. Avant d'enfoncer le clou: «Il aurait fallu que l'on débatte à l'Assemblée nationale et qu'on prouve qui est favorable en appuyant sur le bouton de vote. Cela aurait été important de donner ce signe-là, particulièrement dans les quartiers dont je suis l'élu».


vendredi 30 octobre 2015

Discriminations ethniques: le combat se gagne au tribunal

 


Des milliers de personnes manifestent à Paris contre le racisme

Une seule marche, fut-elle réussie, suffira-t-elle à résorber l'accoutumance aux thèses xénophobes et racistes à laquelle on assiste dans la société française, notamment depuis le débat sur l'identité nationale qui a littéralement libéré la parole des tenants du racisme biologique et de la supériorité dite raciale au sein de la classe politique et du microcosme médiatique?

L'on peut sérieusement en douter, sans pour autant sombrer dans le défaitisme ou la résignation devant une ségrégation érigée en "modèle d'assimilation" dans une république qui se veut pourtant non-raciale, laïque, égalitaire et fraternelle; précisément à l'image des manifestants enthousiastes de cette après-midi.

Il faut garder espoir sans en réalité ne plus rien attendre des principaux décideurs politiques. Car la bataille contre les discriminations ethniques se gagnera hélas d'abord devant les tribunaux nationaux et internationaux.

Joël Didier Engo


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Discriminations : le combat se gagne au tribunal

Par Michaël Hajdenberg, Médipart, 30 octobre 2015

Manuel Valls a annoncé lundi 26 octobre, aux Mureaux, le retour du testing. Le projet de loi Taubira, examiné à partir du 3 novembre au Sénat, prévoit de possibles actions de groupes. Mais en réalité, depuis 10 ans, c’est dans les tribunaux et non au Parlement que le combat contre les discriminations raciales se joue.

Rien n’a changé depuis dix ans – c’est ce qu’on entend depuis dix jours. Aux mêmes discriminations liées aux origines répondent les mêmes discours incantatoires des dirigeants politiques. Quelque chose a pourtant évolué depuis l’embrasement des banlieues de 2005 : le droit. Pas dans les lois, mais dans la façon dont celles-ci sont appliquées. Le paradoxe reste immense : alors que les discriminations raciales sont omniprésentes en France, le nombre de procès qu’elles génèrent, et plus encore le nombre de condamnations, demeure extrêmement faible. C’est pourtant dans les tribunaux, et non au Parlement, que la bataille se mène aujourd’hui.

« Face aux discriminations, le droit seul ne suffit pas, il faut aussi une vraie prise de conscience de l'ensemble de la société », a expliqué le premier ministre Manuel Valls, en visite aux Mureaux le 26 octobre. Il fallait oser. Quelques jours plus tôt, il avait en effet ouvertement pris position contre une avancée majeure en droit: la condamnation de l’État pour contrôle d’identité au faciès par la cour d’appel de Paris. Manuel Valls a souhaité un pourvoi en cassation. Le parquet s’est exécuté.

Dans ce dossier emblématique, largement couvert par Mediapart, la stratégie explicitée par l’avocat Slim Ben Achour est symptomatique de l’incurie de l’État. « Bien sûr, François Hollande avait inscrit dans son programme les récépissés de contrôle d’identité pour mettre fin aux contrôles au faciès. Mais il y avait de fortes chances qu’il ne respecte pas sa promesse. On a donc mené un combat parallèle en justice. »

Aidés par l’Open Society Justice Initiative (une fondation du milliardaire américain George Soros), des juristes et des militants ont ainsi cherché la meilleure clé pour faire condamner une pratique connue de tous, d’évidence illégale, anticonstitutionnelle, mais jamais sanctionnée. «Aux États-Unis, dans la lutte contre la ségrégation raciale, tout est parti d’un arrêt, celui de la Cour suprême, Brown vs Board of Education, rappelle Slim Ben Achour. Il aura ensuite fallu attendre 10 ans pour que soit voté le Civil Rights Act de 1964 qui interdit toute discrimination raciale. »

De la même façon, si la Cour de cassation confirmait la condamnation de l’État pour contrôle au faciès, le gouvernement devrait bannir cette pratique plutôt que de la justifier, comme l’a fait le ministre du travail, Alain Vidalies. Michel Miné, professeur associé de droit du travail au CNAM, confirme :  

«Le droit de la discrimination progresse par la jurisprudence, pas par la loi. Ensuite, la loi reprend parfois.»

Gwenaëlle Calvès, professeur de droit public aux universités de Cergy-Pontoise et de Düsseldorf, dresse un bilan catastrophique des années passées : «Il y a une attente simple : être traité comme tout le monde et avoir la certitude, si ce n’est pas le cas, qu’il y aura une sanction à l’égard de celui qui a discriminé. Cette attente est déçue parce que les politiques de lutte contre les discriminations ne fonctionnent pas. Les nouveaux dispositifs ne débouchent sur rien. On a créé le curriculum vitae anonyme, mais sans prendre de décret d’application. On a créé des pôles anti-discrimination dans les parquets, mais sans prévoir leur financement. On a créé la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde), puis on l’a défaite en 2011 pour l’intégrer au Défenseur des droits (DDD). On multiplie les critères de discrimination illicite, le dernier en date étant le lieu de résidence, mais depuis deux ans, cela n’a rien donné, c’est un échec cinglant. La gadgétisation continue.»

Dans la revue Mouvements, Patrick Simon, socio-démographe à l’Ined, livre une analyse complémentaire : «La victoire du mouvement féministe est avant tout d’avoir fait reconnaître la dimension systémique du patriarcat et de la domination masculine. Ce n’est toujours pas le cas pour les discriminations raciales. La mobilisation de gauche consiste plutôt à obtenir la suppression du mot race de la Constitution plutôt que de s’atteler à une politique concrète contre les discriminations.»

Ce 26 octobre, pour lutter contre les discriminations, Manuel Valls s’est contenté d’annoncer une campagne de testing dans de grandes entreprises. Or cette pratique, qui consiste à envoyer par exemple deux C.V. parfaitement identiques, hormis l’origine du candidat, de façon à identifier une éventuelle discrimination, a montré ses limites. Au début des années 2000, SOS Racisme s’en est servi, malgré un environnement politique hostile, à gauche comme à droite. Ce fut une avancée. Mais en dépit de quelques exemples frappants (par exemple, le Moulin rouge condamné pour ne placer que des Blancs sur le devant de la scène), la pratique n’a pas prospéré. «La focalisation sur le testing est insuffisante, estime ainsi Vincent-Arnaud Chappe, sociologue au CNRS, qui a écrit sa thèse sur le recours judiciaire des victimes de discrimination au travail. Le testing ne permet pas de saisir la complexité du processus de discrimination. Dans le monde du travail, il s’applique au recrutement, mais c’est un moment très spécifique. Il ne permet pas de saisir la question des évolutions de carrière. Et avec le testing, les réparations financières sont très faibles. »

En 2006 et suite à deux arrêts de la Cour de cassation reconnaissant ce dispositif comme un mode de preuve valable, le législateur a introduit le testing dans la loi. Mais il a été précisé que pour son application, il faudrait produire des C.V. réels, qui seraient envoyés dans une situation réelle. Sinon, le juge considère que c’est un piège qui est tendu aux entreprises. «Le testing ne fonctionne que pour alimenter les dossiers existants. Quand il est le fait générateur, il n’est pas reconnu», explique Sophie Latraverse, juriste auprès du Défenseur des droits.

En 2009, raconte-t-elle, la Halde a d’ailleurs lancé une «monumentale campagne de testing sur la question du logement». Trois cents dossiers au départ, onze transmis au parquet car ils présentaient des chances de succès. Résultat ? Tous classés. «Les parquetiers ont une vision étroite de ce qui doit justifier une poursuite pénale», observe Sophie Latraverse.

Les statistiques ethniques acceptées par la justice

Un testing demande du travail, des moyens. Les associations en ont peu. Leur action se situe donc principalement dans la sphère des mots: pas un mois ne passe sans qu’un homme politique ou un éditorialiste ne soit attaqué pour «incitation et provocation à la haine». Une manière d’opérer qui s’inscrit dans un cadre plus global : « Environ 80 % du contentieux raciste en France demeure verbal, rappelle Gwenaëlle Calvès. Cela peut étonner mais les personnes réagissent plus à une insulte qu’à un acte.»

En revanche, les salariés bloqués dans leur carrière ou victimes d’actes racistes sur leur lieu de travail ne trouvent souvent personne à leurs côtés. Le Gisti, sur le droit des étrangers, et l’AVFT, sur les violences faites aux femmes, constituent les rares exemples d’associations allant au contentieux. «Attaquer un discours, c’est plus facile, il n’y a pas de problème de preuves. On transmet au parquet et le travail est fini. Comme les associations manquent de compétences et de moyens, elle se placent dans une position de vigies », explique Sophie Latraverse. Par ailleurs, elles privilégient systématiquement le pénal (la société condamne un individu) sur le civil (deux personnes, physiques ou morales, face à face), bien que la charge de la preuve soit plus lourde au pénal. « C’est une conception très moralisatrice, regrette l’avocate Emmanuelle Boussard Verrecchia. Au lieu de dire pourquoi cela ne fonctionne pas, on stigmatise celui qui reproduit des stéréotypes.»

Au sein des entreprises, les salariés devraient pouvoir compter sur les syndicats. C’est trop rarement le cas. «Le contentieux discriminatoire est nettement plus important pour ce qui relève de la discrimination syndicale que de la discrimination raciale », relève Michel Miné. « Il y a peut-être l’idée chez les syndicats que l’ethno-racial, ce n’est pas du social et ce n’est donc pas la priorité », analyse Vincent-Arnaud Chappe. Surtout, les syndicalistes réfléchissent d’abord à défendre leurs troupes et leur statut.

À cet égard, la situation des Chibanis (qui signifie « vieil homme » en arabe) de la SNCF est éminemment symbolique. Ces centaines de cheminots marocains ont travaillé pendant des dizaines d’années pareillement à leurs collègues français, sans le même statut, ni la même retraite. S’ils ont enfin obtenu gain de cause en septembre devant la justice, Sihame Assbague, porte-parole du collectif « Stop le contrôle au faciès », rappelle que «malgré l’évidence du bien-fondé de leur lutte, ils n’ont jamais eu de syndicat qui se soit mobilisé pour eux. Ils ont été seuls». Des ouvriers de Renault ont vécu la même situation avant d’obtenir eux aussi gain de cause.

Ces décisions sont éminemment symboliques, mais l’histoire retiendra plus vraisemblablement un autre arrêt comme un tournant majeur. En 2011, la Cour de cassation a condamné Airbus pour discrimination raciale à l’embauche.

Un homme, français d’origine algérienne, enchaînait depuis des années les contrats précaires pour l’entreprise d’aéronautique, mais au moment d’obtenir un CDI, des candidats extérieurs lui passaient devant, sans raison valable. La Halde a réussi à avoir accès au registre du personnel et à démontrer la quasi-absence de salariés portant un nom à consonance maghrébine. Airbus a dû verser 18 000 euros d’indemnités à la victime.

La différence est que dans le cas des Chibanis, il existait un critère incontestable : leur nationalité marocaine, permettant une comparaison objective avec les Français. Avec Airbus, la Cour de cassation passe outre l’interdiction de réaliser des statistiques ethniques en France. Elle admet que la preuve de la discrimination puisse être apportée en classant les salariés par leur patronyme afin de connaître leur origine.

Une grande victoire, donc. Restée quasiment sans lendemain. Le salarié en question ne fut pas pour autant embauché. Les 18 000 euros ne lui assurèrent pas grand avenir. Aucun des nombreux ouvriers d’origine maghrébine de l’entreprise n’entreprit de démarche semblable. Et à notre connaissance, aucun contentieux comparable n’a depuis été engagé dans une grande entreprise.

Chez le Défenseur des droits, qui soutient les salariés dans leurs enquêtes notamment grâce à un pouvoir d'investigation au sein des entreprises, Sophie Latraverse tempère. Elle explique qu’une vingtaine de dossiers de ce type ont été réglés par la médiation dans l’industrie lourde, où les ouvriers spécialisés d’origine maghrébine sont souvent discriminés. «Pour l’intérim, il n’y a pas de problème. Mais quand il s’agit d’embaucher quelqu’un avec qui on va travailler pendant 20 ans, visiblement, ce n’est plus pareil.»

Les médiations du DDD restent secrètes. Elles ne permettent ni d’abonder la jurisprudence ni de donner un retentissement médiatique permettant aux discriminés de mieux connaître leurs droits. Sur certains dossiers emblématiques cependant, et surtout depuis la nomination de Jacques Toubon par François Hollande, le Défenseur des droits cherche et parvient à se faire entendre.

À la mort de Dominique Baudis, la nomination de cet ancien ministre de Jacques Chirac fut accompagnée, y compris à Mediapart, d’une méfiance certaine. Un an plus tard, son action est saluée. Slim Ben Achour considère que son intervention fut décisive dans le dossier «Contrôle au faciès». Ses prises de position sur le bidonville de Calais sont appréciées. Sa connaissance des arcanes de l’État et son côté “homme-de-droite-donc-pas-soupçonnable-d’angélisme” appréciés.

L’institution avait besoin de se repositionner sur la thématique des discriminations liées aux origines. Car progressivement, les discriminations raciales, qui constituaient la raison d’être première de la Halde, « se sont effacées au profit du handicap, des seniors ou encore de l’égalité homme/femme, constate Emmanuel Quernez, sociologue à l’EHESS. Les délégués locaux ont renoncé à traiter des dossiers qui auraient mérité de l’être. Les permanences se sont vidées. Une forme de découragement. Et la disparition de la Halde au profit du Défenseur des droits avait largement contribué à l’invisibilisation de l’institution ».

Une jurisprudence à construire en matière religieuse

Les semaines qui viennent devraient donner une meilleure idée du poids de Jacques Toubon. Mardi 3 novembre commence en effet l’examen par le Sénat du projet de loi de Christiane Taubira «Justice du 21e siècle». L’article 19 et les suivants introduisent la possibilité pour les discriminés de mener des class actions, des actions de groupe.

L’avancée pourrait être réelle. Une personne au chômage a autre chose à faire que d’assigner une entreprise discriminante en justice ; un salarié en poste a peur des répercussions possibles ; un recours n’a jamais aidé à promouvoir une carrière. L’action de groupe pourrait permettre de sortir de ces impasses.

Seulement, le texte proposé au Parlement réduit son efficacité potentielle, comme le souligne Jacques Toubon dans son avis. D’abord, il faudra passer par une association reconnue comme légitime pour engager la procédure. Mais comment auraient fait les Chibanis ? Pourquoi ne pas donner cette possibilité à des collectifs comme « Droit à la différence », qui se bat, également contre la SNCF, pour défendre des salariés maltraités. « Il ne faut pas que ce soit utilisé comme un levier par les syndicats dans la négociation syndicale », s’inquiète Sophie Latraverse.

Par ailleurs, le Défenseur des droits sait d’expérience que les enquêtes de comparaisons se révèlent fastidieuses et coûteuses. Aujourd’hui, rien n’est prévu pour aider à former ces recours, alors que dans d’autres pays, comme le Canada, un fonds spécial, qui s’auto-alimente via les amendes des condamnés, a été mis sur pied.
Gwenaëlle Calvès n’a pas l’air de croire à l’efficacité du dispositif tel qu’il est construit : «Il faut un fait générateur unique et un préjudice identique. Les actions qui aboutiront devraient être peu nombreuses.»

En attendant, la jurisprudence pourrait être abondée dans les prochains mois par la question religieuse. Une décision de la Cour de cassation est très attendue sur le cas d’une ingénieure licenciée pour avoir refusé d’enlever son voile lors d’une mission commerciale chez un client.

Mais là encore, il faudra mesurer l’impact de la possible décision sur les pratiques dans la vie quotidienne. En dépit d’un arrêt de la Cour de cassation, beaucoup d’entreprises de service continuent de demander aux salariés qui s’appellent Mohamed de bien vouloir se présenter comme « Laurent » au téléphone. Sans que ces salariés ne protestent.

Plus que le droit lui-même, c’est donc l’accès au droit qui pose problème.  

« Tout ne peut reposer sur le courage des individus », estime Sophie Latraverse. Selon elle, la France devrait s’inspirer de la Grande-Bretagne, qui a mis en place des audits, des obligations de rapports et des diagnostics entreprise par entreprise. « Un peu comme ça commence à être fait chez nous en matière d’égalité hommes/femmes. » Gwenaëlle Calvès souligne qu’en Grande-Bretagne, toute la législation existante sur les discriminations a été replacée dans un seul et même code, tandis que chez nous, ce droit n’est « ni intelligible ni accessible ». Pour Michel Miné, « il faut poser la question des réparations, revoir les montants à la hausse ». Quant à Emmanuel Quernez, il préconise de « former les intermédiaires : les associations, Pôle emploi, les syndicats, les délégués du personnel. Il faut apprendre à tout consigner, à alerter la médecine du travail, à laisser des traces ».

Une gageure quand on sait que les personnes discriminées en raison de leur origine sont souvent issues des classes sociales les plus modestes, avec un rapport plus compliqué à l’écrit, qui se couple d’une méfiance envers les institutions. Pour la militante Sihame Assbague, « plutôt que d’apprendre La Marseillaise à l’école, il faudrait former au droit à la discrimination ».

Un droit qui n’a pas fini de se découvrir de nouveaux champs d’application. « Dans des villes comme Rennes, Nantes ou Toulouse, rapporte Emmanuel Quernez, des milliers d’emplois sont réservés aux étudiants, par exemple dans la restauration rapide ou le commerce de détail. Rien ne justifie de prendre des étudiants pour ces emplois à temps partiel. C’est juste un moyen de ne pas prendre le Black du quartier d’à côté qui cherche un emploi mais dont on redoute qu’il fasse peur à la clientèle. » De la même façon, estime Michel Miné, quand une entreprise prend en stage ou en CDD d’été les enfants ou les neveux des salariés, on continue de fermer le marché de l’emploi à tout un pan de la population. « On ne peut pas parler de comportement raciste. Il n’empêche : ces processus ont des effets. » Qui nourriront peut-être la jurisprudence des dix prochaines années.

 Michaël Hajdenberg, Médipart, 30 octobre 2015