Aujourd'hui le monde s'affole pour la Syrie qui se vide vers l'Europe.
Plus de 276 000 personnes déjà. Mais a-t-on jamais compté combien
d'Africains fuient leur pays depuis 50 ans, dans des circonstances de
guerre, de destruction totale, de malgouvernance et d'abus massifs des
droits humains? Ils sont pourtant des millions.
La migration sud-sud ne se ressent pas en Occident, mais elle est
évidemment d'un poids monumental pour les sociétés d'accueil. Mais ce
n'est que quand le mal arrive chez soi que la douleur se mesure.
L'autre jour j'entendais à la radio, dans un débat a propos des "bons" migrants versus
"mauvais" migrants. Un citoyen bien-pensant décrétait bien fort que les
familles syriennes fuyant la guerre étaient admissibles en terme de
politique d'asile. Mais que les réfugiés économiques, tels que les
Erythréens par exemple, ne devaient pas être admissibles, puisque faux
refugiés.
Pourtant, le rêve existentiel est universel et personne au monde ne
quitte sa terre et ses parents de gaité de coeur. Surtout, l'Occident
n'est jamais aussi rose qu'une vie décente dans son propre pays.
Mis à part que les Syriens sont plutôt blancs ou clairs de peau et que
les Erythréens sont plutôt noirs, ce qui donne
une dimension résolument négrophobe à la distinction entre "vrais" et "faux" réfugiés, dans la
comparaison évoquée en tout cas, regardons au-delà de la simple
conscience apparentiste des gens de bien.
Lisons déjà les informations à disposition sur les conditions de vie en
Érythrée avant d'émettre des jugements raccourcis à la légère. Depuis
plus 15 ans, une immense prison à ciel ouvert, une répression
sanguinaire et une économie dans un délabrement avancé. Une des pires
dictatures au monde.
Comme Hannah Arendt le disait si bien, "le totalitarisme ne tend pas
vers un règne despotique sur les hommes, mais vers un système dans
lequel les hommes sont superflus."
Être superflu consiste à ne pas exister aux yeux du système, on est donc
dans la négation de toute forme de droit humain. Il s'agit bel et bien
d'une guerre ouverte déclarée contre toute une nation. Criminaliser la
fuite massive de citoyens dans de telles conditions constitue une double
négation de leurs droits et de leur existence.
En clair, l'Érythréen lamda est superflu et ne possède aucun droit
élémentaire. Un régime criminel contre l'humanité règne sur le pays dans
la terreur. Et pourtant, selon certains, les Eythréens sont des
réfugiés économiques, qui par conséquent ils ne doivent pas pouvoir
obtenir le statut légal de réfugiés politiques.
Mais où place-t-on donc la limite entre l'économie et la politique d'un
pays, d'autant plus dans un régime totalitaire? Le commerce -
international - avec un tel régime n'est-il pas particulièrement
avantagé par la spécificité politique locale justement? Quelle limite
entre un commerce licite et respectueux des droits de l'homme et des
échanges basés sur le recel et l'impunité?
La liste des pays à régime dictatorial - totalitaire, notamment en
Afrique, est non exhaustive.
Les profits engrangés par les puissances
économiques et leurs multinationales tentaculaires dans le commerce avec
ces régimes le sont aussi.
Cet aspect mondialisant de la question, et inconfortable il faut bien le
dire, devra invariablement figurer en priorité dans le débat sur la
qualification des réfugiés, et dans la recherche de solutions
migratoires. Seule une réflexion sur les causes profondes des
déplacements massifs de populations, surtout dans une vision de
gagnant-gagnant (eh oui!) pourra être efficace à long terme.
On ne pourra plus faire l'autruche dorénavant en pratiquant la
criminalisation-écran de certains réfugiés, car ces soi-disant
faux-fuyants qui ne sont ni plus ni moins les victimes une à une d'une
guerre socio-politique et économique, à basse intensité au mieux,
méthodique, dirigée contre un peuple désarmé. La caution internationale
que ces régimes reçoivent, font qu'au nom du concept "village global",
tout le monde est responsable.
Le débat est urgentissime. Non pas parce que l'Occident panique devant
le flux de réfugiés depuis le début de l'année 2015 particulièrement,
mais parce qu'il s'agit de centaines de milliers de citoyens du monde
dans une souffrance extrême, qui manqueront dans un avenir plus ou moins
proche à l'appel de la reconstruction de leur pays en ruine, pour une
bonne majorité.
Une véritable bombe atomique en gestation.
Rebecca Tickle
Migrants : la couleur de peau détermine la hiérarchie à bord des bateaux entre la Libye et l’Italie
Sur
les bateaux d’embarcation au départ de la Libye et en destination de
l’Italie, les passeurs établissent un classement en fonction du pays
d’origine des migrants. Ceux qui viennent de l’Afrique subsaharienne
sont placés dans la cale d’embarcation – en juillet dernier, une
centaine de migrants de l’Afrique subsaharienne ont été tués par des
passeurs Italiens après avoir tenté de se sortir de la cale
d’embarcation.
Hiérarchie à bord d’embarcations des migrants
Le trafic de migrants à travers la Méditerranée rapporte gros.
Les Erythréens constituent la population majeure (derrière les Syriens)
qui arrivent en Europe après une traversée de la Méditerranée. La
plupart, qui vient de l’Ethiopie et du Soudan, paie entre 400 et 600
dollars pour un voyage dans un bateau en bois, au départ destiné à la
pêche, et d’une longueur de 18 mètres environ . Pour la même
embarcation, les Algériens et les Égyptiens déboursent le double et
bénéficient de certains avantages. En effet, les passeurs établissent
une hiérarchie de la première à la deuxième classe en fonction de la
couleur de peau. Ceux à la peau Noire, à leurs yeux moins importants que
les autres, sont placés en seconde classe –la cale d’embarcation- où il
n’y a pas de fenêtre et où ils n’ont pas droit au gilet de sauvetage.
En d’autres termes, si naufrage il y’a, ces migrants seront les premiers
à en subir les conséquences…
Viols, tortures, noyades,
déshydratation, absence de nourriture, asphyxie dû aux vapeurs toxiques
sont quelques unes des formes de racisme que subissent les passagers de
l’Afrique subsaharienne au cours de la traversée de la Lybie à
l’Italie.
Selon une estimation de l’OIM, près de 30 000
migrants pourraient mourir d’ici la fin de l’année.
Un navire Libyen transportant des migrants.
Le calvaire des migrants à la peau Noire
De
nombreuses ONG ont recueilli des témoignages de passagers qui racontent
le racisme à bord des bateaux. Ibrahim, un jeune Somalien de 17 ans,
raconte comment sur le bateau où il avait embarqué avec 150 personnes, «
les
Somaliens étaient rassemblés dans la cale de l’embarcation, alors que
les passagers d’autres pays pouvaient aller sur le niveau supérieur».
Une porte-parole de Save the Children indique «Ce
que nous entendons de la bouche de nombreux migrants qui arrivent en
Italie, est que les migrants originaires de pays africains sont traités
de manière bien pire que ceux qui viennent d’Asie ou du Moyen-Orient.
Ils sont souvent forcés de rester dans la cale du navire, là où les
risques sont les plus grands si le bateau chavire ou coule. Ils sont
aussi exposés aux vapeurs de pétrole.»
Cinq
hommes de nationalité Italienne ont été arrêtés au large des côtes
européennes après une embarcation au départ de la Libye après le
scandale de juillet dernier.
De nombreux Erythréens sont toujours
sous le pont près d’Austerlitz en attendant que l’Etat français daigne
trouver des solutions de logement.
©Source: nofi.fr