Arrivée d'un ferry turc chargé de migrants
refoulés, à Izmir le 4 avril 2016. Sur la pancarte : «L'UE a commencé le
plus gros trafic humain de l'histoire de l'humanité. Honte à l'UE.»Photo Ozan Kose.AFP
Interview: Trois questions à Geneviève Garrigos, présidente d'Amnesty International France.
Accord UE-Ankara sur les réfugiés : «Il s'agit d'un marchandage assez ignoble»
La
Grèce renvoyait ce lundi ses premiers réfugiés vers la Turquie : des
Pakistanais, des Bangladais et deux Syriens ont quitté les îles grecques
de Lesbos et Chios pour retourner en Turquie dans le cadre de l’accord
controversé signé entre l’Union européenne et Ankara le 18 mars dernier.
La présidente d’Amnesty International France, Geneviève Garrigos,
revient sur les conséquences de cette politique européenne.
Pourquoi l’accord entre l’Union européenne et la Turquie est-il contestable à vos yeux ?
Cet accord se fait au détriment des droits des réfugiés et est
contraire aux principes mêmes de l’Union européenne. La Turquie a
ratifié partiellement la convention de Genève de 1951, relative au sort
des réfugiés. Encore aujourd’hui, elle ne donne le statut de réfugiés
qu’aux seuls ressortissants européens, à l’exception des Syriens en
raison du conflit. Les personnes originaires d’Irak,
d’Afghanistan, etc., ne peuvent pas faire de demande d’asile dans ce
pays et subissent des renvois massifs. Le jour même de la signature de
l’accord, une trentaine d’Afghans ont été arrêtés
par des gardes-côtes turcs et emmenés dans des centres de rétention,
avant d’être renvoyés de force vers Kaboul, malgré la menace des
talibans. Le deuxième aspect que nous contestons concerne les Syriens
eux-mêmes. L’accord spécifie que pour un Syrien renvoyé en Turquie, un
autre sera installé dans l’Union européenne. Il s’agit d’un marchandage
assez ignoble quand on sait que ces réfugiés ont risqué leur vie pour
atteindre la Grèce. Enfin, le nombre de personnes qu’accueillera l’Union
européenne est limité à 72 000. On est extrêmement loin des besoins
d’installation.
Quelles sont les conséquences sur le long terme de cet accord ?
Les centres de rétention turcs dans lesquels sont emmenés les
réfugiés sont de plus en plus fermés. On a également des témoignages de
mauvais traitements. Nous craignons qu’à terme, les réfugiés décident de
prendre l’autre route, celle du Sinaï, en passant par l’Egypte ou la
Libye. Or, ce parcours est extrêmement dangereux. Les réfugiés risquent
de se faire kidnapper contre une rançon par exemple. Cet accord permet
aux institutions européennes de gagner du temps, mais il est illégal,
non applicable et risque d’aggraver la situation.
Quelles solutions prônez-vous pour sortir de cette crise ?
Aujourd’hui, on paye l’absence de politique concertée au niveau de
l’Union européenne pour l’accueil des réfugiés. En septembre 2015,
Jean-Claude Juncker [président de la Commission européenne, ndlr] avait fait un discours tout à fait remarquable
qui remettait la question de la protection des réfugiés au centre des
valeurs de l’Union européenne. Mais lors des négociations qui ont suivi
pour relocaliser les personnes arrivées en Grèce et en Italie, très peu
de pays se sont engagés. L’Allemagne s’est retrouvée toute seule. Nous
demandons une réelle concertation entre les pays membres pour mettre en
place une vraie politique de relocalisation, ainsi que l’instauration de
visas humanitaires et de politiques de regroupement familial. Cette
opération-là est plus une politique de communication vis-à-vis du public
européen. On fait passer comme message aux réfugiés «Ne venez pas».
Cela fait cinq ans qu’on leur dit, on voit bien que cela ne marche pas.
Le PS redécouvre les migrants...Il faut s'en féliciter sans être dupe
de la manœuvre électoraliste sous-jacente - l'approche des élections
régionales - qui pourrait vite reléguer ce meeting parisien de soutien
aux réfugiés au rang d'une énième récupération politicienne de très
mauvais goût.
Bref dans ce drame humain faisant appel à
l'universalité du droit d'asile (excluant d'emblée toute idée de quotas
ethniques ou liés à la nationalité, à la religion...), aucune mobilisation ne sera jamais
de trop.
Précisément parce que la persécution pour des raisons
politiques ne peut être restreinte à une population, à un continent,
voire à un pays.
Joël Didier Engo
Accueil des réfugiés : comment François Hollande s’est converti sur le tard
François Hollande a promis l’accueil de 24 000 réfugiés sur deux ans.
Un nombre conséquent ou insignifiant, selon le référent choisi. D’un
point de vue franco-français, il reste important puisque supérieur au
total des personnes à qui le pays a accordé l’asile en 2014. En
revanche, il est dérisoire si on le compare aux 20 000 réfugiés reçus
par l’Allemagne en deux jours seulement.
Pourtant,
l’annonce faite par le chef de l’Etat, le 7 septembre, ne se réduit pas
à un nombre. Comme le rappelle le haut-commissaire aux réfugiés,
Antonio Guterres, « l’accueil des réfugiés n’est pas un exercice statistique, mais une obligation internationale ». Une obligation à laquelle la France aurait d’ailleurs bien aimé se soustraire partiellement il y a quelques mois encore.
Mi-mai,
en effet, l’exécutif s’est illustré en bataillant durant tout un
week-end pour que la Commission européenne revoie à la baisse le nombre
de réfugiés attribués à la France dans un premier plan de répartition
des arrivants en Grèce ou en Italie. Avant l’été, l’exécutif ne masquait
pas une certaine gêne à prendre en charge des réfugiés. Depuis 2012,
François Hollande avait laissé Manuel Valls donner le ton sur ce qui
touche à l’« étranger » ; s’y ajoutait un effacement maximum du sujet.
Ainsi, le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, a-t-il attendu la
dernière minute pour refondre le droit d’asile imposé par l’Europe et
faire voter en catimini, fin juillet, une loi sur les titres de séjour.
Quant au vote des immigrés aux élections locales, promesse de la
campagne 2012, il a rejoint les oubliettes.
La terreur de voir le
Front national marquer des points a paralysé l’action et la parole
politiques depuis 2012, poussant le chef de l’Etat à attendre fin 2014
pour prononcer son premier discours sur le sujet. Et tant pis pour le
Musée de l’immigration, qui a dû attendre longtemps son inauguration
présidentielle, mi-décembre 2014.
On en était là, quand les drames
ont commencé à s’enchaîner. D’abord, une série de naufrages meurtriers
en Méditerranée dès le début de l’année. Ensuite, les premiers cortèges
de migrants ont franchi les frontières de l’Europe par les Balkans. Ces
images ont accrédité l’idée que les gouvernants étaient impuissants à
faire cesser l’hémorragie syrienne.
Silence complice
Difficile
de rester de marbre. Le Parti socialiste s’est saisi du sujet. Autour
de Sandrine Mazetier, députée de Paris et chargée des migrations, une
discussion a eu lieu avant le congrès de Poitiers, en juin.
Jean-Christophe Cambadélis y avait même déjà suggéré l’idée – reprise
par le chef de l’État – d’une conférence internationale. Durant l’été,
Alain Bergounioux, chargé des études politiques au secrétariat national
du parti, a rappelé au président comment Jean Jaurès avait en son temps
interpellé le gouvernement sur le silence complice de la France et de
l’Europe lors des massacres des Arméniens en 1896… L’historien estime en
effet qu’« un parti comme le nôtre doit se saisir des causes
humanitaires, que ce serait une faute de ne pas le faire, mais qu’il
faut le faire bien ».
L’accélération des flux de migrants en
août, la menace de voir exploser l’espace Schengen et l’attitude
déterminée de la chancelière allemande ont permis de finaliser le
changement de politique et conduit à la rédaction d’une lettre
franco-allemande, le 23 août. Il ne restait qu’à trouver le moment pour
communiquer.
C’est dans ce contexte qu’est arrivé le cliché de la
photographe Nilufer Demir montrant le cadavre du petit Aylan Kurdi sur
une plage turque, face contre le sable. L’immense émotion suscitée par
la mort d’un enfant de 3 ans a transformé en victimes ceux qui, la
veille encore, étaient perçus comme des « assistés » prêts à « prendre le travail des Français ».
François Hollande s’est donc engouffré dans la brèche qui lui
permettait de déclarer publiquement sa conversion à l’accueil des
réfugiés.
Lundi 7 septembre, on aurait presque pris la France pour
un modèle de générosité, avec ses 24 000 personnes accueillies sur deux
ans, si l’Allemagne n’avait pas promis d’en accueillir 500 000 cette
année… Dans ce secteur comme ailleurs, il sera difficile de rivaliser
avec la voisine d’outre-Rhin. En revanche, on peut être certain que la
France ne s’arrêtera pas aux 24 000 réfugiés annoncés. Le flux de
migrants ne se tarira pas une fois ce premier partage opéré. Le
Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies prévoit déjà, pour
2016, 50 000 entrées de plus qu’en 2015 en terre européenne.
Le drame des réfugiés
est l’occasion pour les Européens de relancer l’économie du continent.
L’attitude de l’Allemagne en fait un modèle à suivre.
Aussi tardif soit-il, l’élan de solidarité en faveur des
réfugiés, observé ces dernières semaines, a au moins le mérite
de rappeler aux Européens et au monde une réalité essentielle. Notre
continent peut et doit devenir une grande terre d’immigration au XXIe siècle.
Tout y concourt : son vieillissement autodestructeur l’impose, son
modèle social le permet, et l’explosion démographique de l’Afrique
doublée du réchauffement climatique l’exigera de plus en plus. Tout cela
est bien connu. Mais ce qui l’est peut-être un peu moins, c’est que
l’Europe d’avant la crise financière était en passe de devenir la région
la plus ouverte du monde en termes de flux migratoires. C’est la crise,
déclenchée en 2007-2008 aux Etats-Unis, mais dont l’Europe n’est
toujours pas parvenue à sortir du fait de ses mauvaises politiques, qui
ont conduit à la montée du chômage et de la xénophobie, et à une
fermeture brutale de ses frontières. Tout cela alors que le contexte
international (printemps arabe, afflux des réfugiés) aurait au contraire
justifié une ouverture accrue.
Revenons en arrière. L’Union européenne compte, en 2015, près de
510 millions d’habitants, contre environ 485 millions en 1995
(à frontières constantes). Cette progression de 25 millions d’habitants
en vingt ans n’a rien d’exceptionnel en soi (à peine 0,2 % de croissance
annuelle, contre 1,2 % par an pour la population mondiale prise dans
son ensemble sur la même période). Mais le point important est que cette
croissance s’explique pour près de trois quarts par l’apport migratoire
(plus de 15 millions). Entre 2000 et 2010, l’Union européenne a ainsi
accueilli un flux migratoire (net des sorties) d’environ 1 million de
personnes par an, soit un niveau équivalent à celui constaté aux
Etats-Unis, avec en outre une plus grande diversité culturelle et
géographique (l’islam demeure marginal outre-Atlantique). A cette époque
peu éloignée où notre continent savait se montrer (relativement)
accueillant, le chômage baissait en Europe, tout du moins jusqu’en
2007-2008. Le paradoxe est que les Etats-Unis, grâce à leur pragmatisme
et à leur souplesse budgétaire et monétaire, se sont très vite remis de
la crise qu’ils avaient eux-mêmes déclenchée. Ils ont rapidement repris
leur trajectoire de croissance (leur PIB de 2015 est 10 % plus élevé que
celui de 2007), et l’apport migratoire s’est maintenu aux alentours
de 1 million de personnes par an. Mais l’Europe, engluée dans des
divisions et des postures stériles, n’a toujours pas retrouvé son niveau
d’activité économique d’avant la crise, avec pour conséquence la montée
du chômage et la fermeture des frontières. L’apport migratoire a chuté
brutalement de 1 million de personnes par an entre 2000 et 2010 à moins
de 400 000 entre 2010 et 2015.
Que faire ? Le drame des réfugiés pourrait être l’occasion pour les
Européens de sortir de leurs petites disputes et de leur nombrilisme.
En s’ouvrant au monde, en relançant l’économie et l’investissement
(logements, écoles, infrastructures), en repoussant les risques
déflationnistes, l’Union européenne pourrait parfaitement revenir aux
niveaux migratoires observés avant la crise. L’ouverture manifestée par
l’Allemagne est de ce point de vue une excellente nouvelle pour tous
ceux qui s’inquiétaient d’une Europe moisie et vieillissante. On peut,
certes, faire valoir que l’Allemagne n’a guère le choix, compte tenu de
sa très faible natalité. D’après les dernières projections
démographiques de l’ONU, qui tablent pourtant sur un flux migratoire
deux fois plus élevé en Allemagne qu’en France dans les décennies à
venir, la population allemande passerait de 81 millions aujourd’hui à
63 millions d’ici à la fin du siècle, alors que la France passerait dans
le même temps de 64 à 76 millions.
On peut aussi rappeler que le niveau d’activité économique observé en
Allemagne est en partie la conséquence d’un gigantesque excédent
commercial, qui par définition ne pourrait se généraliser à l’ensemble
de l’Europe (car il n’y aurait personne sur la planète pour absorber de
telles exportations). Mais ce niveau d’activité s’explique également par
l’efficacité du modèle industriel allemand, qui repose notamment sur
une très forte implication des salariés et de leurs représentants (la
moitié des sièges dans les conseils d’administration), et dont on ferait
bien de s’inspirer.
Surtout, l’attitude ouverte sur le monde, manifestée par l’Allemagne,
envoie un message fort aux ex-pays de l’Europe de l’Est membres de
l’Union européenne, qui ne veulent ni d’enfants ni de migrants, et dont
la population combinée devrait, selon l’ONU, passer de 95 millions
actuellement à guère plus de 55 millions d’ici à la fin du siècle. La
France doit se réjouir de cette attitude allemande et saisir cette
opportunité pour faire triompher en Europe une vision ouverte et
positive vis-à-vis des réfugiés, des migrants et du monde.
Un
drame quotidien qui se joue simultanément à toutes les frontières et
sur toutes les routes d’Europe, un défi d’accueil inédit pour l’Union
européenne, une source intarissable d’indignations, de polémiques et de
propositions pour la classe politique et les commentateurs : comment
rendre compte de la crise des migrants qui secoue notre continent depuis
2014, s’intensifiant chaque jour depuis cet été?
Des pays
d’origine des migrants jusqu’à l’accueil final des réfugiés, en passant
par les périlleuses routes de la migration, voici vingt cartes,
graphiques et vidéos produites par Le Monde pour comprendre la situation.
1. L’origine
D’où viennent les migrants?
Il
est bien entendu impossible d’offrir un panorama exact des centaines de
milliers de personnes qui ont atteint ces derniers mois l’Europe, car
beaucoup restent sur les routes ou dans la clandestinité, sans parler de
ceux qui ont laissé leur vie dans le voyage.
La première méthode
consiste à examiner la nationalité des personnes qui déposent
officiellement une demande d’asile dans un pays de l’UE : sur les cinq
premiers mois de l’année, les Syriens sont en tête, avec 68 200
demandeurs et 18,5 % des procédures.
La coïncidence entre le début de la guerre en Syrie et la
recrudescence de réfugiés en Europe ne laisse d’ailleurs guère de doute
sur le poids que revêt ce conflit dans la situation actuelle.
La Syrie est aujourd’hui le pays du monde qui compte le plus de
réfugiés parmi ses nationaux (34 %), selon le Haut-Commissariat aux
réfugiés (HCR) des Nations unies (qui considère comme réfugié toutes les
personnes qui demandent ce statut, que l’issue de la procédure soit
positive ou négative):
Les 10 pays qui comptaient le plus de réfugiés et demandeurs d'asile en 2014
Nombre de réfugiés, demandeurs d'asile, déplacés intérieurs et apatrides. Hors rapatriés.
Le décompte des morts en Méditerranée réalisé par l’Office
international des migrations (OIM), bien que non exhaustif, constitue
une autre fenêtre sur l’origine des migrants. On voit qu’ils proviennent
en proportions égales de l’Afrique subsaharienne (Erythrée, Nigeria),
de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.
L'origine des migrants morts en Méditerranée
De janvier à septembre 2014.
Source:Office international des migrations
2 Les routes
Par où passent les migrants ?
Si
la Méditerranée constitue la porte d’entrée privilégiée pour les
migrants en quête d’Europe, il ne faut pas négliger la voie terrestre,
utilisée principalement par les Afghans et les ressortissants des
Balkans.
L’agence Frontex, qui surveille les frontières de l’Union
européenne, estime que 60 % des entrées illégales sur le territoire
européen ont eu lieu en 2014 par la Méditerranée centrale, c’est-à-dire
en Italie et Malte.
La périlleuse traversée maritime sur des embarcations souvent
fragiles constitue une nouvelle épreuve pour des migrants qui ont déjà
derrière eux un long périple. Ainsi, les Erythréens, qui fuient la
« prison à ciel ouvert » qu’est devenu leur pays, doivent-ils traverser
le Soudan-du-Sud et le Soudan avant de se mettre en quête d’un bateau en
Egypte, en Libye ou en Tunisie.
Toujours selon Frontex, un migrant sur cinq tente de pénétrer en
Europe par l’est de la Méditerranée, soit en arrivant par la mer sur les
îles grecques, soit en transitant par voie terrestre par la Turquie.
Beaucoup s’engagent ensuite dans une longue traversée des Balkans afin
de rejoindre l’Europe du nord.
Un défi qui se complique à mesure que les pays européens renforcent
la protection de leurs frontières, recourant de plus en plus à des murs
pour tenter d’endiguer l’afflux de migrants et de réfugiés :
La
France, qui ne reçoit aucune embarcation sur ses côtes, trop lointaines
de l’Afrique, voit arriver des migrants par ses frontières terrestres
(Espagne, Italie, Allemagne, Belgique). Pour beaucoup, notre pays n’est
qu’une terre de transit vers le Royaume-Uni.
Résultat : six ans après son démantèlement, la « jungle » de Calais
accueille toujours davantage de demandeurs d’asile cherchant à traverser
la Manche.
Une
fois de plus, il est impossible de fournir un décompte précis des pays
de destination des migrants arrivés en Europe. Tout au plus peut-on
examiner les dépôts de demandes d’asile, qui n’embrassent que la partie
immergée de l’iceberg. A cet égard, l’Allemagne est de loin la plus
sollicitée, avec 121 000 premières demandes déposées sur les cinq
premiers mois de 2015. Berlin s’attend même à un total record de 800 000
demandes sur l’ensemble de l’année, soit quatre fois plus qu’en 2014.
Sortir du cadre européen offre un éclairage intéressant sur l’impact
de ces mouvements. Contrairement à ce que l’on entend parfois, les
premiers à prendre leur part dans l’accueil des réfugiés du Proche et du
Moyen-Orient (Irak, Syrie) sont les pays limitrophes. Le Liban
accueille actuellement ainsi 1,1 million de réfugiés, l’équivalent d’un
quart de sa population.
L'explosion du nombre de réfugiés dans le monde
Tous types de migrants inclus : réfugiés, demandeurs d'asile, déplacés au sein d'un pays, apatrides... Hors rapatriés.
L’actualité en offre tous les jours des illustrations dramatiques : nombreux sont ceux qui échouent aux portes de l’Europe, noyés après un naufrage ou asphyxiés dans des camions.
La
Méditerranée est de loin le passage le plus meurtrier du monde. L’an
passé, les 2 510 000 kilomètres carrés de la mer reliant l’Afrique à
l’Europe auraient concentré plus des trois quarts des disparitions de
migrants, loin devant la frontière Mexique-Etats-Unis (5 %) ou le golfe
du Bengale (5 %), selon l’Office international des migrations.
Sur les huit premiers mois de l’année 2015, l’OIM a recensé 2 432 morts en Méditerranée,
pour 323 000 personnes arrivées vivantes sur les côtes italiennes,
maltaises, grecques et espagnoles. A ce rythme-là, le triste record de
2014 devrait être largement battu en fin d’année.
Estimation du nombre de morts et disparus en Méditerranée
Pour 2015, le décompte de l'OIM s'arrête au 28 août.
Une hécatombe encore sous-estimée, de l’aveu même de l’OIM. Le collectif d’investigation internationale The Migrant Files, plus exhaustif, a déjà dénombré cette année plus de 3 000 morts aux frontières de la « forteresse Europe ».