Accueil des réfugiés : comment François Hollande s’est converti sur le tard
Mi-mai, en effet, l’exécutif s’est illustré en bataillant durant tout un week-end pour que la Commission européenne revoie à la baisse le nombre de réfugiés attribués à la France dans un premier plan de répartition des arrivants en Grèce ou en Italie. Avant l’été, l’exécutif ne masquait pas une certaine gêne à prendre en charge des réfugiés. Depuis 2012, François Hollande avait laissé Manuel Valls donner le ton sur ce qui touche à l’« étranger » ; s’y ajoutait un effacement maximum du sujet. Ainsi, le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, a-t-il attendu la dernière minute pour refondre le droit d’asile imposé par l’Europe et faire voter en catimini, fin juillet, une loi sur les titres de séjour. Quant au vote des immigrés aux élections locales, promesse de la campagne 2012, il a rejoint les oubliettes.
La terreur de voir le Front national marquer des points a paralysé l’action et la parole politiques depuis 2012, poussant le chef de l’Etat à attendre fin 2014 pour prononcer son premier discours sur le sujet. Et tant pis pour le Musée de l’immigration, qui a dû attendre longtemps son inauguration présidentielle, mi-décembre 2014.
On en était là, quand les drames ont commencé à s’enchaîner. D’abord, une série de naufrages meurtriers en Méditerranée dès le début de l’année. Ensuite, les premiers cortèges de migrants ont franchi les frontières de l’Europe par les Balkans. Ces images ont accrédité l’idée que les gouvernants étaient impuissants à faire cesser l’hémorragie syrienne.
Silence complice
Difficile de rester de marbre. Le Parti socialiste s’est saisi du sujet. Autour de Sandrine Mazetier, députée de Paris et chargée des migrations, une discussion a eu lieu avant le congrès de Poitiers, en juin. Jean-Christophe Cambadélis y avait même déjà suggéré l’idée – reprise par le chef de l’État – d’une conférence internationale. Durant l’été, Alain Bergounioux, chargé des études politiques au secrétariat national du parti, a rappelé au président comment Jean Jaurès avait en son temps interpellé le gouvernement sur le silence complice de la France et de l’Europe lors des massacres des Arméniens en 1896… L’historien estime en effet qu’« un parti comme le nôtre doit se saisir des causes humanitaires, que ce serait une faute de ne pas le faire, mais qu’il faut le faire bien ».L’accélération des flux de migrants en août, la menace de voir exploser l’espace Schengen et l’attitude déterminée de la chancelière allemande ont permis de finaliser le changement de politique et conduit à la rédaction d’une lettre franco-allemande, le 23 août. Il ne restait qu’à trouver le moment pour communiquer.
C’est dans ce contexte qu’est arrivé le cliché de la photographe Nilufer Demir montrant le cadavre du petit Aylan Kurdi sur une plage turque, face contre le sable. L’immense émotion suscitée par la mort d’un enfant de 3 ans a transformé en victimes ceux qui, la veille encore, étaient perçus comme des « assistés » prêts à « prendre le travail des Français ». François Hollande s’est donc engouffré dans la brèche qui lui permettait de déclarer publiquement sa conversion à l’accueil des réfugiés.
Lundi 7 septembre, on aurait presque pris la France pour un modèle de générosité, avec ses 24 000 personnes accueillies sur deux ans, si l’Allemagne n’avait pas promis d’en accueillir 500 000 cette année… Dans ce secteur comme ailleurs, il sera difficile de rivaliser avec la voisine d’outre-Rhin. En revanche, on peut être certain que la France ne s’arrêtera pas aux 24 000 réfugiés annoncés. Le flux de migrants ne se tarira pas une fois ce premier partage opéré. Le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies prévoit déjà, pour 2016, 50 000 entrées de plus qu’en 2015 en terre européenne.
Journaliste
Pour une Europe ouverte
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