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dimanche 6 décembre 2015

Le Front National, ils nous l'ont tant agité pour nous faire peur...À leurs dépens!

 Photo de Liberation.

Vous nous l'avez tant agité croyant nous faire peur, nous "les métèques". Il est désormais au seuil de la porte...de l'Élysée, sans que cela ne change fondamentalement rien de pire que ce que nous savions et vivions déjà, nous les "métèques".

Le vote Front National est d'abord une faillite collective française et sonne le basculement vers un abîme politique, qui pourrait vite devenir une impasse économique.
En effet depuis une trentaine d'années les Français (de la classe politique aux milieux populaires) agitent le vote Front National comme la solution miracle à la crise économique, à l'Union Européenne, à l'invasion supposée par des hordes d'étrangers, et j'en passe.

Nous y sommes presque...Et nombre d'entre-nous aurons ainsi vécu ce moment où une grande et respectable puissance - devenue moyenne - aura basculé vers un abîme politique, qui pourrait vite devenir une impasse économique.

Mais que personne ne s'y trompe. Dans cet égarement extrémiste en pleine mondialisation, les Français seront les seuls réels perdants, et la France la seule victime, à un moment de son histoire où elle n'aura pourtant jamais autant eu besoin des autres.

Parfois le pire tant souhaité et agité pour faire peur aux autres (tous "les envahisseurs étrangers"), finit par se produire et se retourner contre soi.

Espérons simplement qu'après une expérimentation douloureuse du Front National (dans les communes, les régions, à l'Élysée?), ce grand pays que fut la France reviendra à la raison. L'erreur fatale dans ce délire nombriliste aura été de croire que les autres pays, les autres peuples se soumettront sans sourciller, parce que ce serait "la France".

Le monde ne fonctionne pas ou plus tout à fait ainsi. Dommage qu'aucun leader d'opinion n'ait eu le courage de le dire à tous ces Français qui plébiscitent le Front National dans la colère, la déception, et la haine. Ils l'apprendront vite à leurs dépens.
 
Comme un poignard dans le dos...

C'est dire si le réveil ce matin (lundi 07 décembre 2015) aura été particulièrement difficile...et si les belles formules humanistes, les grands principes universalistes incarnés par la Patrie voulue des Droits de l'Homme sonnaient particulièrement faux devant l'implacable vérité d'un Front National Premier Parti de France.

Aucun beau discours, aucune grande posture morale ne saura plus masquer à la face du monde le fond intrinsèquement raciste et xénophobe qui ressort du vote d'adhésion au Front National du 06 décembre 2015.

Nous ne pourrons plus prétendre que nous ne savions pas, ni que nous n'étions pas suffisamment avertis - cela dure quand même depuis presque trois décennies . Il appartient à chacun de prendre ses dispositions en prévision du pire.

Sans être catastrophiste ni excessif mais prévoyant, l'on ne perd pas à envisager le pire (sans forcément être en mesure de le décrire avec précision, parce qu'il avance comme d'habitude masqué), et à prendre pendant qu'il est encore temps les dispositions nécessaires pour s'en extraire en toute dignité.


Joël Didier Engo

mercredi 8 avril 2015

France: assistons-nous médusés au moment de vérité souvent annoncé du Front National?

Libé du 9 avril 2015
Peut-être assistons-nous médusés prématurément à ce moment de vérité...tant attendu et souvent annoncé du Front National (FN).

En effet jusqu'ici les rôles paraissaient assez bien répartis au FN entre le papy, la fille, et la petite fille. Pendant que le papy rassurait la base des vieux réac et fachos nostalgiques de Pétain; la fille racolait les prolos et les "déçus de l'UMPS" (comme ils disent!), et la petite-fille attirait ou séduisait une certaine jeunesse perdue dite de "souche française".

Nous avions même tous fini par concéder à la fille sous un matraquage médiatique - y compris nous qui sommes décrits par ce parti comme d'odieux étrangers non assimilables -  un indéniable talent de grande comédienne politique: en matière d'antisémitisme et de racisme notamment; mais aussi dans tellement d'autres domaines où les médias hexagonaux lui prêtent des miracles à longueur d'émissions.

D’ailleurs nous n'étions pas les seul(e)s à succomber aux charmes médiatiques de Marine. Puisqu'elle serait même parvenue à  convaincre  le tout puissant président du CRIF - le temps d'un "dérapage islamophobe" vite éteint à l'Élysée -  qu'elle serait en "désaccord profond" avec papa (uniquement) sur l'antisémitisme.

Et patatras, papy en a remis une nouvelle couche: et sur Pétain, et sur les chambres à gaz, et sur Manuel Valls. Sera-t-elle la couche de trop, la couche fatale???

Comme on dit dans mon lointain Cameroun: "vivons seulement"!

Joël Didier Engo

 Sur le même sujet: France : Jean-Marie ou Marine Le Pen, et s'il ne devait en rester qu'un?, par Mathieu Olivier, Jeune Afrique 08 avril 2015

Pourquoi le FN reste résolument un parti d'extrême droite
http://www.lemonde.fr/…/pourquoi-le-fn-reste-resolument-un-…

Mettre à l’écart Jean-Marie Le Pen suffira-t-il au Front national pour achever sa stratégie de « dédiabolisation » ? Depuis son accession à la tête du parti, Marine Le Pen n’a cessé de détacher la formation politique de l’image de son père et de ses dérapages flirtant avec l’antisémitisme.

Un cordon qui pourrait bien avoir été coupé pour de bon avec l’annonce, jeudi 9 avril, par la présidente du FN, de l’ouverture d’une procédure disciplinaire contre son père après ses propos sur BFMTV et dans le journal d’extrême droite Rivarol.

Symboliquement, la fracture est importante, mais il suffit de se plonger dans le projet politique du parti pour constater que, contrairement à ce qu’affirme sa présidente, le Front national demeure un parti idéologiquement ancré à l'extrême droite, et porte des thématiques fortes n’ont pas beaucoup varié depuis sa création.
Un parti qui n’est plus antisémite mais qui reste « altérophobe »

L’élément déclencheur de la crise actuelle n’est pas un hasard. En répétant que les chambres à gaz sont un « point de détail » de la seconde guerre mondiale, Jean-Marie Le Pen flirte à nouveau avec l’antisémitisme. Sur ce thème, Marine Le Pen cherche clairement à se démarquer de son père et de se détacher du caractère antijuif du parti.

« Si on peut donner quitus à Marine Le Pen sur le fait que son parti n’est plus antisémite, le Front national reste toutefois altérophobe – c’est-à-dire qui vit dans la peur de la différence, de l’autre », rappelle l’historien spécialiste du FN, Nicolas Lebourg. Ce que traduit, selon lui, le propos anti-islam des frontistes. Même si, dans le discours, la charge est dirigée contre l’islamisme radical, Marine Le Pen n’hésite pas à tracer des liens ambigus entre l’immigration, qu’elle entend combattre, et l’islamisation, comme en témoigne le projet du parti :

« Une immigration massive met à mal notre identité nationale et amène avec elle une islamisation de plus en plus visible, avec son cortège de revendications. »

Par ailleurs, contrairement à l'extrême droite italienne de Gianfranco Fini, qui s'est affranchi de son passé fasciste, le Front national n’a toujours pas mis au clair ses positions sur l'Occupation. Jeudi 9 avril, dans un entretien au Figaro, Marine Le Pen affirme que « rien ne (...) ressemble » à son père dans les propos qu'il a tenus sur le maréchal Pétain, mais se garde bien de définir la ligne officielle du parti sur ce point.

Le culte d’une identité passée à régénérer

Autre caractéristique forte de l’extrême droite, ce que Nicolas Lebourg qualifie « d’autophilie ». Il s'agit de la célébration d’un peuple dont l’âge d’or est passé, menacé d’être « dilué » dans une autre culture, et qu’il s’agirait de régénérer par l’action de l’Etat.

Ce discours sur une société décadente est très présent dans le projet du Front national, en particulier sur la valeur de la famille :

« Sa dissolution, sa mise au banc des préoccupations des pouvoirs publics sont les signes avant-coureurs d’une société décadente et égoïste. »

C'est aussi notable dans la manière de mettre en valeur la ruralité, qui fait l’objet de beaucoup plus de propositions dans le programme du FN que la politique de la ville. L'idée de rétablir un ordre perdu se retrouve aussi dans la vision de l’école et du rapport à l’enseignant.

« La valeur centrale de respect du professeur retrouvera toute sa place à l’école : cela passe par des choses simples : se lever quand le professeur entre en classe, bannir le tutoiement par l’élève de l’enseignant. »

Ce discours va de pair, chez certains membres du parti proches de sa présidente, avec l’adhésion à la théorie du « grand remplacement ». Ce concept développé par les identitaires, affirme que l’immigration provoquerait une substitution de population étrangère au détriment de la population française d’origine. Une thématique sur laquelle Marine Le Pen s’est toutefois montrée, elle, très prudente.

Une préférence nationale affichée et inconstitutionnelle

Suite logique de la valorisation du peuple français, le FN ne cache pas son souhait d'instaurer une préférence nationale, qui s'appliquerait dans tous les domaines de la vie sociale :

« Une loi contraindra Pôle emploi à proposer, toujours à compétences égales, les emplois disponibles aux demandeurs d’emploi français. »
« Le principe de priorité nationale doit être posé concernant l’accès au logement social. Nos compatriotes doivent être les premiers à profiter de la solidarité nationale. »

« Les allocations familiales réservées aux familles dont un parent au moins est français. »

« Cette manière de lier les droits à une origine est tout à fait un point de vue d’extrême droite », poursuit Nicolas Lebourg. En opposition à la Constitution française qui proclame l’égalité des citoyens devant la loi « sans distinction d’origine, de race, ou de religion ».

« Marine Le Pen ne cesse de montrer que, selon elle, il existe un rapport ambigu entre l’ethnie et la nation, poursuit M. Lebourg. Par exemple, en 2012, elle affirmait que les voix qui avaient manqué à Nicolas Sarkozy pour l’emporter au second tour de l’élection présidentielle étaient celles des personnes naturalisées, comme si, selon elle, il existait des Français moins français que d’autres. »

Une vision pas républicaine du rôle de l’Etat

Selon Nicolas Lebourg, le Front national a une vision « organiciste » de l’Etat. Le parti veut « imposer une norme à l’espace public ». Par exemple, Marine Le Pen souhaite interdire le port de tout signe religieux, voile comme kippa, dans l’espace public, et pas seulement à l’école.

« L’individu n’est jamais pris comme une personne solitaire mais construite en fonction de la norme érigée par l’Etat. Si on n’entre pas dans le moule, on est un mauvais Français », poursuit-il. L'idéologie frontiste entre alors en conflit avec la notion de liberté individuelle. « Cette vision-là n’est pas républicaine, et on ne retrouve ce genre d’idées dans aucun autre parti politique. »

Entre le père et la fille, une continuité dans le discours

Au-delà du programme, l'évolution du discours met aussi en lumière la réalité de la mue opérée par le Front national sous la présidence de Marine Le Pen. Si, en apparence, la fille semble avoir gommé les outrances du père, l’analyse des mots révèle que la présidente du FN copie une grande partie du discours du vieux chef de file frontiste.

« Marine Le Pen fait du copier-coller avec le père. Elle reprend l’armature de son expression et change parfois un mot pour l’adoucir », note Cécile Alduy, professeur de littérature française à Stanford et coauteur avec Stéphane Wahnich de Marine Le Pen prise aux mots (Seuil). Là où Jean-Marie Le Pen parlait de “torrents” d’immigration, elle préfère le terme de “déferlante”. Plutôt que de “race”, elle va parler de « “culture”, mais c’est au fond la même chose pour elle. Elle dénonce le métissage, la « “France Benetton” : c’est le discours de base de Jean-Marie Le Pen depuis les années 70-80 ».

Mme Le Pen a aussi repris de son père l’expression de « mondialisme », cette « idéologie » qu’elle a dénoncée en particulier pendant la présidentielle de 2012 dans son livre Pour que vive la France (Jacques Grancher). « Cette politique a été théorisée, définie, organisée, voulue et appliquée », écrit Marine Le Pen, qui y voit les causes d’un supposé « désordre planétaire ». Un héritage conceptuel qui remplit « la fonction explicative simpliste et totalisante » assignée « aux théories du complot », selon Cécile Alduy.

Enfin, la présidente du FN adapte son langage à ses interlocuteurs. « Il faut faire la différence entre son expression à la télévision et celle utilisée pour ses discours dans des meetings », relève Mme Alduy. Face aux militants, Marine Le Pen n’hésite pas à parler d’immigration « incontrôlée », « de masse » ou « problématique ». A la télévision ou à la radio, en revanche, elle aborde l'immigration sous l’angle économique, insistant sur des notions de « coût », de « dette » ou de « financement ». Ou comment satisfaire la base tout en cherchant à élargir son audience.

samedi 26 mars 2011

France Bleue Marine…..et Nous et Nous et Nous!

Face au cataclysme provoqué dans les écuries politiques et présidentielles par le succès du Front National de Marine Lepen au premier tour des élections cantonales, devons-nous nous en inquiéter autant qu’ils le disent? Serions nous forcément visés dans l’attraction exercée par la Madone frontiste auprès d’une certaine frange déboussolée de l’électorat français? Est-ce notre problème?

Autant de questions qui feraient oublier la réalité humaine et cosmopolite d’un pays attachant, puissance économique et mondiale, dans lequel l’écrasante majorité de la population a un bon fond (comme on dit familièrement). Alors pourquoi succomberait-elle plus aujourd’hui que sous Jean-Marie LePen, aux sirènes du Front National version Marine Lepen?

Indéniablement la fille apporte une fraîcheur esthétique qu’on peine à retrouver dans les autres familles politiques, où les nouveaux hierarques généralement présentés comme la jeune génération semblent aussi imbus d’eux-mêmes et rompus à la langue de bois que certains illustres aînés. Pourtant si le Front national propose une jouvence cosmétique à travers la figure de Marine Lepen, son fond idéologique reste fondamentalement inchangé. Le ravalement de la façade frontiste avec les références à Jean Jaurès, à la laïcité, ou à la solidarité nationale…dissimule la motivation restée intacte d’un électorat désormais décomplexé.

En effet, comme il y a une vingtaine d’années, lorsque l’électeur frontiste n’accable pas les partis de gouvernement (le fameux UMPS) et leurs dirigeants jugés (seuls) responsables de son égarement dans l’urne; il incrimine en bloc la précarité sociale et économique, l’union européenne, la mondialisation (avec sa cohorte de délocalisations), l’ouverture des frontières, l’insécurité et les étrangers….Ces deux-là allant évidemment de pair avec l’obsession d’une France qui aurait perdu ses valeurs, sa vraie identité (nationale), et serait menacée d’envahissement par des hordes d’étrangers (lesquels?), qui prendraient inévitablement la place des vrais et bons français (sous-entendus les bleus marins).

Une sorte de péril étranger en la demeure française, qui nous laisse pantois

Parce que rien ne justifie de redouter plus qu’avant, ce qui nous est présentée aujourd’hui comme la nouvelle poussée électorale du front national. L’arrivisme ou le carriérisme effréné (qui touche toutes les formations politiques), l’escalade du discours réactionnaire officiel, l’incessant durcissement de la législation sur les étrangers, la persistance du conditionnement identitaire et racial…sont des lieux communs de la France de 2011. Le Front National de Marine LePen agit simplement comme un miroir grossissant et surfe remarquablement sur cette triste réalité, sans pour autant apporter la moindre solution à la misère humaine, aux difficultés socio-économiques, à la peur du déclassement des classes moyennes…qui s’amplifient et s’installent durablement dans les villes et les campagnes de France.

Bref la peur de perdre son statut social (pour les frontistes, son statut racial) aurait donc changé de camp. Longtemps cantonné aux anciens et nouveaux arrivants, elle semble progressivement gagner les autochtones (les français dits de souche), à mesure que le référent culturel qui opérait pour eux comme un rempart identitaire et sécuritaire à l’égard des descendants d’indigènes, s’est démocratisé et mondialisé, au point de mettre le concept d’assimilation à nu: plus que jamais un déni du droit à la différence et de la diversité française.

La France officielle ne correspond plus à la France réelle

Et on se prend à rêver que le spectre agité d’une poussée électorale du Front National contraigne enfin la France officielle à une exigence de représentativité réelle.

Car on ne peut pas en permanence manier la condamnation du Front National et des dérapages xénophobes de tel ou tel officiel, pour ne point remarquer qu’ils prospèrent d’abord sur l’amalgame soigneusement entretenu entre le faciès prêté aux populations indexées, leur supposée religion (Islam) et le statut d’étranger qui leur est généralement accolé.

La sous-représentativité des français issus de l’immigration maghrébine, noire africaine, asiatique dans les instances de décision ou de représentation de l’État français entretient le cliché de femmes et d’hommes venus de loin, incapables ou indignes de représenter la vraie France, d’avoir des convictions intrinsèques. Très souvent cette marginalisation se fait au nom du Peuple français, supposé moins disposé à voir des citoyens français de couleur occuper des postes de responsabilité. C’est comme si certains français évoluaient sur une planète imaginaire où ils cotoyeraient uniquement des créatures bleues marines… Ce n’est plus le cas nulle part dans l’Hexagone, y compris au sein du Front National de Marine Lepen.

Pour terminer, à un Front National qui se trompe dans le diagnostic et dans la thérapie proposés aux français, opposons la réalité d’une France plurielle dans laquelle la fonction de représentation ne peut être assignée à certains, chargés uniquement de s’indigner pour le compte ou au nom des autres…les éternels invisibles, dont on dit pourtant trop visibles au quotidien, au point d’empêcher les (vrais) français de ne plus se sentir chez eux en France.

Une France à laquelle nous sommes individuellement attachés, et qui nous donne collectivement vocation à la mettre à l’abri de toutes les formes d’intolérances. Notamment celles qui lui font courir à sa perte.

Je vous remercie

Joël Didier Engo

Patrick Weil: «L'immigration n'est pas une chance, c'est un fait»