Les
auteurs justifieront bien évidemment cette instrumentalisation cynique et nauséabonde de la haine des étrangers et
particulièrement des musulmans en s’abritant comme toujours
derrière nos beaux principes républicains, dont celui de la
laïcité …
Mais
pour ceux d’entre-nous qui vivent dans ce onzième arrondissement
de Paris doublement frappé par les attentats, ceux de CHarlie Hebdo
(Boulevard Richard Lenoir) et celui du Bataclan (Boulevard Voltaire),
il s’agit d’une horrible récupération. Précisément parce que
nous cohabitons en parfaite harmonie, malgré ces attentats, avec
toutes les confessions, parfois dans des rues où se côtoient une
synagogue et une mosquée, puis des écoles tenues par les deux
confessions. Et tout cela se passe dans un environnement apaisé et
un vivre ensemble qui n'a absolument rien à voir avec les peurs et
l'exploitation malsaine que certains font des attentats qui ont
endeuillé sans distinction les Français et les étrangers,
indépendamment de leurs origines ethniques ou religieuses.
Dans
cet arrondissement de Paris ceux qui ont directement vécu ces drames
se sont quelques jours après remis à vivre ensemble dans les
bistrots, restos et même écoles de la République...après avoir
pleuré ensemble les victimes...
Il
est totalement inadmissible que quelque cyniques s'emparent de ce
traumatisme collectif pour distiller la haine et la peur ethnique,
sous couvert d'une islamophobie non assumée. Parce que les habitant
de ces quartiers expérimentent au quotidien un multiculturalisme et
une mixité sociale apaisés, sans pour autant nier les risques
induits par le fondamentalisme islamique, et essayent à leur échelle
de le combattre dans une vigilance citoyenne de tous les instants,
sans jamais sombrer dans la stigmatisation.
C’est
tout l’équilibre républicain à trouver...
Personne
ici ne prêche un quelconque laxisme à l'égard d’extrémistes
fondamentalistes, qu’il faut à leur égard appliquer la tolérance
zéro. Pour autant nous devons nous insurger contre cette
exploitation politicienne des peurs légitimes que peuvent avoir des
parents, des personnes âgées, et même le commun des Français face
à des modes vestimentaires inhabituels et des pratiques religieuses
qui témoignent d'un fanatisme en inadéquation avec les valeurs de
la république. Il faut être vigilants sans sombrer sans la paranoïa
qui gagne certains médias, sous l’influence d’idéologues
fascistes et des théoriciens du grand remplacement.
En
réalité la plupart des français de culture musulmane sont comme de
nombreux autres, majoritairement non pratiquants. Étrangement ils se
retrouvent – souvent plus que les autres -pointer du doigts par une
élite politique réactionnaire, qui essaye de maintenir la société
française sous un climat de tension permanente entre « les
communautés ». C’était déjà le cas à la fin des années 80
pendant les attentats qui ont endeuillé Paris et la France,
perpétrés alors par des partisans du régime iranien. Cela n’a
pas changé depuis, la même classe politique demeure aussi
déterminée à répandre la haine des musulmans dans l’opinion
publique.
Comme à chaque veille de scrutin en France depuis plus d'une
quarantaine d'années (le premier choc pétrolier), les politiciens ravivent la surenchère politicienne au relent xénophobe et
raciste sur l'immigration...
Les générations de femmes et
d'hommes politiques se succèdent ainsi, mais toujours avec la même vieille
vision d'un monde qui se serait à jamais figé autour d'une France
voulue aussi prospère, influente, indispensable voire incontournable,
notamment sur des flux migratoires pourtant plus mondialisés que
jamais.
C'est simplement minable!
Il y a en effet plus de quatre décennies que des dirigeants
français autrefois du "vieux monde" agitent "le courage d'évoquer ces
questions", puis la prétendue "perception négative de l'immigration par une
majorité des citoyens" français voulue "de souche"...pour
- disent-ils - interrompre la progression constante du Front National et son
arrivée éventuelle à l'Élysée. À cet égard M. Macron n'a absolument rien inventé ni changé à la manière de faire de la politique "à l'ancienne" en France. Bien au contraire...
Au fond la plupart des rapports internationaux sur les flux migratoires contredisent le discours nombriliste tenu en France sur un seuil de tolérance franchi sur
l'immigration, même sur le droit d'asile. Car des pays du Sud de l'Europe (Grèce, Italie), et même ceux du continent africain connaissent davantage
de migrations que ce que soutient un certain discours populiste en France. Dans ce pays, ceux qui sont souvent assimilés à des "immigrés" sont des
nationaux et bi-nationaux français de couleur, ou des personnes
détentrices de titres de séjour, majoritairement arrivées en France par
le biais du regroupement familial ces dernières années.
Les
questions migratoires sont assez sérieuses pour être laissées à
l'agitation électoraliste de politiciens, qui n'en mesurent
pas réellement les enjeux, ou refusent de les "regarder en face". Parce
qu'ils auraient beaucoup de choses à se reprocher, notamment dans le cas des présidents français successifs dont M. Macron: l'indéfectible soutien aux dictateurs inamovibles en Afrique noire francophone.
Un besoin de s'aérer collectivement l'esprit pour ne plus être en proie au catastrophisme véhiculé par une classe politique passéiste
Refusons d'être captifs du discours nombriliste et catastrophiste d'une classe politique française sur les flux migratoires. Ce bourrage ininterrompu de crâne, réactualisé chaque
veille d'élection, est bien éloigné de l'évolution des parcours de migrants ces dernières décennies, qui ont peu à peu transformé la France en pays de transit, y
compris des migrants africains (à l'exception notable des
postulants au regroupement familial comme je l'ai indiqué plus haut). Il n'empêche, les Français gardent la perception erronée
d'être envahis par des hordes de migrants clandestins, essentiellement venus d'Afrique, parce que
ceux-ci transitent et se concentrent dans les grandes agglomérations
comme dans l'Est de Paris. Nombre de ces migrants en transit à Paris ont été délogés de Calais où ils
attendaient les opportunités pour aller en Grande Bretagne.
Pour ce qui est des
demandeurs d'asile, leur nombre a également progressivement baissé sous
l'effet conjugué du règlement de Dublin puis des conditions drastiques
mises en place par les gouvernements successifs en France, surtout ceux voulus de
gauche, dans la délivrance d'un statut de réfugié. À telle enseigne
que notre pays ne tient même pas ses engagements pris dans le cadre
européen lors des grandes vagues de migrations Syriennes, et est entrain de sous-traiter progressivement la charge à des "spots" situés à l'étranger, notamment
au Niger, au Tchad et désormais au Rwanda pour l'Afrique.
Nous devons nous départir de l'enfumage réactionnaire ambiant sur les questions migratoires, parce qu'elles sont appelées à continuer...malgré les "odeurs" autrefois reprochées
aux immigrés par Jacques Chirac, puis " la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde" de Michel Rocard, rien n'a fondamentalement changé sur le front de l'immigration, pas plus d'ailleurs cela a empêché que le Front national s'installe durablement dans le paysage
politique français.
En réalité les flux migratoires demeureront, même avec un
Front national au pouvoir, comme nous venons de le voir avec Salvini en
Italie. Parce qu'il s'agit d'un phénomène structurel et
international qui épouse les contours des différentes convulsions,
crises et autres tensions multiples dans diverses parties de la planète.
Une
fois que nous aurons tous entériné cela, peut-être commencerons-nous courageusement à nous attaquer frontalement aux racines de ce "problème", nous mettant définitivement à l'abri des
manipulations politiciennes en tous genres.
C'est simplement affligeant de constater que la "France de Souche"
et le Front national sont devenus le seul réel repère moralisateur, laïque, et antiraciste d'une certaine oligarchie de la Gauche Française
qui, incapable de promouvoir l'égalité réelle des chances dans les
territoires, s'est plutôt employée ces dernières décennies à reléguer
puis ranger au rang de repli communautaire, identitaire, voire racial
ou raciste...toutes les revendications portées par les associations des
français d'origine africaine, maghrébine ou domienne relatives notamment
aux discriminations sociales d'origine raciale, aux contrôles aux
faciès, aux violences faîtes aux femmes noires et arabes, ou à la
prévalence d'un plafond de verre exécutif et politique...
Pour Mme Hidalgo et d'autres hierarques socialistes il a ainsi
visiblement été plus facile et habile politiquement d'acculer ces
populations à la marginalisation républicaine et citoyenne, en arguant
précisément (comble de cynisme) de la discrimination et du racisme qui
est pourtant leur lot quotidien; que de s'attaquer frontalement à la
ségrégation de fait.
Mais jusqu'à quand? Ce double discours ne peut et ne doit plus continuer.
Il faut en effet espérer que la Présidence d'Emmanuel Macron marque aussi la fin, ou
du moins le début de la fin de cette vieille imposture égalitaire et non
discriminante servie à intervalle régulier par une certaine oligarchie
de gauche, pour étouffer les principales revendications d'émancipation
portées par les minorités visibles. Précisément parce que la
République voulue Égalitaire et Fraternelle de France n'en peut plus du
double discours politique permanent sur l'ÉGALITÉ (jusqu'ici surtout de
façade).
Mme Anne Hidalgo, une action effective en faveur
notamment de l'égalité réelle dans la République sera la meilleure
réponse aux tentatives de repli et d'enfermement communautaire et/ou
racial voire raciste chez certaines femmes noires de France.
La maire de
Paris, Anne Hidalgo, a annoncé vouloir saisir le préfet pour faire
interdire un festival afroféministe organisé pour partie dans un
bâtiment appartenant à la capitale et comprenant des ateliers en
non-mixité. C'est le dernier acte d'une polémique lancée par l'extrême
droite et relayée par la Licra.
Aux origines de la polémique sur le festival afroféministe Nyansapo
Du 28 au 30 juillet doit se tenir à Paris un festival «afroféministe militant à l’échelle européenne», Nyansapo, organisé par le collectif Mwasi.
Deux mois avant sa tenue, l’événement fait l’objet, ces derniers jours,
d’une offensive sur Internet, relayée ce dimanche par la maire de
Paris, Anne Hidalgo, qui a publié une série de tweets où elle dit «demander l’interdiction du festival» et annonce qu’elle va «saisir le préfet de police en ce sens». L’élue «se réserve également la possibilité de poursuivre les initiateurs de ce festival pour discrimination».
Qu’est-ce que ce festival et qui l’organise ?
C’est la première édition du festival Nyansapo. Sur son site, le collectif organisateur définit ainsi sa raison d’être : «Au
sein de nos communautés et dans une société occidentale capitaliste et
patriarcale, nous voulons lutter contre toutes les oppressions liées à
nos positions de femmes noires. Mwasi, c’est aussi faire entendre les
voix des Noires africaines et afrodescendantes dans leur diversité, car
notre afroféminisme n’est pas un ensemble monolithique. Enfin, c’est se
réapproprier nos identités et notre image en tant que femmes (et
personnes assignées femmes) noires.»
Concrètement, indique le programme, tous les événements ouverts à tout le monde se dérouleront dans les locaux de la Générale Nord-Est, une «coopérative artistique, politique et sociale», sise dans le XIe arrondissement parisien. Elle loue ces locaux à la mairie de Paris, d’où la réaction de celle-ci, qui s’est sentie concernée. «La
position de la maire est simple : elle est attachée à la possibilité
pour tous les Parisiens d’avoir accès à tous les événements culturels», explique-t-on à la communication de la mairie de Paris, contactée par Libération.
Le problème, c’est qu’Anne Hidalgo a cru que l’intégralité du
festival se déroulerait dans les locaux de la Générale. Or, les ateliers
organisés en non-mixité se tiendront dans un lieu privé, explique le
collectif Mwasi. La mairie de Paris ne devrait donc avoir aucun droit de
regard dessus.
Par ailleurs, la mairie finance déjà au moins un lieu non-mixte : une maison des femmes, située dans le XIe arrondissement, qui sert notamment à organiser des groupes de paroles et des actions contre les violences masculines, a souligné sur Twitter
l’association féministe et LGBT les Effronté-e-s. Mais pour la mairie
de Paris, les deux cas ne sont pas comparables, la maison des femmes
étant une «association». Elle est également partenaire, souligne le collectif Mwasi, d’un festival du film lesbien et féministe dont l’accès est réservé aux personnes s’identifiant en tant que femmes.
Pourquoi la non-mixité ?
Le fait de s’organiser en non-mixité dans le cadre d’un mouvement
social n’est pas nouveau. En mai 2006, la sociologue Christine Delphy
rappelait (dans un texte republié en 2016 sur le site LMSI.net) l’importance de ce mode d’organisation dans le mouvement féministe des années 70 et expliquait : «La
pratique de la non-mixité est tout simplement la conséquence de la
théorie de l’autoémancipation. L’autoémancipation, c’est la lutte par
les opprimés pour les opprimés. Cette idée simple, il semble que chaque
génération politique doive la redécouvrir. Dans les années 60, elle a
d’abord été redécouverte par le mouvement américain pour les droits
civils qui, après deux ans de lutte mixte, a décidé de créer des groupes
noirs, fermés aux Blancs.»
En mars 2016, alors que des polémiques naissaient autour de groupes
de parole non mixtes organisés à l’université Paris-VIII, et avant
d’autres durant un «camp d’été décolonial» organisé à Reims en août, la blogueuse Kiyémis expliquait l’importance, à ses yeux, de disposer d’espaces non mixtes pour militer : «Je
sais que ma colère n’aura pas l’air stupide, jamais. Qu’elle ne sera
pas utilisée comme une manière de me "taquiner", ou de me "provoquer",
comme si j’étais un truc dont on peut titiller les chairs à vif pour
voir si je bouge encore. Je sais que je pourrais craquer et m’effondrer,
sans devoir expliquer.»
Plus tard, les organisatrices du camp d’été «décolonial» de Reims, Sihame Assbague et Fania Noël (membre du collectif Mwasi), expliqueraient elle aussi le principe : «Ce
n’est pas un projet de vie, ce sont des universités d’été de
trois jours réservées aux personnes directement concernées par le
sujet.»
Aux origines de la polémique
Ce dimanche, c’est donc la série de tweets de la maire de Paris, Anne
Hidalgo, qui a pour de bon lancé une polémique en gestation depuis
plusieurs jours. Pour rédiger son premier message,
elle s’appuie sur un autre tweet, signé lui par la Ligue internationale
contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) et publié vendredi
après-midi.
«Festival "interdit aux blancs"» : la formule de la Licra,
reprise telle quelle par la maire de Paris, ne s’appuie sur aucun
extrait de la présentation du festival par ses organisatrices. Au
contraire, la Licra publie à l’appui de ses tweets des captures d’écran
où figure bien le fait qu’un espace «ouvert à tou.te.s» est prévu. Par ailleurs, comme l’expliquaient l’année dernière les organisatrices du camp d’été «décolonial»,«la
couleur de peau est loin de constituer le seul marqueur de
racialisation. A cela s’ajoutent des marqueurs plus ou moins visibles
tels que le patronyme ou des signes distinctifs, notamment
d’appartenance à la religion musulmane, qui renvoient à une origine, une
différence réelle ou supposée». Ainsi, dans le cas du festival Nyansapo, rien ne dit que l’espace réservé aux «femmes racisées» ne pourrait pas accueillir des femmes blanches.
Mais pour la Licra, contactée par Libération, «il faut
dire les choses clairement : "espace non mixte femmes noires (80% du
festival)" revient à une conséquence simple : si vous êtes un homme
blanc, vous n’êtes pas autorisé à participer aux ateliers».
En fait, la formulation «interdit aux Blancs» provient d’un article publié sur le site de LCI le vendredi après-midi. Un article où Alain Jakubowicz, le président de la Licra, estime que «Rosa Parks doit se retourner dans sa tombe» (il avait déjà dit cela à propos du camp d’été de 2016)
et où il appelle la mairie de Paris à désapprouver le festival. Et si
cet article utilise cette formulation, c’est parce que Wallerand de
Saint-Just, trésorier du Front national, a été un des premiers à
s’emparer du sujet en parlant, vendredi matin, d’un «festival interdit aux "Blancs"».
La Licra affirme avoir été informée dès jeudi, au soir, de
l’existence du festival, par plusieurs de ses militants. Mais de fait,
dès l’après-midi du même jour, c’est l’extrême droite qui la première a
lancé le sujet, via ses canaux habituels, et notamment le site Fdesouche:
Jeudi, le collectif Mwasi relevait que sur des forums de
JeuxVideo.com et dans des groupes de discussions privés, des personnes
s’organisaient pour lancer une campagne sur Twitter. Selon le collectif,
ce sont ces personnes qui ont averti Wallerand de Saint-Just.
Ce dimanche, l’animateur de Fdesouche Pierre Sautarel pouvait donc se réjouir sur Twitter qu’Anne Hidalgo et la Licra aient «relayé les révélations de Fdesouche».
Interrogée sur ce soutien, la mairie de Paris ne fait pas de commentaire. Quant à la Licra, elle répond à Libération : «Que
l’extrême droite instrumentalise ce type de festival n’est pas nouveau.
Quand la Licra s’était constituée partie civile dans les affaires de
racisme antiblancs, c’était déjà le cas. La Licra combat tous les
racismes.»
La préfecture de police a réagi dimanche en début de soirée en indiquant n’avoir «pas été saisie, à ce jour, de l’organisation de cet événement» mais en précisant que Michel Delpuech, le préfet, «veillera au respect rigoureux des lois, valeurs et principes de la République».
Un hashtag de soutien au festival et au collectif, #JesoutiensMwasi, a été lancé ce dimanche. Un pot commun pour le soutenir est en ligne.
Débat : la non-mixité, un passage obligé des luttes sociales ?
La
tenue à Paris d'un festival afroféministe, dont une partie va se
dérouler en non-mixité, relance le débat sur ce mode de militantisme.
Confrontation des points de vue, opposés, de Christine Delphy et Peggy
Sastre.
Un festival "afroféministe
européen", au cours duquel la plupart des espaces sont réservés aux
femmes noires, a déclenché une vive polémique, la maire de Paris Anne
Hidalgo demandant dimanche son interdiction.
Un compromis a finalement été trouvé lundi : le
festival organisé dans un lieu public sera ouvert à tous, et les
ateliers non-mixtes se tiendront ailleurs, "dans un cadre strictement
privé", a détaillé Anne Hidalgo sur Twitter.
Mais le choix assumé de non-mixité a relancé le débat ce mode de militantisme. Y êtes-vous, oui ou non, favorables ? La sociologue Christine Delphy et la philosophe Peggy Sastre ne sont pas du même avis.
OUI
"Un espace d'empowerment"
Par Christine Delphy,
sociologue française, chercheuse au CNRS depuis 1966 dans le domaine
des études féministes ou études de genre. Elle a cofondé avec Simone de
Beauvoir la revue "Questions Féministes" en 1977.
"Je crois
que la non-mixité peut être une solution pour atteindre l’égalité.
Pourquoi ? Parce qu’il y a une limite à ce qu’on peut discuter entre
classes de dominé(e)s et d’oppresseurs.
Dans les années 60, je
suis partie aux Etats-Unis militer aux côtés des militants des droits
civiques. Or, je me suis rendue compte que la parole des blancs étaient
systématiquement la plus écoutée, des blancs comme des noirs, y compris
dans les associations où ils occupaient une place prépondérante alors
qu’ils n’étaient pas concernés. Les noirs en concevaient un mélange
d’admiration et de ressentiment issus de leur condition d’opprimés.
Quand
je suis rentrée en France, j’ai rejoint le groupe FMA (Féminisme
Masculin Avenir) et j’y ai observé le même mécanisme : en présence
d’hommes, les militantes avaient tendance à s’autocensurer, notamment
sur les questions de sexualité, d’autant plus que les militants présents
étaient souvent leurs compagnons. Il y avait aussi cette idée
inconsciente que les hommes porteraient sans doute mieux leurs combats,
que leurs paroles étaient plus légitimes. Nous avons donc instauré la
non-mixité dans ce groupe qui est devenu le mouvement Féminisme Marxisme
Action, non pas dans l’idée d’exclure l’autre, mais pour enclencher un
processus de libération des femmes par les femmes, tout simplement parce
que la plupart des hommes n’ont pas le même intérêt à lutter pour la
libération des femmes dès lors qu’ils ne subissent pas cette oppression.
La non-mixité, lorsqu’elle est voulue et choisie, reste donc l’espace d’empowerment des
femmes, celui dans lequel elles pourront se construire une culture
commune nécessaire à l’instauration d’une véritable égalité entre les
sexes.
C’est d’ailleurs curieux comme le terme de mixité a été
utilisé pour supplanter celui d’égalité. Au départ et jusqu’en 1945, la
non-mixité était une institution issue d’un système patriarcal
archaïque, dans les écoles par exemple. Pour renverser cet état de fait,
l’idée qu’il fallait mélanger garçons et filles s’est peu à peu imposée
dans les cercles féministes et progressistes comme si la mixité
suffirait à favoriser l’égalité. Or, rien n’est plus faux. Il suffit de
regarder autour de soi : la mixité est partout, dans la rue, dans les
transports en communs, dans les entreprises et dans le couple, bien sûr.
Pourtant, les inégalités demeurent, en termes de salaires, charge
familiale, sous-représentation des femmes, etc. Les violences aussi : il
faut rappeler qu’en France, une femme est violée toutes les sept
minutes et seul 1% des viols dénoncés aboutit à une condamnation.
Penser
que l’instauration d’espaces non-mixtes pourrait conduire à une guerre
ou une ségrégation des sexes est absurde. La question n’est pas de
séparer la société en deux, mais d’offrir aux femmes des espaces de
sécurité et des outils pour qu’elles contribuent à transformer
elles-mêmes la société."
Par Peggy Sastre,
essayiste, docteur en philosophie, spécialiste de Nietzsche et de
Darwin, auteure, en 2015, de "La domination masculine n'existe pas" (ed.
Anne Carrière). Ses travaux s'orientent principalement autour d'une
lecture biologique et évolutionnaire des questions sexuelles.
"Ce
qui me dérange dans cette mode de la non-mixité, c’est l’idée,
forcément simpliste et réductrice, que ce modèle, parce qu’il convient
dans certains cas, pourrait s’appliquer partout et tout le temps. Je
pense qu'une victime de viol devrait effectivement avoir la possibilité
de choisir une femme policière pour prendre sa plainte. De même, les
patients devraient avoir le droit de préférer une femme ou un homme
médecin. Mais cela devrait rester une option, pas une obligation. Dès
lors qu’on veut imposer la non-mixité dans certains espaces publics, on
recrée des inégalités et des oppressions, des entraves à la liberté [dans le cas du festival, la non-mixité est prévue seulement dans un cadre privé, NDLR].
Certes,
partager un même espace ne suffit pas à créer l’égalité entre les
hommes et les femmes. Il faut aussi une volonté politique. Mais pour que
cette volonté soit effective, il est nécessaire de connaître le réel.
Et l’objectivité qui rend possible cette connaissance passe par la prise
en compte de plusieurs points de vue, y compris celui des hommes bien
entendu. Aucun groupe ne détient la vérité. Si on laisse les femmes avec
les femmes, les noirs avec les noirs, les musulmans avec les musulmans,
je ne vois pas comment cela permettrait une meilleure entente entre les
différentes classes, les différents sexes, les différentes cultures. Le
vivre ensemble, ce n’est pas : vous allez tous vous aimer, mais c’est :
vous n’allez pas vous taper dessus.
Le discours véhiculé par
certains groupes féministes radicaux favorables à la non-mixité, donc
anti-hommes, repose sur l’idée de l’oppression systémique des femmes par
les hommes. Cette idée a été répandue par une première vague féministe
des années 60 fortement inspirée des idées marxistes de l’époque. Elles
ont pensé leur combat contre la domination masculine comme un système
d’oppression de classes : les riches contre les pauvres, les blancs
contre les noirs, les coloniaux contre les colonisés, etc. Mais les
rapports entre l’homme et la femme vont bien plus loin qu’un rapport de
domination vertical ! C’est oublier toutes les stratégies
biologico-reproductives à l’œuvre depuis des millénaires, stratégies
parfois contradictoires et parfois cohérentes. C’est faire fi des
nuances et de la complexité nés de l’instinct de reproduction des hommes
et des femmes.
Ce que je montre dans mes travaux, c'est que si le
patriarcat a existé, et existe toujours, c’est qu’il a pu être favorisé
par les femmes elles-mêmes. C’est un constat qui déplaît beaucoup à
certains courants féministes actuels, mais c’est un fait. Beaucoup de
femmes sont contre leur propre émancipation et dans tous les pays qu'il a
été possible d'étudier, les franges les plus conservatrices des
populations sont constituées de femmes. C’est pourquoi les inégalités de
genre ne sont pas uniquement socioculturelles, elle sont aussi
biologiques. La reproduction passe en effet par un investissement
matériel plus important pour la femme que l’homme, et de là découle une
de ces inégalités fondamentales. Pour libérer les femmes, je crois
davantage aux évolutions scientifiques qu’aux discours militants."
La présidente du Front national a multiplié les contre-vérités jeudi
lors d’un petit-déjeuner, accumulant les approximations et
contre-vérités sur le sujet.
La « fin de la récréation » sur la scolarité gratuite
CE QU’ELLE PROPOSE
Marine Le Pen a affirmé lors de ce petit-déjeuner vouloir revenir sur le droit à une scolarité gratuite pour les enfants d’immigrés :
« La solidarité nationale doit s’exprimer à
l’égard des Français. Je n’ai rien contre les étrangers, mais je leur
dis : “Si vous venez dans notre pays, ne vous attendez pas à ce que vous soyez pris en charge, à être soignés, que vos enfants soient éduqués gratuitement, maintenant c’est terminé, c’est la fin de la récréation !” »
« Je parlais des enfants de clandestins », a-t-elle précisé à l’AFP par la suite, ajoutant : « Demander une participation aux étrangers pour la scolarisation de leurs enfants en France est une mesure qui ne me choque pas outre mesure, cela se fait dans beaucoup de pays. »
POURQUOI C’EST PLUS COMPLIQUÉ
Marine Le Pen laisse entendre
que l’accès gratuit à la scolarisation serait une forme de privilège
accordé aux enfants d’immigrés en France. En réalité, il s’agit d’un
droit affirmé par toutes les conventions internationales :
la Déclaration universelle des droits de l’homme (l’article 26 précisant que « l’éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l’enseignement élémentaire et fondamental ») ;
On peut également ajouterle code de l’éducation (article L.131-1) qui, en France, rappelle que « l’instruction est obligatoire pour les enfants des deux sexes, français et étrangers, entre 6 ans et 13 ans », ou même le préambule de la Constitution de 1946, repris dans celui de celle de 1958 : « La Nation garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la formation professionnelle et à la culture. » La conception partagée jusqu’ici aussi bien par l’Etat français que les conventions internationales tend plus à revendiquer l’éducation comme un droit et la scolarisation des enfants comme un devoir de leurs parents, étrangers ou non.
La proposition de Marine Le Pen contreviendrait donc à la Constitution et aux conventions internationales.
Une intox sur les immigrés qui ne « travaillent pas »
CE QU’ELLE A DIT
Au cours du petit-déjeuner BVA, Marine Le Pen a affirmé que la population immigrée en France ne « travaille pas ».
POURQUOI C’EST CONTESTABLE
La déclaration de la députée européenne a de quoi interpeller.
Dans l’ensemble, le taux d’actifs (rapport entre les actifs occupés et
chômeurs par rapport à la population correspondante) est équivalent
entre population immigrée (56 %) et non immigrée (57 %), selon les
statistiques de l’Insee pour l’année 2010, publiées en 2012.
Parmi ces actifs, la proportion de chômeurs est supérieure chez les
immigrés (15 %) par rapport aux non-immigrés (8 %). On remarque par
ailleurs que les immigrés nés dans l’Union européenne sont mieux lotis (6 % de chômage) que les autres (18 %).
Une étude européenne plus récente montre que 80,2 % des immigrés de seconde génération âgés de 25 ans à 54 ans ont un emploi,
soit presque autant que les Français d’ascendance française (83,9 %).
Les immigrés de première génération le sont un peu moins, mais une nette
majorité d’entre eux (66,6 %) travaille.
Bref rien ne permet d’affirmer, comme le fait Marine Le Pen, que les immigrés « ne travaillent pas » quand les autres « travaillent ».
Un mensonge sur les retraites des immigrés
CE QU’ELLE A DIT
Poursuivant son réquisitoire sur les immigrés qui ne travaillent pas, selon elle, la présidente du FN a ajouté ceci : « Sans compter les dispositifs qui permettent à des gens de toucher des minimums vieillesse avec le seul critère d’arriver en France, d’avoir 65 ans, sans avoir jamais ni travaillé ni cotisé en France, et on arrive à délivrer, je sais plus, 750 euros par personne, 1 500 euros pour un couple. »
POURQUOI C’EST FAUX
L’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA), anciennement
appelée « minimum vieillesse », assure des ressources mensuelles
minimales aux personnes de plus de 65 ans. Son montant est de 801 euros
pour une personne seule, 1 243 euros pour un couple.
Une fausse affirmation sur les retraites des agriculteurs
CE QU’ELLE A DIT
Marine Le Pen a enfin déploré le fait qu’« en bas de chez vous [il y a] des agriculteurs qui vivent avec 300 euros ou 400 euros par mois de retraite », par opposition à la situation des migrants accueillis en France.
POURQUOI C’EST FAUX
Contrairement à ce qu’affirme Marine Le Pen, l’Etat n’abandonne pas
un agriculteur démuni qui ne toucherait qu’une retraite de 300 ou
400 euros par mois. En réalité, toute personne de nationalité française
de plus de 65 ans qui réside dans le pays peut au minimum percevoir l’ASPA.
Cette dernière garantit à une personne seule sans revenus un minimum de
801 euros par mois. Et un agriculteur seul qui touche une retraite
inférieure à ce seuil peut tout à fait demander un complément au titre de l’ASPA.
Dans deux cas de figure précis, un agriculteur peut effectivement recevoir une simple rente mensuelle de 300 ou 400 euros :
si les ressources totales du foyer dépassent le plafond de l’ASPA ;
si l’agriculteur souhaite ne pas recevoir l’aide pour éviter tout prélèvement sur sa succession. Les sommes versées au titre de l’allocation sont en effet récupérées à la disparition de l’allocataire sur sa succession si l’actif net successoral dépasse le seuil de recouvrement (39 000 euros).
Dans le premier cas, l’Etat considère que les ressources du conjoint
complètent la faible retraite de l’agriculteur (si les revenus cumulés
du couple dépassent le seuil de 1 243 euros de l’ASPA). Dans le second
cas, il s’agit d’un choix personnel, motivé par des choix destinés à préparer sa succession.
Vous nous l'avez tant agité croyant nous faire peur, nous "les
métèques". Il est désormais au seuil de la porte...de l'Élysée, sans
que cela ne change fondamentalement rien de pire que ce que nous savions
et vivions déjà, nous les "métèques".
Le vote Front National est d'abord une faillite collective française et
sonne le basculement vers un abîme politique, qui pourrait vite
devenir une impasse économique.
En effet depuis une trentaine d'années les Français (de la classe politique
aux milieux populaires) agitent le vote Front National comme la
solution miracle à la crise économique, à l'Union Européenne, à
l'invasion supposée par des hordes d'étrangers, et j'en passe.
Nous y sommes presque...Et nombre d'entre-nous aurons ainsi vécu
ce moment où une grande et respectable puissance - devenue moyenne -
aura basculé vers un abîme politique, qui pourrait vite devenir une impasse économique.
Mais que personne ne s'y trompe. Dans cet égarement extrémiste en
pleine mondialisation, les Français seront les seuls réels perdants, et
la France la seule victime, à un moment de son histoire où elle n'aura
pourtant jamais autant eu besoin des autres.
Parfois le pire tant souhaité et agité pour faire peur aux autres
(tous "les envahisseurs étrangers"), finit par se produire et se
retourner contre soi.
Espérons simplement qu'après une expérimentation douloureuse du Front
National (dans les communes, les régions, à l'Élysée?), ce grand pays
que fut la France reviendra à la raison. L'erreur fatale dans ce délire
nombriliste aura été de croire que les autres pays, les autres peuples
se soumettront sans sourciller, parce que ce serait "la France".
Le monde ne fonctionne pas ou plus tout à fait ainsi. Dommage
qu'aucun leader d'opinion n'ait eu le courage de le dire à tous ces
Français qui plébiscitent le Front National dans la colère, la
déception, et la haine. Ils l'apprendront vite à leurs dépens.
Comme un poignard dans le dos...
C'est dire si le réveil ce matin (lundi 07 décembre 2015) aura
été particulièrement difficile...et si les belles formules humanistes,
les grands principes universalistes incarnés par la Patrie voulue des
Droits de l'Homme sonnaient particulièrement faux devant l'implacable
vérité d'un Front National Premier Parti de France.
Aucun beau discours, aucune grande posture morale ne saura plus masquer à la face du monde le fond intrinsèquement raciste et xénophobe qui ressort du vote d'adhésion au Front National du 06 décembre 2015.
Nous ne pourrons plus prétendre que nous ne savions pas, ni que nous
n'étions pas suffisamment avertis - cela dure quand même depuis presque
trois décennies . Il appartient à chacun de prendre ses dispositions en
prévision du pire.
Sans être catastrophiste ni excessif mais prévoyant, l'on ne perd pas
à envisager le pire (sans forcément être en mesure de le décrire avec
précision, parce qu'il avance comme d'habitude masqué), et à prendre
pendant qu'il est encore temps les dispositions nécessaires pour s'en
extraire en toute dignité.
Elle ne s'en excuse pas...Personne n'a un seul instant penser qu'elle allait ou pouvait le faire.
Car le Front National et sa présidente auront aussi réussi le tour de force de
transformer certains journalistes et animateurs français en simples
agents de propagande extrémiste sans le moindre discernement, officiant souvent
à des heures de grande écoute.
Sinon comment s'étonner que ce
parti d'extrême droite se sente en terrain conquis sur tous ces
plateaux de télévision et antennes radio de France, avec ses
représentants arrogants qui peuvent débiter à intervalle régulier des contrevérités les plus
odieuses sur les étrangers, sans jamais envisager d'être contredits?
La chasse à l'audience médiatique associée à Marine Le Pen aura déontologiquement perdu nombre d'acteurs du PAF Français. Mme Maïtena Biraben n'est pas la première, pas plus d’ailleurs qu'elle en sera la dernière.
Mais
perdue dans ses certitudes Frontistes, espérons qu'il y aura une ou un
de ses confrères pour lui rappeler que "les vérités formelles" qu'elle
prête aux thèses racistes et xénophobes
du FN, ne sont pas recevables sous d'autres cieux plus pluralistes et
démocratiques, y compris en Afrique noire où
l'actionnaire majoritaire de Canal Plus tire une partie non négligeable
de sa fortune (méritée).
Il se passe de bien drôles de choses dans notre "Douce France cher
pays de mon Enfance...", soumise au matraquage médiatique du Front
National à longueur de journée....
En effet quand ce n'est pas l'interminable saga de la dynastie Le Pen qui défraie la chronique,
c'est un de leurs affidés qui trouve parfaitement normal de ficher des
enfants de la République, au nom de leur appartenance religieuse
supposée...Mais où allons-nous donc???
Et dire que ce charmant monsieur a été un remuant Président de "Reporters Sans Frontières"!
Joël Didier Engo
Je m'appelle Nadia et je ne suis pas musulmane
Nadia Daam France
06.05.2015 http://www.slate.fr/story/101249/je-m-appelle-nadia-et-je-ne-suis-pas-musulmane
Carte d'identité française. REUTERS/Ho New. La récente sortie de Robert Ménard sur les enfants de Béziers
oblige à rappeler qu'assimiler un prénom à une religion n'a aucun sens.
Que l'idée même de «religion supposée» est une aberration. Et qu'il faut
arrêter de dénier à une personne née dans une culture le droit d'être
autre chose.
Fichage des enfants «musulmans» : le parquet ouvre une enquête
Robert Ménard lors de son premier conseil municipal, à Béziers le 4 avril 2014. (AFP)Cécile BOURGNEUF
5 mai 2015, Liberation.fr
RETOUR SUR
Invité de l'émission «Mots croisés» sur
France 2, le maire de Béziers Robert Ménard a révélé avoir effectué des
statistiques sur le nombre d'enfants de confession musulmane dans les
écoles de sa ville. Le parquet de Béziers a ouvert une enquête
préliminaire.
«Dans ma ville il y a 64,6% des enfants qui sont musulmans dans les écoles primaires et maternelles.» C’est ce qu’a déclaré le maire de Béziers Robert Ménard (élu avec le soutien du Front national) lundi soir dans Mots Croisés sur France 2, consacrée à la guerre fratricide au Front national. Mais d’où sortent ces chiffres ? «Ce
sont les chiffres de ma mairie. Pardon de vous dire que le maire a,
classe par classe, les noms des enfants. Je sais que je n’ai pas le
droit de le faire.» répond tout naturellement Robert Ménard à la
question posée en toute fin d’émission par la journaliste Anne-Sophie
Lapix, relayant une question posée par plusieurs internautes. Et Robert
Ménard de s’enfoncer un peu plus en ajoutant : «Les prénoms disent les confessions. Dire l’inverse, c’est nier une évidence». (à écouter à 1’23).
Le parquet de Béziers a ouvert ce mardi une enquête préliminaire sur
le fichage des élèves selon leur religion par le maire de la ville. Car
les statistiques ethniques ne sont pas autorisées en France. C’est
inscrit dans la Constitution : toute «distinction de race, de religion ou de croyance»
entre citoyens est bannie. Un principe décliné dans la loi
«informatique et libertés» du 6 janvier 1978, qui interdit la collecte
et le traitement de «données à caractère personnel qui font
apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou
ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses» La
loi prévoit seulement quelques dérogations, notamment pour les travaux
de recherches étudiées au cas par cas par la Commission nationale de
l’informatique et des libertés (Cnil).
Midi Libre rapporte que le maire n’a fait que confirmer des propos qu’il avait déjà tenus dans les pages du quotidien régional
le 3 janvier dernier. Dans cet article, le maire de Béziers parle d’un
changement de population dans sa ville, s’appuyant là aussi sur un
pourcentage sorti de nulle part: «Dans le vieux Béziers, avec 80% de femmes voilées, tu ne vois que ça» affirme alors le maire.
«J’ai essayé de savoir la vérité. J’ai fait le tour des écoles pour constater ce qu’il en est, s’est justifié Robert Ménard ce mardi matin sur BFMTV et RMC. Dans certaines écoles, plus de 80%, voire 100%, des enfants sont d’origine musulmane», affirme-t-il encore en prenant soin de préciser qu’il ne s’agirait pas d’un fichage des enfants : «Nous
n’avons établi aucune liste, nous avons essayé de savoir ce qu’il en
est dans les écoles. Les deux tiers des enfants qui fréquentent les
écoles publiques en maternelle et en primaire sont des enfants issus de
l’immigration. Je trouve que c’est trop.» Interrogé sur les raisons
de cette pratique, Robert Ménard botte en touche en affirmant vouloir
«aider les enfants» puis finit par admettre : «Oui, j’ai le droit de savoir combien il y a d’immigrés dans ma ville [parce que] oui, il y a trop d’immigration en France.» Car le maire de Béziers soutient la priorité nationale
«Je préfère donner du travail à des Français qu’à des étrangers en
France. Un certain nombre de prestations sociales doivent être
réservées.»
Si le fichage d’enfants est avéré, le maire de Béziers peut être
sanctionné par la CNIL et être poursuivi en justice. Car le fait de
constituer des fichiers faisant apparaître, directement ou
indirectement, l’appartenance religieuse ou l’origine «raciale» vraie ou
supposée de personne est interdit par la loi. Le profilage
communautaire est passible d’une peine de cinq ans de prison et de 300
000 euros d’amende.
Peut-être assistons-nous médusés prématurément à ce moment de vérité...tant attendu et souvent annoncé du Front National (FN).
En effet jusqu'ici les rôles paraissaient assez bien répartis au FN entre le papy, la fille, et la petite fille.
Pendant que le papy rassurait la base des vieux réac et fachos
nostalgiques de Pétain; la fille racolait les prolos et les "déçus de
l'UMPS" (comme ils disent!), et la petite-fille attirait ou séduisait
une certaine jeunesse perdue dite de "souche française".
Nous avions même tous fini par concéder à la fille sous un matraquage médiatique
- y compris nous qui sommes décrits par ce parti comme d'odieux étrangers non assimilables - un indéniable talent de grande comédienne
politique: en matière d'antisémitisme et de racisme notamment; mais
aussi dans tellement d'autres domaines où les médias hexagonaux lui
prêtent des miracles à longueur d'émissions.
D’ailleurs nous n'étions pas les seul(e)s à succomber aux charmes médiatiques de Marine.
Puisqu'elle serait même parvenue à convaincre le tout puissant
président du CRIF - le temps d'un "dérapage islamophobe" vite éteint à
l'Élysée - qu'elle serait en "désaccord profond" avec papa (uniquement)
sur l'antisémitisme.
Et patatras, papy en a remis une nouvelle couche: et sur Pétain, et sur les chambres à gaz, et sur Manuel Valls. Sera-t-elle la couche de trop, la couche fatale???
Comme on dit dans mon lointain Cameroun: "vivons seulement"!
Mettre
à l’écart Jean-Marie Le Pen suffira-t-il au Front national pour achever
sa stratégie de « dédiabolisation » ? Depuis son accession à la tête du
parti, Marine Le Pen n’a cessé de détacher la formation politique de
l’image de son père et de ses dérapages flirtant avec l’antisémitisme.
Un
cordon qui pourrait bien avoir été coupé pour de bon avec l’annonce,
jeudi 9 avril, par la présidente du FN, de l’ouverture d’une procédure
disciplinaire contre son père après ses propos sur BFMTV et dans le
journal d’extrême droite Rivarol.
Symboliquement, la fracture est
importante, mais il suffit de se plonger dans le projet politique du
parti pour constater que, contrairement à ce qu’affirme sa présidente,
le Front national demeure un parti idéologiquement ancré à l'extrême
droite, et porte des thématiques fortes n’ont pas beaucoup varié depuis
sa création. Un parti qui n’est plus antisémite mais qui reste « altérophobe »
L’élément
déclencheur de la crise actuelle n’est pas un hasard. En répétant que
les chambres à gaz sont un « point de détail » de la seconde guerre
mondiale, Jean-Marie Le Pen flirte à nouveau avec l’antisémitisme. Sur
ce thème, Marine Le Pen cherche clairement à se démarquer de son père et
de se détacher du caractère antijuif du parti.
« Si on peut
donner quitus à Marine Le Pen sur le fait que son parti n’est plus
antisémite, le Front national reste toutefois altérophobe – c’est-à-dire
qui vit dans la peur de la différence, de l’autre », rappelle
l’historien spécialiste du FN, Nicolas Lebourg. Ce que traduit, selon
lui, le propos anti-islam des frontistes. Même si, dans le discours, la
charge est dirigée contre l’islamisme radical, Marine Le Pen n’hésite
pas à tracer des liens ambigus entre l’immigration, qu’elle entend
combattre, et l’islamisation, comme en témoigne le projet du parti :
«
Une immigration massive met à mal notre identité nationale et amène
avec elle une islamisation de plus en plus visible, avec son cortège de
revendications. »
Par ailleurs, contrairement à l'extrême droite
italienne de Gianfranco Fini, qui s'est affranchi de son passé fasciste,
le Front national n’a toujours pas mis au clair ses positions sur
l'Occupation. Jeudi 9 avril, dans un entretien au Figaro, Marine Le Pen
affirme que « rien ne (...) ressemble » à son père dans les propos qu'il
a tenus sur le maréchal Pétain, mais se garde bien de définir la ligne
officielle du parti sur ce point.
Le culte d’une identité passée à régénérer
Autre
caractéristique forte de l’extrême droite, ce que Nicolas Lebourg
qualifie « d’autophilie ». Il s'agit de la célébration d’un peuple dont
l’âge d’or est passé, menacé d’être « dilué » dans une autre culture, et
qu’il s’agirait de régénérer par l’action de l’Etat.
Ce discours
sur une société décadente est très présent dans le projet du Front
national, en particulier sur la valeur de la famille :
« Sa
dissolution, sa mise au banc des préoccupations des pouvoirs publics
sont les signes avant-coureurs d’une société décadente et égoïste. »
C'est
aussi notable dans la manière de mettre en valeur la ruralité, qui fait
l’objet de beaucoup plus de propositions dans le programme du FN que la
politique de la ville. L'idée de rétablir un ordre perdu se retrouve
aussi dans la vision de l’école et du rapport à l’enseignant.
« La
valeur centrale de respect du professeur retrouvera toute sa place à
l’école : cela passe par des choses simples : se lever quand le
professeur entre en classe, bannir le tutoiement par l’élève de
l’enseignant. »
Ce discours va de pair, chez certains membres du
parti proches de sa présidente, avec l’adhésion à la théorie du « grand
remplacement ». Ce concept développé par les identitaires, affirme que
l’immigration provoquerait une substitution de population étrangère au
détriment de la population française d’origine. Une thématique sur
laquelle Marine Le Pen s’est toutefois montrée, elle, très prudente.
Une préférence nationale affichée et inconstitutionnelle
Suite
logique de la valorisation du peuple français, le FN ne cache pas son
souhait d'instaurer une préférence nationale, qui s'appliquerait dans
tous les domaines de la vie sociale :
« Une loi contraindra Pôle
emploi à proposer, toujours à compétences égales, les emplois
disponibles aux demandeurs d’emploi français. »
« Le principe de
priorité nationale doit être posé concernant l’accès au logement social.
Nos compatriotes doivent être les premiers à profiter de la solidarité
nationale. »
« Les allocations familiales réservées aux familles dont un parent au moins est français. »
«
Cette manière de lier les droits à une origine est tout à fait un point
de vue d’extrême droite », poursuit Nicolas Lebourg. En opposition à la
Constitution française qui proclame l’égalité des citoyens devant la
loi « sans distinction d’origine, de race, ou de religion ».
«
Marine Le Pen ne cesse de montrer que, selon elle, il existe un rapport
ambigu entre l’ethnie et la nation, poursuit M. Lebourg. Par exemple, en
2012, elle affirmait que les voix qui avaient manqué à Nicolas Sarkozy
pour l’emporter au second tour de l’élection présidentielle étaient
celles des personnes naturalisées, comme si, selon elle, il existait des
Français moins français que d’autres. »
Une vision pas républicaine du rôle de l’Etat
Selon
Nicolas Lebourg, le Front national a une vision « organiciste » de
l’Etat. Le parti veut « imposer une norme à l’espace public ». Par
exemple, Marine Le Pen souhaite interdire le port de tout signe
religieux, voile comme kippa, dans l’espace public, et pas seulement à
l’école.
« L’individu n’est jamais pris comme une personne
solitaire mais construite en fonction de la norme érigée par l’Etat. Si
on n’entre pas dans le moule, on est un mauvais Français », poursuit-il.
L'idéologie frontiste entre alors en conflit avec la notion de liberté
individuelle. « Cette vision-là n’est pas républicaine, et on ne
retrouve ce genre d’idées dans aucun autre parti politique. »
Entre le père et la fille, une continuité dans le discours
Au-delà
du programme, l'évolution du discours met aussi en lumière la réalité
de la mue opérée par le Front national sous la présidence de Marine Le
Pen. Si, en apparence, la fille semble avoir gommé les outrances du
père, l’analyse des mots révèle que la présidente du FN copie une grande
partie du discours du vieux chef de file frontiste.
« Marine Le
Pen fait du copier-coller avec le père. Elle reprend l’armature de son
expression et change parfois un mot pour l’adoucir », note Cécile Alduy,
professeur de littérature française à Stanford et coauteur avec
Stéphane Wahnich de Marine Le Pen prise aux mots (Seuil). Là où
Jean-Marie Le Pen parlait de “torrents” d’immigration, elle préfère le
terme de “déferlante”. Plutôt que de “race”, elle va parler de «
“culture”, mais c’est au fond la même chose pour elle. Elle dénonce le
métissage, la « “France Benetton” : c’est le discours de base de
Jean-Marie Le Pen depuis les années 70-80 ».
Mme Le Pen a aussi
repris de son père l’expression de « mondialisme », cette « idéologie »
qu’elle a dénoncée en particulier pendant la présidentielle de 2012 dans
son livre Pour que vive la France (Jacques Grancher). « Cette politique
a été théorisée, définie, organisée, voulue et appliquée », écrit
Marine Le Pen, qui y voit les causes d’un supposé « désordre planétaire
». Un héritage conceptuel qui remplit « la fonction explicative
simpliste et totalisante » assignée « aux théories du complot », selon
Cécile Alduy.
Enfin, la présidente du FN adapte son langage à ses
interlocuteurs. « Il faut faire la différence entre son expression à la
télévision et celle utilisée pour ses discours dans des meetings »,
relève Mme Alduy. Face aux militants, Marine Le Pen n’hésite pas à
parler d’immigration « incontrôlée », « de masse » ou « problématique ».
A la télévision ou à la radio, en revanche, elle aborde l'immigration
sous l’angle économique, insistant sur des notions de « coût », de «
dette » ou de « financement ». Ou comment satisfaire la base tout en
cherchant à élargir son audience.
Peut-être en cette période pré-électorale en France, devrait-on éviter de faire campagne - sans le vouloir - à la place et au profit exclusif du Front National...sur des questions et des"problèmes" mineurs, tout à la marge des
préoccupations premières des françaises et des français.
Le port du voile par quelques étudiantes prises isolément dans les universités françaises, est éclairement un de ces sujets dits sensibles, agités par le parti d'extrême droite comme un tabou dans le débat public, mais qui sert en réalité à alimenter les passions haineuses, sans proposer ni apporter de réelles solutions aux attentes suscitées.
Joël Didier Engo
Vidéo: "Des musulmanes répondent à Edwy Plenel" ...Écoutons (enfin) surtout les premières concernées: les femmes!
Port du voile à l'université : la ministre des Droits des femmes est "contre"
Un rapport du Haut conseil à l'intégration propose l'interdiction du foulard islamique à l'université. LP/Adeline Daboval
Dans une interview au Talk du «Figaro», la
secrétaire d’État aux Droits des femmes, Pascale Boistard, a déclaré,
lundi 02 mars 2015, n'être «pas sûre que le voile fasse partie de l'enseignement
supérieur».
In the aftermath of the Charlie Hebdo massacre, all in France agree that the country is deeply divided and must improve its vivre ensemble,
its ways of living together. But there is sharp disagreement on how to
do so. Social divisions are sources of resentment, alienation, and in
some cases violence. Healing them will be essential to combating
radicalization.