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mardi 28 février 2023

France: traitements discriminatoires et racistes des réfugiés africains en provenance d'Ukraine, dont les étudiants...

 


Au terme de longs mois d'incertitude puis de la précarité des statuts accordés aux réfugiés africains en provenance d'Ukraine (récépissés successifs d'une durée mensuelle suivis d'OQTF), nous avons dû rediriger vers l'Allemagne ceux d'entre eux qui sont détenteurs de cartes de résident ou de la nationalité ukrainienne.
 
Il nous est simplement inconcevable de laisser ces personnes déjà éprouvées par le départ sous les bombes en l'Ukraine, d'être à la merci des discriminations de nature xénophobe et raciste pratiquées ouvertement dans les préfectures et sous-préfectures françaises, tout à l'opposé du traitement privilégié accordé par celles-ci aux réfugiés blancs Ukrainiens.
 
En Allemagne ce phénomène est atténué et presqu'inexistant, les ressortissants africains remplissant les critères énoncés plus haut (résidents ou nationalité Ukrainienne) se sont immédiatement vus accorder un statut de réfugié (délivrance de cartes de séjour pluriannuels) similaire à leur homologues blancs Ukrainiens, en conformité avec les principes adoptés au début de la guerre en Ukraine par les pays membres de l'union européenne (UE).
 
Au fond toute la différence réside dans la manière dont chaque pays européen s'attaque réellement au racisme, et particulièrement à la négrophobie sur son sol, indépendamment de la guerre en Ukraine. En la matière force est de reconnaître que la France s'en accommode officiellement, notamment dans l'escalade réactionnaire que se livre la majorité macroniste au pouvoir avec son opposition d'extrême droite du Rassemblement national (RN).
 
Malheureusement...
 
 
Association NOUS PAS BOUGER
 


Pour l’accueil des Ukrainiens, l’Etat français a dépensé 634 millions d’euros en 2022

Un rapport de la Cour des comptes souligne une réactivité forte des pouvoirs publics et des coûts élevés.

Par , Le Monde

Environ 634 millions d’euros. C’est la somme qu’aurait dépensée l’Etat en 2022 pour organiser l’accueil de quelque 100 000 Ukrainiens en France, d’après la Cour des comptes, qui a rendu public un audit sur le sujet, mardi 28 février. Sur cette somme, plus de 253 millions d’euros auraient été consacrés à l’hébergement et plus de 218 millions d’euros au versement d’une allocation de subsistance.

En dépit de ces coûts, la Cour des comptes livre un rapport en forme de satisfecit vis-à-vis des pouvoirs publics qui ont su, notamment, privilégier une gestion souple et déconcentrée des conséquences de l’invasion russe de l’Ukraine le 24 février 2022, en s’appuyant sur la création dès le 9 mars 2022 d’une cellule interministérielle de crise Ukraine (CIC Ukraine) ou encore le recours aux préfets de département pour gérer les flux d’arrivées des déplacés d’Ukraine et l’animation des acteurs locaux de référence.

La cour relève en particulier l’effort déployé afin de mettre en place des lieux d’accueil : « Plus de 80 sites ont été ainsi ouverts entre mars et août 2022 », qui ont concentré tout à la fois « le diagnostic social et de santé, l’émission de titres de séjour, les formalités pour l’obtention des droits, le premier hébergement et les premières aides, ainsi que l’orientation vers des hébergements ou logements de moyen terme ».

A l’intérieur de ces « hubs », la protection temporaire a ainsi été délivrée aux réfugiés ukrainiens, de sorte qu’ils ont aussitôt bénéficié d’un ensemble de droits (autorisation provisoire de séjour, accès aux droits sociaux et aux soins, scolarisation des enfants mineurs, autorisation d’exercer une activité professionnelle, accompagnement social…) et notamment le versement d’une allocation de demandeur d’asile « dans des conditions exceptionnellement favorables », souligne la Cour. Cette allocation, qui représente 6,80 euros par jour pour une personne, a été automatiquement majorée de 7,40 euros pour les Ukrainiens (jusqu’en octobre 2022) alors que ce cas de figure n’est en théorie prévu que pour les demandeurs d’asile n’étant pas hébergés gratuitement par l’Etat.

Hébergés immédiatement

En l’espèce, les Ukrainiens ont pu être hébergés immédiatement. D’après la Cour des comptes, « plus de 87 000 places [ont été créées], dont près de 60 000 demeuraient actives à la fin de l’année 2022 ». Parmi elles, l’hébergement collectif financé directement par l’Etat a représenté un tiers des réponses « pour un coût unitaire représentant presque le double de celui des dispositifs offerts aux demandeurs d’asile classiques, du fait de l’urgence des mises à l’abri et de l’incertitude pesant sur la durée du conflit ».

Ainsi, « le coût par place et par jour s’est élevé à 38 euros en moyenne nationale, là où la mise à l’abri de droit commun en nuitée hôtelière est en moyenne inférieure à 20 euros et à 18 euros dans le dispositif national d’accueil des demandeurs d’asile », mettent en avant les auteurs du rapport.

A côté de ça, l’hébergement citoyen a représenté près de la moitié des solutions de prise en charge des déplacés d’Ukraine. Mais le nombre de personnes ainsi logées est passé de plus de 23 000 fin septembre à moins de 13 000 à la mi-octobre 2022, soulignant les limites du dispositif, avec des ruptures d’hébergement avant l’été ou à l’approche de l’hiver, dans un contexte notamment « d’alourdissement des coûts de l’énergie ».

« Résultats modestes » de l’insertion professionnelle

Par ailleurs, l’objectif d’orientation vers des logements pérennes, dans le parc social comme privé, s’est heurté à la fragilité économique des ménages ukrainiens et à l’incertitude liée à la guerre et à un éventuel retour au pays. De sorte qu’à la fin de l’année 2022, seuls « 8 500 logements étaient occupés par plus de 27 000 personnes ». Désormais, insiste la cour, l’Etat fait face à l’enjeu d’« adapter des dispositifs conçus comme temporaires à une inscription dans un temps plus long, alors même que leur public ne manifeste pas nécessairement davantage de projets d’installation pérenne ».

Le dispositif d’insertion professionnelle connaît à ce titre « des résultats modestes », constate la cour, qui évoque moins de 13 000 personnes ayant travaillé sur un total de 85 000 adultes.

Parmi les pistes de travail évoquées par les auteurs, figure la possibilité de mettre à contribution financière les Ukrainiens hébergés gratuitement, dès lors qu’ils ont des ressources notamment liées à un emploi ; ou encore celle d’orienter plus fortement des Ukrainiens vers les zones où l’offre de logement est plus large dans une logique de « responsabilisation des bénéficiaires de droits », préconise la cour.

Dans ce contexte, et tandis que 2 000 à 4 000 réfugiés continuent d’arriver en France tous les mois, la cour s’étonne que la loi de finances pour 2023 ne prévoit « aucun crédit pour financer les actions en faveur des publics ukrainiens accueillis ». Elle évoque à ce titre un défaut de sincérité et un manque de visibilité.


 

vendredi 18 mars 2022

GUERRE EN UKRAINE ET TRI RACIAL DES RÉFUGIÉS EN EUROPE, NOTAMMENT EN FRANCE

 


Conformément au droit international et aux conventions de Genève ratifiées par les différents pays membres de l'Union Européenne (UE), les non-Ukrainiens fuyant la guerre en Ukraine sont aussi des réfugiés de guerre, qui ne peuvent pas être discriminés dans les différents pays d'accueil ou de transit, DONT LA FRANCE, en fonction de leur origine raciale ou de leur nationalité
 
Tou-te-s doivent bénéficier au moins d'une protection temporaire. 



 
STOP AU TRI RACIAL DES RÉFUGIÉS EN EUROPE!!!
 

 
 
Association NOUS PAS BOUGER
Tel. 06 41 30 95 46 / 06 41 40 06 23

lundi 16 juillet 2018

LA FRANCE AUSSI CHAMPIONNE DU MONDE GRÂCE AUX ENFANTS DE MIGRANTS


 

CELA DEVRA ÊTRE DIT ET REDIT AUTANT DE FOIS QU'IL FAUDRA.


L'association Nous Pas Bouger

 

Combien de futurs Mbappé et Kanté se sont noyés en Méditerranée?

 

Les Bleus, « 6ème équipe africaine » ? Ce surnom présente un défaut majeur, celui d’occulter totalement l’expérience pourtant décisive de l’exil. Car l’histoire de l’équipe de France de football, c’est l’histoire des immigrations coloniales et postcoloniales. Et ce n’est pas qu’une belle histoire.

Steve Mandanda est né à Kinshasa, la mère de Blaise Matuidi et les pères de Steven Nzonzi et Presnel Kimpembe sont Congolais ; Samuel Umtiti est né au Cameroun d’où est originaire le père de Kylian Mbappé ; la mère de l’attaquant du PSG est algérienne, tout comme le sont les parents de Nabil Fékir ; N’golo Kante est un binational malien, les parents de Djibril Sidibé sont eux aussi originaires du Mali et ceux de Paul Pogba de Guinée-Conakry ; sans oublier Corentin Tolisso (Togo), Benjamin Mendy (Sénégal), Adil Rami (Maroc), Ousmane Dembélé (Mauritanie)…

Les Bleus, « 6ème équipe africaine » ? Ce surnom présente un défaut majeur, celui d’occulter totalement l’expérience pourtant décisive de l’exil. Car l’histoire de l’équipe de France de football, c’est l’histoire des immigrations coloniales et postcoloniales. Et ce n’est pas qu’une belle histoire.

La réussite des joueurs afrodescendants dans le football de haut niveau est incontestable. Dans un sport où selon une terminologie malheureuse les clubs « vendent », « prêtent » et « achètent » des joueurs, quatre des cinq plus grosses transactions de l’histoire concernent des joueurs noirs (Neyman Mbappé, Dembélé et Pogba). Que les Français occupent une place de choix dans ce classement atteste de la compétitivité de leur équipe nationale, dont il faudrait aujourd’hui valoriser tout autant les performances sur le terrain que le symbole de modernité et de diversité qu’elle représente.

La « success story » des Bleus masque la réalité d’un milieu où la concurrence fait rage et où l’on compte beaucoup d’appelés et assez peu d’élus. La surreprésentation de Noirs parmi les joueurs d’élite s’accompagne également de leur absence aux postes de direction. Combien de joueurs noirs se retrouvent après leur carrière professionnelle aux postes d’encadrement, à la Direction technique nationale ou au Conseil fédéral de la FFF ? Pratiquement aucun. Les cas de Pape Diouf (président de l’OM entre 2004 et 2009) et Philippe Diallo (ancien directeur général de l’Union des clubs professionnels de football) demeurent des exceptions. Sur les 40 clubs de Ligue 1 et de Ligue 2, on ne trouvait pendant longtemps qu’un seul entraineur noir (Antoine Kombouaré), rejoint cette saison par Patrick Vieira. Aucun Noir n’a été sélectionneur de l’équipe nationale. Aux uns la performance sportive, aux autres l’intelligence, la stratégie et la logique. Dans le football professionnel masculin, la racialisation des rôles joue à plein.

Le succès sportif et la composition ethnique de l’équipe de France renvoient l’image d’une nation à la fois joyeuse et apaisée. Huit joueurs d’ascendance africaine ont participé au match face à l’Argentine et à la qualification de la France pour les ¼ de finale. Trois jours plus tard, Aboubakar Fofana, 22 ans, était abattu à Nantes lors d’un contrôle de police. Et tandis que nous suivons pas à pas le parcours des Bleus, des milliers d’Africain.es, jeunes et moins jeunes, tentent chaque jour au péril de leurs vies de gagner l’Europe au bord d’embarcations de fortune. Pour tant de Pogba, Zidane, Kanté, Desailly ou Mendy, combien sont morts en mer ? Depuis le premier titre de champions du monde des tricolores il y a 20 ans, pas moins de 50 000 Africain.es sont mort.es en Méditerranée.

La France a bâti son succès dans le sport de haut niveau sur son immigration, tandis que les autorités de ce pays mènent une chasse implacable aux migrants et que les populations en provenance des anciennes colonies continuent de subir toutes sortes de discriminations. A côté des médailles olympiques et des victoires en Coupe du monde, il y a la sueur des femmes de ménage et des ouvriers spécialisés, les larmes et le sang versé par les exilés. Avant que les Sidibé, Dembélé et Fékir ne fassent le bonheur de leurs clubs respectifs et des Bleus, quelles souffrances ont enduré leurs parents ou grands-parents?

Tous ces joueurs qui sont la vitrine multiethnique de la France sont les enfants d’une gigantesque entreprise de dépossession, la colonisation. Sans elle, nul doute que les structures du football africain seraient bien meilleures. Et les résultats des équipes du continent aussi. Les travaux pionniers de Walter Rodney ont montré comment l’Europe a sous-développé l’Afrique. Et le football ne fait pas exception.

Sport le plus populaire de la planète, le football possède une caisse de résonance sans pareille. Le dirigeant d’une nation performante dans cette discipline est tout heureux de pouvoir capter à son profit une partie de ce succès. Une société unie et pacifiée est le rêve totalitaire et technocratique d’un social qui ne soit plus conflictuel et ce n’est pas pour rien si l’annonce du « plan pauvreté » d’E. Macron a été reportée après le Mondial. Mais l’illusion est souvent de courte durée.

Malgré les succès retentissants de 1998 et 2000, la France labellisée « Black-Blanc-Beur » n’a pas fait long feu. L’arrivée de J-M Le Pen au second tour de la présidentielle de 2002 a coïncidé avec le début de la décennie Sarkozy. Il y a eu la loi sur les signes ostentatoires à l’école, les banlieues à nettoyer au « Karcher », les émeutes de l’automne 2005 consécutives à la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré, l’affaire des quotas dans le foot...

Loin d’être la face lumineuse d’une société multiculturelle, nous savons d’expérience que cette équipe de France est l’arbre qui cache l’immense forêt des discriminations. Ses succès (ceux de 1984, 1998 et 2000, et dans une moindre mesure les finales perdues de 2006 et 2016) ont surtout servi à masquer les hiérarchies raciales existantes plutôt qu’à contribuer à ouvrir le débat sur elles. Comme toutes les générations qui les ont précédées, les Bleus d’aujourd’hui ont la couleur du déni.

En cas de victoire face à la Croatie, une douce euphorie gagnera le pays, diffusant à nouveau l’image d’une France métissée et triomphante, certainement plus présentable que la réalité actuelle d’enfants enfermés dans des Centres de rétention administrative ou de demandeurs d’asile soudanais torturés à leur arrivée à Khartoum après avoir été expulsés par les autorités françaises (Omar el-Béchir sera d’ailleurs l’invité d’Emmanuel Macron pour soutenir l’équipe de France lors de la finale moscovite). «Il n’est pas de témoignage de culture qui ne soit en même temps un témoignage de barbarie », écrivait Walter Benjamin. Et le football ne fait pas exception.


Médiapart
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  • mardi 17 octobre 2017

    A Ceuta, les migrants homosexuels doublement dans l’impasse

    Dans l’enclave espagnole, des dizaines de gays tentent d’obtenir l’asile en Europe. Mais leur orientation sexuelle ne suffit pas à prouver qu’ils sont en danger dans leur pays.


    Ismaël* ne fuit pas la guerre. Ni la misère. Il est marocain, homosexuel et a quitté son pays à cause de « ça » : « Les gays sont détestés chez nous. Ils provoquent une sorte de malaise chez les gens. Ils les dérangent profondément pour des raisons qui m’échappent encore. » La culture, la religion. La loi surtout. S’ils ne peuvent pas se comporter librement, les homosexuels craignent avant tout pour leur sécurité. Dans un pays où les relations sexuelles entre personnes du même sexe, dites « contre nature », sont passibles de trois ans de prison, ils risquent non seulement d’être incarcérés, mais aussi d’être agressés et persécutés au quotidien.

     
    Il y a neuf mois, Ismaël s’est rendu à Ceuta pour demander l’asile en Espagne sur la base de son orientation sexuelle. Originaire d’Oujda, dans le nord-est du royaume, le jeune homme de 24 ans vit depuis dans le centre d’accueil temporaire pour les immigrés (CETI), à Ceuta. Là, environ 80 homosexuels ont trouvé refuge parmi plus de 900 migrants – le centre abrite presque le double de sa capacité. La plupart sont marocains et algériens, mais il y a aussi des subsahariens. Par peur de représailles des autres habitants du centre, l’équipe du CETI donne très peu d’informations sur ce groupe particulièrement vulnérable.

    Roué de coups par trois hommes

    A Melilla aussi, l’autre frontière terrestre entre l’Afrique et l’Union européenne, plusieurs dizaines d’homosexuels espèrent obtenir le statut de réfugié. Ils rêvent de se retrouver sur une terre « où l’on peut être soi-même, sans se méfier constamment », explique Ismaël.

    Pour lui, le cauchemar a commencé à l’école. « Durant toute ma scolarité, j’ai été malmené parce que j’étais le petit pédé », confie le jeune Marocain. En 2016, Ismaël a été agressé dans la rue, roué de coups par trois hommes qui le suivaient dans les rues d’Oujda. « Quand je suis allé porter plainte, les flics ont compris que j’étais gay. Ils m’ont demandé pourquoi les hommes m’avaient frappé. Puis ils m’ont posé des questions qui n’avaient rien à voir avec l’agression et ont confisqué mon portable. » En fouillant son téléphone, la police a trouvé des photos compromettantes. Ce soir-là, Ismaël n’est pas rentré chez lui. « Ils m’ont jeté dans une cellule. Trois semaines plus tard, j’étais jugé pour homosexualité. » Verdict : deux mois de prison ferme.

     
    Au Maroc, les arrestations et les violences homophobes se sont multipliées ces dernières années. En 2015, deux hommes ont été arrêtés pour s’être embrassés dans la rue à Rabat. Leur photo d’identité a été dévoilée à la télévision publique, ce qui avait entraîné des manifestations devant leur domicile. Un an plus tard, le lynchage d’un couple d’homosexuels à l’intérieur de leur maison à Beni Mellal a particulièrement marqué les esprits. Malgré les cris d’alarme des associations et des organismes internationaux, le gouvernement marocain refuse de changer de position. Le ministre d’Etat chargé des droits de l’homme, Mustapha Ramid, a même qualifié les homosexuels « d’ordures », en marge d’une réunion du Conseil national des droits de l’homme (CNDH) sur la prévention de la torture fin septembre. La vidéo de ses propos homophobes, qui ne sont pas les premiers, a été diffusée le 12 octobre sur Internet et provoqué l’ire des associations de défense des droits de l’homme.

    Mais la chasse aux homosexuels ne sévit pas qu’au Maroc. Selon le rapport 2017 de l’Association internationale LGBT (ILGA), 72 pays pénalisent toujours l’homosexualité. En Iran, au Nigeria, au Soudan, en Somalie ou encore en Arabie saoudite, elle est passible de la peine de mort. Partout dans le monde, des femmes et des hommes quittent leur pays pour fuir les violences réservées aux minorités sexuelles. Une information qui échappe aux statistiques car, la plupart du temps, ces migrants masquent les motifs réels de leur exil forcé, compliquant davantage leur accès à l’asile.

    « Persécution pour orientation sexuelle »

    Depuis un arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) rendu en novembre 2013, les homosexuels peuvent officiellement revendiquer appartenir à un « certain groupe social ». Une condition nécessaire pour prétendre au statut de réfugié en vertu de la Convention de Genève. Avant cette date, plusieurs pays, dont l’Espagne, avaient déjà commencé à accueillir des migrants pour « persécution pour orientation sexuelle ».

    Encore faut-il le prouver. Car, dans sa décision, la CJUE stipule que la persécution doit atteindre « un certain niveau de gravité ». L’existence d’une loi pénalisant l’homosexualité dans le pays d’origine ne suffit pas à donner droit au statut de réfugié. Les procédures varient selon les pays, qui doivent évaluer eux-mêmes la crédibilité de la requête. « Les pays européens estiment qu’il faut réduire l’octroi du statut de réfugié dans les pays du Maghreb, considérés comme stables. C’est vrai que le Maroc est un pays sûr, mais pas pour tout le monde. La communauté LGBT est persécutée de fait, puisqu’elle doit se cacher et vivre dans la peur », avertit une membre du collectif Aswat, qui milite anonymement depuis 2013 pour la défense des minorités sexuelles au Maroc.

    Pour constituer un dossier de demande d’asile liée à leur homosexualité, les migrants doivent apporter les preuves de la discrimination fondée sur leur orientation sexuelle ou sur leur identité de genre. « Ils veulent des photos des coups portés sur notre corps. Un certificat de passage à l’hôpital, un casier judiciaire, un enregistrement… Et, en plus, démontrer que cela est lié à notre orientation sexuelle », témoigne, découragé, un Algérien de 32 ans qui n’a pas réussi à rassembler tous les papiers.

    Climat de méfiance

    Beaucoup renoncent ainsi à demander l’asile. Sur environ 80 homosexuels au CETI de Ceuta, seule une douzaine a déposé une requête, d’après l’ONG Human Rights Watch (HRW). Outre la complexité des dossiers, la lenteur de la procédure décourage les migrants. Depuis la décision de la CJUE en 2013, face à l’afflux des demandes, les autorités espagnoles ont ralenti l’examen des dossiers, soupçonnant parfois des cas de migrations économiques déguisées.

    Désormais, il faut attendre au moins un an avant d’être transféré vers la péninsule. « Pour atteindre plus vite les côtes européennes, ils préfèrent tenter leur chance et se faire expulser en Espagne en tant que migrants clandestins, explique Judith Sunderland, directrice adjointe de la division Europe et Asie centrale de HRW. Les autorités espagnoles imposent un choix terrible à des personnes qui ont besoin de protection. Ils opèrent une politique de découragement qui est inadmissible. »

     
    Au CETI, l’attente est longue. Surtout pour ces dizaines de migrants homosexuels vivant toujours dans la menace. « Ceuta, c’est comme le Maroc, regrette Ismaël. Presque naïvement, peut-être pour me donner de l’espoir, j’ai pensé qu’en arrivant ici, je serais enfin en sécurité. » Mais à l’intérieur du centre comme dans les rues de Ceuta, les personnes LGBT sont toujours persécutées. « Deux personnes ont été agressées sexuellement dans le centre-ville », poursuit le jeune Marocain.

     
    Pour certains migrants du CETI, l’homosexualité est vue comme un prétexte. « Si tu dis que tu es gay, on te donne l’asile tout de suite. C’est faux ! », déclare un Nigérian de 28 ans. « Peut-être que c’est vrai et que ce n’est pas facile pour eux, reconnaît un autre Nigérian. Mais nous, on a de vrais problèmes. On devrait passer avant eux ! » Dans ce climat de défiance, Ismaël, comme les autres membres de ce petit groupe fermé, ne sort pratiquement plus. Il se fait discret, protégé par les travailleurs sociaux. « Si les autres migrants apprenaient ce qu’on fait ici, ils nous tueraient. »

    * Le prénom a été modifié.

    jeudi 20 octobre 2016

    Pourquoi les enfants de l’immigration sont surreprésentés en prison

    Un gardien, au centre pénitentiaire d'Alençon-Condé-sur-Sarthe, en 2014.

    Ce sujet ultra sensible revient avec force dans le débat dans le contexte de la lutte antiterroriste. Enquête à l’occasion de la sortie du livre de Farhad Khosrokhavar, « Prisons de France ».

    LE MONDE | 20.10.2016

    C’est un sujet tabou. Les personnes issues de l’immigration sont surreprésentées dans les prisons françaises. Mais en l’absence de statistiques ethniques, le sujet ne peut pas exister autrement qu’instrumentalisé par les uns ou tu par les autres.

    Personne ne conteste le phénomène, qui est ancien et n’est pas propre à la France. Mais l’aborder et l’étudier pour en comprendre les causes est mission impossible pour les chercheurs, alors qu’ils peuvent le faire, par exemple, au sujet des Noirs dans les prisons américaines.

    Est-ce la simple conséquence de conditions sociales, le produit d’un système judiciaire qui serait discriminatoire ? Est-ce, pour reprendre les théories d’un Eric Zemmour, le résultat d’une plus grande propension à la délinquance chez les personnes d’origine étrangère ?

    Ce sujet ultra sensible revient avec force dans le débat dans le contexte de la lutte antiterroriste. Le prosélytisme islamiste en prison est devenu une préoccupation majeure. S’adressant, le 6 octobre à Agen, devant la dernière promotion de surveillants de l’Ecole nationale d’administration pénitentiaire, le premier ministre, Manuel Valls, a souligné que la « situation rend indispensable l’évolution de [leurs] métiers, d’abord en matière de lutte contre la radicalisation ».

    Lire les bonnes feuilles du livre du sociologue Farhad Khosrokhavar : «Durant le ramadan, la prison n’est pas la même»
     
    « Sévérité accrue des décisions de justice »

    Plusieurs des terroristes qui ont ensanglanté la France depuis janvier 2015 avaient en commun un passage en détention. Et certaines des violences perpétrées ces dernières semaines dans des établissements pénitentiaires auraient une motivation islamiste.

    Le risque que le discours djihadiste trouve un écho dans le milieu carcéral apparaît d’autant plus fort que le nombre de détenus musulmans, issus de l’immigration maghrébine ou subsaharienne, est important.

    Dans son ouvrage (Prisons de France. Violence, radicalisation, déshumanisation : quand surveillants et détenus parlent, Robert Laffont, 684 pages, 23,50 euros) paru le 20 octobre, le sociologue Farhad Khosrokhavar révèle en particulier la place prise par l’islam dans l’univers carcéral. Ses entretiens menés pendant trois ans dans quatre prisons, largement retranscrits, donnent une grande force à ce travail.

    Lire les bonnes feuilles du livre du sociologue Farhad Khosrokhavar : « Durant le ramadan, la prison n’est pas la même »

    Sans pouvoir entrer dans le débat du « combien », Le Monde a voulu explorer le « comment » et le « pourquoi ».

    Auparavant, il est à noter que l’accroissement continu de la population pénale n’est guère lié à l’évolution de la délinquance. Du fait de « la suppression des lois d’amnistie », pour commencer. Mais également en raison du « durcissement de la législation pénale depuis de nombreuses années » qui s’est « accompagné d’une sévérité accrue des décisions de justice », écrit Jean-Jacques Urvoas dans le rapport (publié le 20 septembre) que, en tant que ministre de la justice, il a consacré à la surpopulation carcérale.

    « Une schizophrénie française »

    Côté chiffres, le débat (ou plutôt la polémique) n’est pas clos. La proportion de musulmans dans la population carcérale atteint « entre 40 % et 60 % probablement », avance M. Khosrokhavar dans son livre.

    « Des chiffres qui ne reposent sur aucun fondement », rétorque Annie Kensey, démographe, chef du bureau des statistiques et des études à la direction de l’administration pénitentiaire. « C’est une schizophrénie française, répond M. Khosrokhavar, on vous interdit de faire des statistiques, mais quand on avance prudemment une approximation entourée de tous les conditionnels, on vous affirme que vous avez tort. Qu’on me le prouve ! »

    Adeline Hazan, contrôleure générale des lieux de privation de liberté, ne valide pas non plus une telle estimation. Mais elle rappelle cependant que le directeur de la maison d’arrêt de Fresnes (Val-de-Marne) avait estimé lui-même en 2015 qu’environ 60 % des détenus étaient de confession musulmane.

    A Fleury-Mérogis (Essonne), la plus grande prison d’Europe, « la situation est équivalente », affirme-t-elle. « La proportion n’est pas la même ailleurs en France », précise Mme Hazan, qui reconnaît plus généralement que « la surreprésentation en détention des populations issues de l’immigration s’est en outre accentuée avec le doublement de la population carcérale en trente ans. »

    La politique pénale serait socialement discriminante

    Seuls deux chiffres officiels existent. La proportion de détenus de nationalité étrangère, qui atteint plus de 18 %, contre 6,4 % sur le territoire national, et le nombre de personnes qui s’inscrivent pour obtenir un plateau-repas spécial pendant le mois du ramadan. En 2016, ils ont été 18 630, soit 27,5 % de la population carcérale, à solliciter ce repas du soir plus copieux. « Un chiffre stable depuis quelques années », précise Mme Kensey.

    Cette population de détenus est surtout présente dans les maisons d’arrêt (réservées à la détention provisoire et aux peines inférieures à deux ans) et dans les établissements pour mineurs, où la proportion atteint 29 %. Dans les maisons centrales, ces prisons pour longues peines réservées aux criminels et au grand banditisme, seuls 14 % des détenus s’inscrivent pour les repas aménagés pendant le ramadan.

    Laurent Mucchielli, sociologue à l’université d’Aix-Marseille, directeur de recherche au CNRS, avance une première explication de nature politique : « La délinquance de rue, celle des miséreux, mène en prison ; la délinquance des riches, comme la fraude fiscale ou l’escroquerie, se conclut sur des transactions ou des amendes. » Par exemple, en matière d’évasion fiscale à l’étranger, « la cellule de Bercy ne saisit la justice que lorsque la négociation avec le délinquant a échoué ».

    La politique pénale serait socialement discriminante. La demande sociale, et donc politique, pour la répression de la délinquance de rue (vols à l’arraché, cambriolages, violences, petits trafics de stupéfiants, etc.) est plus forte que pour la répression de la délinquance en col blanc.

    Petite délinquance répétitive

    La volonté d’accélérer la réponse pénale pour les petits délits qui ne nécessitent pas d’investigation longue s’est traduite par un durcissement de la justice. Les procureurs, notamment évalués sur leur capacité à traiter rapidement les affaires, orientent de plus en plus de dossiers vers les comparutions immédiates et les déferrements en comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC).

    Or, ces procédures débouchent le plus souvent sur des peines de prison (Justice ou précipitation. L’accélération du temps dans les tribunaux, collectif, Presses universitaires de Rennes, avril 2016, 216 pages, 22 euros).

    Ce vendredi 14 octobre à Nanterre, la seizième chambre du tribunal correctionnel tient, comme tous les jours, l’audience des comparutions immédiates. Une litanie désespérante de la petite délinquance répétitive face à laquelle la justice ne sait plus quoi proposer comme solution, à part envoyer en prison.

    Karim A. arrive menotté dans le box après une nuit de garde à vue pour avoir volé la veille dans un magasin Décathlon, alors qu’il était en état d’ivresse, deux montres de 35 euros et 20 euros. Etait-ce pour les revendre afin d’acheter de l’alcool ou du cannabis ? Le président du tribunal n’obtiendra pas de réponse. Mais le jugement tombe : deux mois de prison ferme avec un mandat de dépôt, c’est-à-dire qu’il est emmené directement de la salle d’audience à la prison pour y effectuer sa peine.

    « Désocialisé et pauvre », « issu de l’immigration »

    Plus que les faits pour lesquels cet homme de 35 ans était jugé, son parcours et son casier judiciaire ont justifié la sanction. En dix-sept ans, il a été condamné à quinze reprises pour une succession de violences en état d’ivresse et autres vols, et il a déjà fait plusieurs séjours en détention.

    Pour tenter d’amoindrir la sévérité du glaive de la justice, l’avocate de permanence en cet après-midi pluvieux invoque, non sans raison apparente, « la faiblesse des facultés mentales » de cet homme qui vit avec les 430 euros de son revenu de solidarité acrive (RSA) chez sa concubine, elle-même sous curatelle.

    Le déroulé de cette audience confirme que les critères socio-économiques de cette petite délinquance sont à l’origine de la surpopulation carcérale. Sur les sept hommes qui ont comparu ce vendredi, deux ont vécu une partie importante de leur enfance dans des foyers de l’Aide sociale à l’enfance faute de cellule familiale stable et un seul a le bac.

    Aujourd’hui, un est sans domicile fixe (SDF) et sans la moindre ressource, un est au RSA, deux sont au chômage, deux ont des contrats précaires – à durée déterminée (CDD) et intérim – et un seul a un contrat à durée indéterminée. Deux sont nés à l’étranger, mais tous sont français. Quatre sont Noirs (un d’Haïti et trois d’origine africaine) et trois d’origine maghrébine. Aucun Blanc n’a été traduit en comparution immédiate ce 14 octobre. « Désocialisé et pauvre » semblerait pouvoir s’associer, à Nanterre, avec « issu de l’immigration ».

    L’échec scolaire et le quartier

    « L’origine n’est pas le facteur explicatif de tel ou tel délit », affirme Laurent Mucchielli. Dans l’étude statistique sur 600 jeunes délinquants qu’il s’apprête à publier, l’universitaire a examiné parmi les différents critères, la nationalité, le pays de naissance et le prénom.

    Trois facteurs déterminants ressortent : la sphère familiale, l’échec scolaire et le quartier. « Un adolescent fragile qui habite dans une cité dégradée aura plus de probabilité de basculer dans la délinquance », observe-t-il.

    La taille des fratries est également un facteur. Marwan Mohammed, chargé de recherche au Centre Maurice-Halbwachs (Ecole normale supérieure, Ecole des hautes études en sciences sociales, CNRS), a travaillé sur les phénomènes de bandes sur plusieurs générations.

    « Quand on élimine de l’étude les individus issus de grandes fratries, le critère de l’origine n’apparaît plus pertinent dans l’appartenance à une bande », constate-t-il. Or, « ce sont les familles d’immigration récente qui ont les familles les plus nombreuses », précise-t-il.

    Cumulé à de faibles ressources et à l’absence de réseau social, cela est souvent synonyme d’enfants qui traînent dans la rue, faute d’un logement adapté, et d’échec scolaire.
     
    Risque de discriminations en amont

    Une étude particulièrement fouillée réalisée en 2000 par l’Insee et l’administration pénitentiaire sur « l’histoire familiale des hommes détenus » avait identifié ce déterminant. Le risque d’incarcération était alors quatre fois plus important pour une personne issue d’une famille de cinq enfants par rapport à celle n’ayant qu’un frère ou une sœur.

    Cette recherche, qui n’a malheureusement pas été renouvelée faute de crédits, révélait également que 30 % des personnes incarcérées avaient un père qui ne leur avait jamais parlé en français pendant leur enfance.

    A ces critères socio-économiques vient s’ajouter le risque de discriminations en amont de la machine judiciaire, sans parler des contrôles au faciès par les forces de l’ordre déjà largement documentés.

    Les contrôles fréquents sont susceptibles de provoquer davantage de protestations, qui en tant que telles peuvent justifier un renvoi en comparution immédiate sur des qualifications pénales d’« outrage à agent » ou de « rébellion », voire de « menaces de mort », comme ce « fils de putes, je vais vous niquer, je vais tous vous buter avec vos familles », rapporté vendredi au tribunal de Nanterre.

    Automatismes

    Sans instruire de procès d’intention, il est plus facile pour la police, à délits équivalents, de contrôler ceux qui consomment du cannabis au pied de leur immeuble que ceux qui le font dans leur appartement où ils ont la place de recevoir leurs amis.

    Le chercheur Patrick Peretti-Watel a ainsi démontré que la population des personnes interpellées pour usage de cannabis était beaucoup plus populaire que le profil des consommateurs dessiné par les enquêtes déclaratives.

    Ces discriminations ne sont pas du racisme, mais relèvent d’automatismes, analyse Marwan Mohammed, qui cite l’exemple d’un observateur d’écrans de vidéosurveillance obligé de faire des choix : « Si au même moment deux caméras suivent deux groupes distincts, l’un de jeunes Maghrébins, l’autre d’étudiants blancs, quelle caméra va-t-il sélectionner ? »

    La procédure judiciaire peut ensuite accentuer les inégalités de départ. Une étude menée par l’université de Nantes sur 7 000 dossiers correctionnels a démontré que la justice n’opérait pas de discrimination à raison de la naissance du prévenu. En tout cas, pas directement.

    Le lieu de naissance n’a pas d’impact sur la peine, mais pèse sur le choix de la procédure. Deux critères ont été ainsi identifiés comme facteurs de peines plus lourdes. « A délit équivalent, le risque de peine de prison ferme est huit fois plus lourd pour une personne jugée selon la procédure de comparution immédiate », explique Claire Saas, désormais enseignante en sciences criminelles à la faculté Jean-Monnet de Sceaux (université Paris-Sud).

    « Le juge est comme tout le monde, il a ses préjugés »

    Pour un prévenu qui comparaît détenu, le facteur multiplicateur est de cinq. Or, révèle cette étude, « la probabilité d’une comparution immédiate est trois fois plus probable » pour une personne née à l’étranger. « Et la détention provisoire à son encontre est décidée 4,8 fois plus que pour un prévenu né en France » (La Réponse pénale, dix ans de traitement des délits, coordonné par Jean Danet, Presses universitaires de Rennes, 2013).

    En fait, les magistrats ont peur, comme avec les SDF, de voir les personnes nées à l’étranger se soustraire à d’éventuelles convocations ultérieures.

    « Le principal motif de détention provisoire en matière correctionnelle est le risque de récidive », rappelle le procureur général d’une grande cour d’appel chargé de faire appliquer la politique pénale. Mais un magistrat prend cette décision notamment au regard des « garanties de représentation ». Un critère légal qui recouvre l’existence de liens familiaux, d’un emploi, d’un logement, etc.

    Le magistrat fera davantage confiance à une adresse dans un beau quartier que dans une cité de banlieue mal famée. « Le juge est comme tout le monde, il a ses préjugés », remarque Jean-Marie Delarue, qui fut le premier contrôleur des prisons. Et de relever que « la tchatche des jeunes des cités est à l’opposé de la culture du juge ».

    Les différences sociales et culturelles seraient ainsi un facteur de recours à la détention provisoire par précaution… qui produit mécaniquement des peines de prison plus fréquentes et plus longues.
    La prison, un moment dans la « carrière »

    Ces peines sont à l’origine du surpeuplement des maisons d’arrêt d’Ile-de-France, de Toulouse ou Marseille. Celles-là même qui concentrent les préoccupations liées aux risques de radicalisation islamiste.

    La surreprésentation des jeunes des cités de banlieue dans les maisons d’arrêt rejoint la question des courtes peines, selon Mme Hazan. Avec un effet pervers, notamment chez les jeunes qui tirent leurs revenus des trafics de stupéfiant. « La prison est intégrée comme un risque du métier, un moment temporaire dans la “carrière” que ces jeunes reprendront en sortant, s’ils ne la poursuivent pas en détention », analyse M. Khosrokhavar.

    Autre inégalité devant la justice, la capacité à être bien conseillé ou défendu. Le système de l’aide juridictionnelle et des avocats commis d’office est censé garantir un accès égal à tous. Mais parfois, une défense de qualité ressemble à un objectif théorique.

    Pour les comparutions immédiates ou les CRPC, l’avocat commis d’office rencontre le prévenu, qui ne sera sans doute jamais son « client », quelques minutes, ou au mieux deux ou trois heures, avant l’audience.

    Jugé sans avocat

    Certains n’ont même pas d’avocat. C’est le cas de trois des sept prévenus passés devant la seizième chambre de Nanterre. « Je ne sais pas pourquoi mon avocat n’est pas venu », s’interroge Oumar S., dont l’affaire avait été renvoyée à ce 14 octobre.

    Il ne sait manifestement pas que l’avocat commis d’office pour une garde à vue ou une comparution immédiate ne le suit pas en cas de renvoi à un procès ultérieur. C’était à lui de déposer une demande d’aide juridictionnelle et de choisir un avocat. Lui a-t-on jamais dit, ou l’a-t-il oublié ? Ce n’est pas l’affaire du tribunal, il est jugé sans avocat.

    Une fois la peine prononcée, la prison devrait être la même pour tous. Or, certains publics échappent aux possibilités d’aménagement de peine.

    Jean-Claude Bouvier, juge d’application des peines (JAP) à Paris, a mené lorsqu’il était au tribunal de Créteil en 2013 une étude pour comprendre pourquoi « on ne voit jamais certains détenus aux audiences d’aménagement de peine ». Quatre-vingts détenus de la prison de Fresnes ont été entendus ainsi que les conseillers pénitentiaires d’insertion.

    Sans surprise, ce sont les condamnés à des peines inférieures à six mois ou un an qui échappent le plus aux aménagements, compte tenu des délais d’audiencement devant le JAP. A l’intérieur même de ce groupe, les personnes précaires, désocialisées et sans famille stable bénéficient moins d’accompagnement et d’aménagement de peine, en raison de ces « garanties de représentation » et de leur prisme discriminant.

    Cercle vicieux

    Le problème est que les courtes peines n’offrent guère de temps pour mettre sur pied des projets d’insertion ou pour profiter d’une formation en détention. Or, ces « sorties sèches » sans aménagement ni accompagnement sont statistiquement synonymes de risque plus élevé de récidive. Cela ressemble à un cercle vicieux.

    Ces facteurs, l’une des explications de la forte proportion d’étrangers et de personnes issues de l’immigration en prison, ne sont pas propres à la France. En Europe, « la proportion d’étrangers en détention est en moyenne le triple de celle dans la population du pays concerné », observe Jean-Marie Delarue. En Allemagne, par exemple, ce taux est de 30 %, selon les derniers chiffres du Conseil de l’Europe. Il atteint 41 % en Belgique.

    Reste la question du lien entre population issue de l’immigration et islam. Il n’est pas automatique. L’expression religieuse en détention est souvent de nature différente comparée à l’extérieur, comme le démontre une étude dirigée par Claire de Galembert, chercheure au CNRS, spécialiste des religions à l’Institut des sciences sociales du politique (ENS Paris-Saclay).

    « Le succès du religieux dans ses versions les plus intensives et collectives » peut s’expliquer par le besoin d’un « idiome de substitution », écrit-elle (De la religion en prison, collectif, Presses universitaires de Rennes, mars 2016, 360 pages, 20 euros). La religion serait un révélateur de « la vacuité de la peine » et de la violence que produit la prison.
     
    « L’islam, élément de socialisation »

    « L’islam peut faire partie de l’expression de la révolte en étant un élément de socialisation en prison : je ne suis ni français ni arabe, mais je fais partie d’une communauté qui a une identité universelle », explique M. Khosrokhavar. Là encore, le sujet recouvre celui des courtes peines.

    Au final, la revendication musulmane en prison résulterait en partie de la détention elle-même. Elle s’exprime d’autant plus facilement qu’elle est véhiculée parmi une population jeune, en rupture, et issue de l’immigration.

    Mais à l’origine, il s’agit bien d’une question sociale. « On ethnicise les choses pour occulter le facteur social », affirme M. Mucchielli, qui a étudié 489 comparutions immédiates au tribunal de Nice entre 2012 et 2013 (Délinquances, police, justice. Enquêtes à Marseille et en région PACA, avec Emilie Raquet, Presses universitaires AMU, 2016, 300 pages, 25 euros).

    « Les conditions sociales se culturalisent, se confessionnalisent et s’autonomisent par rapport à leur condition d’émergence », confirme M. Khosrokhavar. Une remarque qui ne retire rien au problème posé par le risque de radicalisation en détention. Surtout que, constate-t-il, « en raison du vide idéologique, il n’y a guère plus que le djihad sur le marché de la révolte ».

    Jean-Baptiste Jacquin
    Journaliste