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mercredi 20 février 2019

France: gare à dépeindre tout un peuple, notamment l'ensemble de ses couches populaires, en antisémites et racistes. C'est inexact.

 
 L'antisémitisme, le racisme, la xénophobie, et même l'homophobie sont des fléaux persistants dans les différentes classes sociales françaises. 

Ils doivent être dénoncés puis combattus avec la même fermeté sans la moindre indulgence, en veillant de ne pas donner ou laisser l'impression (vraie ou fausse) d'une instrumentalisation politique sur fond de mémoire sélective et d'acharnement opportun contre un mouvement de revendication sociale que certains veulent acculer à la "faute" impardonnable en le dépeignant comme entièrement antisémite et raciste.

C'est faux et archi-faux

Les Français dans leur ensemble ne sont pas plus antisémites, racistes, xénophobes, ou homophobes que d'autres peuples du monde....

L'indignation et la condamnation de ces fléaux doivent simplement être d'égale intensité et fermeté, quels que soient les victimes, les auteurs, les milieux, et même les communautés d'intérêts.

JDE








Antisémitisme, racisme, propos haineux... la législation en vigueur en France

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Le 19 février 2019, environ 80 tombes du cimetière juif de la ville alsacienne de Quatzenheim, au nord-ouest de Strasbourg (Est), sont découvertes profanées.REUTERS/Vincent Kessler
 
Des mesures concrètes pour lutter contre l'antisémitisme. C'est ce que vont demander ce mercredi soir des représentants de la communauté juive à Emmanuel Macron, lors du dîner du Crif, le Conseil représentatif des institutions juives, où le président sera présent. Mardi soir, des milliers de personnes se sont rassemblés à Paris et dans toute la France pour dénoncer les actes antisémites. Ils sont en recrudescence ces derniers jours, cimetière juif profané dans l'est de la France, tags sur un portrait de Simone Veil… Retour sur la législation en France concernant les actes antisémites.
La loi est très claire et elle est très stricte. Et même si l'antisémitisme se distingue du racisme, la loi ne fait pas la différence entre ces deux termes juridiquement donc, il s'agit d'une seule et même infraction.
Quand une personne tient un propos ou commet un acte à caractère raciste, le Code pénal précise que ces faits sont passibles d'un an d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende. Cette peine a d'ailleurs été durcie il y a deux ans.

Tous ces faits se sont déroulés dans la rue, donc en public, mais les sanctions prescrites par le Code pénal s'appliquent aussi lorsque des injures sont tenues sur internet et on en voit de plus en plus qui pullulent avec les réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter.

Il faut le rappeler, tous les propos tenus sur internet sont publics. Donc si certains tweetent ou publient sur Facebook des messages à caractère raciste ou antisémite, ils tombent aussi sous le coup de la loi. La loi qui impose d'ailleurs aux sites internet la mise en place de systèmes de contrôles pour lutter contre ces infractions.

Le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé mardi qu'il souhaitait légiférer, si possible avant l'été, pour endiguer le « foisonnement des paroles haineuses, antisémites ou racistes, sur les réseaux sociaux ».

Le député Les Républicains, Eric Ciotti, a de son côté déposé ce mercredi une proposition de loi pour mieux lutter contre l'explosion des actes antisémites.

(Ré) écouter : Quelles mesures contre l'antisémitisme ? (Reportage France)

mardi 17 octobre 2017

A Ceuta, les migrants homosexuels doublement dans l’impasse

Dans l’enclave espagnole, des dizaines de gays tentent d’obtenir l’asile en Europe. Mais leur orientation sexuelle ne suffit pas à prouver qu’ils sont en danger dans leur pays.


Ismaël* ne fuit pas la guerre. Ni la misère. Il est marocain, homosexuel et a quitté son pays à cause de « ça » : « Les gays sont détestés chez nous. Ils provoquent une sorte de malaise chez les gens. Ils les dérangent profondément pour des raisons qui m’échappent encore. » La culture, la religion. La loi surtout. S’ils ne peuvent pas se comporter librement, les homosexuels craignent avant tout pour leur sécurité. Dans un pays où les relations sexuelles entre personnes du même sexe, dites « contre nature », sont passibles de trois ans de prison, ils risquent non seulement d’être incarcérés, mais aussi d’être agressés et persécutés au quotidien.

 
Il y a neuf mois, Ismaël s’est rendu à Ceuta pour demander l’asile en Espagne sur la base de son orientation sexuelle. Originaire d’Oujda, dans le nord-est du royaume, le jeune homme de 24 ans vit depuis dans le centre d’accueil temporaire pour les immigrés (CETI), à Ceuta. Là, environ 80 homosexuels ont trouvé refuge parmi plus de 900 migrants – le centre abrite presque le double de sa capacité. La plupart sont marocains et algériens, mais il y a aussi des subsahariens. Par peur de représailles des autres habitants du centre, l’équipe du CETI donne très peu d’informations sur ce groupe particulièrement vulnérable.

Roué de coups par trois hommes

A Melilla aussi, l’autre frontière terrestre entre l’Afrique et l’Union européenne, plusieurs dizaines d’homosexuels espèrent obtenir le statut de réfugié. Ils rêvent de se retrouver sur une terre « où l’on peut être soi-même, sans se méfier constamment », explique Ismaël.

Pour lui, le cauchemar a commencé à l’école. « Durant toute ma scolarité, j’ai été malmené parce que j’étais le petit pédé », confie le jeune Marocain. En 2016, Ismaël a été agressé dans la rue, roué de coups par trois hommes qui le suivaient dans les rues d’Oujda. « Quand je suis allé porter plainte, les flics ont compris que j’étais gay. Ils m’ont demandé pourquoi les hommes m’avaient frappé. Puis ils m’ont posé des questions qui n’avaient rien à voir avec l’agression et ont confisqué mon portable. » En fouillant son téléphone, la police a trouvé des photos compromettantes. Ce soir-là, Ismaël n’est pas rentré chez lui. « Ils m’ont jeté dans une cellule. Trois semaines plus tard, j’étais jugé pour homosexualité. » Verdict : deux mois de prison ferme.

 
Au Maroc, les arrestations et les violences homophobes se sont multipliées ces dernières années. En 2015, deux hommes ont été arrêtés pour s’être embrassés dans la rue à Rabat. Leur photo d’identité a été dévoilée à la télévision publique, ce qui avait entraîné des manifestations devant leur domicile. Un an plus tard, le lynchage d’un couple d’homosexuels à l’intérieur de leur maison à Beni Mellal a particulièrement marqué les esprits. Malgré les cris d’alarme des associations et des organismes internationaux, le gouvernement marocain refuse de changer de position. Le ministre d’Etat chargé des droits de l’homme, Mustapha Ramid, a même qualifié les homosexuels « d’ordures », en marge d’une réunion du Conseil national des droits de l’homme (CNDH) sur la prévention de la torture fin septembre. La vidéo de ses propos homophobes, qui ne sont pas les premiers, a été diffusée le 12 octobre sur Internet et provoqué l’ire des associations de défense des droits de l’homme.

Mais la chasse aux homosexuels ne sévit pas qu’au Maroc. Selon le rapport 2017 de l’Association internationale LGBT (ILGA), 72 pays pénalisent toujours l’homosexualité. En Iran, au Nigeria, au Soudan, en Somalie ou encore en Arabie saoudite, elle est passible de la peine de mort. Partout dans le monde, des femmes et des hommes quittent leur pays pour fuir les violences réservées aux minorités sexuelles. Une information qui échappe aux statistiques car, la plupart du temps, ces migrants masquent les motifs réels de leur exil forcé, compliquant davantage leur accès à l’asile.

« Persécution pour orientation sexuelle »

Depuis un arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) rendu en novembre 2013, les homosexuels peuvent officiellement revendiquer appartenir à un « certain groupe social ». Une condition nécessaire pour prétendre au statut de réfugié en vertu de la Convention de Genève. Avant cette date, plusieurs pays, dont l’Espagne, avaient déjà commencé à accueillir des migrants pour « persécution pour orientation sexuelle ».

Encore faut-il le prouver. Car, dans sa décision, la CJUE stipule que la persécution doit atteindre « un certain niveau de gravité ». L’existence d’une loi pénalisant l’homosexualité dans le pays d’origine ne suffit pas à donner droit au statut de réfugié. Les procédures varient selon les pays, qui doivent évaluer eux-mêmes la crédibilité de la requête. « Les pays européens estiment qu’il faut réduire l’octroi du statut de réfugié dans les pays du Maghreb, considérés comme stables. C’est vrai que le Maroc est un pays sûr, mais pas pour tout le monde. La communauté LGBT est persécutée de fait, puisqu’elle doit se cacher et vivre dans la peur », avertit une membre du collectif Aswat, qui milite anonymement depuis 2013 pour la défense des minorités sexuelles au Maroc.

Pour constituer un dossier de demande d’asile liée à leur homosexualité, les migrants doivent apporter les preuves de la discrimination fondée sur leur orientation sexuelle ou sur leur identité de genre. « Ils veulent des photos des coups portés sur notre corps. Un certificat de passage à l’hôpital, un casier judiciaire, un enregistrement… Et, en plus, démontrer que cela est lié à notre orientation sexuelle », témoigne, découragé, un Algérien de 32 ans qui n’a pas réussi à rassembler tous les papiers.

Climat de méfiance

Beaucoup renoncent ainsi à demander l’asile. Sur environ 80 homosexuels au CETI de Ceuta, seule une douzaine a déposé une requête, d’après l’ONG Human Rights Watch (HRW). Outre la complexité des dossiers, la lenteur de la procédure décourage les migrants. Depuis la décision de la CJUE en 2013, face à l’afflux des demandes, les autorités espagnoles ont ralenti l’examen des dossiers, soupçonnant parfois des cas de migrations économiques déguisées.

Désormais, il faut attendre au moins un an avant d’être transféré vers la péninsule. « Pour atteindre plus vite les côtes européennes, ils préfèrent tenter leur chance et se faire expulser en Espagne en tant que migrants clandestins, explique Judith Sunderland, directrice adjointe de la division Europe et Asie centrale de HRW. Les autorités espagnoles imposent un choix terrible à des personnes qui ont besoin de protection. Ils opèrent une politique de découragement qui est inadmissible. »

 
Au CETI, l’attente est longue. Surtout pour ces dizaines de migrants homosexuels vivant toujours dans la menace. « Ceuta, c’est comme le Maroc, regrette Ismaël. Presque naïvement, peut-être pour me donner de l’espoir, j’ai pensé qu’en arrivant ici, je serais enfin en sécurité. » Mais à l’intérieur du centre comme dans les rues de Ceuta, les personnes LGBT sont toujours persécutées. « Deux personnes ont été agressées sexuellement dans le centre-ville », poursuit le jeune Marocain.

 
Pour certains migrants du CETI, l’homosexualité est vue comme un prétexte. « Si tu dis que tu es gay, on te donne l’asile tout de suite. C’est faux ! », déclare un Nigérian de 28 ans. « Peut-être que c’est vrai et que ce n’est pas facile pour eux, reconnaît un autre Nigérian. Mais nous, on a de vrais problèmes. On devrait passer avant eux ! » Dans ce climat de défiance, Ismaël, comme les autres membres de ce petit groupe fermé, ne sort pratiquement plus. Il se fait discret, protégé par les travailleurs sociaux. « Si les autres migrants apprenaient ce qu’on fait ici, ils nous tueraient. »

* Le prénom a été modifié.

vendredi 26 juin 2015

L’homophobie, une des formes du racisme

Par Lilian THURAM footballeur, a créé la Fondation Education contre le racisme
Libération 25 juin 2015

 
TRIBUNE

Dans le sport, la norme est hétérosexuelle. A la veille de la Gay Pride, il s’agit de déconstruire les préjugés.

Longtemps, j’ai cru qu’il n’y avait que des homosexuels blancs. Je suis né en Guadeloupe, dans une culture que l’on peut aisément qualifier de «macho», où tous les hommes seraient hétérosexuels. Je sais maintenant que cela n’est pas vrai. Les actions que je mène avec ma fondation découlent de cette expérience, et nous ne cherchons qu’une chose : éduquer contre le racisme. Or, pour moi, l’homophobie est une des multiples formes du racisme. Chaque discrimination a ses spécificités, certes, mais toutes suivent le même mécanisme : l’infériorisation de l’autre. Je vais discriminer l’autre sous n’importe quel prétexte, parce qu’il est noir, blanc, musulman, chinois, petit, gros, parce qu’elle est une femme, parce qu’il est homosexuel.

En ce sens, le travail mené par Anthony Mette, auteur de Les homos sortent du vestiaire ! (éd. Des ailes sur un tracteur), illustre le mécanisme de construction de l’homophobie. En tant qu’ancien sportif professionnel, je suis attentif à cette question, si présente dans le milieu sportif. Une grande partie de mon travail actuel est axée sur la lutte contre le racisme ; mais, lorsque nous intervenons dans des classes, ou auprès de jeunes sportifs, le thème de l’homosexualité apparaît rapidement. Ceci est marquant chez les jeunes et les hommes. Presque toujours, le rejet des homosexuels est argumenté à partir de croyances religieuses : beaucoup de jeunes nous expliquent que l’homosexualité est «interdite» par leur religion. Mais peu importe, je leur propose de penser en dehors des religions, et par eux-mêmes.
L’intérêt du travail d’Anthony Mette est de traiter de l’homophobie dans le sport, sous l’angle de la dynamique de groupe. Il explique que ce n’est pas le fait de faire du sport qui vous rend homophobe ; mais plutôt le fait de se retrouver en groupes de même sexe. Dans le sport, la norme reste hétérosexuelle. Les sportifs cherchent à renforcer cela et défendent une certaine vision de la masculinité. Je ne pense pas que les sportifs soient homophobes, mais ils se montrent hostiles aux homosexuels pour s’intégrer au groupe. C’est à partir de ce constat qu’il faut agir.

«On ne naît pas raciste on le devient». C’est la pierre angulaire de la fondation Education contre le racisme. Le racisme est avant tout une construction politique. L’histoire et l’environnement dans lesquels nous évoluons nous conditionnent à nous voir comme des Noirs, des Blancs, des hétérosexuels, des Maghrébins, des Asiatiques. Ensuite, il devient facile de déconsidérer l’autre parce que, justement, il est «différent». Il est essentiel de remettre au centre du débat la notion d’égalité. Dans les classes, je demande toujours aux jeunes s’il est juste qu’un être humain ait moins de droits qu’un autre. Très vite, ils répondent unanimement non. Ils ont assimilé le principe d’égalité des droits. Pourtant, si vous leur demandez si une femme lesbienne a les mêmes droits qu’une femme hétérosexuelle, ils deviennent plus hésitants. Alors, il faut déconstruire leurs préjugés, démontrer et insister sur les règles d’égalité devant la loi. Il faut éduquer à l’égalité et au respect de l’humain, ce par quoi nous sommes tous égaux.

De même, il me paraît fondamental d’éduquer les éducateurs. Les formations des entraîneurs-éducateurs sont axées sur la partie entraînement. Peu de place est laissée aux principes fondamentaux de l’éducation. On connaît les changements actuels et les difficultés que rencontre la société sur le vivre ensemble. Le sport n’est pas épargné. Au contraire. Alors, comment s’assurer que les entraîneurs ne tiennent pas de discours homophobes sans en avoir conscience ? Comment gèrent-ils la diversité dans leurs groupes ? Comment réagissent-ils devant des actes et des propos racistes ? S’y sentent-ils préparés ? Il faudrait qu’une formation sur ce thème soit inscrite dans leur cursus. Leur rôle est fondamental.

J’ai consacré plus de quinze années de ma vie au football professionnel. Je connais l’importance de la victoire, de la compétition. Néanmoins, les valeurs du foot restent le dépassement de soi et le plaisir partagé. Sur les terrains, beaucoup d’entraîneurs de jeunes privilégient la victoire au détriment du progrès. A mon sens, c’est une erreur. Le sport m’a permis d’apprendre sur moi, de dépasser mes limites, d’être confronté à moi-même et d’avancer avec les autres. Car dans un sport collectif, on est obligé de travailler ensemble pour un objectif commun. Il faut se respecter les uns les autres pour avancer ensemble. Le sport peut être l’un des moyens les plus efficaces pour lutter contre les discriminations, l’homophobie et le racisme, et pour apprendre l’égalité et le respect de l’autre.


"À la fin, l’amour devrait toujours gagner."

ÉDITO

Les Américains, dont la Cour suprême vient de légaliser le mariage gay, ont notamment célébré la nouvelle en parant la Maison Blanche des couleurs de l'arc-en-ciel. La France, elle, n'a pas fêté l'égalité des droits en 2013.

Et soudain, la Maison Blanche se pare du drapeau arc-en-ciel. Rouge, orange, jaune, vert, bleu, violet : l’illumination, vendredi soir, de la façade néoclassique de l’édifice washingtonien fut aussi brève que pleine de symboles. Juste après l’annonce de la décision, historique, de la Cour suprême américaine de légaliser le mariage homosexuel, les avatars Twitter et Facebook de la White House arboraient, eux aussi, le rainbow flag. ‪#‎Lovewins‬ : «l’amour est vainqueur». Barack Obama, premier président américain en exercice à se déclarer en faveur du mariage gay, tient à montrer qu’il soutient corps et âme cette décision, qui représente, selon ses propres termes, «une victoire pour l’Amérique». «Lorsque tous les Américains sont traités de manière égale, nous sommes tous plus libres.»

A la fin, l’amour gagne. Peu importe que le président américain n’ait pas toujours soutenu le mariage entre personnes de même sexe avec autant d’enthousiasme. Peu importe, aussi, qu’il ait déclaré, en 2008, cette phrase que n’aurait pas reniée Christine Boutin : «Je crois que le mariage, c’est entre un homme et une femme. Pour moi, en tant que chrétien, il s’agit d’une union sacrée.» Peu importe que son point de vue ait évolué en fonction de l’adhésion de l’opinion publique à la question – d’après un récent sondage Gallup, 60% des Américains sont désormais en faveur du mariage homosexuel, alors qu’ils n’étaient que 40% en 2008. Peu importe car, ce qui compte, c’est la fête de mariage ; et elle fut belle.

Et en France ? La comparaison est douloureuse. L’opinion y est tout aussi favorable, pourtant : les Français se prononcent désormais à 67% en faveur du mariage pour tous, soit 9 points de plus qu’en avril 2013, malgré la forte mobilisation des «antis». Comme Obama, Hollande n’était pas un fervent partisan du mariage gay. Plus indifférent qu’opposant, il n’a pas su trouver les mots pour transformer la victoire législative en victoire politique et opération de com, oscillant entre cafouillages et concessions aux «antis».

Il n’y a pas eu, en 2013, d’Elysée, de Palais-Bourbon ou d’Arc de triomphe arc-en-ciélisé. Et quand trois mois après l’adoption définitive de la loi, Paris fête le 14 Juillet en habillant la tour Eiffel des couleurs de l’arc-en-ciel, la mairie de Paris préfère couper court à toute interprétation : il ne s’agit que d’un hommage à l’Afrique du Sud, nation de Nelson Mandela. On célébrait pourtant la devise de la république, «Liberté, Egalité, Fraternité» (quand le thème de 2012 était le disco). Pourquoi autant de fraîcheur ? Pourquoi, quand on pourrait fêter l’égalité des droits, se recroqueviller sur la peur de faire des vagues ?Pourquoi, quand le combat est gagné, y compris dans l’opinion, céder aux opposants ?

Oui, c’est vrai, l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe ne règle pas tous les problèmes du pays, l’insupportable chômage de ses jeunes, son obsession identitaire sans cesse réchauffée par l’extrême droite. Mais fêter le mariage pour tous aurait montré une idée de la république offensive, joyeuse, fraternelle, optimiste, ouverte, au lieu d’une république ligne Maginot, resserrée sur elle-même et excluant pour ses enfants. C’est ce contraste entre deux victoires pour l’égalité que les images américaines ont saisi : le mariage pour tous valait bien une grand-messe républicaine.

Johan HUFNAGEL et Johanna LUYSSEN, Libération, 29 juin 2015
 

jeudi 14 mai 2015

La prévalence de l'Homophobie en France, une réalité déplorable à analyser jusqu'au bout


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Il faut parfois analyser jusqu'au bout la prévalence d'une triste réalité, celle de l'homophobie persistante dans la société française, voire son exacerbation depuis la légalisation souhaitée et majoritairement soutenue (y compris par moi) du mariage pour tous. Je le constate souvent amèrement chez les français issus de l'immigration africaine, ou bonnement les ressortissants africains.

La tristesse pour ne pas en dire plus, c'est de constater que la "communauté" LGBT française se tienne à très bonne distance de toutes les autres causes humanistes, voire ne se sente pas souvent concernée par toutes ces autres stigmatisations endurées au quotidien par tant de Français (indépendamment de leur orientation sexuelle), notamment par les minorités dites visibles. Elle donne ainsi cette impression (qui est peut-être erronée, j'en conviens), qu'en dehors des revendications portées et défendues par les organisations LGBT, toutes les autres discriminations sont secondaires, voire ne comptent pas.

Pour combattre l'Homophobie, notamment en Afrique aussi, il faut évidemment éviter toute tentation de concurrence entre les victimes de stigmatisations et discriminations. Pour autant, une cause humaniste n'a de sens que lorsqu'elle sait rassembler, généraliser ses acquis ou victoires, et s'assurer que toutes les autres revendications peuvent présenter un intérêt (pour ne pas dire le même intérêt); tant auprès des décideurs politiques, économiques, que des grands médias.

Je vous remercie

Joël Didier Engo

Homophobie: une stigmatisation au quotidien

Par Anne-Claire GENTHIALON 11 mai 2015, Libération.fr

Le rapport annuel de SOS Homophobie rendu public ce mardi est alarmant.Ça se passe en France, en 2015. Deux années après le Mariage pour tous. Un hashtag «Homophobe et fier de l’être» qui circule sur Twitter. Un père qui casse le bras de sa fille après qu’elle a fait son coming-out. Des couples homosexuels agressés à coups de poing au visage en pleine rue.

C’est aujourd’hui que SOS Homophobie rend public son rapport. Et ce sont des LGBTphobies désormais «installées dans notre société» que l’association pointe dans son état des lieux annuel. En l’absence de statistiques des ministères de l’Intérieur et de la Justice, le rapport de l’association constitue le principal outil de mesure et d’analyse du phénomène en France. Un précieux indicateur qui se base sur les appels reçus sur la ligne d’écoute (lire ci-contre), les témoignages recueillis sur le tchat ou sur le site spécialement dédié aux adolescents Cestcommeca.net.

«Propos». Bilan ? Une baisse de 38% des témoignages enregistrés. En 2014, ce sont ainsi 2 197 personnes, essentiellement des hommes âgés de 25 à 50 ans et résidant hors d’Ile-de-France, qui ont contacté l’association, contre 3 517 pour le précédent rapport. Une accalmie suite aux débats concernant le mariage pour tous ? «Cette baisse est relative, pointe Yohann Roszéwitch, président de SOS Homophobie. Ce sont juste les propos généraux contre l’homosexualité et les personnes LGBT dans leur ensemble qui ont fortement reculé en 2014. Pas l’homophobie.»

Si les victimes se taisent, en effet, de moins en moins, le nombre de témoignages enregistrés en 2014 reste bien supérieur aux 1 556 comptabilisés en 2011, dernière année pré-mariage pour tous. «Le mariage pour tous a libéré la parole homophobe, celle-ci est maintenant ancrée dans la société», prévient Yohann Roszéwitch.

Climat. Le rapport souligne que «la haine et la violence» se manifestent toujours autant. Au travail, en famille, à l’école ou en pleine rue. Des garçons de café qui refusent de servir des «sales gouines». Une banque qui ne veut pas prendre en compte le changement de genre de Louise. Ou les collègues d’Arnaud qui lui assènent que « l’homosexualité, c’est pas normal, ça devrait rester pour soi». Si le nombre de témoignages diminue, les agressions physiques, qui avaient fortement augmenté en 2013, ne baissent que de 14% en un an (163 cas en 2014 contre 188 en 2013). Il y a une agression homophobe tous les deux jours en France. Pages Facebook («Pour bannir les homosexuels de la France»), commentaires d’articles, de vidéos («vermine crasseuse et dégénérée»), tweets («#SiMonFilsEstGay, je le brûle avec de l’essence sur un barbecue devant toute la famille») : selon le rapport, Internet continue d’être «le principal vecteur d’homophobie». La Toile se fait l’écho des violences «quotidiennes et ordinaires». Comme une caisse de résonance nauséabonde.

Autre fait pointé par le rapport : les jeunes semblent en être de plus en plus victimes du climat ambiant. «Le nombre de témoignages relatifs au milieu scolaire ne diminue que de 13%», relève le document. Et ceux liés au contexte familial augmentent de 11%. «Il est nécessaire de mettre en place une politique ambitieuse de prévention et de sensibilisation dès le plus jeune âge, insiste Roszéwitch. Mais il est aussi urgent que le gouvernement tienne ses promesses et cesse de reculer sur des sujets comme la PMA ou le changement d’identité de genre. En niant l’égalité des droits des LGBT, les pouvoirs publics justifient la hiérarchisation des personnes selon leur orientation sexuelle ou leur identité de genre. Et alimentent les LGBTphobies.»



En PDF:   Rapport de SOS homophobie

mardi 18 février 2014

Homophobie en Afrique, une drôle de perversité morale...parfaitement assumée


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Au-delà de l'argument légitime sur la souveraineté des États généralement avancé par les régimes obscurantistes et autoritaires africains dans leur "croisade" aux relents racistes contre l'Homosexualité - souveraineté curieusement à géométrie variable, selon que les mêmes sollicitent l'aide des odieux occidentaux, ou qu'ils violent systématiquement les droits humains les plus élémentaires de leurs concitoyens ...

Je suis néanmoins toujours frappé par la réelle perversité morale de tous ces homophobes revendiqués et vindicatifs en Afrique, qui ont l'imagination particulièrement alerte pour détecter des orientations et pratiques sexuelles - qui relèvent dans les sociétés africaines de la sphère strictement intime et privée des individus - et se montrent incapables de s'attaquer (tout seuls comme de grands pays souverains) à tant d'autres défis qui leur sont posés: lutte contre la pauvreté, l'analphabétisme, les maladies endémiques, la mauvaise gouvernance chronique, les dictatures héréditaires...et j'en passe.

Pourtant faire preuve du même "voyeurisme" dans l'éradication par ces États de ces fléaux socio-économiques qui freinent leur développement, expose inévitablement  aussi aux mêmes accusations d’ingérence dans leurs affaires intérieures, que pour la défense des droits des homosexuels (souvent supposés).

Tout de même drôle de conception de la souveraineté que celle-ci, essentiellement policière (à l'intérieur) et défensive (à l'extérieur); qui vise d'abord à limiter au maximum l'espace concédé par l'État répressif à la liberté individuelle.

Joël Didier Engo

mardi 7 mai 2013

Hollande An I : bilan encore très décevant en matière de lutte contre les discriminations



Source : Nouvelobs.com

Un an jour pour jour après l'élection de François Hollande, où en sommes-nous ? Les discriminations ont-elles reculé ? L'égalité a-t-elle progressé dans notre pays ?


République & Diversité, le think-tank présidé par Louis-Georges Tin, a mené l'enquête. En partenariat avec d'autres associations, le Planning familial, le CRANle Comité IDAHO , l'Association des Paralysés de France (APF), différents ministères ont été sollicités. Après des dizaines de personnes issues de la société civile se sont réunies sous la forme de jurys, pour évaluer l’action du gouvernement.

 

Baromètre du gouvernement de la lutte contre les discriminations - Classement général 
 
Taubira illumine l'Assemblée, Valls assombrit le tableau
Il y a évidemment des stars, des figures comme Christiane Taubira, qui a illuminé l'Assemblée ces derniers mois en défendant le mariage pour tous. Elle se retrouve logiquement dans le trio de tête avec Dominique Bertinotti et Valérie Fourneyron, elles aussi très engagées dans la lutte pour l'égalité. La ministre de la Famille s’est illustrée par sa connaissance fine des problématiques LGBT. La ministre des Sports, de la Jeunesse, de la Vie Associative et de l’Éducation populaire se démarque, de son côté, par des actions innovantes en matière de lutte contre le racisme.

Mais à côté d'elles figurent Aurélie Filippetti à la culture et Geneviève Fioraso, dont l'action est nulle ou quasi nulle, sans parler de Manuel Valls, qui semble avoir pour projet non pas de combattre, mais de renforcer les discriminations en France, d'où sa note négative (-1).

Les associations ont cherché, recoupé et agrégé les informations, rien n’y fait : pas la moindre mesure en faveur de l’égalité.

Vallaud-Belkacem isolée contre le sexisme
Sur le sexisme, Najat Vallaud-Belkacem n'a pas vraiment réussi à mobiliser ses collègues. Or, le combat est transversal, au cœur même de sa mission.

Concernant le handicap, très rares sont les ministères qui se sentent concernés. Au total, la moyenne générale est autour de 6/20. La vérité, c'est que Nicolas Sarkozy a fait beaucoup pour les discriminations ; François Hollande ne fait pas grand-chose contre...

Or le mot égalité n'est-il pas au fronton de toutes les mairies ? N'est-il pas au cœur de notre devise républicaine ? Ne figure-t-il pas dès l'article premier de notre Constitution ? Comment se fait-il que la lutte contre les discriminations soit si peu traitée par les ministres de ce gouvernement ?

Il faudrait sans doute que nos dirigeants méditent un peu plus cette phrase profonde, prononcée par Gambetta, l’un des pères de la IIIe République : "Le rôle de la République ne consiste pas à reconnaître des égaux, mais à en faire".

Nous sommes tous discriminables
De fait, contrairement à ce qu'on croit souvent, la lutte contre les discriminations ne concerne pas les minorités. Car nous sommes tous discriminables. Les femmes, les homosexuels, les personnes d'origine étrangère, les personnes en situation de handicap, les jeunes, les vieux, les habitants des quartiers populaires, ceux du monde rural, tout le monde peut être stigmatisé, discriminé. Évidemment, certains cumulent les handicaps sociaux, mais en réalité, 100 % des Français sont discriminables.

En ce sens, la lutte contre les discriminations n'est pas une cause que l'on devrait soutenir par charité chrétienne, par amour du prochain, par souci des minorités, ou des gens "différents"... C'est une cause qui concerne directement chacun d'entre nous.

Le pacte pour l’égalité et la diversité, publié il y a plus d’un an avec les mêmes partenaires, préconisait déjà la création d’un ministère d’État de la lutte contre toutes discriminations, chargé à la fois d’animer le travail interministériel dans la lutte contre les discriminations et d’impulser de grandes réformes d’égalité. La lutte contre les discriminations, peut, et doit être, une politique.

C’est le message des baromètres que nous avons publié la semaine dernière, et dont je restitue aujourd’hui le classement général. République & Diversité constitue une véritable agence de notation citoyenne. Il y a un mois, nous avons publié le Baromètre des villes de France de la lutte contre l’homophobie pour alerter les municipalités.

Les choses changent dans certaines municipalités, je le constate déjà. Au gouvernement, désormais, de passer à l’action.