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lundi 29 mai 2017

France, Festival Nyansapo : l'oligarchie de gauche prise au piège du double discours sur les discriminations et l'antiracisme


 Capture d'écran du site du collectif Mwasi annonçant le festival afroféministe Nyansapo.

C'est simplement affligeant de constater que la "France de Souche" et le Front national sont devenus le seul réel repère moralisateur, laïque, et antiraciste d'une certaine oligarchie de la Gauche Française qui, incapable de promouvoir l'égalité réelle des chances dans les territoires, s'est plutôt employée ces dernières décennies à reléguer puis ranger au rang de repli communautaire, identitaire, voire racial ou raciste...toutes les revendications portées par les associations des français d'origine africaine, maghrébine ou domienne relatives notamment aux discriminations sociales d'origine raciale, aux contrôles aux faciès, aux violences faîtes aux femmes noires et arabes, ou à la prévalence d'un plafond de verre exécutif et politique...

Pour Mme Hidalgo et d'autres hierarques socialistes il a ainsi visiblement été plus facile et habile politiquement d'acculer ces populations à la marginalisation républicaine et citoyenne, en arguant précisément (comble de cynisme) de la discrimination et du racisme qui est pourtant leur lot quotidien; que de s'attaquer frontalement à la ségrégation de fait.

Mais jusqu'à quand? Ce double discours ne peut et ne doit plus continuer.

Il faut en effet espérer que la Présidence d'Emmanuel Macron marque aussi la fin, ou du moins le début de la fin de cette vieille imposture égalitaire et non discriminante servie à intervalle régulier par une certaine oligarchie de gauche, pour étouffer les principales revendications d'émancipation portées par les minorités visibles. Précisément parce que la République voulue Égalitaire et Fraternelle de France n'en peut plus du double discours politique permanent sur l'ÉGALITÉ (jusqu'ici surtout de façade).

Mme Anne Hidalgo, une action effective en faveur notamment de l'égalité réelle dans la République sera la meilleure réponse aux tentatives de repli et d'enfermement communautaire et/ou racial voire raciste chez certaines femmes noires de France.

Joel Didier Engo, Président de Nous Pas Bouger






Décryptage

Aux origines de la polémique sur le festival afroféministe Nyansapo

Par Frantz Durupt

La maire de Paris, Anne Hidalgo, a annoncé vouloir saisir le préfet pour faire interdire un festival afroféministe organisé pour partie dans un bâtiment appartenant à la capitale et comprenant des ateliers en non-mixité. C'est le dernier acte d'une polémique lancée par l'extrême droite et relayée par la Licra.

Du 28 au 30 juillet doit se tenir à Paris un festival «afroféministe militant à l’échelle européenne», Nyansapo, organisé par le collectif Mwasi. Deux mois avant sa tenue, l’événement fait l’objet, ces derniers jours, d’une offensive sur Internet, relayée ce dimanche par la maire de Paris, Anne Hidalgo, qui a publié une série de tweets où elle dit «demander l’interdiction du festival» et annonce qu’elle va «saisir le préfet de police en ce sens». L’élue «se réserve également la possibilité de poursuivre les initiateurs de ce festival pour discrimination».

Qu’est-ce que ce festival et qui l’organise ?

C’est la première édition du festival Nyansapo. Sur son site, le collectif organisateur définit ainsi sa raison d’être : «Au sein de nos communautés et dans une société occidentale capitaliste et patriarcale, nous voulons lutter contre toutes les oppressions liées à nos positions de femmes noires. Mwasi, c’est aussi faire entendre les voix des Noires africaines et afrodescendantes dans leur diversité, car notre afroféminisme n’est pas un ensemble monolithique. Enfin, c’est se réapproprier nos identités et notre image en tant que femmes (et personnes assignées femmes) noires.»

Le festival Nyansapo assume d’être pour partie organisé en non-mixité. C’est-à-dire qu’il proposera quatre espaces distincts dont trois seront réservés respectivement aux femmes noires, aux personnes noires, et aux femmes «racisées» (lire ici une définition du terme «racisé»). Le quatrième sera ouvert à tout le monde.

Concrètement, indique le programme, tous les événements ouverts à tout le monde se dérouleront dans les locaux de la Générale Nord-Est, une «coopérative artistique, politique et sociale», sise dans le XIe arrondissement parisien. Elle loue ces locaux à la mairie de Paris, d’où la réaction de celle-ci, qui s’est sentie concernée. «La position de la maire est simple : elle est attachée à la possibilité pour tous les Parisiens d’avoir accès à tous les événements culturels», explique-t-on à la communication de la mairie de Paris, contactée par Libération.

Le problème, c’est qu’Anne Hidalgo a cru que l’intégralité du festival se déroulerait dans les locaux de la Générale. Or, les ateliers organisés en non-mixité se tiendront dans un lieu privé, explique le collectif Mwasi. La mairie de Paris ne devrait donc avoir aucun droit de regard dessus.

Par ailleurs, la mairie finance déjà au moins un lieu non-mixte : une maison des femmes, située dans le XIe arrondissement, qui sert notamment à organiser des groupes de paroles et des actions contre les violences masculines, a souligné sur Twitter l’association féministe et LGBT les Effronté-e-s. Mais pour la mairie de Paris, les deux cas ne sont pas comparables, la maison des femmes étant une «association». Elle est également partenaire, souligne le collectif Mwasi, d’un festival du film lesbien et féministe dont l’accès est réservé aux personnes s’identifiant en tant que femmes.

Pourquoi la non-mixité ?

Le fait de s’organiser en non-mixité dans le cadre d’un mouvement social n’est pas nouveau. En mai 2006, la sociologue Christine Delphy rappelait (dans un texte republié en 2016 sur le site LMSI.net) l’importance de ce mode d’organisation dans le mouvement féministe des années 70 et expliquait : «La pratique de la non-mixité est tout simplement la conséquence de la théorie de l’autoémancipation. L’autoémancipation, c’est la lutte par les opprimés pour les opprimés. Cette idée simple, il semble que chaque génération politique doive la redécouvrir. Dans les années 60, elle a d’abord été redécouverte par le mouvement américain pour les droits civils qui, après deux ans de lutte mixte, a décidé de créer des groupes noirs, fermés aux Blancs.»

En mars 2016, alors que des polémiques naissaient autour de groupes de parole non mixtes organisés à l’université Paris-VIII, et avant d’autres durant un «camp d’été décolonial» organisé à Reims en août, la blogueuse Kiyémis expliquait l’importance, à ses yeux, de disposer d’espaces non mixtes pour militer : «Je sais que ma colère n’aura pas l’air stupide, jamais. Qu’elle ne sera pas utilisée comme une manière de me "taquiner", ou de me "provoquer", comme si j’étais un truc dont on peut titiller les chairs à vif pour voir si je bouge encore. Je sais que je pourrais craquer et m’effondrer, sans devoir expliquer.»

Plus tard, les organisatrices du camp d’été «décolonial» de Reims, Sihame Assbague et Fania Noël (membre du collectif Mwasi), expliqueraient elle aussi le principe : «Ce n’est pas un projet de vie, ce sont des universités d’été de trois jours réservées aux personnes directement concernées par le sujet.»

Aux origines de la polémique

Ce dimanche, c’est donc la série de tweets de la maire de Paris, Anne Hidalgo, qui a pour de bon lancé une polémique en gestation depuis plusieurs jours. Pour rédiger son premier message, elle s’appuie sur un autre tweet, signé lui par la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) et publié vendredi après-midi.

«Festival "interdit aux blancs"» : la formule de la Licra, reprise telle quelle par la maire de Paris, ne s’appuie sur aucun extrait de la présentation du festival par ses organisatrices. Au contraire, la Licra publie à l’appui de ses tweets des captures d’écran où figure bien le fait qu’un espace «ouvert à tou.te.s» est prévu. Par ailleurs, comme l’expliquaient l’année dernière les organisatrices du camp d’été «décolonial», «la couleur de peau est loin de constituer le seul marqueur de racialisation. A cela s’ajoutent des marqueurs plus ou moins visibles tels que le patronyme ou des signes distinctifs, notamment d’appartenance à la religion musulmane, qui renvoient à une origine, une différence réelle ou supposée». Ainsi, dans le cas du festival Nyansapo, rien ne dit que l’espace réservé aux «femmes racisées» ne pourrait pas accueillir des femmes blanches.

Mais pour la Licra, contactée par Libération, «il faut dire les choses clairement : "espace non mixte femmes noires (80% du festival)" revient à une conséquence simple : si vous êtes un homme blanc, vous n’êtes pas autorisé à participer aux ateliers».

En fait, la formulation «interdit aux Blancs» provient d’un article publié sur le site de LCI le vendredi après-midi. Un article où Alain Jakubowicz, le président de la Licra, estime que «Rosa Parks doit se retourner dans sa tombe» (il avait déjà dit cela à propos du camp d’été de 2016) et où il appelle la mairie de Paris à désapprouver le festival. Et si cet article utilise cette formulation, c’est parce que Wallerand de Saint-Just, trésorier du Front national, a été un des premiers à s’emparer du sujet en parlant, vendredi matin, d’un «festival interdit aux "Blancs"».

La Licra affirme avoir été informée dès jeudi, au soir, de l’existence du festival, par plusieurs de ses militants. Mais de fait, dès l’après-midi du même jour, c’est l’extrême droite qui la première a lancé le sujet, via ses canaux habituels, et notamment le site Fdesouche:

Jeudi, le collectif Mwasi relevait que sur des forums de JeuxVideo.com et dans des groupes de discussions privés, des personnes s’organisaient pour lancer une campagne sur Twitter. Selon le collectif, ce sont ces personnes qui ont averti Wallerand de Saint-Just.

Ce dimanche, l’animateur de Fdesouche Pierre Sautarel pouvait donc se réjouir sur Twitter qu’Anne Hidalgo et la Licra aient «relayé les révélations de Fdesouche».
Interrogée sur ce soutien, la mairie de Paris ne fait pas de commentaire. Quant à la Licra, elle répond à Libération : «Que l’extrême droite instrumentalise ce type de festival n’est pas nouveau. Quand la Licra s’était constituée partie civile dans les affaires de racisme antiblancs, c’était déjà le cas. La Licra combat tous les racismes.»
La préfecture de police a réagi dimanche en début de soirée en indiquant n’avoir «pas été saisie, à ce jour, de l’organisation de cet événement» mais en précisant que Michel Delpuech, le préfet, «veillera au respect rigoureux des lois, valeurs et principes de la République».

Un hashtag de soutien au festival et au collectif, #JesoutiensMwasi, a été lancé ce dimanche. Un pot commun pour le soutenir est en ligne.

Frantz Durupt 


Débat : la non-mixité, un passage obligé des luttes sociales ?


Débat : la non-mixité, un passage obligé des luttes sociales ?
La tenue à Paris d'un festival afroféministe, dont une partie va se dérouler en non-mixité, relance le débat sur ce mode de militantisme. Confrontation des points de vue, opposés, de Christine Delphy et Peggy Sastre.

Un festival "afroféministe européen", au cours duquel la plupart des espaces sont réservés aux femmes noires, a déclenché une vive polémique, la maire de Paris Anne Hidalgo demandant dimanche son interdiction

Un compromis a finalement été trouvé lundi : le festival organisé dans un lieu public sera ouvert à tous, et les ateliers non-mixtes se tiendront ailleurs, "dans un cadre strictement privé", a détaillé Anne Hidalgo sur Twitter.

Mais le choix assumé de non-mixité a relancé le débat ce mode de militantisme. Y êtes-vous, oui ou non, favorables ? La sociologue Christine Delphy et la philosophe Peggy Sastre ne sont pas du même avis.

OUI

"Un espace d'empowerment"

Par Christine Delphy, sociologue française, chercheuse au CNRS depuis 1966 dans le domaine des études féministes ou études de genre. Elle a cofondé avec Simone de Beauvoir la revue "Questions Féministes" en 1977.

"Je crois que la non-mixité peut être une solution pour atteindre l’égalité. Pourquoi ? Parce qu’il y a une limite à ce qu’on peut discuter entre classes de dominé(e)s et d’oppresseurs.

Dans les années 60, je suis partie aux Etats-Unis militer aux côtés des militants des droits civiques. Or, je me suis rendue compte que la parole des blancs étaient systématiquement la plus écoutée, des blancs comme des noirs, y compris dans les associations où ils occupaient une place prépondérante alors qu’ils n’étaient pas concernés. Les noirs en concevaient un mélange d’admiration et de ressentiment issus de leur condition d’opprimés.

Quand je suis rentrée en France, j’ai rejoint le groupe FMA (Féminisme Masculin Avenir) et j’y ai observé le même mécanisme : en présence d’hommes, les militantes avaient tendance à s’autocensurer, notamment sur les questions de sexualité, d’autant plus que les militants présents étaient souvent leurs compagnons. Il y avait aussi cette idée inconsciente que les hommes porteraient sans doute mieux leurs combats, que leurs paroles étaient plus légitimes. Nous avons donc instauré la non-mixité dans ce groupe qui est devenu le mouvement Féminisme Marxisme Action, non pas dans l’idée d’exclure l’autre, mais pour enclencher un processus de libération des femmes par les femmes, tout simplement parce que la plupart des hommes n’ont pas le même intérêt à lutter pour la libération des femmes dès lors qu’ils ne subissent pas cette oppression.

La non-mixité, lorsqu’elle est voulue et choisie, reste donc l’espace d’empowerment des femmes, celui dans lequel elles pourront se construire une culture commune nécessaire à l’instauration d’une véritable égalité entre les sexes.
C’est d’ailleurs curieux comme le terme de mixité a été utilisé pour supplanter celui d’égalité. Au départ et jusqu’en 1945, la non-mixité était une institution issue d’un système patriarcal archaïque, dans les écoles par exemple. Pour renverser cet état de fait, l’idée qu’il fallait mélanger garçons et filles s’est peu à peu imposée dans les cercles féministes et progressistes comme si la mixité suffirait à favoriser l’égalité. Or, rien n’est plus faux. Il suffit de regarder autour de soi : la mixité est partout, dans la rue, dans les transports en communs, dans les entreprises et dans le couple, bien sûr. Pourtant, les inégalités demeurent, en termes de salaires, charge familiale, sous-représentation des femmes, etc. Les violences aussi : il faut rappeler qu’en France, une femme est violée toutes les sept minutes et seul 1% des viols dénoncés aboutit à une condamnation.

Penser que l’instauration d’espaces non-mixtes pourrait conduire à une guerre ou une ségrégation des sexes est absurde. La question n’est pas de séparer la société en deux, mais d’offrir aux femmes des espaces de sécurité et des outils pour qu’elles contribuent à transformer elles-mêmes la société."

Festival afroféministe : "Les dominants ont toujours imposé leurs vues"

NON

"Une option, pas une obligation"

Par Peggy Sastre, essayiste, docteur en philosophie, spécialiste de Nietzsche et de Darwin, auteure, en 2015, de "La domination masculine n'existe pas" (ed. Anne Carrière). Ses travaux s'orientent principalement autour d'une lecture biologique et évolutionnaire des questions sexuelles.

"Ce qui me dérange dans cette mode de la non-mixité, c’est l’idée, forcément simpliste et réductrice, que ce modèle, parce qu’il convient dans certains cas, pourrait s’appliquer partout et tout le temps. Je pense qu'une victime de viol devrait effectivement avoir la possibilité de choisir une femme policière pour prendre sa plainte. De même, les patients devraient avoir le droit de préférer une femme ou un homme médecin. Mais cela devrait rester une option, pas une obligation. Dès lors qu’on veut imposer la non-mixité dans certains espaces publics, on recrée des inégalités et des oppressions, des entraves à la liberté [dans le cas du festival, la non-mixité est prévue seulement dans un cadre privé, NDLR].

Certes, partager un même espace ne suffit pas à créer l’égalité entre les hommes et les femmes. Il faut aussi une volonté politique. Mais pour que cette volonté soit effective, il est nécessaire de connaître le réel. Et l’objectivité qui rend possible cette connaissance passe par la prise en compte de plusieurs points de vue, y compris celui des hommes bien entendu. Aucun groupe ne détient la vérité. Si on laisse les femmes avec les femmes, les noirs avec les noirs, les musulmans avec les musulmans, je ne vois pas comment cela permettrait une meilleure entente entre les différentes classes, les différents sexes, les différentes cultures. Le vivre ensemble, ce n’est pas : vous allez tous vous aimer, mais c’est : vous n’allez pas vous taper dessus.

Le discours véhiculé par certains groupes féministes radicaux favorables à la non-mixité, donc anti-hommes, repose sur l’idée de l’oppression systémique des femmes par les hommes. Cette idée a été répandue par une première vague féministe des années 60 fortement inspirée des idées marxistes de l’époque. Elles ont pensé leur combat contre la domination masculine comme un système d’oppression de classes : les riches contre les pauvres, les blancs contre les noirs, les coloniaux contre les colonisés, etc. Mais les rapports entre l’homme et la femme vont bien plus loin qu’un rapport de domination vertical ! C’est oublier toutes les stratégies biologico-reproductives à l’œuvre depuis des millénaires, stratégies parfois contradictoires et parfois cohérentes. C’est faire fi des nuances et de la complexité nés de l’instinct de reproduction des hommes et des femmes.

Ce que je montre dans mes travaux, c'est que si le patriarcat a existé, et existe toujours, c’est qu’il a pu être favorisé par les femmes elles-mêmes. C’est un constat qui déplaît beaucoup à certains courants féministes actuels, mais c’est un fait. Beaucoup de femmes sont contre leur propre émancipation et dans tous les pays qu'il a été possible d'étudier, les franges les plus conservatrices des populations sont constituées de femmes. C’est pourquoi les inégalités de genre ne sont pas uniquement socioculturelles, elle sont aussi biologiques. La reproduction passe en effet par un investissement matériel plus important pour la femme que l’homme, et de là découle une de ces inégalités fondamentales. Pour libérer les femmes, je crois davantage aux évolutions scientifiques qu’aux discours militants."

Propos recueillis par Marie Vaton
Marie Vaton

Marie Vaton

Journaliste, L'OBS

mercredi 17 août 2016

LA FRANCE AURAIT UN PROBLÈME AVEC LE PORT DU BURKINI

 Sur la plage des Catalans, à Marseille, aucun incident de «type religieux» n’a été recensé à ce jour.

On se serait attendu à ce que le Premier ministre Manuel Valls - lui le socialiste revendiqué - soutienne aussi efficacement et avec autant d'empressement la lutte contre le chômage et toutes ces autres discriminations (notamment les contrôles au faciès) qui creusent tous les jours le fossé entre les français.

Que non!

Il doit en permanence flatter les plus bas instincts réactionnaires et acculer par un amalgame indécent une catégorie de Français non moins respectables à ne jamais s'estimer ou se sentir complètement chez eux en France.

C'est donc entendu, la planète entière a entériné que le vrai et seul problème auquel fait face la France aujourd'hui est le port du Burkini sur ses plages par des femmes estampillées musulmanes.

Lamentable!!! 

Joël Didier Engo, Président de l'asso Nous Pas Bouger


Interdiction du burkini : un pavé dans la mer

Par et — Libération, 

Au nom de la sécurité, de la laïcité, voire de l’hygiène, plusieurs villes entendent interdire le maillot de bain couvrant. Polémique assurée.

Cachez ces excès de tissu… Après Cannes et Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes), ce sont les maires de Sisco (Corse) et du Touquet (Pas-de-Calais) qui veulent désormais imposer sur leurs plages une «tenue correcte respectueuse des bonnes mœurs et de la laïcité». Visé, sans être explicitement cité : le burkini, ce maillot de bain islamique.


Des interdictions aux bases juridiques fragiles, mais à portée polémique garantie. Pressenti pour prendre la tête de la Fondation pour l’islam de France, Jean-Pierre Chevènement ne se mouille guère : «Ma position, c’est la liberté sauf nécessité d’ordre public», a-t-il soupesé sur Europe 1, jugeant les maires «fondés» à prendre une telle mesure. D’autres plongent la tête la première. Le sarkozyste Daniel Fasquelle n’a été confronté à aucune baigneuse en burkini au Touquet, mais ne veut «pas attendre bras ballants que le cas se produise».

«Sauvetage en mer»

Le maire LR de Cannes, David Lisnard, un modéré de sa famille politique, se défend, lui, de tout extrémisme. Sa décision, assure-t-il à Libération, ne vise qu’à donner à sa police municipale «les moyens d’intervenir en cas de provocations». Depuis le début du mois, celle-ci a été amenée à dresser sept procès-verbaux. A l’exception d’une touriste venue du Golfe, les femmes verbalisées étaient toutes de la région. Selon l’élu, ces «tenues islamistes», autrefois inconnues, ont fait leur apparition récemment. Et sont révélatrices de la progression «d’un islam radical qui, pas à pas, cherche à gagner du territoire».

«Sécurité», «laïcité», «troubles à l’ordre public», et même «respect des règles d’hygiène» ou «difficulté de sauvetage en mer» : les maires ont fait feu de tous les arguments. Tiennent-ils juridiquement la route ? Le tribunal administratif de Nice a certes rejeté la requête en référé du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), qui voulait suspendre l’interdiction du burkini. Mais l’association a déposé un nouveau référé et un recours au fond auprès du tribunal administratif.

En soi, le principe de laïcité ne suffit pas pour proscrire le burkini. Si le voile intégral a pu être banni de l’espace public par la loi de 2010, c’était parce que la dissimulation du visage posait un problème de sécurité. Concernant le burkini, les élusmettent plutôt en avant le risque de troubles à l’ordre public. En 2014, le maire de Wissous (Essonne) avait ainsi tenté de refuser l’accès à sa base de loisirs aux «personnes portant de manière ostentatoire des signes religieux susceptibles d’occasionner un trouble à l’ordre public». La justice lui avait donné tort.

Calmer le jeu

Sur la Côte d’Azur, les maires LR Lionnel Luca et David Lisnard pointent «un contexte particulier justifiant le maintien de l’état d’urgence» après l’attentat de Nice. A Sisco (Haute-Corse), l’élu PS Ange-Pierre Vivoni a lui aussi pris un arrêté anti-burkini pour «protéger la population, et notamment la population musulmane». Il s’agissait dans ce cas de calmer le jeu après une rixe au motif encore flou. Jean-Michel Ducomte, professeur de droit à Sciences-Po Toulouse, appelle, pour sa part, à «distinguer le climat local de tension à Sisco du contexte invoqué par le maire de Cannes : l’attentat de Nice était sans lien avec le port du burkini et l’émotion de l’opinion ne justifie pas à elle seule une mesure d’atteinte aux libertés». David Lisnard soutient que le risque de trouble à l’ordre public est bien réel sur la Croisette. L’été dernier, des incidents liés à des tenues jugées «très ostentatoires» avaient déjà été constatés. Des voisins de plage en étaient venus aux mains…

«Ces arrêtés partent de l’idée qu’il serait devenu insupportable pour la population de voir un musulman afficher un signe religieux, constate Stéphanie Hennette-Vauchez, professeure de droit à l’université Paris-Ouest-Nanterre. Mais le seul fait d’arborer cette tenue suffit-il à créer un trouble à l’ordre public ? C’est très problématique, et où s’arrêtera-t-on ?» Un raisonnement qui risquerait de conduire, partout dans l’espace public, à une pluie d’arrêtés totalement inapplicables.





Interview

Burkini : «On peut être choqué sans pour autant interdire»

Par

Pour le sociologue de la laïcité Jean Baubérot, se focaliser sur le burkini risque d’accentuer un sentiment d’exclusion.

Jean Baubérot, fondateur de la sociologie de la laïcité, qui s’était prononcé contre l’interdiction du voile à l’école en 2003, prône une laïcité non stigmatisante.
Que vous inspire la polémique autour du burkini ? Y a-t-il une bouffée laïcarde ? Ou serait-ce de l’ultravigilance nécessaire ?
C’est bien le dilemme. Depuis les attentats de janvier 2015, il existe une menace jihadiste à laquelle est confrontée la très grande majorité des Français, musulmans compris. Alors, où met-on la frontière entre les amis et les ennemis de la République ? L’actuelle polémique autour du burkini conforte ma position en faveur d’une laïcité la plus inclusive possible, pour ne pas rendre attirants les ennemis de la République. Il faut se souvenir qu’après Nice et le meurtre du père Hamel, on a vu des femmes en foulard manifester contre les auteurs des attentats.

Dans cette situation grave et incertaine que nous vivons, il existe un débat, vraiment sérieux, entre deux options : d’un côté, donner au plus grand nombre le sentiment qu’ils font partie de la collectivité et isoler les ennemis de la République ; de l’autre, dire «il y a glissement» et sévir à la moindre occasion qui semble choquante. Mais alors Daech va pouvoir jouer de la victimisation, dire «voyez, on vous stigmatise, vous n’êtes pas inclus dans la communauté française».

On peut être choqué, par le voile, par le burkini, et il peut et il doit y avoir débat, mais sans pour autant interdire. C’est le principe de la démocratie : tolérer la différence, accepter l’altérité.

Les arrêtés anti-burkini sont-ils précipités, ou disproportionnés ?
Ils majorent le problème. Je remarque, d’ailleurs, qu’on est passé de la lutte contre les femmes pas assez vêtues des années 60, à celle contre les femmes désormais trop vêtues… Quand mes sœurs ont commencé à porter des maillots de bain deux pièces, ma mère était contre, alors qu’elle ne se jugeait pas particulièrement étroite d’esprit ! Il y a par ailleurs en France une société du voir qui accorde beaucoup trop d’importance au paraître. Personnellement, je pense que l’habit ne fait pas le moine.
Que les musulmans aient une réflexion à faire sur le rapport hommes-femmes, je suis d’accord, comme les autres d’ailleurs, et qu’il faille un féminisme musulman, d’accord aussi. Mais laissons-les débattre ensemble, évoluer, c’est au sein d’elles-mêmes que les communautés religieuses doivent décider de leurs manières de s’habiller.

Interdire comme ça peut au contraire empêcher l’évolution, crisper. La laïcité consiste à mettre la religion dans le droit commun, or on a le droit d’aller à la plage habillé des pieds à la tête. Plus largement, ce genre de polémique masque des problèmes de non-reconnaissance sociale, économique mais aussi culturelle. On voudrait en faire une opposition entre laïcité dure et laïcité molle mais, à mes yeux, il s’agit juste de mesures stratégiquement contre-productives.
Laurence Rossignol, la ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes, condamne le burkini au nom du féminisme.
En tant que ministre de la République, représentante de l’Etat, Laurence Rossignol se devrait d’être neutre alors qu’elle moralise… Il faut être ferme vis-à-vis de tout acte qui limiterait la liberté des femmes. Mais la société ne peut pas se donner une virginité féministe sur pareil prétexte. Moi, j’attends plutôt Mme Rossignol sur l’égalité des sexes et les inégalités socio-économiques qui perdurent.
Cette polémique sur le burkini n’est-elle pas liée au contexte post-attentats ?
Elle avait commencé en août 2014, avec une publication sur Facebook de Nadine Morano qui avait déclaré, à propos d’une femme voilée croisée sur une plage : «Lorsqu’on choisit de venir en France, Etat de droit, laïc, on se doit de respecter notre culture et la liberté des femmes, sinon on va ailleurs !» Le contexte en cours depuis janvier 2015 exacerbe encore ce type de polarisation et la campagne électorale ne va pas arranger les choses.
Cette polémique a été précédée d’une autre, en mars, autour de la «mode pudique», qui ne pose pas de problème dans d’autres pays occidentaux, par exemple en Angleterre. Pourquoi tant de stress ?
Les pays anglo-saxons ont une culture de la diversité, cultuelle et culturelle, plus forte. C’est Voltaire qui a écrit : «Un Anglais, comme homme libre, va au ciel par le chemin qui lui plaît.» En France, une mentalité «catholique et français toujours» perdure, une mentalité de l’unité. On parle encore de «la France une et indivisible» alors que, depuis la Constitution de 1946, «une» a été enlevé au profit de «indivisible, laïque, démocratique et sociale», et ça n’est pas pour rien ! Or, culturellement, on a l’impression que ça n’a jamais été intégré, et «démocratique et sociale», on l’entend peu. C’est une conception de l’unité assez uniforme qui prédomine, peu inclusive de la diversité. Résultat, on ne sait plus séparer ce qui peut être dangereux de ce qui peut choquer mais peut être accepté par la démocratie. On ne met pas la frontière au bon endroit.

Jean Baubérot et le Cercle des enseignant-e-s laïques publient fin août un Petit manuel pour une laïcité apaisée (Editions la Découverte).

De nombreux responsables politiques appellent les musulmans à prendre position dans le débat public sur la représentation et l’organisation de l’islam, en France. 

Médecins, avocats, patrons… français et musulmans, ils veulent s’engager dans le débat

LE MONDE | 16.08.2016 Par Cécile Chambraud

C’est une génération de Français au parcours d’excellence que le terrorisme pousse à un engagement auquel, sans lui, ils n’auraient pas songé. Quarante et un médecins, chefs d’entreprise, ingénieurs, universitaires, avocats, cadres supérieurs, hommes et femmes, « français et musulmans » au curriculum vitæ brillant, se sont déclarés « prêts à assumer [leurs] responsabilités » dans la gestion de l’islam, dans une tribune publiée par Le Journal du dimanche le 31 juillet.

Après la commotion de l’égorgement du prêtre catholique Jacques Hamel, qui leur a violemment renvoyé l’écho des moines de Tibéhirine, assassinés au printemps 1996 en Algérie, une évidence s’est imposée à eux : le silence n’était plus une option.

Il était devenu urgent que leur génération prenne en main l’organisation de l’islam en France, cet islam dont ils ont hérité la culture. Eux, pratiquants ou non, qui ont intégré l’élite de leur domaine professionnel et possèdent les codes de la République, ont ressenti le devoir de s’impliquer dans cette entreprise. De devenir des acteurs de l’islam.

La République comme boussole

Leur engagement d’aujourd’hui, ils le décrivent d’abord comme un « engagement pour la France quand la maison France est en train de brûler », selon la formule de la sénatrice socialiste de Paris Bariza Khiari. « Le sujet, c’est la France, confirme Pap’Amadou Ngom, chef d’une entreprise de conseil en systèmes d’information. Je ne suis pas pratiquant. J’aurais pu dire : l’organisation de l’islam, ce n’est pas mon sujet. Mais justement pour cette raison, j’ai pensé qu’il fallait que je contribue, car je suis citoyen. Et l’objectif, c’est de mettre en place les dispositifs permettant à cette religion d’exister dans la République. »

La République, ils l’ont tous comme socle et comme boussole, mais une République qui traiterait impartialement tous ses citoyens, les musulmans comme les autres. « La solution, c’est d’en appliquer les valeurs. Mais de les appliquer vraiment, et à tout le monde », tranche Abdel Rahmène Azzouzi, chef du service urologie du centre hospitalier universitaire (CHU) d’Angers. « Nous avons été biberonnés aux valeurs de la République, nous les avons faites nôtres, confirme Madjid Si Hocine, médecin lui aussi. Mais on ne nous les applique pas toujours. »

Beaucoup avaient fait leur l’idée que la religion, c’est de l’ordre du privé. Mais ils font le constat que, pour les musulmans, cette affirmation est aujourd’hui largement fictive. « Nous ne sommes pas les représentants des musulmans de France, mais l’islam est devenu une affaire publique, il fallait une voix », explique Najoua Arduini-Elatfani, responsable du développement d’une entreprise de BTP.


« Maintenant, on n’a plus le choix »

« D’une certaine manière, ce n’est pas agréable de parler comme musulman, mais maintenant, on n’a plus le choix », témoigne Hakim El Karoui, chef d’entreprise, ancien conseiller de Jean-Pierre Raffarin à Matignon, l’une des chevilles ouvrières de la tribune. « Nous avons le souci de ne pas usurper, nous n’avons pas la prétention de représenter les musulmans. Nous le faisons pour le pays », ajoute Pap’Amadou Ngom.
Certains d’entre eux ont partagé des engagements associatifs, se sont fréquentés dans des organisations professionnelles, sont passés par le club XXIe Siècle, qui promeut la diversité parmi les élites, et cela faisait déjà un certain temps qu’ils parlaient d’une initiative. « Nous ne sommes pas un groupe. Nous sommes une génération témoin de la réalité qu’elle vit et qui aujourd’hui fait le constat d’un échec de la gouvernance » de l’islam en France, résume Abdel Rahmène Azzouzi. Après le meurtre du prêtre, ils ont précipité le mouvement.

Ils insistent sur l’hétérogénéité des Français musulmans. « Il faut arrêter de regarder les musulmans comme un bloc. C’est un patchwork ! », s’agace Madjid Si Hocine. Mais ils partagent le sentiment de faire partie de « la grande majorité silencieuse musulmane », comme le formule Sadek Beloucif, chef du service d’anesthésie-réanimation de l’hôpital Avicenne, en Seine-Saint-Denis.

« Tais-toi quand tu parles ! »

Cette majorité pour qui la « religion est intime », qui n’a pas accès aux médias, qui se sent « caricaturée » par ceux-ci lorsque, pour évoquer l’islam, ils donnent la parole à quelques rares représentants mis en avant par les politiques et dans lesquels ils ne se reconnaissent pas, ou à « des spécialistes » qui lui sont étrangers, mais presque jamais à des musulmans qui leur ressemblent.

Cette majorité silencieuse, accusent-ils, est aujourd’hui prise au piège d’une injonction paradoxale, sommée de condamner les attentats en tant que musulmans et, dans le même temps, de ne surtout pas s’afficher comme tels. « On nous dit : “Tais-toi quand tu parles !” », résume Amine Benyamina, psychiatre et addictologue. C’est de cette impasse que les signataires ont décidé de sortir. « Il faut dépasser cette injonction paradoxale, car si on ne fait rien, on inquiète l’ensemble de la société. Il faut intervenir. Le silence gêné ne peut plus durer », tranche Hakim El Karoui.

Il est pour eux urgent de trouver les moyens de s’adresser aux jeunes générations, auxquelles, déplorent-ils, plus personne ne parle. « Je crois à la vertu de l’exemple. J’ai le sentiment d’être devenu une espèce d’aîné qui peut montrer le chemin. La jeunesse, personne ne s’en occupe plus. Insulter l’avenir comme ça, c’est terrible ! », s’indigne Madjid Si Hocine. Ils plaident en faveur d’une véritable bataille culturelle.

« Il faut toucher les jeunes à travers leurs propres outils. Répondre aux fous par les moyens modernes. On ne fera pas l’impasse d’une entreprise culturelle de grande envergure adossée à un discours idéologique », presse Bariza Khiari. « La jeunesse qui a grandi avec le traumatisme du 11-Septembre aurait eu grand besoin de ne pas être montrée du doigt mais au contraire incluse, plaide Marc Cheb Sun, auteur et directeur de la revue D’ailleurs et d’ici. Mais c’est tout le contraire qui s’est passé. Si ce qui fait votre colonne vertébrale, qui vous est si cher [votre religion], est capturé par des gens qui en font un crime et que la société française vous désigne comme le problème, comment se construire?»

Or il est évident à leurs yeux que les institutions actuelles de la deuxième religion du pays seront incapables de conduire ce combat culturel. Et que le premier responsable de cette impuissance est le pouvoir politique. Paralysé par divers intérêts en conflit, le Conseil français du culte musulman (CFCM), accusent-ils, est le fruit du choix fait par les gouvernements successifs de faire « sous-traiter » la gestion de ce culte aux Etats d’origine des migrants qui se sont installés en France, au premier rang desquels l’Algérie, le Maroc mais aussi la Turquie. « L’Etat français n’a jamais voulu un islam de France, accuse Abdel Rahmène Azzouzi. C’est le signe que [les politiques] considèrent toujours l’islam comme une religion étrangère à la République. » Bariza Khiari n’est pas la seule à y voir « des miasmes coloniaux ». « On nous dit : ces gens ne sont pas comme nous, ils n’arrivent pas à s’entendre, ils ont besoin qu’on les organise », enchérit Marc Cheb Sun.

Ils demandent la création d’une fondation de l’islam qui devrait prendre en main cette entreprise et être émancipée des Etats d’origine. « Je ne veux plus voir une seule âme étrangère roder autour du CFCM. L’islam de France doit être géré par des Français uniquement. La maison commune, c’est la France, pas le Maghreb ! », assène Abdel Rahmène Azzouzi. La gestion du culte par le CFCM, sous le parrainage de l’Etat, avec une partie des imams formés à l’étranger, parlant parfois mal le français et étrangers aux codes des Français, ne parvient pas à toucher suffisamment les jeunes, déplorent-ils. Selon Madjid Si Hocine, « il faut totalement rebooter le logiciel de la gestion de l’islam de France ».

Les signataires de la tribune ne rejettent pas tout rôle de l’Etat. Ils veulent que « la communauté s’organise en bonne intelligence avec les pouvoirs publics », selon la formule de Pap’Amadou Ngom. Une fondation répondrait au besoin de « professionnalisme » pour gérer efficacement les flux financiers liés à la construction de mosquées, par exemple. Elle ne s’occuperait pas seulement de la dimension cultuelle, mais aussi de projets culturels, de recherche, de communication moderne. Objectif prioritaire : les jeunes générations.

Main tendue

Mais le nom de Jean-Pierre Chevènement évoqué par le président de la République, François Hollande, pour prendre la tête de cette fondation les fait douter des intentions du gouvernement. « C’est terrible ! ça nous renvoie à l’indigénat. On n’est pas des majeurs incapables ! », s’insurge Amine Benyamina. « Ça fait un peu bureau des affaires indiennes », relève Madjid Si Hocine.

Le gouvernement voudra-t-il saisir la main qu’ils tendent ? En tout cas, eux qui, comme Abdel Rahmène Azzouzi, estiment « avoir fait une synthèse entre les valeurs de la République et celles de l’islam », sont prêts à participer à une sorte de « constituante » qui permettrait de donner un nouveau départ aux institutions de la deuxième religion de France.

Et, pourquoi pas, s’enflamme Abdel Rahmène Azzouzi, faire de ce modèle un article d’exportation capable de « rayonner dans le monde entier ! ».

Lire aussi : Oubli des victimes juives des attentats : retour sur un lapsus dommageable

Cécile Chambraud
Journaliste au Monde


jeudi 11 juin 2015

Lutte contre les discriminations: les députés français votent en faveur de l'action de groupe

 LE député (PS) Razzy Hammadi à l'Assemblée en mars.  
Le député (PS) Razzy Hammadi, à l'initiative du projet de loi

Par Laure EQUY Libération 10 juin 2015
 
DROIT DE SUITE

La proposition de loi PS instaure la possibilité d'un recours collectif en justice.

C’est l’ouverture d’un droit, celui de pouvoir saisir ensemble la justice sur des cas de discriminations, qui était en débat ce mercredi soir à l’Assemblée… devant un hémicycle presque vide. Les (quelques) députés présents en séance ont voté la création de l’action de groupe en matière de discrimination - un dispositif qui existe depuis 2014 dans le domaine de la consommation. Le texte du socialiste Razzy Hammadi prévoit la possibilité d’un recours collectif pour des personnes s’estimant lésées pour les mêmes motifs (origine, orientation sexuelle, religion, sexe, grossesse, handicap, âge) et par les mêmes personnes (Etat, entreprise ou particulier), là où les plaintes sont aujourd’hui individuelles.
Le député (PS) qui travaille sur le sujet depuis 2012 - l’action de groupe était une promesse du candidat Hollande - souhaitait, avant la séance, «un large consensus des républicains sur tous les bancs». Œillade aux députés ex-UMP qui se sont rebaptisés «les Républicains» la semaine dernière. Le seul député de droite assistant au débat, Philippe Gosselin, a voté contre. Hammadi espérait aussi une approbation des centristes: pas un UDI lors du vote. A gauche, le texte a fait le plein des voix. Le Vert Sergio Coronado a toutefois rappelé qu’une proposition de loi de la sénatrice EE-LV Esther Benbassa avait été déposée en 2013 sur le sujet, elle et Hammadi se disputant la primeur du projet. Le texte écologiste était «plus libéral», proposant notamment que les plaignants puissent se monter en collectif pour saisir la justice. La version socialiste, examinée ce mercredi, prévoit, elle, que les victimes supposées passent par un syndicat ou une association. Une précaution pour éviter que des affaires plus ou moins farfelues se multiplient. La question de ce «filtre» a de nouveau fait débat. Coronado a proposé de le supprimer, le jugeant «rigide» et y voyant «un frein». La droite aurait voulu durcir encore cet échelon intermédiaire en limitant la possibilité d’agir aux associations qui auraient reçu «un agrément». Au final, la majorité a maintenu ce filtre mais baissé le seuil de cinq à trois ans d’existence pour les associations. Un amendement autorise aussi les syndicats de la fonction publique à porter ce type d’affaire.
 
Face aux inquiétudes sur le petit chamboulement culturel introduit par l’action de groupe, Razzy Hammadi souligne qu’il ne s’agit pas de créer une nouvelle incrimination - celle de la discrimination existe déjà - mais d’abord de faciliter l’accès aux droits alors qu’on estime qu’une victime de discrimination sur deux n’attaque pas en justice. Il a aussi tenté de «rassurer» les entreprises, vent debout contre la mesure: «Rien ne justifie qu’elles se sentent ciblées, elles se comportent bien dans l’ensemble, nous serons attentifs au cadre de l’entreprise.»

Pour Bruno Le Roux, l’action de groupe vise à briser «l’esseulement des victimes pour les conduire à faire valoir leurs droits». Le patron des députés PS s’est même un peu enflammé, en profitant pour remettre sur la table la question du contrôle au faciès: «Dans ma circonscription (Seine-Saint-Denis), je vois beaucoup de jeunes subir des contrôles d’identité multiples, ce n’est pas pour stigmatiser certaines équipes de police mais il ne faut pas se voiler la face.» Le gouvernement avait reculé sur le récépissé pour lutter contre le contrôle au faciès, promesse de campagne en 2012. Mais on peut imaginer, si l’action de groupe est définitivement adoptée, que des personnes systématiquement contrôlées parce qu’arabes ou noires puissent se retourner contre l’Etat.

La proposition de loi Hammadi doit ensuite être examinée au Sénat, avant de revenir à l’Assemblée pour une seconde lecture. Les députés pourraient débattre à nouveau de ces recours collectifs dans le cadre du projet de loi sur la justice du XXIe siècle. Dans son texte qu’elle doit présenter en conseil des ministres début juillet, la ministre de la Justice, Christiane Taubira, envisage une action de groupe «socle» qui couvrirait tous les domaines (santé, environnement et discrimination).

mercredi 12 février 2014

Plan gouvernemental «pour l'égalité républicaine et la lutte contre les discriminations»

Toujours dans l’affichage et rien dans la substance!

Jean-Marc Ayrault entouré de ministres pour présenter son plan «pour l’égalité républicaine et la lutte contre les discriminations», le 11 février 2014.
Le Premier- Ministre Jean-Marc Ayrault entouré de ministres pour présenter son plan «pour l’égalité républicaine et la lutte contre les discriminations», le 11 février 2014. (Photo Erie Feferberg. AFP)
 
En Pdf
 
 
le Plan du gouvernement «pour l’égalité républicaine et la lutte contre les discriminations»
 
Revoici donc "le vieux serpent de mer" de l'intégration et de la lutte contre les discriminations...que les "grands camarades" socialistes savent si bien agiter comme un joujou à la face des français dits d'origine étrangère et des immigrés africains, généralement à l'approche des échéances électorales, ou sur fond de luttes de positionnement internes au Gouvernement.
 
De grâce en 2014, y compris auprès des socialistes, "L'Homme Africain" mérite plus de respect et de considération qu'une "intégration"..dont il sait pertinemment qu'elle sera toujours sujette à caution, voire abandonnée au moindre arbitrage politique, ou à la moindre levée de boucliers des forces réactionnaires de ce pays (y compris au sein du PS).

Désormais le débat ne se situe plus sur le terrain de l'intégration, des discriminations, ou du vote des étrangers aux élections locales (dont l'appréciation serait bien évidemment toujours laissée à la discrétion de grands "seigneurs" politiques).

Mais sur celui d'une revendication d'une citoyenneté pleine et entière - avec évidemment les mêmes droits et les mêmes devoirs - par laquelle des français issus de la diversité, et singulièrement originaires d'Afrique (à l'instar d'autres français), veulent et peuvent s'organiser en masse suffisamment critique pour peser sur les choix politiques et prendre ainsi leur propre destin républicain en main; sans être de la sorte en permanence instrumentalisés, ostracisés dans les désignations et investitures électorales, acculés au repli communautaire, relégués à une citoyenneté de seconde zone... puis de temps en temps aguichés avec des projets de réformes essentiellement clivant, dont la probabilité est pourtant forte qu'ils ne voient jamais le jour dans la configuration actuelle de la scène politique française.

Je vous remercie

Joël Didier Engo
 

vendredi 10 janvier 2014

"La République a gagné", mais quelle "République" Monsieur Le Ministre?


 

Celle essentiellement court-termiste; ou l’Autre qui fut enseignée notamment aux filles et fils des indigènes venus des anciennes colonies françaises, comme étant au-dessus des considérations personnelles, politiciennes, identitaires, voire communautaires?

Et au risque de subir aussi un bannissement politique, dans cette chasse aux sorcières qui ne dit pas son nom, et qui tendrait à tous nous assimiler à des soutiens de MBALA MBALA (pour lequel je n’éprouve la moindre sympathie et condamne les pitreries antisémites)…il serait plus juste de dire que nous avons assisté Jeudi 09 Janvier 2014 à la régression de l’État de Droit dans cette France voulue des Libertés et des Droit de l’Homme.

C’est en effet la première fois de triste mémoire qu’en un temps record (approximativement trois ou quatre heures), la plus haute juridiction administrative de ce pays a pu être saisie, puis rendre une décision, contraire à celle qui venait d’être soutenue au Tribunal administratif de Nantes. Cette république française (la nôtre aussi) était-elle donc si en danger, si menacée par un homme dépeint en «diable noir», pour souiller à jamais ses principes fondamentaux; ceux-là mêmes avec lesquels nous essayons péniblement d’extirper certains de nos compatriotes (sans réelle fermeté des autorités françaises) des geôles d’un tyran au Cameroun (pays d’origine, faut-il le rappeler, du père de Dieudonné MBALA MBALA)?

Qui peut sérieusement le croire?

L’on se serait parfois cru en 1945, au soir et au lendemain de la libération de la France de l’occupation Nazie. Pourtant l’antisémitisme, le racisme, ou les discriminations au faciès…nombre d’entre-nous les subissons et les combattons au quotidien; et ne pouvons imaginer un seul instant qu’un homme politique, membre du parti socialiste, devenu ministre de l’intérieur… qui a eu à se plaindre en d’autres temps et d’autre lieu de ne pas voir assez de «blancos» dans sa commune, ou perpétue la politique du chiffre en matière des expulsions des étrangers…puisse devenir notre «Guide Suprême».

Car des «Guides suprêmes» nous en connaissons quelques uns dans nos histoires respectives, suffisamment rompus à l’art de «l’escamotage», pour ne pas dire de «l’instrumentalisation» des ordres juridictionnels et des audiences expéditives, pour ne surtout pas se solidariser à la "Victoire" éphémère de Manuel Valls …Paul BIYA du Cameroun est de ceux-là, et s’est curieusement souvent targué d’être je cite: "le meilleur élève de la France". Concédons-le lui pour une fois, parce qu’il semble avoir particulièrement appris et retenu de ses «maîtres français», les rudiments de ce "rouleau compresseur administratif" aux apparences faussement judiciaires, qui permet à tout «Guide Suprême» de mettre la République à ses pieds.

C’est pourquoi cette République-là ne saurait être celle des combattants de la Liberté.

En démocratie le temps du Politique ne devrait pas être le même que celui du Juridique

Si Madame Daniele LOCHAK (Professeur émérite de Droit Public, Présidente d’Honneur du Gisti) a dû sortir de sa réserve habituelle…cela signifie effectivement que Manuel Valls est entrain de déboussoler de nombreux praticiens du droit (y compris ceux du syndicat de la magistrature, que personne ne peut raisonnablement suspecter la moindre complaisance ou connivence avec des thèses extrémistes)…

Se taire serait refuser délibérément d’éclairer le citoyen sur "le rôle politique du Juge administratif" en France, notamment celui du Conseil d’État, qui n’est hélas pas un magistrat de formation, mais un haut fonctionnaire généralement sorti de l’École Nationale d’Administration (ENA); donc pas suffisamment à l’abri des pressions dans des dossiers aussi sensibles comme celui-ci; où les responsables de l’Exécutif (et pas des moindres) ont "pris des risques" calculés et essentiellement court- termistes, sachant pertinemment que la Cour Européenne des Droits de L’homme pourrait logiquement ne pas suivre le Conseil d’État français.

Mais les délais de procédure et d’audience entre le Conseil d’État et la Cour Européenne des Droits de L’homme sont jugés suffisants par les responsables politiques socialistes (en pointe sur cette polémique), pour faire un matraquage médiatique à outrance sur la "victoire de leur république", et limiter les dégâts  dans les urnes (à voir!) aux échéances électorales intermédiaires.

C’est l’occasion de dire et redire qu’en démocratie, le temps du politique ne devrait pas être le même que celui du Juridique.


Joël Didier Engo

Sur le même sujet:

"Dieudonné, Valls et la liberté"

Par  Par Nicolas Gardères, avocat au barreau de Paris et docteur en droit public

http://www.liberation.fr/societe/2014/01/08/dieudonne-valls-et-la-liberte_971350