C'est simplement affligeant de constater que la "France de Souche"
et le Front national sont devenus le seul réel repère moralisateur, laïque, et antiraciste d'une certaine oligarchie de la Gauche Française
qui, incapable de promouvoir l'égalité réelle des chances dans les
territoires, s'est plutôt employée ces dernières décennies à reléguer
puis ranger au rang de repli communautaire, identitaire, voire racial
ou raciste...toutes les revendications portées par les associations des
français d'origine africaine, maghrébine ou domienne relatives notamment
aux discriminations sociales d'origine raciale, aux contrôles aux
faciès, aux violences faîtes aux femmes noires et arabes, ou à la
prévalence d'un plafond de verre exécutif et politique...
Pour Mme Hidalgo et d'autres hierarques socialistes il a ainsi
visiblement été plus facile et habile politiquement d'acculer ces
populations à la marginalisation républicaine et citoyenne, en arguant
précisément (comble de cynisme) de la discrimination et du racisme qui
est pourtant leur lot quotidien; que de s'attaquer frontalement à la
ségrégation de fait.
Mais jusqu'à quand? Ce double discours ne peut et ne doit plus continuer.
Il faut en effet espérer que la Présidence d'Emmanuel Macron marque aussi la fin, ou
du moins le début de la fin de cette vieille imposture égalitaire et non
discriminante servie à intervalle régulier par une certaine oligarchie
de gauche, pour étouffer les principales revendications d'émancipation
portées par les minorités visibles. Précisément parce que la
République voulue Égalitaire et Fraternelle de France n'en peut plus du
double discours politique permanent sur l'ÉGALITÉ (jusqu'ici surtout de
façade).
Mme Anne Hidalgo, une action effective en faveur
notamment de l'égalité réelle dans la République sera la meilleure
réponse aux tentatives de repli et d'enfermement communautaire et/ou
racial voire raciste chez certaines femmes noires de France.
La maire de
Paris, Anne Hidalgo, a annoncé vouloir saisir le préfet pour faire
interdire un festival afroféministe organisé pour partie dans un
bâtiment appartenant à la capitale et comprenant des ateliers en
non-mixité. C'est le dernier acte d'une polémique lancée par l'extrême
droite et relayée par la Licra.
Aux origines de la polémique sur le festival afroféministe Nyansapo
Du 28 au 30 juillet doit se tenir à Paris un festival «afroféministe militant à l’échelle européenne», Nyansapo, organisé par le collectif Mwasi.
Deux mois avant sa tenue, l’événement fait l’objet, ces derniers jours,
d’une offensive sur Internet, relayée ce dimanche par la maire de
Paris, Anne Hidalgo, qui a publié une série de tweets où elle dit «demander l’interdiction du festival» et annonce qu’elle va «saisir le préfet de police en ce sens». L’élue «se réserve également la possibilité de poursuivre les initiateurs de ce festival pour discrimination».
Qu’est-ce que ce festival et qui l’organise ?
C’est la première édition du festival Nyansapo. Sur son site, le collectif organisateur définit ainsi sa raison d’être : «Au
sein de nos communautés et dans une société occidentale capitaliste et
patriarcale, nous voulons lutter contre toutes les oppressions liées à
nos positions de femmes noires. Mwasi, c’est aussi faire entendre les
voix des Noires africaines et afrodescendantes dans leur diversité, car
notre afroféminisme n’est pas un ensemble monolithique. Enfin, c’est se
réapproprier nos identités et notre image en tant que femmes (et
personnes assignées femmes) noires.»
Concrètement, indique le programme, tous les événements ouverts à tout le monde se dérouleront dans les locaux de la Générale Nord-Est, une «coopérative artistique, politique et sociale», sise dans le XIe arrondissement parisien. Elle loue ces locaux à la mairie de Paris, d’où la réaction de celle-ci, qui s’est sentie concernée. «La
position de la maire est simple : elle est attachée à la possibilité
pour tous les Parisiens d’avoir accès à tous les événements culturels», explique-t-on à la communication de la mairie de Paris, contactée par Libération.
Le problème, c’est qu’Anne Hidalgo a cru que l’intégralité du
festival se déroulerait dans les locaux de la Générale. Or, les ateliers
organisés en non-mixité se tiendront dans un lieu privé, explique le
collectif Mwasi. La mairie de Paris ne devrait donc avoir aucun droit de
regard dessus.
Par ailleurs, la mairie finance déjà au moins un lieu non-mixte : une maison des femmes, située dans le XIe arrondissement, qui sert notamment à organiser des groupes de paroles et des actions contre les violences masculines, a souligné sur Twitter
l’association féministe et LGBT les Effronté-e-s. Mais pour la mairie
de Paris, les deux cas ne sont pas comparables, la maison des femmes
étant une «association». Elle est également partenaire, souligne le collectif Mwasi, d’un festival du film lesbien et féministe dont l’accès est réservé aux personnes s’identifiant en tant que femmes.
Pourquoi la non-mixité ?
Le fait de s’organiser en non-mixité dans le cadre d’un mouvement
social n’est pas nouveau. En mai 2006, la sociologue Christine Delphy
rappelait (dans un texte republié en 2016 sur le site LMSI.net) l’importance de ce mode d’organisation dans le mouvement féministe des années 70 et expliquait : «La
pratique de la non-mixité est tout simplement la conséquence de la
théorie de l’autoémancipation. L’autoémancipation, c’est la lutte par
les opprimés pour les opprimés. Cette idée simple, il semble que chaque
génération politique doive la redécouvrir. Dans les années 60, elle a
d’abord été redécouverte par le mouvement américain pour les droits
civils qui, après deux ans de lutte mixte, a décidé de créer des groupes
noirs, fermés aux Blancs.»
En mars 2016, alors que des polémiques naissaient autour de groupes
de parole non mixtes organisés à l’université Paris-VIII, et avant
d’autres durant un «camp d’été décolonial» organisé à Reims en août, la blogueuse Kiyémis expliquait l’importance, à ses yeux, de disposer d’espaces non mixtes pour militer : «Je
sais que ma colère n’aura pas l’air stupide, jamais. Qu’elle ne sera
pas utilisée comme une manière de me "taquiner", ou de me "provoquer",
comme si j’étais un truc dont on peut titiller les chairs à vif pour
voir si je bouge encore. Je sais que je pourrais craquer et m’effondrer,
sans devoir expliquer.»
Plus tard, les organisatrices du camp d’été «décolonial» de Reims, Sihame Assbague et Fania Noël (membre du collectif Mwasi), expliqueraient elle aussi le principe : «Ce
n’est pas un projet de vie, ce sont des universités d’été de
trois jours réservées aux personnes directement concernées par le
sujet.»
Aux origines de la polémique
Ce dimanche, c’est donc la série de tweets de la maire de Paris, Anne
Hidalgo, qui a pour de bon lancé une polémique en gestation depuis
plusieurs jours. Pour rédiger son premier message,
elle s’appuie sur un autre tweet, signé lui par la Ligue internationale
contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) et publié vendredi
après-midi.
«Festival "interdit aux blancs"» : la formule de la Licra,
reprise telle quelle par la maire de Paris, ne s’appuie sur aucun
extrait de la présentation du festival par ses organisatrices. Au
contraire, la Licra publie à l’appui de ses tweets des captures d’écran
où figure bien le fait qu’un espace «ouvert à tou.te.s» est prévu. Par ailleurs, comme l’expliquaient l’année dernière les organisatrices du camp d’été «décolonial»,«la
couleur de peau est loin de constituer le seul marqueur de
racialisation. A cela s’ajoutent des marqueurs plus ou moins visibles
tels que le patronyme ou des signes distinctifs, notamment
d’appartenance à la religion musulmane, qui renvoient à une origine, une
différence réelle ou supposée». Ainsi, dans le cas du festival Nyansapo, rien ne dit que l’espace réservé aux «femmes racisées» ne pourrait pas accueillir des femmes blanches.
Mais pour la Licra, contactée par Libération, «il faut
dire les choses clairement : "espace non mixte femmes noires (80% du
festival)" revient à une conséquence simple : si vous êtes un homme
blanc, vous n’êtes pas autorisé à participer aux ateliers».
En fait, la formulation «interdit aux Blancs» provient d’un article publié sur le site de LCI le vendredi après-midi. Un article où Alain Jakubowicz, le président de la Licra, estime que «Rosa Parks doit se retourner dans sa tombe» (il avait déjà dit cela à propos du camp d’été de 2016)
et où il appelle la mairie de Paris à désapprouver le festival. Et si
cet article utilise cette formulation, c’est parce que Wallerand de
Saint-Just, trésorier du Front national, a été un des premiers à
s’emparer du sujet en parlant, vendredi matin, d’un «festival interdit aux "Blancs"».
La Licra affirme avoir été informée dès jeudi, au soir, de
l’existence du festival, par plusieurs de ses militants. Mais de fait,
dès l’après-midi du même jour, c’est l’extrême droite qui la première a
lancé le sujet, via ses canaux habituels, et notamment le site Fdesouche:
Jeudi, le collectif Mwasi relevait que sur des forums de
JeuxVideo.com et dans des groupes de discussions privés, des personnes
s’organisaient pour lancer une campagne sur Twitter. Selon le collectif,
ce sont ces personnes qui ont averti Wallerand de Saint-Just.
Ce dimanche, l’animateur de Fdesouche Pierre Sautarel pouvait donc se réjouir sur Twitter qu’Anne Hidalgo et la Licra aient «relayé les révélations de Fdesouche».
Interrogée sur ce soutien, la mairie de Paris ne fait pas de commentaire. Quant à la Licra, elle répond à Libération : «Que
l’extrême droite instrumentalise ce type de festival n’est pas nouveau.
Quand la Licra s’était constituée partie civile dans les affaires de
racisme antiblancs, c’était déjà le cas. La Licra combat tous les
racismes.»
La préfecture de police a réagi dimanche en début de soirée en indiquant n’avoir «pas été saisie, à ce jour, de l’organisation de cet événement» mais en précisant que Michel Delpuech, le préfet, «veillera au respect rigoureux des lois, valeurs et principes de la République».
Un hashtag de soutien au festival et au collectif, #JesoutiensMwasi, a été lancé ce dimanche. Un pot commun pour le soutenir est en ligne.
Débat : la non-mixité, un passage obligé des luttes sociales ?
La
tenue à Paris d'un festival afroféministe, dont une partie va se
dérouler en non-mixité, relance le débat sur ce mode de militantisme.
Confrontation des points de vue, opposés, de Christine Delphy et Peggy
Sastre.
Un festival "afroféministe
européen", au cours duquel la plupart des espaces sont réservés aux
femmes noires, a déclenché une vive polémique, la maire de Paris Anne
Hidalgo demandant dimanche son interdiction.
Un compromis a finalement été trouvé lundi : le
festival organisé dans un lieu public sera ouvert à tous, et les
ateliers non-mixtes se tiendront ailleurs, "dans un cadre strictement
privé", a détaillé Anne Hidalgo sur Twitter.
Mais le choix assumé de non-mixité a relancé le débat ce mode de militantisme. Y êtes-vous, oui ou non, favorables ? La sociologue Christine Delphy et la philosophe Peggy Sastre ne sont pas du même avis.
OUI
"Un espace d'empowerment"
Par Christine Delphy,
sociologue française, chercheuse au CNRS depuis 1966 dans le domaine
des études féministes ou études de genre. Elle a cofondé avec Simone de
Beauvoir la revue "Questions Féministes" en 1977.
"Je crois
que la non-mixité peut être une solution pour atteindre l’égalité.
Pourquoi ? Parce qu’il y a une limite à ce qu’on peut discuter entre
classes de dominé(e)s et d’oppresseurs.
Dans les années 60, je
suis partie aux Etats-Unis militer aux côtés des militants des droits
civiques. Or, je me suis rendue compte que la parole des blancs étaient
systématiquement la plus écoutée, des blancs comme des noirs, y compris
dans les associations où ils occupaient une place prépondérante alors
qu’ils n’étaient pas concernés. Les noirs en concevaient un mélange
d’admiration et de ressentiment issus de leur condition d’opprimés.
Quand
je suis rentrée en France, j’ai rejoint le groupe FMA (Féminisme
Masculin Avenir) et j’y ai observé le même mécanisme : en présence
d’hommes, les militantes avaient tendance à s’autocensurer, notamment
sur les questions de sexualité, d’autant plus que les militants présents
étaient souvent leurs compagnons. Il y avait aussi cette idée
inconsciente que les hommes porteraient sans doute mieux leurs combats,
que leurs paroles étaient plus légitimes. Nous avons donc instauré la
non-mixité dans ce groupe qui est devenu le mouvement Féminisme Marxisme
Action, non pas dans l’idée d’exclure l’autre, mais pour enclencher un
processus de libération des femmes par les femmes, tout simplement parce
que la plupart des hommes n’ont pas le même intérêt à lutter pour la
libération des femmes dès lors qu’ils ne subissent pas cette oppression.
La non-mixité, lorsqu’elle est voulue et choisie, reste donc l’espace d’empowerment des
femmes, celui dans lequel elles pourront se construire une culture
commune nécessaire à l’instauration d’une véritable égalité entre les
sexes.
C’est d’ailleurs curieux comme le terme de mixité a été
utilisé pour supplanter celui d’égalité. Au départ et jusqu’en 1945, la
non-mixité était une institution issue d’un système patriarcal
archaïque, dans les écoles par exemple. Pour renverser cet état de fait,
l’idée qu’il fallait mélanger garçons et filles s’est peu à peu imposée
dans les cercles féministes et progressistes comme si la mixité
suffirait à favoriser l’égalité. Or, rien n’est plus faux. Il suffit de
regarder autour de soi : la mixité est partout, dans la rue, dans les
transports en communs, dans les entreprises et dans le couple, bien sûr.
Pourtant, les inégalités demeurent, en termes de salaires, charge
familiale, sous-représentation des femmes, etc. Les violences aussi : il
faut rappeler qu’en France, une femme est violée toutes les sept
minutes et seul 1% des viols dénoncés aboutit à une condamnation.
Penser
que l’instauration d’espaces non-mixtes pourrait conduire à une guerre
ou une ségrégation des sexes est absurde. La question n’est pas de
séparer la société en deux, mais d’offrir aux femmes des espaces de
sécurité et des outils pour qu’elles contribuent à transformer
elles-mêmes la société."
Par Peggy Sastre,
essayiste, docteur en philosophie, spécialiste de Nietzsche et de
Darwin, auteure, en 2015, de "La domination masculine n'existe pas" (ed.
Anne Carrière). Ses travaux s'orientent principalement autour d'une
lecture biologique et évolutionnaire des questions sexuelles.
"Ce
qui me dérange dans cette mode de la non-mixité, c’est l’idée,
forcément simpliste et réductrice, que ce modèle, parce qu’il convient
dans certains cas, pourrait s’appliquer partout et tout le temps. Je
pense qu'une victime de viol devrait effectivement avoir la possibilité
de choisir une femme policière pour prendre sa plainte. De même, les
patients devraient avoir le droit de préférer une femme ou un homme
médecin. Mais cela devrait rester une option, pas une obligation. Dès
lors qu’on veut imposer la non-mixité dans certains espaces publics, on
recrée des inégalités et des oppressions, des entraves à la liberté [dans le cas du festival, la non-mixité est prévue seulement dans un cadre privé, NDLR].
Certes,
partager un même espace ne suffit pas à créer l’égalité entre les
hommes et les femmes. Il faut aussi une volonté politique. Mais pour que
cette volonté soit effective, il est nécessaire de connaître le réel.
Et l’objectivité qui rend possible cette connaissance passe par la prise
en compte de plusieurs points de vue, y compris celui des hommes bien
entendu. Aucun groupe ne détient la vérité. Si on laisse les femmes avec
les femmes, les noirs avec les noirs, les musulmans avec les musulmans,
je ne vois pas comment cela permettrait une meilleure entente entre les
différentes classes, les différents sexes, les différentes cultures. Le
vivre ensemble, ce n’est pas : vous allez tous vous aimer, mais c’est :
vous n’allez pas vous taper dessus.
Le discours véhiculé par
certains groupes féministes radicaux favorables à la non-mixité, donc
anti-hommes, repose sur l’idée de l’oppression systémique des femmes par
les hommes. Cette idée a été répandue par une première vague féministe
des années 60 fortement inspirée des idées marxistes de l’époque. Elles
ont pensé leur combat contre la domination masculine comme un système
d’oppression de classes : les riches contre les pauvres, les blancs
contre les noirs, les coloniaux contre les colonisés, etc. Mais les
rapports entre l’homme et la femme vont bien plus loin qu’un rapport de
domination vertical ! C’est oublier toutes les stratégies
biologico-reproductives à l’œuvre depuis des millénaires, stratégies
parfois contradictoires et parfois cohérentes. C’est faire fi des
nuances et de la complexité nés de l’instinct de reproduction des hommes
et des femmes.
Ce que je montre dans mes travaux, c'est que si le
patriarcat a existé, et existe toujours, c’est qu’il a pu être favorisé
par les femmes elles-mêmes. C’est un constat qui déplaît beaucoup à
certains courants féministes actuels, mais c’est un fait. Beaucoup de
femmes sont contre leur propre émancipation et dans tous les pays qu'il a
été possible d'étudier, les franges les plus conservatrices des
populations sont constituées de femmes. C’est pourquoi les inégalités de
genre ne sont pas uniquement socioculturelles, elle sont aussi
biologiques. La reproduction passe en effet par un investissement
matériel plus important pour la femme que l’homme, et de là découle une
de ces inégalités fondamentales. Pour libérer les femmes, je crois
davantage aux évolutions scientifiques qu’aux discours militants."
On se serait attendu à ce que le Premier ministre Manuel Valls - lui le socialiste
revendiqué - soutienne aussi efficacement et avec autant d'empressement la lutte contre le chômage et toutes ces autres discriminations
(notamment les contrôles au faciès) qui creusent tous les jours le fossé
entre les français.
Que non!
Il doit en permanence
flatter les plus bas instincts réactionnaires et acculer par un amalgame
indécent une catégorie de Français non moins respectables à ne jamais
s'estimer ou se sentir complètement chez eux en France.
C'est donc entendu,
la planète entière a entériné que le vrai et seul problème auquel fait
face la France aujourd'hui est le port du Burkini sur ses plages par des
femmes estampillées musulmanes.
Lamentable!!!
Joël Didier Engo, Président de l'asso Nous Pas Bouger
Au nom de la
sécurité, de la laïcité, voire de l’hygiène, plusieurs villes entendent
interdire le maillot de bain couvrant. Polémique assurée.
Interdiction du burkini : un pavé dans la mer
Cachez ces excès de tissu… Après Cannes et
Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes), ce sont les maires de Sisco (Corse)
et du Touquet (Pas-de-Calais) qui veulent désormais imposer sur leurs
plages une «tenue correcte respectueuse des bonnes mœurs et de la laïcité». Visé, sans être explicitement cité : le burkini, ce maillot de bain islamique.
Des interdictions aux bases juridiques fragiles, mais à portée
polémique garantie. Pressenti pour prendre la tête de la Fondation pour
l’islam de France, Jean-Pierre Chevènement ne se mouille guère : «Ma position, c’est la liberté sauf nécessité d’ordre public», a-t-il soupesé sur Europe 1, jugeant les maires «fondés» à
prendre une telle mesure. D’autres plongent la tête la première. Le
sarkozyste Daniel Fasquelle n’a été confronté à aucune baigneuse en
burkini au Touquet, mais ne veut «pas attendre bras ballants que le cas se produise».
«Sauvetage en mer»
Le maire LR de Cannes, David Lisnard, un modéré de sa famille politique, se défend, lui, de tout extrémisme. Sa décision, assure-t-il à Libération, ne vise qu’à donner à sa police municipale «les moyens d’intervenir en cas de provocations».
Depuis le début du mois, celle-ci a été amenée à dresser sept
procès-verbaux. A l’exception d’une touriste venue du Golfe, les femmes
verbalisées étaient toutes de la région. Selon l’élu, ces «tenues islamistes», autrefois inconnues, ont fait leur apparition récemment. Et sont révélatrices de la progression «d’un islam radical qui, pas à pas, cherche à gagner du territoire».
«Sécurité», «laïcité», «troubles à l’ordre public», et même «respect des règles d’hygiène» ou «difficulté de sauvetage en mer»
: les maires ont fait feu de tous les arguments. Tiennent-ils
juridiquement la route ? Le tribunal administratif de Nice a certes
rejeté la requête en référé du Collectif contre l’islamophobie en France
(CCIF), qui voulait suspendre l’interdiction du burkini. Mais
l’association a déposé un nouveau référé et un recours au fond auprès du
tribunal administratif.
En soi, le principe de laïcité ne suffit pas pour proscrire le
burkini. Si le voile intégral a pu être banni de l’espace public par la
loi de 2010, c’était parce que la dissimulation du visage posait un
problème de sécurité. Concernant le burkini, les élusmettent plutôt en
avant le risque de troubles à l’ordre public. En 2014, le maire de
Wissous (Essonne) avait ainsi tenté de refuser l’accès à sa base de
loisirs aux «personnes portant de manière ostentatoire des signes religieux susceptibles d’occasionner un trouble à l’ordre public». La justice lui avait donné tort.
Calmer le jeu
Sur la Côte d’Azur, les maires LR Lionnel Luca et David Lisnard pointent «un contexte particulier justifiant le maintien de l’état d’urgence» après l’attentat de Nice. A Sisco (Haute-Corse), l’élu PS Ange-Pierre Vivoni a lui aussi pris un arrêté anti-burkini pour «protéger la population, et notamment la population musulmane».
Il s’agissait dans ce cas de calmer le jeu après une rixe au motif
encore flou. Jean-Michel Ducomte, professeur de droit à Sciences-Po
Toulouse, appelle, pour sa part, à «distinguer le climat local de
tension à Sisco du contexte invoqué par le maire de Cannes : l’attentat
de Nice était sans lien avec le port du burkini et l’émotion de
l’opinion ne justifie pas à elle seule une mesure d’atteinte aux
libertés». David Lisnard soutient que le risque de trouble à
l’ordre public est bien réel sur la Croisette. L’été dernier, des
incidents liés à des tenues jugées «très ostentatoires» avaient déjà été constatés. Des voisins de plage en étaient venus aux mains…
«Ces arrêtés partent de l’idée qu’il serait devenu insupportable
pour la population de voir un musulman afficher un signe religieux, constate Stéphanie Hennette-Vauchez, professeure de droit à l’université Paris-Ouest-Nanterre. Mais le
seul fait d’arborer cette tenue suffit-il à créer un trouble à l’ordre
public ? C’est très problématique, et où s’arrêtera-t-on ?» Un raisonnement qui risquerait de conduire, partout dans l’espace public, à une pluie d’arrêtés totalement inapplicables.
Interview
Burkini : «On peut être choqué sans pour autant interdire»
Pour le sociologue de la laïcité Jean Baubérot, se focaliser sur le burkini risque d’accentuer un sentiment d’exclusion.
Burkini : «On peut être choqué sans pour autant interdire»
Jean Baubérot, fondateur de la sociologie de la laïcité,
qui s’était prononcé contre l’interdiction du voile à l’école en 2003,
prône une laïcité non stigmatisante.
Que vous inspire la polémique autour du burkini ? Y a-t-il une bouffée laïcarde ? Ou serait-ce de l’ultravigilance nécessaire ?
C’est bien le dilemme. Depuis les attentats de janvier 2015, il
existe une menace jihadiste à laquelle est confrontée la très grande
majorité des Français, musulmans compris. Alors, où met-on la frontière
entre les amis et les ennemis de la République ? L’actuelle polémique
autour du burkini conforte ma position en faveur d’une laïcité la plus
inclusive possible, pour ne pas rendre attirants les ennemis de la
République. Il faut se souvenir qu’après Nice et le meurtre du père
Hamel, on a vu des femmes en foulard manifester contre les auteurs des
attentats.
Dans cette situation grave et incertaine que nous vivons, il existe
un débat, vraiment sérieux, entre deux options : d’un côté, donner au
plus grand nombre le sentiment qu’ils font partie de la collectivité et
isoler les ennemis de la République ; de l’autre, dire «il y a glissement» et sévir à la moindre occasion qui semble choquante. Mais alors Daech va pouvoir jouer de la victimisation, dire «voyez, on vous stigmatise, vous n’êtes pas inclus dans la communauté française».
On peut être choqué, par le voile, par le burkini, et il peut et il
doit y avoir débat, mais sans pour autant interdire. C’est le principe
de la démocratie : tolérer la différence, accepter l’altérité.
Les arrêtés anti-burkini sont-ils précipités, ou disproportionnés ?
Ils majorent le problème. Je remarque, d’ailleurs, qu’on est passé de
la lutte contre les femmes pas assez vêtues des années 60, à celle
contre les femmes désormais trop vêtues… Quand mes sœurs ont commencé à
porter des maillots de bain deux pièces, ma mère était contre, alors
qu’elle ne se jugeait pas particulièrement étroite d’esprit ! Il y a par
ailleurs en France une société du voir qui accorde beaucoup trop
d’importance au paraître. Personnellement, je pense que l’habit ne fait
pas le moine.
Que les musulmans aient une réflexion à faire sur le rapport
hommes-femmes, je suis d’accord, comme les autres d’ailleurs, et qu’il
faille un féminisme musulman, d’accord aussi. Mais laissons-les débattre
ensemble, évoluer, c’est au sein d’elles-mêmes que les communautés
religieuses doivent décider de leurs manières de s’habiller.
Interdire comme ça peut au contraire empêcher l’évolution, crisper.
La laïcité consiste à mettre la religion dans le droit commun, or on a
le droit d’aller à la plage habillé des pieds à la tête. Plus largement,
ce genre de polémique masque des problèmes de non-reconnaissance
sociale, économique mais aussi culturelle. On voudrait en faire une
opposition entre laïcité dure et laïcité molle mais, à mes yeux, il
s’agit juste de mesures stratégiquement contre-productives.
Laurence Rossignol, la ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes, condamne le burkini au nom du féminisme.
En tant que ministre de la République, représentante de l’Etat,
Laurence Rossignol se devrait d’être neutre alors qu’elle moralise… Il
faut être ferme vis-à-vis de tout acte qui limiterait la liberté des
femmes. Mais la société ne peut pas se donner une virginité féministe
sur pareil prétexte. Moi, j’attends plutôt Mme Rossignol sur l’égalité des sexes et les inégalités socio-économiques qui perdurent.
Cette polémique sur le burkini n’est-elle pas liée au contexte post-attentats ?
Elle avait commencé en août 2014, avec une publication sur Facebook
de Nadine Morano qui avait déclaré, à propos d’une femme voilée croisée
sur une plage : «Lorsqu’on choisit de venir en France, Etat de
droit, laïc, on se doit de respecter notre culture et la liberté des
femmes, sinon on va ailleurs !» Le contexte en cours depuis
janvier 2015 exacerbe encore ce type de polarisation et la campagne
électorale ne va pas arranger les choses.
Cette polémique a été précédée d’une autre, en mars, autour de la
«mode pudique», qui ne pose pas de problème dans d’autres pays
occidentaux, par exemple en Angleterre. Pourquoi tant de stress ?
Les pays anglo-saxons ont une culture de la diversité, cultuelle et culturelle, plus forte. C’est Voltaire qui a écrit : «Un Anglais, comme homme libre, va au ciel par le chemin qui lui plaît.» En France, une mentalité «catholique et français toujours» perdure, une mentalité de l’unité. On parle encore de «la France une et indivisible» alors que, depuis la Constitution de 1946, «une» a été enlevé au profit de «indivisible, laïque, démocratique et sociale», et ça n’est pas pour rien ! Or, culturellement, on a l’impression que ça n’a jamais été intégré, et «démocratique et sociale»,
on l’entend peu. C’est une conception de l’unité assez uniforme qui
prédomine, peu inclusive de la diversité. Résultat, on ne sait plus
séparer ce qui peut être dangereux de ce qui peut choquer mais peut être
accepté par la démocratie. On ne met pas la frontière au bon endroit.
Jean Baubérot et le Cercle des enseignant-e-s laïques publient fin août un Petit manuel pour une laïcité apaisée (Editions la Découverte).
Médecins, avocats, patrons… français et musulmans, ils veulent s’engager dans le débat
LE MONDE | 16.08.2016 Par Cécile Chambraud
C’est une génération de Français au parcours d’excellence que le
terrorisme pousse à un engagement auquel, sans lui, ils n’auraient pas
songé. Quarante et un médecins, chefs d’entreprise, ingénieurs,
universitaires, avocats, cadres supérieurs, hommes et femmes, « français
et musulmans » au curriculum vitæ brillant, se sont déclarés « prêts à
assumer [leurs] responsabilités » dans la gestion de l’islam, dans une
tribune publiée par Le Journal du dimanche le 31 juillet.
Après
la commotion de l’égorgement du prêtre catholique Jacques Hamel, qui
leur a violemment renvoyé l’écho des moines de Tibéhirine, assassinés au
printemps 1996 en Algérie, une évidence s’est imposée à eux : le
silence n’était plus une option.
Il était devenu urgent que leur
génération prenne en main l’organisation de l’islam en France, cet islam
dont ils ont hérité la culture. Eux, pratiquants ou non, qui ont
intégré l’élite de leur domaine professionnel et possèdent les codes de
la République, ont ressenti le devoir de s’impliquer dans cette
entreprise. De devenir des acteurs de l’islam.
La République comme boussole
Leur engagement d’aujourd’hui, ils le décrivent d’abord comme un «
engagement pour la France quand la maison France est en train de brûler
», selon la formule de la sénatrice socialiste de Paris Bariza Khiari. «
Le sujet, c’est la France, confirme Pap’Amadou Ngom, chef d’une
entreprise de conseil en systèmes d’information. Je ne suis pas
pratiquant. J’aurais pu dire : l’organisation de l’islam, ce n’est pas
mon sujet. Mais justement pour cette raison, j’ai pensé qu’il fallait
que je contribue, car je suis citoyen. Et l’objectif, c’est de mettre en
place les dispositifs permettant à cette religion d’exister dans la
République. »
La République, ils l’ont tous comme socle et comme
boussole, mais une République qui traiterait impartialement tous ses
citoyens, les musulmans comme les autres. « La solution, c’est d’en
appliquer les valeurs. Mais de les appliquer vraiment, et à tout le
monde », tranche Abdel Rahmène Azzouzi, chef du service urologie du
centre hospitalier universitaire (CHU) d’Angers. « Nous avons été
biberonnés aux valeurs de la République, nous les avons faites nôtres,
confirme Madjid Si Hocine, médecin lui aussi. Mais on ne nous les
applique pas toujours. »
Beaucoup avaient fait leur l’idée que la
religion, c’est de l’ordre du privé. Mais ils font le constat que, pour
les musulmans, cette affirmation est aujourd’hui largement fictive. «
Nous ne sommes pas les représentants des musulmans de France, mais
l’islam est devenu une affaire publique, il fallait une voix », explique
Najoua Arduini-Elatfani, responsable du développement d’une entreprise
de BTP.
« Maintenant, on n’a plus le choix »
« D’une certaine manière, ce n’est pas agréable de parler comme
musulman, mais maintenant, on n’a plus le choix », témoigne Hakim El
Karoui, chef d’entreprise, ancien conseiller de Jean-Pierre Raffarin à
Matignon, l’une des chevilles ouvrières de la tribune. « Nous avons le
souci de ne pas usurper, nous n’avons pas la prétention de représenter
les musulmans. Nous le faisons pour le pays », ajoute Pap’Amadou Ngom.
Certains d’entre eux ont partagé des engagements associatifs, se sont
fréquentés dans des organisations professionnelles, sont passés par le
club XXIe Siècle, qui promeut la diversité parmi les élites, et cela
faisait déjà un certain temps qu’ils parlaient d’une initiative. « Nous
ne sommes pas un groupe. Nous sommes une génération témoin de la réalité
qu’elle vit et qui aujourd’hui fait le constat d’un échec de la
gouvernance » de l’islam en France, résume Abdel Rahmène Azzouzi. Après
le meurtre du prêtre, ils ont précipité le mouvement.
Ils
insistent sur l’hétérogénéité des Français musulmans. « Il faut arrêter
de regarder les musulmans comme un bloc. C’est un patchwork ! », s’agace
Madjid Si Hocine. Mais ils partagent le sentiment de faire partie de «
la grande majorité silencieuse musulmane », comme le formule Sadek
Beloucif, chef du service d’anesthésie-réanimation de l’hôpital
Avicenne, en Seine-Saint-Denis.
« Tais-toi quand tu parles ! »
Cette majorité pour qui la « religion est intime », qui n’a pas accès
aux médias, qui se sent « caricaturée » par ceux-ci lorsque, pour
évoquer l’islam, ils donnent la parole à quelques rares représentants
mis en avant par les politiques et dans lesquels ils ne se reconnaissent
pas, ou à « des spécialistes » qui lui sont étrangers, mais presque
jamais à des musulmans qui leur ressemblent.
Cette majorité
silencieuse, accusent-ils, est aujourd’hui prise au piège d’une
injonction paradoxale, sommée de condamner les attentats en tant que
musulmans et, dans le même temps, de ne surtout pas s’afficher comme
tels. « On nous dit : “Tais-toi quand tu parles !” », résume Amine
Benyamina, psychiatre et addictologue. C’est de cette impasse que les
signataires ont décidé de sortir. « Il faut dépasser cette injonction
paradoxale, car si on ne fait rien, on inquiète l’ensemble de la
société. Il faut intervenir. Le silence gêné ne peut plus durer »,
tranche Hakim El Karoui.
Il est pour eux urgent de trouver les
moyens de s’adresser aux jeunes générations, auxquelles, déplorent-ils,
plus personne ne parle. « Je crois à la vertu de l’exemple. J’ai le
sentiment d’être devenu une espèce d’aîné qui peut montrer le chemin. La
jeunesse, personne ne s’en occupe plus. Insulter l’avenir comme ça,
c’est terrible ! », s’indigne Madjid Si Hocine. Ils plaident en faveur
d’une véritable bataille culturelle.
« Il faut toucher les jeunes
à travers leurs propres outils. Répondre aux fous par les moyens
modernes. On ne fera pas l’impasse d’une entreprise culturelle de grande
envergure adossée à un discours idéologique », presse Bariza Khiari. «
La jeunesse qui a grandi avec le traumatisme du 11-Septembre aurait eu
grand besoin de ne pas être montrée du doigt mais au contraire incluse,
plaide Marc Cheb Sun, auteur et directeur de la revue D’ailleurs et
d’ici. Mais c’est tout le contraire qui s’est passé. Si ce qui fait
votre colonne vertébrale, qui vous est si cher [votre religion], est
capturé par des gens qui en font un crime et que la société française
vous désigne comme le problème, comment se construire?»
Or il est évident à leurs yeux que les institutions actuelles de la
deuxième religion du pays seront incapables de conduire ce combat
culturel. Et que le premier responsable de cette impuissance est le
pouvoir politique. Paralysé par divers intérêts en conflit, le Conseil
français du culte musulman (CFCM), accusent-ils, est le fruit du choix
fait par les gouvernements successifs de faire « sous-traiter » la
gestion de ce culte aux Etats d’origine des migrants qui se sont
installés en France, au premier rang desquels l’Algérie, le Maroc mais
aussi la Turquie. « L’Etat français n’a jamais voulu un islam de France,
accuse Abdel Rahmène Azzouzi. C’est le signe que [les politiques]
considèrent toujours l’islam comme une religion étrangère à la
République. » Bariza Khiari n’est pas la seule à y voir « des miasmes
coloniaux ». « On nous dit : ces gens ne sont pas comme nous, ils
n’arrivent pas à s’entendre, ils ont besoin qu’on les organise »,
enchérit Marc Cheb Sun.
Ils demandent la création d’une fondation
de l’islam qui devrait prendre en main cette entreprise et être
émancipée des Etats d’origine. « Je ne veux plus voir une seule âme
étrangère roder autour du CFCM. L’islam de France doit être géré par des
Français uniquement. La maison commune, c’est la France, pas le Maghreb
! », assène Abdel Rahmène Azzouzi. La gestion du culte par le CFCM,
sous le parrainage de l’Etat, avec une partie des imams formés à
l’étranger, parlant parfois mal le français et étrangers aux codes des
Français, ne parvient pas à toucher suffisamment les jeunes,
déplorent-ils. Selon Madjid Si Hocine, « il faut totalement rebooter le
logiciel de la gestion de l’islam de France ».
Les signataires de
la tribune ne rejettent pas tout rôle de l’Etat. Ils veulent que « la
communauté s’organise en bonne intelligence avec les pouvoirs publics »,
selon la formule de Pap’Amadou Ngom. Une fondation répondrait au besoin
de « professionnalisme » pour gérer efficacement les flux financiers
liés à la construction de mosquées, par exemple. Elle ne s’occuperait
pas seulement de la dimension cultuelle, mais aussi de projets
culturels, de recherche, de communication moderne. Objectif prioritaire :
les jeunes générations.
Main tendue
Mais le nom de
Jean-Pierre Chevènement évoqué par le président de la République,
François Hollande, pour prendre la tête de cette fondation les fait
douter des intentions du gouvernement. « C’est terrible ! ça nous
renvoie à l’indigénat. On n’est pas des majeurs incapables ! »,
s’insurge Amine Benyamina. « Ça fait un peu bureau des affaires
indiennes », relève Madjid Si Hocine.
Le gouvernement voudra-t-il
saisir la main qu’ils tendent ? En tout cas, eux qui, comme Abdel
Rahmène Azzouzi, estiment « avoir fait une synthèse entre les valeurs de
la République et celles de l’islam », sont prêts à participer à une
sorte de « constituante » qui permettrait de donner un nouveau départ
aux institutions de la deuxième religion de France.
Et, pourquoi
pas, s’enflamme Abdel Rahmène Azzouzi, faire de ce modèle un article
d’exportation capable de « rayonner dans le monde entier ! ».
Lire aussi : Oubli des victimes juives des attentats : retour sur un lapsus dommageable
La proposition de loi PS instaure la possibilité d'un recours collectif en justice.
C’est l’ouverture d’un droit, celui de pouvoir saisir
ensemble la justice sur des cas de discriminations, qui était en débat
ce mercredi soir à l’Assemblée… devant un hémicycle presque vide. Les
(quelques) députés présents en séance ont voté la création de l’action
de groupe en matière de discrimination - un dispositif qui existe depuis
2014 dans le domaine de la consommation. Le texte du socialiste Razzy Hammadi
prévoit la possibilité d’un recours collectif pour des personnes
s’estimant lésées pour les mêmes motifs (origine, orientation sexuelle,
religion, sexe, grossesse, handicap, âge) et par les mêmes personnes
(Etat, entreprise ou particulier), là où les plaintes sont aujourd’hui
individuelles.
Le député (PS) qui travaille sur le sujet depuis 2012 - l’action de
groupe était une promesse du candidat Hollande - souhaitait, avant la
séance, «un large consensus des républicains sur tous les bancs».
Œillade aux députés ex-UMP qui se sont rebaptisés «les Républicains» la
semaine dernière. Le seul député de droite assistant au débat, Philippe
Gosselin, a voté contre. Hammadi espérait aussi une approbation des
centristes: pas un UDI lors du vote. A gauche, le texte a fait le plein
des voix. Le Vert Sergio Coronado a toutefois rappelé qu’une proposition
de loi de la sénatrice EE-LV Esther Benbassa avait été déposée en 2013
sur le sujet, elle et Hammadi se disputant la primeur du projet. Le
texte écologiste était «plus libéral», proposant notamment que
les plaignants puissent se monter en collectif pour saisir la justice.
La version socialiste, examinée ce mercredi, prévoit, elle, que les
victimes supposées passent par un syndicat ou une association. Une
précaution pour éviter que des affaires plus ou moins farfelues se
multiplient. La question de ce «filtre» a de nouveau fait débat. Coronado a proposé de le supprimer, le jugeant «rigide» et y voyant «un frein».
La droite aurait voulu durcir encore cet échelon intermédiaire en
limitant la possibilité d’agir aux associations qui auraient reçu «un agrément».
Au final, la majorité a maintenu ce filtre mais baissé le seuil de cinq
à trois ans d’existence pour les associations. Un amendement autorise
aussi les syndicats de la fonction publique à porter ce type d’affaire.
Face aux inquiétudes sur le petit chamboulement culturel introduit
par l’action de groupe, Razzy Hammadi souligne qu’il ne s’agit pas de
créer une nouvelle incrimination - celle de la discrimination existe
déjà - mais d’abord de faciliter l’accès aux droits alors qu’on estime
qu’une victime de discrimination sur deux n’attaque pas en justice. Il a
aussi tenté de «rassurer» les entreprises, vent debout contre la mesure: «Rien
ne justifie qu’elles se sentent ciblées, elles se comportent bien dans
l’ensemble, nous serons attentifs au cadre de l’entreprise.»
Pour Bruno Le Roux, l’action de groupe vise à briser «l’esseulement des victimes pour les conduire à faire valoir leurs droits».
Le patron des députés PS s’est même un peu enflammé, en profitant pour
remettre sur la table la question du contrôle au faciès: «Dans ma
circonscription (Seine-Saint-Denis), je vois beaucoup de jeunes subir
des contrôles d’identité multiples, ce n’est pas pour stigmatiser
certaines équipes de police mais il ne faut pas se voiler la face.»
Le gouvernement avait reculé sur le récépissé pour lutter contre le
contrôle au faciès, promesse de campagne en 2012. Mais on peut imaginer,
si l’action de groupe est définitivement adoptée, que des personnes
systématiquement contrôlées parce qu’arabes ou noires puissent se
retourner contre l’Etat.
La proposition de loi Hammadi doit ensuite être examinée au Sénat,
avant de revenir à l’Assemblée pour une seconde lecture. Les députés
pourraient débattre à nouveau de ces recours collectifs dans le cadre du
projet de loi sur la justice du XXIe siècle. Dans son texte qu’elle
doit présenter en conseil des ministres début juillet, la ministre de la
Justice, Christiane Taubira, envisage une action de groupe «socle» qui
couvrirait tous les domaines (santé, environnement et discrimination).
Revoici donc "le vieux serpent de mer"
de l'intégration et de la lutte contre les discriminations...que les
"grands camarades" socialistes savent si bien agiter comme un joujou à
la face des français dits d'origine étrangère et des immigrés africains,
généralement à l'approche des échéances électorales, ou sur fond de
luttes de positionnement internes au Gouvernement.
De grâce en 2014, y compris auprès des socialistes, "L'Homme
Africain" mérite plus de respect et de considération qu'une
"intégration"..dont il sait pertinemment qu'elle sera toujours
sujette à caution, voire abandonnée au moindre arbitrage politique, ou à
la moindre levée de boucliers des forces réactionnaires de ce pays (y
compris au sein du PS).
Désormais le débat ne se situe plus sur le terrain de l'intégration,
des discriminations, ou du vote des étrangers aux élections locales
(dont l'appréciation serait bien évidemment toujours laissée à la
discrétion de grands "seigneurs" politiques).
Mais sur celui d'une revendication d'une citoyenneté pleine et entière
- avec évidemment les mêmes droits et les mêmes devoirs - par laquelle
des français issus de la diversité, et singulièrement originaires
d'Afrique (à l'instar d'autres français), veulent et peuvent s'organiser
en masse suffisamment critique pour peser sur les choix politiques et
prendre ainsi leur propre destin républicain en main; sans être de la
sorte en permanence instrumentalisés, ostracisés dans les désignations et investitures électorales,
acculés au repli communautaire, relégués à une citoyenneté de seconde
zone... puis de temps en temps aguichés avec des projets de réformes
essentiellement clivant, dont la probabilité est pourtant forte qu'ils
ne voient jamais le jour dans la configuration actuelle de la scène
politique française.
Celle essentiellement court-termiste;
ou l’Autre qui fut enseignée notamment aux filles et fils des indigènes
venus des anciennes colonies françaises, comme étant au-dessus des
considérations personnelles, politiciennes, identitaires, voire
communautaires?
Et au risque de subir aussi un bannissement politique, dans cette
chasse aux sorcières qui ne dit pas son nom, et qui tendrait à tous nous
assimiler à des soutiens de MBALA MBALA (pour lequel je n’éprouve la
moindre sympathie et condamne les pitreries antisémites)…il serait plus
juste de dire que nous avons assisté Jeudi 09 Janvier 2014 à la régression de l’État de Droit dans cette France voulue des Libertés et des Droit de l’Homme.
C’est en effet la première fois de triste mémoire qu’en un temps
record (approximativement trois ou quatre heures), la plus haute
juridiction administrative de ce pays a pu être saisie, puis rendre une
décision, contraire à celle qui venait d’être soutenue au Tribunal
administratif de Nantes. Cette république française (la nôtre aussi)
était-elle donc si en danger, si menacée par un homme dépeint en «diable noir»,
pour souiller à jamais ses principes fondamentaux; ceux-là mêmes avec
lesquels nous essayons péniblement d’extirper certains de nos
compatriotes (sans réelle fermeté des autorités françaises) des geôles
d’un tyran au Cameroun (pays d’origine, faut-il le rappeler, du père de
Dieudonné MBALA MBALA)?
Qui peut sérieusement le croire?
L’on se serait parfois cru en 1945, au soir et au lendemain de la
libération de la France de l’occupation Nazie. Pourtant l’antisémitisme,
le racisme, ou les discriminations au faciès…nombre d’entre-nous les
subissons et les combattons au quotidien; et ne pouvons imaginer un seul
instant qu’un homme politique, membre du parti socialiste, devenu
ministre de l’intérieur… qui a eu à se plaindre en d’autres temps et
d’autre lieu de ne pas voir assez de «blancos»dans
sa commune, ou perpétue la politique du chiffre en matière des
expulsions des étrangers…puisse devenir notre «Guide Suprême».
Car des «Guides suprêmes» nous en connaissons quelques uns dans nos
histoires respectives, suffisamment rompus à l’art de «l’escamotage»,
pour ne pas dire de «l’instrumentalisation» des ordres juridictionnels
et des audiences expéditives, pour ne surtout pas se solidariser à la"Victoire" éphémère de Manuel Valls …Paul BIYA du Cameroun est de ceux-là, et s’est curieusement souvent targué d’être je cite: "le meilleur élève de la France".
Concédons-le lui pour une fois, parce qu’il semble avoir
particulièrement appris et retenu de ses «maîtres français», les
rudiments de ce "rouleau compresseur administratif" aux apparences
faussement judiciaires, qui permet à tout «Guide Suprême» de mettre la
République à ses pieds.
C’est pourquoi cette République-là ne saurait être celle des combattants de la Liberté.
En démocratie le temps du Politique ne devrait pas être le même que celui du Juridique
Si Madame Daniele LOCHAK (Professeur émérite de Droit Public, Présidente d’Honneur du Gisti) a dû sortir de sa réserve habituelle…cela signifie effectivement que Manuel Valls
est entrain de déboussoler de nombreux praticiens du droit (y compris
ceux du syndicat de la magistrature, que personne ne peut
raisonnablement suspecter la moindre complaisance ou connivence avec des
thèses extrémistes)…
Se taire serait refuser délibérément d’éclairer le citoyen sur "le rôle politique du Juge administratif"
en France, notamment celui du Conseil d’État, qui n’est hélas pas un
magistrat de formation, mais un haut fonctionnaire généralement sorti de
l’École Nationale d’Administration (ENA); donc pas suffisamment à
l’abri des pressions dans des dossiers aussi sensibles comme celui-ci;
où les responsables de l’Exécutif (et pas des moindres) ont "pris des
risques" calculés et essentiellement court- termistes, sachant
pertinemment que la Cour Européenne des Droits de L’homme pourrait
logiquement ne pas suivre le Conseil d’État français.
Mais
les délais de procédure et d’audience entre le Conseil d’État et la
Cour Européenne des Droits de L’homme sont jugés suffisants par les
responsables politiques socialistes (en pointe sur cette polémique),
pour faire un matraquage médiatique à outrance sur la "victoire de leur
république", et limiter les dégâts dans les urnes (à voir!) aux
échéances électorales intermédiaires.
C’est l’occasion de dire et redire qu’en démocratie, le temps du politique ne devrait pas être le même que celui du Juridique.