Affichage des articles dont le libellé est sexisme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est sexisme. Afficher tous les articles

mercredi 13 novembre 2013

Nous sommes tous des Christiane Taubira


Par Nacira Guénif

Voilà une femme qui par la force de ses convictions et de sa personnalité s’est hissée à hauteur d’une république qu’elle conçoit comme son horizon politique. Mue par une intégrité sans faille, elle consacre depuis longtemps toute son énergie à rendre accessible cet horizon à tous et toutes, sans distinction de sexe, de race, d’origine ou de religion. Elle n’a pas attendu les soubresauts identitaires de partisans d’une France qui veut demeurer blanche et straight pour œuvrer au bien commun. Elle n’en attendait sans doute pas tant de leur part: pourquoi tant de haine?
Voilà qu’une ministre est ravalée à la rhétorique la plus abjecte qui, parcourant la surface de sa peau, entend l’avilir au plus profond d’elle-même, en tant que femme et en tant que noire. Comme s’il fallait étouffer en elle toute fierté d’être l’une et l’autre.
Pendant que l’on se repassait de détails croustillants sur les slogans bestialisant la garde des sceaux, dont, par décence, il faudrait cesser de faire la publicité, le silence a régné au plus haut niveau de l’État. Un silence indécemment long. Comme si dans les esprits grinçait cette ritournelle selon laquelle elle l’aurait bien cherché.
Que le silence ait pu persister dans les Palais de la république ne devrait pas nous étonner plus que cela et pour tout dire, ne requiert déjà plus notre attention. Il est urgent de nous tourner vers la seule question qui vaille: serons-nous capable de résister au racisme qui prospère et de lutter pour qu’enfin sa matrice soit démantelée et ses exploiteurs démasqués?
Voilà des années de trop, que le balancier oscillant de la haine de soi à la haine de l’autre fauche les maigres espoirs d’une France réconciliée avec elle-même. Elle prenait des couleurs pour le meilleur, croyait-on, puis le pire est redevenu notre seul horizon et il vient de se refermer sur elle et sur nous.
Désormais, il est trop confortable de se contenter d'accuser la droite extrême, restée assise à l’assemblée, pour avoir bonne conscience et croire s’être ainsi dédouané de toute forme de racisme. Ce sont les mêmes qui hier jetaient de l’huile sur le feu en désignant les coupables à la vindicte populaire et à l’audimat, par viennoiserie interposée, et qui aujourd’hui appellent à rompre avec les scélérats à leur droite toute, en persistant à ignorer qu’ils ne font plus qu’un. Car leur union est déjà scellée par ce déni partagé: la France est raciste par leur faute. Chaque jour, ils misent un peu plus sur l’exacerbation des propos et des actes de haine qui la mettent à genou.
Mais la gauche n’est pas en reste. Elle n’est plus immunisée, à supposer qu’elle l’ait jamais été. Qu’elle s’installe au pouvoir, ou qu’elle veuille résister à cet exercice corrupteur, elle s’est dissoute au contact corrosif de dissensions et divisions qui laissent la voie libre au grand dérangement raciste. Jusqu’à ses figures consensuelles qui n’ont pas hésité à exploiter le filon de l’aversion contres les nouveaux français, trop basanés, trop musulmans, dont il est temps de dénoncer le jeu dangereux.
Entendons-nous: dire la France est raciste, n’est pas dire tous ses habitants le sont. C’est dire que la xénophobie d’État est bien là, installée dans ses quartiers, qu’ils soient rupins, protégés ou relégués et qu’elle expose toute sa population au passage à l’acte et à la parole racistes. La xénophobie expose à l’ensauvagement. Que ce soit sous les ors de la république, dans les centres ville préservés ou dans les ornières de périphéries oubliées, le racisme bat son plein, et ce depuis longtemps. C’est donc rappeler que cela ne date pas d’hier et qu’en vérité cela n’a jamais cessé. Certains ont cru, qu’une fois révolues la collaboration et la colonisation, leur pays était tiré d’affaire, guéri d’un désir lancinant de supériorité. Alors qu’il n’était qu’en rémission. Et encore, elle fut bien brève. Tant dans ses tréfonds administratifs, à ses guichets, dans ses dossiers en bas de piles inamovibles, dans ses évictions de postes privilèges réservés, et à chacune de ses brimades, entre dévoilement, expulsion, contrôle au faciès et fouille au corps, s’active un racisme routinier, de basse intensité, sans panache, sans grade, mais bien réel.
Il atteint sans hésiter tout ce qui compte, et ils sont nombreux, de métèques et de parias. Devenu disponible, comme une substance psycho active dont on ne parvient plus à se défaire, objet de transactions à découvert, le racisme peut avoir le visage de chacun d’entre nous, sans exception. Mais, si pour certains, il est insu, ayant infusé face au désastre, pour d’autres il est devenu une vertu, l’ultime rempart d’un patriotisme désastreux.
Il révèle les alliages les plus improbables. Comme les partisans d’un antisexisme patriarcal, s’accommodant d’un racisme aveugle à lui-même, passager clandestin d’un cortège convaincu de cheminer glorieusement vers la liberté et l’égalité pour toutes. Ou ces croisés d’une laïcité dévoyée, tardivement unie à un féminisme intolérant et sélectif, qui marmonnent des formules magiques censées faire fuir les ennemis de l’intérieur qu’ils se sont inventés pour plus de vraisemblance.
Racisme des puissants comme des faibles, l’ironie veut que nous soyons tous égaux face à lui: il corrompt tous ceux qu’il atteint et les avilit bien plus que les cibles qu’il se désigne. Même lorsqu’il nous traverse, il ne nous laisse pas indemne, il se métabolise et s’installe dans les replis de notre être. Ce racisme, dont les effets délétères dissolvent les individus et désagrègent le bien commun, est devenu notre double.
Partout le rictus est sur le point de tordre les bouches et la haine prompte à empoisonner les esprits. Il est temps de les regarder en face.
Faut-il comprendre que répondre à l’abject n’est pas à l’ordre du jour? Dans ce cas, comment ne pas voir dans le silence qui pèse sur la France une complicité de fait?
Qui sème le vent récolte la tempête. Qui ne dit mot consent. Ce sont plus que des adages, des alertes qu’il importe désormais d’entendre.
Et qu’enfin, on comprenne que l’intégration n’est plus une réponse, mais le sauf-conduit qui autorise, étalonne et absout toutes les discriminations. Car tenus comptable d’une impossible intégration, les mis en échec subissent la sanction légitimée du racisme et des discriminations. La rhétorique de l’intégration est le plus sûr vecteur de racialisation d’une France qui n’en finit pas d’être hantée par ses spectres coloniaux et raciaux. Ces vestiges survivent au cœur de la république: celles et ceux qui la chérissent devront aller les en extirper.
Voilà pourquoi le silence et l’inaction sont pires que tout, parce qu’ils signent notre capitulation collective devant l’abject. Hormis reconnaître l’étendu du désastre et conjurer la tentation d’une reddition face au raciste pour en venir à bout, aucune autre alternative n’est viable.
La France ressemble déjà à ce qu’elle sera demain, sans retour et sans regret. Il faudra bien qu’enfin ses habitants apprennent, comme y invite la maturité démocratique, à réguler l’aversion qui les étreint encore trop souvent à la vue et au contact d’une altérité devenue intérieure à notre monde commun. L’État doit être le garant du droit à exister avec ses singularités et ses capacités afin d’en faire le multiplicateur des possibles. Il doit mettre un terme à l’aggravation des tensions qui sapent des existences devenues des rebus parce qu’elles sont marquées, à leur corps défendant, du verdict du rejet.
Voilà pourquoi nous sommes tous des Christiane Taubira. Nous, les arabes, les noirs, les roms, les musulmans, les juifs, les migrants, les minoritaires, les étrangers, les indigénisés, les femmes subalternes, les queers, les expulsés, les expulsables, les contrôlés, les contrôlables, les dé/voilées, les percutés au plafond de verre, les exilés forcés, les évincés, les double-peines, les sans droit de vote, les sans papiers, les sans logis, les sans travail. Car elle est comme nous, notre égale, notre semblable, entrée comme nous en résistance face au racisme et à ses pratiquants. Tout ce qui l’atteint nous affecte, tout ce qui lui est ôté nous ampute. Et vice-versa. Bienvenue au club à toutes celles et ceux qui nous rejoindront! En attendant de manifester, manifestons (nous) sur la toile!
Source: Mediapart.fr


mardi 7 mai 2013

Hollande An I : bilan encore très décevant en matière de lutte contre les discriminations



Source : Nouvelobs.com

Un an jour pour jour après l'élection de François Hollande, où en sommes-nous ? Les discriminations ont-elles reculé ? L'égalité a-t-elle progressé dans notre pays ?


République & Diversité, le think-tank présidé par Louis-Georges Tin, a mené l'enquête. En partenariat avec d'autres associations, le Planning familial, le CRAN, le Comité IDAHO , l'Association des Paralysés de France (APF), différents ministères ont été sollicités. Après des dizaines de personnes issues de la société civile se sont réunies sous la forme de jurys, pour évaluer l’action du gouvernement.

 

Baromètre du gouvernement de la lutte contre les discriminations - Classement général 
 
Taubira illumine l'Assemblée, Valls assombrit le tableau
Il y a évidemment des stars, des figures comme Christiane Taubira, qui a illuminé l'Assemblée ces derniers mois en défendant le mariage pour tous. Elle se retrouve logiquement dans le trio de tête avec Dominique Bertinotti et Valérie Fourneyron, elles aussi très engagées dans la lutte pour l'égalité. La ministre de la Famille s’est illustrée par sa connaissance fine des problématiques LGBT. La ministre des Sports, de la Jeunesse, de la Vie Associative et de l’Éducation populaire se démarque, de son côté, par des actions innovantes en matière de lutte contre le racisme.

Mais à côté d'elles figurent Aurélie Filippetti à la culture et Geneviève Fioraso, dont l'action est nulle ou quasi nulle, sans parler de Manuel Valls, qui semble avoir pour projet non pas de combattre, mais de renforcer les discriminations en France, d'où sa note négative (-1).

Les associations ont cherché, recoupé et agrégé les informations, rien n’y fait : pas la moindre mesure en faveur de l’égalité.

Vallaud-Belkacem isolée contre le sexisme
Sur le sexisme, Najat Vallaud-Belkacem n'a pas vraiment réussi à mobiliser ses collègues. Or, le combat est transversal, au cœur même de sa mission.

Concernant le handicap, très rares sont les ministères qui se sentent concernés. Au total, la moyenne générale est autour de 6/20. La vérité, c'est que Nicolas Sarkozy a fait beaucoup pour les discriminations ; François Hollande ne fait pas grand-chose contre...

Or le mot égalité n'est-il pas au fronton de toutes les mairies ? N'est-il pas au cœur de notre devise républicaine ? Ne figure-t-il pas dès l'article premier de notre Constitution ? Comment se fait-il que la lutte contre les discriminations soit si peu traitée par les ministres de ce gouvernement ?

Il faudrait sans doute que nos dirigeants méditent un peu plus cette phrase profonde, prononcée par Gambetta, l’un des pères de la IIIe République : "Le rôle de la République ne consiste pas à reconnaître des égaux, mais à en faire".

Nous sommes tous discriminables
De fait, contrairement à ce qu'on croit souvent, la lutte contre les discriminations ne concerne pas les minorités. Car nous sommes tous discriminables. Les femmes, les homosexuels, les personnes d'origine étrangère, les personnes en situation de handicap, les jeunes, les vieux, les habitants des quartiers populaires, ceux du monde rural, tout le monde peut être stigmatisé, discriminé. Évidemment, certains cumulent les handicaps sociaux, mais en réalité, 100 % des Français sont discriminables.

En ce sens, la lutte contre les discriminations n'est pas une cause que l'on devrait soutenir par charité chrétienne, par amour du prochain, par souci des minorités, ou des gens "différents"... C'est une cause qui concerne directement chacun d'entre nous.

Le pacte pour l’égalité et la diversité, publié il y a plus d’un an avec les mêmes partenaires, préconisait déjà la création d’un ministère d’État de la lutte contre toutes discriminations, chargé à la fois d’animer le travail interministériel dans la lutte contre les discriminations et d’impulser de grandes réformes d’égalité. La lutte contre les discriminations, peut, et doit être, une politique.

C’est le message des baromètres que nous avons publié la semaine dernière, et dont je restitue aujourd’hui le classement général. République & Diversité constitue une véritable agence de notation citoyenne. Il y a un mois, nous avons publié le Baromètre des villes de France de la lutte contre l’homophobie pour alerter les municipalités.

Les choses changent dans certaines municipalités, je le constate déjà. Au gouvernement, désormais, de passer à l’action.



vendredi 8 mars 2013

Racisme ordinaire une Journée internationale de la Femme


Tous les jours devraient naturellement être des journées de la femme, pour peu que dans nos éducations, cultures et enfances respectives nous ait été inculqué cette nécessaire égalité qui soutend tout épanouissement humain. Hélas force est de reconnaître que nous en sommes encore très éloignés, y compris dans nos sociétés dites avancées et civilisées, où des pesanteurs et stéréotypes sociologiques persistent, non seulement vis-à-vis des femmes, mais aussi des personnes de couleur.


J'en ai fait les frais à Bergerac en Dordogne le vendredi 08 mars 2013, à 19h50!

Après avoir visité la région toute l'après-midi, notamment Périgueux et Brantôme, nous décidons mon épouse et moi de nous offrir un restaurant répertorié dans les guides comme «une bonne table». Une fois à l'intérieur, nous sommes poliment éconduits à la porte, muni d'une carte de visite, sous le prétexte que le restaurant serait complet, alors que nous avons une salle aux trois quarts vide devant nous à Bergerac, à 19h50 un vendredi 08 mars 2013.

Bref le ministère français des droits des femmes, aurait dû être celui de l'égalité des droits et de la lutte contre les discriminations...Sur le terrain des discriminations au faciès, les femmes et les hommes de couleur sont logés à la même enseigne. En politique les premières semblent d'ailleurs mieux acceptées que leurs homologues masculins d'origine noire africaine...

Il faudrait bien évidemment pas réduire cette humiliation à un sujet de plaisanterie, notamment celles et ceux qui sont coutumiers du fait, avec le double discours officiel sur les questions aussi sensibles que le respect des droits et de la dignité des personnes. Parce que nous savons bien, expérience aidant, qu'il ne s'agit souvent que d'une belle façade ou d'un bel habillage droidel'hommiste, très éloigné de la suprématie «raciale» qui prévaut encore dans un certain inconscient collectif. C'est précisément le retard pris par la patrie dite des droits de l'homme sur la lutte contre les discriminations au faciès qui déconcerte, en comparaison avec toutes les autres grandes démocraties pourtant abondamment décriées par rapport à leur passé ségrégationniste.

L'antagonisme entre racisme et sexisme n'en est pas un!

Le racisme et le sexisme procèdent malheureusement des mêmes stéréotypes d'infériorité véhiculés et imprimés dans nos sociétés à l’égard des Hommes de couleur et des femmes. J'en suis d'autant plus affecté - au-delà de ce que j'ai vécu à Bergerac- que la lutte contre toutes les formes de discriminations a toujours été la raison première de mon engagement militant . Je mesure ainsi qu'au cœur de la France des Droits de la femme et de l'homme, il existe encore un fossé avec nos belles et généreuses postures souvent très parisiennes.

Qu'en est-il en effet des milliers de femmes et d'hommes de couleur sans-voix, souvent obligés de courber l’échine, de vivre leurs humiliations en silence?

Il se trouve que vendredi 08 Mars 2013 nous avions faim, ayant parcouru tant et tant de petits villages et communes avec des bistrots fermés, parce que la saison touristique dans le Périgord commence en Avril. Bergerac semblait ainsi la ville moyenne indiquée- car votant traditionnellement au centre gauche, peuplé dans une écrasante majorité de français moyens dits de souche, accueillants, relativement indifférents aux différences sociales et ethniques...

C'est cette France profonde qui m'attire, non un tenancier de restaurant qui a peut-être pensé que je pouvais encore souiller son établissement avec ma couleur de peau; quand bien même j'étais en la circonstance accompagné de mon épouse caucasienne, originaire du nord de la France. En réalité les ressorts psychologiques d'un racisme ou d'un sexisme de café de commerce ou de comptoir...resteront à jamais impénétrables.

Un racisme ordinaire qui ne peut bien-sûr entacher l'image de toute une région

La bêtise d'un individu ne peut et ne doit entacher toute une région, notamment cette belle et tolérante Dordogne à laquelle je me suis progressivement attaché, à force de rencontres avec ses habitants simples, animés par une profonde humanité.

Les vieux clichés ou préjugés racistes et sexistes ont malheureusement la vie dure, en Dordogne comme partout ailleurs. Ce sont eux que nous avons le devoir de dénoncer et combattre sans relâche.

Afin que cela ne se reproduise plus!

Joël Didier Engo