Comment vit-on en France quand on est noir, arabe, asiatique...Français dit de "couleur" issu de l'immigration?
L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Les
personnages de ce documentaire ont tous en commun de vivre en France,
dans une peau dont la couleur reflète une origine lointaine. Noirs,
asiatiques, arabes, métis, ils sont onze. Laurence Petit-Jouvet les a
filmés, dans un décor qui leur est familier, lisant pour la caméra une
lettre dans laquelle ils évoquent chacun, qui en s’adressant à sa fille,
qui au président de la République, cette expérience intime qui les a
façonnés, depuis l’enfance, d’être regardés comme « non-Blancs ».
Respectueux
de ces personnages dont la parole s’épanouit pleinement dans le cadre,
dont la multiplicité donne l’image d’une France multiculturelle et
multiraciale, qui pourrait ressembler à une utopie si leurs témoignages
ne rappelaient pas à quel point cette réalité se paye de souffrance et
de relégations pour ceux qui l’incarnent, le film pâtit un peu de
l’univocité de son propos.
Effet catalogue
En
révélant des destins singuliers, les séquences ont le mérite de battre
en brèche à peu près tous les clichés liés aux populations immigrées,
mais l’effet catalogue les réduit en même temps à une problématique
unique, trop précisément définie. Ne subsiste au final qu’une
juxtaposition de situations édifiantes, qui peinent à émouvoir.
Une confrontation ô combien intéressante sur l'immigration a opposé jeudi soir sur le plateau «Des Paroles et des Actes» (France2), Manuel Valls (Ministre de l'intérieur) et Floriant Phillipot (Vice Président du Front National).
Ce fut l'occasion de (re) découvrir un Manuel Valls plus
pragmatique et visionnaire sur l'Afrique, «continent» a-t-il soutenu
«d'avenir»....Une position qui tranchait singulièrement avec son image
franchouillarde et «sécurocrate» construite dans les médias ces
dernières années, notamment depuis son arrivée Place Beauvau, où il a
souvent donné l'impression -fermeté sécuritaire oblige certainement! –
de regarder l'Afrique uniquement sous le prisme des flux migratoires et
de l'immigration illégale.
Concédons-le lui, il n'aura pas été le seul au sein de la
classe politique française (de droite comme de gauche), littéralement
transie de peur devant la menace électorale du Front National.
Néanmoins l'impression d'un Manuel Valls «digne héritier chez les socialistes» de Nicolas Sarkozy a fait bien du chemin au sein de l'opinion publique et ne paraît parfois pas déformée; notamment quand on observe au plus prêt ce qui se passe réellement dans certaines préfectures et sous-préfectures de la République. En effet une observation de manière détaillée des chiffres des régularisations des étrangers permet de constater une multiplication des rejets et refus presque systématiques des renouvellements et des premières demandes de titre de séjour pour raison de santé...Parfois l'on en vient, lorsqu'on traite de ces sujets, à regretter que la fermeté dictée par la politique dite du chiffre ne se focalisât pas d'abord sur les entrées illégales, sur les séjours clandestins,les réseaux et filières qui les alimentent; voire également sur les autres types de demandeurs ...Et non sur des personnes souffrant de pathologies graves, confirmées et soignées par des chirurgiens spécialistes reconnus et assermentés,
mais que les services de régularisation choisissent délibérément de
plonger dans une précarité sanitaire et humanitaire.
Vu sous cet angle effectivement la reconversion «africaniste» et mondialiste de l'actuel ministre de l'intérieur a de quoi surprendre et rassurer. Elle permet d'espérer qu'un jour le débat sur l'immigration devienne plus apaisé,dépassionné, ou tout au moins formel et objectif en
France...sans en permanence verser dans les clichés misérabilistes, les préjugés racistes, les stéréotypes ethniques et toutes ces fadaises alimentées par la fameuse
théorie dite de «l'Appel d'air». Voir en effet un ministre de l'intérieur la veille des échéances électorales – précisément celui que les chroniqueurs politiques nous présentaient jusqu'ici comme le «Sarko de Gauche», digne héritier en matière d'expulsions des étrangers d'un Nicolas Sarkozy, d'un Brice Hortefeux, ou d'un Claude Guéant -aborder sa confrontation télévisée avec une valeur montante d'extrême droite sous l'angle de l'économie et du rayonnement international de la France à l'étranger (et singulièrement en Afrique)...ouvre de belles
perspectives dans l'évolution des mentalités hexagonales, notamment sur
le regard que les Français portent sur l'Afrique et les Africains.
De toute évidence je préfère de loin cette stature gouvernementale-là: celle de décideurs français, de gauche de surcroît, qui conscients des défis qui se posent à notre pays, assument sans complexe leurs convictions progressistes et humanistes...sans pour autant ressentir le besoin - sous la pression des forces réactionnaires- d'être ou dans une surenchère politicienne, ou dans un angélisme tiers-mondiste.