Surpopulation, insécurité croissante : la ville du nord du Niger,
devenue carrefour des migrants, s'interroge sur les dégâts collatéraux
de ces postes-frontière français avancés installés en Afrique.
« Hotspots », « missions de protection »,
voilà deux mots avec lesquels il va falloir s'habituer à chaque fois
qu'il sera question de parler des migrants notamment africains. Dans le
dessein d'éviter que ceux-ci arrivent en Europe en prenant des risques
inconsidérés dans le désert du Sahara, mais aussi en mer Méditerranée,
le président français, Emmanuel Macron, a émis l'idée de recevoir les
candidats à une migration vers l'Europe dans des centres installés en
Afrique. Autrement dit, faire en sorte que la décision de recevoir un
migrant au titre de l'asile soit prise dans ces centres appelés
« hotspots » par les uns et « missions de protection » par les autres.
Ville située au nord du Niger, aux portes du désert, Agadez est devenue
au fil des ans un carrefour de migrants. Autant dire donc qu'elle est en
première ligne dans le dispositif que la France veut mettre en place
pour contenir les migrants en terre africaine. Il n'y a bien sûr pas
qu'Agadez qui est concernée. Nombre d'autres villes au Tchad et ailleurs
ne manqueront pas de servir de hotspots. Sur place, au-delà de la
question de souveraineté qui est posée avec une sorte de police des
frontières françaises et Européennes installées au cœur de pays
africains, il y a la crainte des conséquences économiques, sociales et
politiques qu'ils ne manqueront pas d'entraîner. Le président français
s'est engagé à accueillir 3 000 personnes parmi celles identifiées comme
pouvant bénéficier de l'asile d'ici 2019. À Agadez, on sait que
beaucoup de migrants ne seront pas acceptés à ce titre. De quoi
alimenter bien des interrogations sur ce qui va advenir demain.
La crainte du surpeuplement
« C'est un bon projet », affirme Bilal
Gallo, conseiller principal du sultan de l'Aïr. « Beaucoup de gens
voyagent sans être ni informés ni encadrés. Ces missions permettront de
les superviser et de leur apporter du secours, en cas de besoin »,
précise-t-il. « De nombreux candidats à la migration fuient des
problèmes politiques ou la guerre. Ils pourront venir dans ces missions
et y trouver des facilités pour migrer vers l'Europe », renchérit Hamed
Koussa, adjoint au maire d'Agadez.
Mais pourquoi instaurer ces missions au
Niger et au Tchad ? La quasi-totalité des migrants visés par les
politiques du président français est en transit dans la région. Ils
viennent du Mali, du Sénégal, de Guinée, de Gambie, du Nigeria, du
Burkina Faso ou du Ghana et ont déjà effectué une bonne partie du chemin
vers l'Europe. « Il serait préférable d'installer ces missions dans les
pays d'origine des migrants. Proposer ces services dans les ambassades
européennes, par exemple, pour voir comment, de là-bas, on peut les
aider à avoir des papiers pour voyager » , propose Hamed Koussa.
À Agadez, la priorité des autorités est
d'éviter une surpopulation de la ville. « Les candidats à la migration
sont très nombreux. J'imagine que ceux qui répondront aux critères [pour
obtenir le statut de demandeur d'asile] seront, quant à eux, très peu
nombreux », explique Issouf Maha, porte-parole du conseil régional
d'Agadez. « Ce projet pourrait provoquer le surpeuplement d'Agadez et de
ces environs. Déjà aujourd'hui, nous avons du mal à gérer la
situation », poursuit-il. La ville souffre de carences en eau potable et
en électricité.
Que faire des migrants refoulés ?
La question de savoir ce qu'il adviendra des
personnes refoulées par les missions de protections est sur toutes les
lèvres. Et chaque hypothèse ne présage que de sombres conséquences.
S'ils sont relâchés, les migrants voudront, par tous les moyens,
continuer leur route frauduleusement. « Il n'y a pas de stabilité en
Libye. Il faut voir les dangers qu'encourent ces personnes. Il y a
souvent des pertes de vies humaines. Nous les déplorons beaucoup parce
qu'il s'agit de la jeunesse africaine. Il s'agit de cette jeunesse qui
doit construire nos pays, qui doit construire l'Afrique. C'est elle qui
est en train de partir et de périr dans la mer ou dans le désert »,
s'inquiète l'adjoint au maire.
Il semble aussi impensable de garder dans
des centres ou de reconduire à la frontière les migrants qui n'auront
pas été acceptés dans la procédure de demande d'asile. C'est que le
Niger est membre de la Cedeao (Communauté économique des États d'Afrique
de l'Ouest) et doit garantit la libre circulation des personnes sur son
territoire surtout si elles sont originaires de pays membres de ladite
communauté. « Si vous voyez des gens avec un passeport du Mali ou du
Tchad, qu'est ce que vous pouvez leur dire ? Vous allez les refouler ?
Si nous leur apportons des complications, cela créera une révolte. Moi,
si je vais au Mali et qu'on me met en prison, comment est-ce que je
réagis ? Je me révolte ! » explique Bilal Garo. « Est-il assez honnête
qu'au nom de la coopération, on nous fasse piétiner nos principes et nos
règlements pour satisfaire ceux des Européens ? » s'indigne Rachid
Kollo, président du Cadre d'action pour la démocratie et les droits de
l'homme.
Ces hotspots, le signe d'un retour de la Françafrique ?
« Le véritable président du Niger, Emmanuel
Macron, a décidé tout simplement d'instaurer dans une de ses
sous-préfectures des bureaux pour filtrer les Africains qui vont aller
en Europe, en France. Et c'est bien triste, c'est bien dommage de
constater que nous n'avons encore que des sous-préfets, non des
présidents de la République », s'indigne Rachid Kollo. Pour ce
représentant de la société civile nigérienne, l'Union européenne
instaure ses politiques de répression migratoire sans se soucier du sort
de la ville. « Le fait de stopper la migration appauvrit Agadez. Tous
ces migrants viennent et restent entre une semaine et dix jours à Agadez
avant de continuer. Ils achètent dans de petits commerces. Cela fait
vivre certaines familles. Après, ils achètent leurs billets de
transport, cela fait vivre d'autres familles », poursuit Rachid Kollo.
« L'UE met en place des projets. Elle envoie des ONG européennes et leur
donne des moyens pour répondre à la question migratoire. La commune
d'Agadez peut trouver les solutions. Elle a besoin d'être soutenue dans
cette démarche. La solution ne peut venir que de nous », renchérit
l'adjoint au maire. Les autorités communales espèrent être prises en
considération lors de la mise en place des missions de protections.
Selon elles, c'est l'unique moyen de prévenir les conséquences néfastes
de la dernière idée du président français.
« Examiner » les demandes d’asile des migrants dès le Tchad et le Niger...C'est en effet comme offrir ou retourner avec l'aide de l'OFPRA
les opposants et victimes des dictateurs à leurs principaux bourreaux.
Car la solidarité entre despotes africains, notamment francophones,
transformera naturellement le Tchad puis Niger en parfait filet pour
appréhender les victimes des persécutions des différentes tyrannies de
la sous région.
Et peut-être même ne franchiront-elles pas les
portes des "hotspots", puisque les bidasses de Déby et Issouffou auront
avant faciliter la tâche à l'OFPRA.
Triste triomphe du cynisme
politique sur les conventions internationales relatives à la protections
des réfugiés!
Crise migratoire : les "hotspots" en quatre réponses
En réunissant à Paris dirigeants européens et africains, Emmanuel Macron
persiste dans sa volonté de créer des centres de transit en Afrique. Le
point en quatre questions.
Le mini-sommet de chefs d'État et de gouvernement africains et
européens tenu ce lundi à l'Élysée devrait déboucher sur une nouvelle
feuille de route sur la question des migrations, sujet jugé prioritaire
en cette rentrée par Paris, Madrid, Berlin et Rome. Mais comment
dissuader les migrants de tenter la mortelle traversée de la
Méditerranée ? L'une des solutions qui dominent les discussions figure
les centres de transit et de la sécurisation des frontières. Voici
pourquoi en quatre réponses.
Qu'est-ce qu'un « hotspot » ?
Fin juillet, Emmanuel Macron a évoqué la
possibilité d'ouvrir des hotspots en Libye, une idée qui a fait bondir
les ONG, rapidement écartée par l'Élysée. Les hotspots, stricto sensu,
désignent les centres d'enregistrement et d'identification des migrants
en Grèce (5 sur les îles, hébergeant entre 8 000 et 10 000 personnes) et
en Italie (4 centres).
C'est un dispositif européen inventé
en 2015 avec la crise migratoire, pour prendre les empreintes des
arrivants, repérer ceux qui ont droit à l'asile (en les distinguant des
migrants économiques) et les répartir en Europe dans le cadre de la
« relocalisation ». Mais depuis l'accord UE-Turquie sur le renvoi des
réfugiés de 2016, aucun migrant n'a quitté les hotspots des îles
grecques.
Peut-on transposer ces centres en Libye?
La situation sécuritaire du pays, livré au
chaos, rend l'idée difficile. « Pas possible aujourd'hui », reconnaît-on
à l'Élysée. « Ce pays n'a aucune culture de l'asile », insiste Jean-Guy
Vataux, chef de mission en Libye pour MSF.
En Libye, entre 7 000 et 8 000 migrants sont
détenus dans une vingtaine de centres « officiels », mais les
conditions de vie y sont, selon les ONG, déplorables. De plus, un nombre
indéterminé de centres officieux (hangars, maisons...) sont exploités
par des milices et nul ne sait ce qui s'y passe. Paris veut donc
« traiter le problème en amont », c'est-à-dire au Niger et au Tchad,
avant la Libye et la périlleuse traversée de la Méditerranée.
On parle côté français de « centres
d'orientation », « pas de hotspots » dans ces deux pays, où une mission
française a été envoyée début août. Le Tchad compte 400 000 réfugiés
et 100 000 personnes déplacées, le Niger compte deux types de camps :
ceux gérés par le HCR pour les Nigériens principalement, et ceux de
l'OIM pour les migrants gagnant la Libye.
Quelle forme pour ces centres de transit ?
Un mécanisme rodé pourrait servir de
canevas : celui de la « réinstallation » mis en place depuis 2015 au
Liban (où un million de Syriens sont enregistrés), mais aussi en Turquie
et en Jordanie (où deux camps accueillent 45 000 et 85 000 personnes).
Dans ces camps du HCR ou de l'OIM, l'Office
français de protection des réfugiés et apatrides entend des migrants
sélectionnés avant de les transférer en France où l'asile leur est
accordé rapidement. Quelque 5 500 personnes ont bénéficié de ce
mécanisme au Liban, en Turquie et en Jordanie au cours des deux
dernières années. « Il s'agit de délocaliser l'instruction des
dossiers », assure-t-on à la présidence française, en promettant que
« ça va se mettre en place très vite ». En 2016, un total de 85 000
demandes ont été enregistrées en France et quelque 36 000 personnes ont
obtenu l'asile, selon les chiffres officiels.
De source nigérienne, on assure que « ce
n'est pas nouveau ». « Ces centres de transit existent déjà et nous
travaillons avec le Haut-Commissariat aux réfugiés et l'Organisation
internationale des migrations. » L'UE a versé en juillet une aide
de 10 millions d'euros au Niger pour lutter contre l'immigration
clandestine, premier décaissement d'un programme décidé en 2016.
Peut-on bloquer la frontière sud de la Libye?
Cela nécessiterait des investissements
colossaux, chiffrés par Khalifa Haftar, l'homme fort de l'Est libyen,
à 20 milliards de dollars sur 20 à 25 ans. À titre de comparaison, l'UE
avait mis 1,8 milliard d'euros sur la table pour le développement de
l'Afrique lors de son sommet sur les migrations de 2015 à La Valette
(Malte).
Mais l'Europe est bien consciente du rôle
stratégique de la Libye, devenue la principale voie de migration en
Méditerranée depuis que la route passant par la Grèce et la Turquie
s'est tarie : près de 100 000 personnes sont arrivées en Italie depuis
le début de l'année (2 400 auraient péri) et côté français on surveille
de près la hausse des francophones (Ivoiriens, Guinéens...) parmi ces
migrants.
Pour fermer cette route, l'UE a formé une
centaine de garde-côtes libyens cet hiver, l'Italie leur a fourni des
vedettes pour patrouiller dans l'idée de renvoyer les migrants en Libye,
où se pose alors la délicate question des droits de l'homme.
D'autant que Tripoli pose ses conditions, en
réclamant, pour équiper ses garde-côtes et gardes-frontière, un soutien
européen à la levée de l'embargo sur les armes imposé en 2011 par
l'ONU.
En déplacement à Orléans, jeudi 27 juillet, Emmanuel Macron a
esquissé les contours de la politique migratoire de la France durant son
quinquennat avec un distinguo clair entre réfugiés politiques et
migrants économiques.
Emmanuel Macron souhaite faire le tri entre migrants économiques et
réfugiés. Il entend donc accélérer les procédures de demande d'asile.
Le président français dit vouloir ramener les délais à 6 mois au lieu
d'un an à 18 mois aujourd'hui en France.
Les demandes d'asile seront même prétraitées en dehors du territoire français dans des hotspots, c'est-à-dire des centres d'examen. En Italie, où arrivent la plupart des migrants qui posent le pied en Europe, mais aussi en Afrique. Dans des « pays sûrs »
selon le terme du président, des Etats tiers proches du pays d'origine.
Il est question du Niger ou d'ailleurs, un centre pour les migrants en
transit existe à Agadez. Du Tchad aussi.
Le problème ce n’est pas
seulement comment les arrêter, il faut trouver une solution pérenne à
cette situation. La solution pérenne, c’est se développer. C’est trouver
du travail pour notre jeunesse, un appui sérieux et sincère de l’Europe
à l’Afrique, c’est très important.
Hotspots en Afrique: le Tchad d'accord sur le principe, à condition de favoriser le développement
Mais surtout, le président a indiqué que la France installerait des
hotspots en Libye, quand les conditions de sécurité le permettront. Pour
ces trois pays, une mission de faisabilité devrait être lancée fin
août, indique l’Élysée.
Emmanuel Macron a insisté. Il souhaite le concours de l'Europe, même
si un certain nombre d’États européens sont réticents à ces hotspots.
Ensuite, quelques questions restent posées : qu'adviendra-t-il des
migrants qui ne seront pas refoulés dans ces hostspots, c'est à dire qui
pourront prétendre au statut de réfugié politique ? Seront-ils pris en
charge ou les laissera-t-on reprendre leur route?
Amnesty International dénonce la vision binaire de Macron dans le traitement de la migration
A l'inverse, le président a promis de rendre plus efficaces les
reconduites à la frontière pour les déboutés du droit d'asile. Comment ?
Là non plus, pas de précision.
Si l'idée du président français n'est pas nouvelle, elle consiste
surtout à dissuader les personnes non éligibles à l'asile de ne pas
quitter l'Afrique, et de trouver un point de chute sur le sol africain.
Mais ces mesures sont décriées par les organisations humanitaires.
Amnesty International demande à la France de reconsidérer radicalement
toute sa politique migratoire. « Il y a dans ce discours, et c’est
une continuité depuis qu’il est candidat, cette opposition un peu
binaire malheureusement entre d’un côté les réfugiés, pour lesquels on
déploie des moyens et des efforts qui sont conformes aux obligations que
doit remplir la France en tant qu’État, et les migrants économiques. En
réalité, réduire la migration à ces deux seules catégories est un peu
faux, regrette Jean-François Dubost, du programme de protection des populations à Amnesty.
Parmi les migrants, il y a effectivement des personnes qui vont
se déplacer pour des raisons économiques ou de travail, mais d’autres
qui vont se déplacer pour des raisons familiales - ça rejoint d’ailleurs
un certain nombre de droits fondamentaux des personnes à pouvoir
rejoindre leurs familles et vivre en famille. Il y a aussi d’autres
motifs de migration comme les études. Donc, simplement opposer aux
réfugiés des migrants économiques dont on ne veut pas, pour lesquels il
faut accélérer l’éloignement, le renvoi dans les pays, c’est quand même
biaiser le regard qu’une population peut avoir sur les migrants en
général. Une approche uniquement fondée sur le renvoi des migrants, ça
fait à peu près 20-25 ans qu’on l’applique et ça ne produit pas de bons
effets. »
Quelque 470 associations ont formulé une demande de rencontre avec le chef de l'Etat autour de cette question.
Nombreuses réactions après les annonces du président Macron
Des questions subsistent encore après les annonces d'Emmanuel
Macron sur sa politique migratoire. Dans un discours prononcé jeudi, le
président français a clairement distingué les réfugiés politiques et les
migrants économiques. Il veut examiner les demandes d'asile «en amont»,
directement sur le terrain dans ce qu'on appelle des «hotspots», des
centres d'examen. L'Elysée dit avoir identifié des zones dans le sud
libyen, le nord-est du Niger, et le nord du Tchad pour installer des
centres de l'OFPRA, l’Office français de protection des réfugiés et
apatrides. Une nouvelle mesure qui suscite des commentaires.
L’annonce de ces hotspots, centre d’examen pour migrants,
a été largement commentée. Parmi les pays concernés, il y a le Tchad.
Pour le ministre tchadien des Affaires étrangères, la priorité, ce n'est
pas d'intercepter les migrants avant qu'ils ne partent, mais plutôt de
trouver une solution pérenne pour créer des emplois qui puissent retenir
ces jeunes.
Le président Déby l'a déjà dit, il souhaite que l'Europe s'engage sur
un plan de développement. Une sorte de plan Marshall pour l'Afrique et
en particulier pour le Sahel. Pas de réactions officielles encore du
côté du Niger et de la Libye, autres pays concernés par ces centres d’accueil de migrants.
A l'heure qu'il est, c'est sans doute du côté des organisations
humanitaires que les critiques sont les plus vives. Amnesty
International demande à la France de reconsidérer radicalement sa
politique migratoire. L'organisation dénonce un traitement binaire de la
question. Human Rights Watch s'inquiète des risques pour le droit et la
dignité des personnes que pourrait engendrer la nouvelle politique
d'Emmanuel Macron.
Ouvrir un centre d'examen en Libye n'est pas réaliste aujourd'hui,
insiste de son côté Médecins sans Frontières qui précise qu’il n’est pas
envisageable d'exposer des migrants qui se cachent aujourd'hui par peur
des mauvais traitements. Leur demander de se rendre dans ces centres
d'examen, c'est les mettre en danger souligne MSF.
Enfin, du côté des partenaires européens, on ne sent pas non plus
pas un enthousiasme démesuré. Néanmoins, selon l’Elysée, une première
mission doit partir fin août pour voir ce qui est possible.
"Hotspots" en Libye : que veut dire Emmanuel Macron ?
Emmanuel Macron s'exprime sur l'immigration à Orleans, le 27 juillet 2017. (Michel Euler / POOL / AFP)
En
visite dans un centre d’hébergement de réfugiés, à Orléans, Emmanuel
Macron a fait plusieurs annonces, concernant notamment les demandeurs
d’asiles sur le sol africain. L’Obs les décrypte avec Pascal Brice,
directeur général de l’Office français de protection des réfugiés.
Martin Lavielle
Les
annonces sont venues en deux temps, jeudi 27 juillet, lors de la venue
du président de la République à Orléans, où il visitait un centre de
d’hébergement de réfugiés. D’abord, Emmanuel Macron a déclaré à des
journalistes vouloir "ouvrir des hotsposts en Libye, afin d’éviter aux
gens de prendre des risques fous alors qu'ils ne sont pas tous éligibles
à l'asile." Un objectif d’autant plus ambitieux qu’il rajoutait
ensuite : "Je compte le faire dès cet été."
Mais quelques minutes
plus tard, lors du discours officiel, toute référence à ces hotspots
libyens et à ce calendrier avait disparu, le président adoptant un ton
plus prudent :
"Je souhaite que l’Union Européenne, et à tout
le moins la France le fera, puisse aller traiter les demandeurs d’asile
au plus près du terrain. [...] C’est pourquoi nous développerons des
missions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides
(Ofpra) [...] sur le sol africain, dans les pays sûrs."
Quelle est la nature précise de ces missions ? A quel horizon seront-elles effectives ? "L’Obs"s’est entretenu avec Pascal Brice, directeur général de l’Ofpra, pour répondre à ces questions.
Quelles sont les missions que vous a assignées le Président de la République ?
Ces missions s’inscrivent dans deux cadres
différents. D’abord, le président de la République nous a demandé d’agir
directement dans des pays qui se trouvent sur les routes de l’exil,
voisins de la Libye, dans les pays du Sahel qui l’accepteront. Là, nous
devrons mener une mission de protection, sur le modèle de ce que nous
faisons pour les Syriens en lien avec le Haut Commissariat des Nations
unies pour les réfugiés. Depuis 2014, des équipes de l’Ofpra sont
placées dans les pays voisins, en Turquie, au Liban, en Jordanie, voire
en Egypte, pour entendre des demandeurs d’asile syriens et permettre
l’accueil en France de ceux qui relèvent du droit d’asile.
Il
s’agit de s'inspirer de cette expérience pour envoyer des équipes de
l’Ofpra dans les pays concernés, de manière à y entendre des demandeurs
d’asile. Il faut faire en sorte que le plus de demandeurs d’asile
possible, dans des limites qui seront fixées par le Gouvernement, soient
pris en compte avant l’enfer libyen ou celui de la Méditerranée.
Le
deuxième type de mission est en lien avec les hotspots en Italie.
L’Ofpra va, si les autorités italiennes en sont d’accord, renforcer son
intervention auprès des demandeurs d’asile qui arrivent en Italie et
qui relèvent du programme de relocalisation, principalement des
Erythréens dont le besoin de protection est évident au regard de la
situation dans leur pays. Nous nous trouvons déjà à Athènes depuis un an
et demi, où nous agissons dans le cadre de la politique de
relocalisation décidée par le Conseil européen. Nous y entendons des
demandeurs d’asile syriens et irakiens principalement.
Par
hypothèse, il pourrait s’agir de faire la même chose en Italie,
principalement pour les Erythréens. Sachant que des officiers de
protection de l’Ofpra sont déjà présents, avec d’autres collègues
européens, à l’arrivée des bateaux dans les ports italiens, pour
informer les demandeurs d’asile relevant de la relocalisation des
démarches à suivre, l’idée serait donc de renforcer très nettement notre
présence et d’aller au-delà de la simple information.
Pour
ce qui est de la première partie de ces missions, sur le sol africain,
comment vous organiserez-vous, concrètement ? Serez-vous présent dans
les consulats, à des points de passage ?
Au
Proche-Orient, l’Ofpra travaille avec le HCR, dans des infrastructures
variables : locaux des ambassades, hôtels, camps, en fonction de ce qui
est le mieux pour les demandeurs. Nous nous en inspirerons. Mais il
s’agit de modalités opérationnelles que nous allons travailler d’abord
avec les pays concernés et les organisations internationales qui sont
nos partenaires habituels, pour pouvoir nous mettre en place rapidement.
L’Ofpra
a désormais une grande expertise pour de telles opérations de
protection, puisque depuis trois ans, il y a pratiquement toujours une
de nos équipes à Amman, au Caire, à Ankara ou à Beyrouth.
Quid des centres pour migrants en Libye, annoncés dans un premier temps par Emmanuel Macron ?
Dans
son discours d’Orléans, le Président a évoqué des missions de
protection au Sahel dans le voisinage de la Libye. Mais la situation
dans ce dernier pays ne permet pas, dans l’immédiat, de s’y installer.
Nous préparons activement cette projection des équipes de l’Ofpra et une
mission se rendra sur place à cette fin vers la fin du mois d’août.
Ces
missions de protection que nous préparons permettront d’entendre des
demandeurs d’asile afin de permettre, dans une ampleur qui sera fixée
par le Gouvernement, l’accueil en France de celles et ceux qui
relèveront bien du droit d’asile. Les autres ne relèvent pas de la
compétence de l'Ofpra.
Combien de personnes seront concernées par cette mesure ?
Le
nombre des personnes à accueillir en France dans ce cadre sera fixé par
le gouvernement. Si la question porte sur l’éligibilité à l’asile des
personnes que nous entendrons sur place, tout dépend toujours d’un
examen de la situation de chacun. Mais quand on regarde les nationalités
de celles et ceux qui prennent les routes de l’exil vers la Libye, une
large majorité des personnes qui arrivent en Italie par cette voie
viennent de pays pour lesquels les craintes, au regard du droit d’asile
sont faibles. Il s’agit notamment beaucoup de ressortissants de
l’Afrique de l’Ouest. Si l’on regarde plus à l’Est, la situation est
différente, avec notamment des Erythréens et des Soudanais pour ceux qui
viennent de régions en guerre comme le Darfour.
On peut cependant
comparer avec les personnes qui arrivaient en Grèce jusqu’en mars 2016,
date de l’accord entre l’UE et la Turquie. Là, il s’agissait très
largement de personnes qui relevaient du droit d’asile venant de Syrie,
d’Irak, d’Afghanistan. En Italie, en général, on n’est plus dans le même
cas.
Justement, que répondez-vous à ceux qui estiment que cette politique ne permettra que de traiter une petite partie du problème ?
Ce
n’est pas comme ça que nous réfléchissons. Nous sommes au nom des
principes fondamentaux de la République, au service des persécutés et
des victimes des guerres, du droit d’asile. Dès lors que l’on sera en
mesure de protéger des personnes relevant du droit d’asile, de leur
éviter les tortures et les viols en Libye et la noyade en Méditerranée,
ce sera mission accomplie pour l’Ofpra. Nos missions au Proche-Orient
ont déjà concerné 10.000 personnes. Ce n’est pas rien.
Nous allons
pouvoir poursuivre, sur le sol africain. Nous renforçons ainsi encore
notre intervention à chaque étape des routes de l’exil : au plus près
des pays de départ, aux frontières externes de l’UE et bien sûr sur le
territoire national.
"Des hotspots en Libye ? Ce n’est ni faisable, ni souhaitable"
Interrogées
par ""l’Obs" au sujet du discours d’Orléans, les ONG sont un plus
sceptiques. Marine De Haas, spécialiste des questions européennes à La
Cimade, approuve la volonté de "donner la possibilité d’être entendu et
d’obtenir un visa sans prendre de risques", mais "à condition que cela
n’empêche pas de faire les mêmes démarches à ceux qui ont traversé la
Méditerranée."
Mais c’est surtout le raisonnement à l’œuvre qui
les inquiète. "On est complètement dans la politique européenne de ces
dernières années, explique Marine De Haas, c’est-à-dire dans une
dynamique d’externalisation des politiques migratoires et du contrôle
des frontières extérieures. L’Europe veut coopérer avec des Etats-tiers
pour empêcher les personnes ne dépendant pas du droit d’asile d’arriver
sur leur territoire."
Pour Jean-Guy Vataux, chef de mission pour
Médecins sans frontières (MSF) en Libye, "la création de hotspots dans
le sud Libyen n’est ni faisable, si souhaitable, en tout cas pour les
migrants." La Libye, qui n’a pas signé les différentes conventions sur les réfugiés, semble en effet loin d’être un partenaire stable.
"Le
problème, c’est que la part de ceux qui dépendent du droit d’asile, tel
que nous le définissons, est minime au sein de ces migrants. Dans les
centres de détention libyens, l’OIM estime à 7.000 personnes celles
pouvant demander l’asile. Contre 200.000 arrivées en Italie", rappelle
le chef de mission.
"Les migrants ne se rendront même pas dans
ces hotspots, continue-t-il. Quel serait leur intérêt, s’ils sont sûrs
d’être renvoyés ou emprisonnés ?"
Et de s’interroger sur les
modalités d’attribution du droit d’asile : "Quand on voit que le
Ministère des affaires étrangères peut ne pas conseiller certains pays
aux Français, et ne pas accorder le droit d’asile à des ressortissants
de ces pays… Peut-être faudrait-il également considérer non seulement la
provenance, mais aussi les souffrances rencontrées durant leur
parcours. Leurs conditions de vie durant leur trajet sont terribles, et
elles exigent qu’on les protège."
Par Andrea De Georgio (texte) et Sara Prestianni (photos)
L'envoi de fonds européens aux pays
d'Afrique subsaharienne a pour effet d'accroître le nombre de migrants
retournant dans leur pays d'origine. Mais les départs ne se tarissent
pas pour autant : sous l'effet du renforcement des contrôles, les exilés
empruntent des routes plus dangereuses. Reportage à Niamey et Agadez au
Niger, ainsi qu'à Bamako au Mali.
Niamey, Agadez (Niger), Bamako (Mali), envoyés spéciaux.-
Depuis quelques mois, au Niger et au Mali, les routes et les histoires
des migrants sont en train de changer. Principales étapes de voyage des
Africains subsahariens remontant vers la Libye, parfois pour rejoindre
l'Europe, ces pays sont désormais traversés en sens inverse. Après
l'arrivée des premières subventions européennes du Fonds fiduciaire pour
l’Afrique, créé lors du sommet euro-africain de La Valette, en novembre
2015, les politiques migratoires de ces États se sont adaptées aux
exigences de l'Union européenne pour arrêter, ou du moins contenir, le
flux « de la Méditerranée centrale ».
Contrairement
aux années précédentes, dans les gares routières des compagnies de bus
Sonef et Rimbo de Niamey, au Niger, les migrants se cachent des regards
des curieux, les dortoirs sont fermés par des grilles et les gardes sont
nerveux. Pour rencontrer des “étrangers”, il faut se rendre aux
guichets des départs internationaux vers Bamako (au Mali), Dakar (au
Sénégal) ou Abidjan (en Côte d'Ivoire), et non plus vers les comptoirs
nationaux en direction d'Agadez et d'Arlit, autres étapes migratoires
dans le nord du Niger.
« Personne
ne pense plus à atteindre l’Italie d’ici. Nous n’avons plus d'argent.
Personne n'a assez d’argent pour aller en Europe ! Et par conséquent,
beaucoup d'entre nous décident de rentrer chez eux, mais ne savent pas
comment faire », affirme Alfred. Ce jeune ingénieur civil de Gambie,
un pays d’où il s’est enfui après avoir cherché en vain du travail
pendant plusieurs années. Expulsé de Libye, à la frontière du Niger, il
est arrivé en ville depuis trois jours et dort dans la gare Rimbo. « Dans
le dortoir, nous sommes une cinquantaine d’hommes et de femmes. Surtout
des gens de Gambie, du Mali, du Sénégal, du Liberia et du Nigeria. Nous
avons entendu à la radio que le gouvernement allemand donnait de
l'argent à plusieurs pays de la région pour aider les migrants à rentrer
chez eux, mais ici nous ne voyons rien. Depuis que nous sommes ici,
nous n'avons pas eu un seul euro ! On doit compter seulement sur nos
propres forces pour rentrer à la maison », observe-t-il.
Alfred
marche toute la journée sous le soleil brûlant de Niamey, accompagné
par un compatriote, à la recherche d'aide, d'assistance, d’un travail
qui n'existe pas ici, même pour les Nigériens. Nous les rencontrons, les
yeux hagards et le ventre noué par des crampes d'estomac, dans une
décharge à ciel ouvert d’un marché de légumes bondé du centre, à
quelques pas de la cathédrale de la ville. Devant un plat fumant de riz,
de viande et de frites, Alfred retrouve un instant le sourire. « Je suis très heureux de vous raconter mon histoire », dit-il.
Contrairement
au “classique” témoignage des migrants, l'enfer que décrit cet homme
n'est pas le chemin vers la Libye, mais le retour. « Partir était
facile, mais le retour était horrible. Le gouvernement du Niger est le
pire de tous. Depuis que je suis parti de Gambie, sur la route de la
Libye, je n'avais jamais vécu une situation pareille »,
affirme-t-il. Ce qu’Alfred a du mal à dire, c'est que, après avoir été
arrêté sur un bateau à peine parti d’une plage libyenne vers Lampedusa,
en Italie, il a été expulsé vers la frontière du Niger. Dès son entrée
dans le pays, des forces de sécurité nigériennes lui ont extorqué tout
ce qu'il possédait, soit environ 1 500 euros.
« Nous étions un groupe de 100 à
150 personnes, les Libyens nous ont remis aux autorités frontalières
nigériennes. En Libye, quelqu'un m'a parlé d'une organisation d’Agadez
qui aidait les migrants à rentrer chez eux. Mais les militaires qui nous
ont laissés en ville ne nous ont pas permis d'aller à l'OIM [l'Organisation internationale pour les migrations, supposée venir en aide aux migrants – ndlr]. Ils
nous ont gardés dans le centre, dans le poste de police du premier
arrondissement. Ils nous ont donné de la nourriture et de l’eau. On a dû
pleurer pour avoir de l'eau. On nous a dit qu'il n'y avait pas
d'organisation internationale qui s’occupait des migrants et que nous
devions payer notre billet de retour pour Niamey. »
Sur la
route de Niamey, à un millier de kilomètres au sud-ouest d'Agadez, le
bus d’Alfred a été arrêté à une trentaine de postes de contrôle où,
systématiquement, les migrants ont dû payer pour continuer. Un voyage
exténuant qui a causé à Marie, l'épouse d'Alfred, une infection à l’œil.
L’idée de partir était la sienne. Elle a mis beaucoup de temps à le
convaincre de laisser leurs deux jeunes enfants en Gambie. « Ils s’appellent Jackie et Patience… Ils doivent être patients et attendre notre retour », dit-elle dans un murmure.
Membre
de l'association Alternative espaces citoyens (AEC), dont la mission
est de promouvoir l'égalité des droits, Boukar Hassan est convaincu que
les dirigeants locaux manipulent la question migratoire dans l'unique
but de s'enrichir. « Les réponses de l’Europe ne vont pas au-delà de
la répression et appellent les pays africains à faire de même. Mais nos
pays n’ont pas les moyens de bloquer les entrées et les sorties des
migrants. En tout cas, selon nous, ces politiques ne pourront pas
interdire le droit à l’émigration au profit de programmes de soi-disant
“développement”. » Quand il fait référence à la répression voulue
par l’Europe et mise en œuvre par le Niger, Boukar se réfère en
particulier à la situation actuelle d'Agadez, « qui porte atteinte à la liberté de circulation des personnes ».
« En 2017, pour la première fois, les retours ont été plus nombreux que les allers »
Depuis son application, à partir de septembre, un décret de mai 2015
visant à lutter contre la traite des êtres humains, salué par l'Europe
comme une percée dans la lutte contre la migration irrégulière, est en
effet en train de changer le visage d'Agadez, une ville jusqu’alors
appelée la « porte du désert » par les voyageurs subsahariens.
Cette étape cruciale dans le flux migratoire subsaharien vers l'Europe
est en train de se fermer en raison de la criminalisation des passeurs
et de la militarisation de la région.
Selon les autorités locales
et les associations comme l’AEC, ce changement a non seulement un impact
socio-économique mais risque de fragiliser davantage la situation, déjà
critique, des migrants. « L'incertitude d’un passage en toute
sécurité, comme autrefois, conduit nombre d'entre eux à renoncer à leur
voyage. Aujourd'hui, beaucoup perçoivent qu'Agadez fait office de
barrière », affirme Azaoua Mahaman. Ce Nigérien d’Agadez travaille
pour l'OIM. Il cite les chiffres du centre de transit que gère
l'organisation internationale, situé en dehors de la ville : une moyenne
d'environ 30 nouveaux migrants par jour, avec une forte augmentation
des rapatriements volontaires pris en charge par l'OIM, soit 1 721 en
2015, 5 089 en 2016 et déjà 373 au cours des deux premiers mois de 2017.
Toujours selon ses informations, les principaux pays de retour sont le
Sénégal, le Mali, le Cameroun, la Gambie, la Guinée-Conakry et la
Guinée-Bissau.
Le chef de mission de l'OIM au Niger, Giuseppe Lo Prete, est au courant des changements qui ont lieu dans la région : « Les
risques augmentent, les coûts augmentent. Le passage coûte beaucoup
plus cher maintenant car les forces de sécurité nigériennes confisquent
les véhicules. De toute évidence, en fin de compte, ce sont toujours les
migrants qui payent. Même si on vous ramène d’Agadez, comme cela est
arrivé à des milliers de personnes, les migrants ne sont pas remboursés,
comme dans une agence de voyages : c’est la raison pour laquelle
beaucoup restent coincés à Agadez », dit-il.
Pour faire face à
cette situation d'urgence et faciliter le retour des migrants dans leur
pays, le Fonds fiduciaire pour l'Afrique a financé l’OIM-Niger, en le
dotant de 22 millions d'euros pour la réception et le rapatriement des
migrants. En particulier pour la gestion du centre de transit d’Agadez,
qui peut accueillir jusqu'à 1 000 personnes. « Nous sommes en train
de négocier avec le Fonds fiduciaire un projet d’un montant de 100
millions d'euros pour le Niger et les 13 pays d'origine des migrants », poursuit-il.
Dans la salle de réunion du nouveau siège de l'OIM à Niamey, Giuseppe Lo Prete illustre la situation à l'aide de statistiques : « En
2016, plus de 300 000 personnes sont allées vers l’Algérie et la Libye,
mais en majorité vers cette dernière. 100 000 personnes, en 2016, sont
revenues en arrière. Il y a un flux continu dans les deux sens. En
janvier 2017, pour la première fois, selon les données recueillies dans
nos centres de passage, les retours ont été plus nombreux que les
allers : 6000 personnes sont parties, tandis que 8000
autres sont revenues. Mais cela ne veut pas dire que le nombre des
personnes en transit au Niger vers l’Algérie et la Libye soit en
baisse. »
« En effet, pour les migrants, lorsqu’une route
se ferme, dix autres s’ouvrent. Et le Sahara ne manque pas de pistes peu
fréquentées. » La version officielle de l’OIM, qui note avec
satisfaction la réduction des “candidats à la migration” et
l'augmentation importante des rapatriements “volontaires” (affirmation
très discutée dans le débat régional), est contestée par les
associations de la société civile, tant au Mali qu’au Niger.
Boukar Hassan précise la position de l'AEC sur cette question : « Au
cours des derniers mois, les données présentées par l'OIM mettent en
évidence une réduction significative des migrants passant par la ville
d'Agadez, mais non une diminution des arrivées en Libye. » Et de
citer le retour de la “bonne vieille route” de Gao, un temps abandonnée
en raison de la guerre dans le nord du Mali, et l'avènement de nouvelles
étapes dans le vaste désert de l'Aïr (région d'Agadez) et du Ténéré
(Bilma et Dirkou).
Boukar soutient qu’aujourd'hui, les migrants
d’Agadez, pour échapper aux contrôles, se cachent dans des “ghettos
mobiles” situés à la périphérie de la ville, dans un périmètre de 40 à
50 kilomètres. Ces exilés rejoignent à pied les passeurs et leurs
véhicules, qui utilisent des pistes moins repérées, dont certaines
traversent des zones minées mal signalées et où l'accès aux points d’eau
et de repos est plus compliqué. Qui dit risque accru, dit
renchérissement du coût du voyage. Les statistiques sur le nombre de
personnes ayant perdu la vie dans le Sahara manquent. Loin de la
Méditerranée, ces morts silencieux ne font pas les gros titres des
journaux, avalés par le sable du désert qui tuerait plus que la mer.
Selon
une étude demandée par l'AEC à Ibrahim Diallo, journaliste indépendant
d'Agadez, après l'application du décret de mai 2015, au moins trois
incidents majeurs auraient eu lieu, entraînant le décès de dizaines de
personnes dans le nord du Niger.
« Après avoir vu tant de corps sans vie autour de moi, je me suis levé et me suis mis à marcher »
« Bamako, Gao, Niamey, Agadez… », « Agadez, Niamey, Gao, Bamako… »
De retour dans la capitale du Mali, Andy énonce à voix haute les étapes
de son voyage. Ce Libérien de 25 ans ne sait plus depuis combien de
temps il est parti de chez lui ; il ne sait pas non plus précisément par
où il est passé. Sur la carte accrochée au mur, son doigt va d'avant en
arrière entre le Liberia, le Mali, le Niger, la Libye, l'Algérie… Son esprit est ailleurs. « Des
bandits armés, aux visages couverts de turbans, ont attaqué notre
convoi, ils nous ont séquestrés dans une prison dans le désert. Ils ont
été certainement informés de notre arrivée par les passeurs. Ce sont eux
qui nous ont vendus. Les personnes qui comme moi n'avaient pas d'argent
ni de parents à appeler pour payer la rançon devaient travailler comme
esclaves. Ils nous ont laissés mourir lentement. Un jour, ils nous ont
emmenés dans le désert et abandonnés. Après avoir vu tant de corps sans
vie autour de moi, je me suis levé et me suis mis à marcher pendant
trois jours et trois nuits dans le désert, sans eau, jusqu'à Gao. Là,
j’ai mendié et trouvé assez d'argent pour prendre un bus pour aller à
Bamako », raconte-t-il.
Tout ce qu’Andy désire maintenant, à l'instar de tous les jeunes qui comme lui ont « échoué l’aventure »,
est de rentrer à la maison. Dépouillé de tous ses biens, émacié,
fatigué et déçu, ce jeune est conscient que son retour sera considéré
par sa famille et son village comme une honte, mais il n'a pas le choix.
Président
de l'Association des Maliens expulsés (AME), Ousman Diarra, un ancien
migrant expulsé, comme tous les membres de l'association, est dubitatif
sur les effets des financements européens. « Ces fonds n’attaquent pas les véritables racines socio-économiques du problème, estime-t-il. Une grande partie de l'argentsera
utilisée pour renforcer la fermeture des frontières, pour l'équipement
en passeports biométriques et pour contrôler les voyageurs selon une
approche purement sécuritaire. »« Tant qu'il y aura du sous-développement en Afrique, la population continuera à partir »,
prévient-il. Il ne manque pas de recul puisque voilà plus de deux
décennies que l'association existe, observant sur ses compatriotes les
conséquences de politiques décidées à Bruxelles avant d'être relayées
par les autorités locales.
Vidéo à 360° dans le centre de transit de l'OIM à Agadez au Niger en mars 2017.
Je suis #Fotokol: Projet d'Aide aux Femmes et Jeunes Filles Victimes des Violences de Boko Haram
Parrainé par l'Association Nous Pas Bouger Centre International de Culture Populaire (CICP) 21 ter, rue Voltaire 75011 Paris Tel. 06 37 92 39 41 E-mail: associationouspasbouger@yahoo.com
Problématique:
Depuis un peu plus de 03 ans, le Bassin du Lac Tchad est le théâtre
d'opérations du groupe armé et terroriste dénommé BOKO HARAM, né au
Nigéria dans les années 2000. Ses membres mènent dans cette région des
campagnes de plus en plus intensives d’attentats, de raids éclairs
contre des villes et des villages, et d’occupation de villes importantes
dans le Nord-Est du Nigéria; puis depuis peu des opérations kamikazes menées par des femmes ou des jeunes filles instrumentalisées.
Même si les statistiques disponibles restent peu fiables, à ce jour,
le conflit entre BOKO HARAM et les forces de sécurité coalisées des
États du Bassins du Lac Tchad auraient fait plus de 20 000 morts et 1
500 000 déplacés.
Dans un récent rapport fondé sur 377 entretiens, dont quelque 200
témoignages directs, parmi lesquels ceux de 28 femmes et jeunes filles
ayant réussi à s'échapper des griffes du groupement terroriste, AMNESTY
INTERNATIONAL révèle que, depuis le début de l'année 2014, plus de 2.000
femmes et jeunes filles ont été enlevées pour être emprisonnées,
parfois violées, mariées de force, voire contraintes à perpétrer des
attaques armées dans leur propre village.
Alors qu’elles paient un lourd tribut parce que subissant les pires
violences basées sur le genre et utilisées comme « arme de guerre », les
femmes et les jeunes filles des zones en conflit dans le Bassin du Lac
Tchad sont les oubliées des projets et programmes d’aide et d’assistance
en situation d’urgence, ces projets et programmes ne prenant pas en
compte leurs besoins spécifiques et en violation des Résolutions du
Conseil de Sécurité des Nations Unies portant sur les femmes, la paix et
la sécurité.
Objectif du projet :
L’objectif global du projet est de fournir une aide humanitaire
d’urgence et une assistance spécifique aux femmes et jeunes filles
victimes des exactions et violences du groupe terroriste BOKO HARAM,
dans le contexte de conflit armé et post-conflit, notamment une aide à
des projets d'autonomisation après un long hébergement dans les camps de
réfugiés.
Zone d’intervention du projet:
La zone d’intervention du projet est le Bassin du Lac Tchad, une aire
géographique qui est constitué des pays riverains du Lac Tchad que
sont : le Cameroun, le Niger, le Nigeria et le Tchad, la République
Centrafricaine et de la Libye. Le Bassin du Lac Tchad, sans la Libye,
est d'une superficie de 967.000 km² et compte une population estimée à
30 millions d’âmes.
Bénéficiaires du projet:
Les bénéficiaires du projet sont les femmes et les jeunes filles de
la zone de conflit, laquelle comprend : trois régions du Cameroun; deux
régions du Niger ; six (États fédérés) du Nigeria; trois régions de la
RCA et l'ensemble du territoire du Tchad.
Partenaires souhaités du projet:
- Un partenaire privilégié : la France
- Toutes les Agences Onusiennes
- Les État du Bassin du Lac Tchad
-La Commission Européenne
- La Commision du Bassin du Lac Tchad
- L’Union Africaine, les Commissions Économiques Sous Régionales et la Commission du Bassin du Lac Tchad
- L'Agence Française de Développement (AFD)
- Les OSC
Durée du Projet:
La durée du projet ne peut être déterminée. Il est tout simplement
souligné que le projet va être conduit pendant le conflit et
post-conflit.
Description du projet:
Les composantes du projet sont les suivantes :
- Évaluation de la situation des femmes et de leurs besoins d’aide en situation d’urgence
- Aide aux femmes et jeunes filles dans le contexte de conflit armé
- Renforcement des capacités
- Aide aux femmes et aux jeunes filles dans le contexte post-conflit
- Automisation progressive des femmes et des jeunes filles par
l'apprentissage des métiers, la promotion de l'artisanat local, le
commerce équitable, l'assistance dans la production agricole et
l'élevage, etc...
Toutes les initiatives et idées seront bien évidemment toujours les bienvenues! Joël Didier Engo Président de l'Association Nous Pas Bouger et porteur du projet
Par Guilhem Delteil, Radio France InternationaleRFI
Le
ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve (g.), et son
homologue nigérien Hassoumi Massaoudou, le 14 mai 2015 à Niamey. AFP PHOTO / BOUREIMA HAMA
La
Commission européenne a dévoilé, mercredi 13 mai, sa stratégie
migratoire : mieux répartir les réfugiés entre les Etats-membres et
renforcer les contrôles de ses frontières maritimes. Mais l’UE veut
aussi intervenir en amont sur les routes de l’immigration. Une première
initiative a été annoncée, ce vendredi à Niamey par le ministre
français de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, et le président nigérien,
Mahamadou Issoufou : des centres pour migrants seront créés au Niger.
Le Sahel est traversé par 50 à 60% des migrants qui arrivent en Libye. Le Niger est
donc un important pays de transit et l’Union européenne veut atteindre
les migrants en route vers la Méditerranée pour renforcer la protection
de ceux qui sont éligibles à l’asile, mais aussi pour construire avec
les migrants économiques un projet d’insertion professionnelle les
incitant à rentrer dans leur pays.
« Les centres que l’Union
européenne se propose de mettre en place dans le cadre d’une démarche
conjointe avec le Niger doivent être l’occasion de porter des politiques
ambitieuses de développement pour les migrants et pour les Etats ». C’est ce qu’a déclaré Bernard Cazeneuve, le ministre français de l’Intérieur, à Niamey ce vendredi.
Car
c’est là le cœur de la politique migratoire européenne, la très grande
majorité des migrants traversant la Méditerranée relèvent de
l’immigration économique. Il faut donc, aux yeux des Européens,
renforcer l’aide au développement, une démarche qui va dans le bon sens,
selon le président nigérien Mahamadou Issouffou : «Les gens
quittent les pays pauvres parce que tout simplement, leur situation est
intenable et c’est pour cela qu’il faut attaquer le mal à sa racine. Et
attaquer le mal à sa racine, c’est envisager comment créer les
conditions de développement économique et social des pays d’origine. » Le premier de ces centres devrait ouvrir à Agadez d’ici la fin de l’année.
Guilhem Delteil, Radio France Internationale (RFI)
Contrairement à ce que laisse entendre le gouvernement, le taux des
demandes d’asile qui reçoivent une issue favorable dans l’Hexagone est
plus faible que la moyenne européenne.
La matière est hautement
inflammable, sujette aux raccourcis et analyses biaisées. La prise en
charge des demandeurs d’asile, aujourd’hui du ressort de chaque pays
membre de l’Union européenne, pourrait faire l’objet d’une politique
commune. La France, loin d’être un eldorado pour les migrants en danger
dans leur pays, est justement en train de réformer son droit d’asile.
Que propose la Commission?
Une partie importante des étrangers qui pénètrent illégalement sur le
territoire de l’UE, parfois au risque de leur vie, le fait pour fuir des
persécutions ou la guerre et non pour chercher du travail. Ce n’est pas
un hasard si le nombre de demandes d’asile a explosé en 2014 avec 626
065 dossiers (+ 45% par rapport à 2013), la situation internationale se
dégradant. Or, la charge est actuellement supportée pour l’essentiel par
les pays frontaliers de l’Union, la Grèce et l’Italie au premier chef.
Bruxelles propose donc de répartir le traitement des demandes d’asile
entre les pays européens.
Ce mécanisme d’urgence, qui sera
finalisé mercredi prochain, ne s’appliquera qu’aux étrangers qui «ont
manifestement besoin d’une protection internationale». L’exécutif
européen va établir une liste de nationalités qui seront réputées être
dans ce cas et dont feront sans doute partie les Syriens, les
Erythréens, voire les Somaliens. Dans le pays de premier accueil, des
représentants de Frontex (l’agence européenne des migrations), d’Europol
(agence de coordination policière) et des autorités nationales chargées
d’accorder l’asile procéderont à un premier examen des dossiers pour
écarter les demandes manifestement infondées. Ensuite, ces personnes
seront réparties entre les Vingt-Huit selon une clé basée sur la
démographie, la richesse, les efforts précédents, etc. Ainsi,
l’Allemagne devra en accueillir 18,42%, la France 14,17%, l’Italie,
11,84%, etc. Soit, en se basant sur les chiffres de 2014, un «surplus»
de 26 000 demandeurs d’asile dans l’Hexagone, et de 7 000 régularisés.
Ce sont les autorités nationales qui, au final, accorderont ou non le
statut de réfugiés. A charge pour elles, aussi, de reconduire à la
frontière les déboutés. En outre, la Commission demande aux Etats
d’accueillir 20 000 Syriens qui ont déjà obtenu le statut de réfugié et
qui se trouvent actuellement dans des pays tiers (Turquie, Jordanie,
Liban).
Pour entrer en vigueur, cette réglementation devra être
adoptée par une majorité qualifiée d’Etats, le Royaume-Uni, l’Irlande et
le Danemark ne participant pas au vote puisqu’ils bénéficient d’un
opt-out (une option de retrait) sur la politique d’immigration. La France est-elle spécialement généreuse?
A en croire le gouvernement, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve en tête,
la France assumerait plus que sa part dans la prise en charge des
migrants, notamment ceux relevant de l’asile. «Sur 28 pays de l’UE, 5
seulement accueillent 75% des demandeurs d’asile», a expliqué lundi le
ministre de l’Intérieur. En valeur absolue, il n’a pas tort. L’an passé,
la France a enregistré 62 735 demandes d’asile selon Eurostat, ce qui
la place au quatrième rang européen derrière l’Allemagne, la Suède et
l’Italie.
Mais alors que l’UE a enregistré une hausse globale des
demandes de 44%, la France, elle, a vu le nombre de dossiers déposés
diminuer de 5%. Certes, la tendance est à la hausse quasi continue
depuis 2007. Mais les besoins de protection sont moins élevés qu’en 1989
(Turquie, Zaïre) ou en 2003 (ex-Yougoslavie, Algérie, Tchétchénie). «On
est incapable de reconnaître que l’asile est phénomène éternel, note
Jean-François Dubost, juriste à Amnesty International. Les demandes
oscillent de manière récurrente entre 45 000 et 65 000 par an.»
Surtout, quand on rapporte le nombre de requérants à la population du
pays d’accueil, on se rend compte que la France est loin d’être
«submergée», comme voudrait le faire croire l’extrême droite. En 2014,
la France comptait un demandeur pour un millier d’habitants. Très loin
de la Suède (8,4 pour 1 000), de la Hongrie (4,3) ou de l’Allemagne
(2,5). «Notre pays se targue d’être important sur la scène économique et
diplomatique et de défendre l’asile, remarque Eve Shahshahani,
responsable du dossier pour l’Action des chrétiens pour l’abolition de
la torture (Acat). Or, la France n’est pas bonne élève. Elle a été
condamnée à près de dix reprises ces dernières années par la Cour
européenne des droits de l’homme sur ce dossier.»
Le taux de
protection est à cet égard révélateur. En 2013, 18% des dossiers
aboutissaient à une issue positive, quand la moyenne européenne
s’élevait à 35%, selon l’Acat. Les choses se sont améliorées en 2014,
selon Pascal Brice, le directeur de l’Office français de protection des
réfugiés et apatrides (Ofpra). « L’an passé, le taux de protection
global était de 28%.» Au crédit de l’Ofpra, la France reçoit peu de
demandes d’asile syriennes (3 154 en 2014), alors que l’Allemagne en a
enregistré 41 000 et la Suède 31 000. Or, les Syriens bénéficient d’un
taux de protection très élevé, plus de 90%. Mécaniquement, ils font donc
monter le niveau du taux de protection. Pour Pascal Brice, c’est autant
la situation économique, plus favorable en Allemagne ou en Suède, que
les communautés implantées là-bas qui expliquent que ces deux pays
soient privilégiés par les Syriens. A contrario, il est indéniable que
la France se montre très peu généreuse envers les migrants originaires
de la Corne de l’Afrique (Erythrée, Soudan), dont les dossiers sont
rejetés dans près de 90% des cas.
Le système d’asile est-il dévoyé ?
C’est devenu un des leitmotivs de la droite et de l’extrême droite :
puisqu’un quart des demandeurs d’asile seulement voient leurs demandes
aboutir, c’est que les trois quarts seraient des «fraudeurs», des
migrants économiques «déguisés». Un rapport provisoire de la Cour des
comptes, qui a fuité dans la presse au mois d’avril, avait accrédité
cette thèse : «La demande d’asile est utilisée par certaines personnes
comme une nouvelle filière d’immigration, notamment économique.» La Cour
des comptes pointait aussi le faible nombre de déboutés quittant
effectivement le territoire français (1% selon elle, 10% selon le
ministère de l’Intérieur). Cette machine à fabriquer des sans papiers
coûterait, selon l’institution de la rue Cambon, 2 milliards d’euros par
an.
Faux, répond le gouvernement, qui chiffre le budget de
l’asile à un peu moins de 600 millions. «Cette rhétorique est
trompeuse», dénonce Eve Shahshahani, qui estime que les déboutés sont
avant tout des personnes «n’ayant pas eu la chance d’être pleinement
entendues». Mylène Stambouli, de la Ligue des droits de l’homme, précise
: «Une personne dont la famille a été massacrée peut mettre longtemps
avant de réussir à faire le récit de son expérience.» Pascal Brice, le
directeur de l’Ofpra, balaie lui aussi cette idée d’un droit d’asile
dévoyé : «Penser qu’il y aurait un comportement conscient et massif de
détournement, c’est une erreur sur la nature de ce droit.» Un coup d’œil
aux nationalités les plus présentes parmi les demandeurs d’asile est
instructif : les personnes originaires de zones de conflits (République
démocratique du Congo, Russie, Syrie) côtoient celles venues du
Bangladesh et d’Albanie. Comment la droite s’engouffre-t-elle dans le débat?
Alors que les drames en Méditerranée se succèdent, le Sénat examine
depuis quelques semaines un projet de loi sur l’asile destiné à réformer
un système «à bout de souffle». Voté en première lecture à l’Assemblée
en décembre, il pourrait ressortir profondément durci du Palais du
Luxembourg. Les sénateurs UMP ont présenté des amendements visant
notamment à réduire les délais de traitement des dossiers (trois mois
contre neuf dans le projet initial). Pour Eve Shahshahani, il s’agit
d’une «surenchère sécuritaire et démagogue».
Jean QUATREMER (à Bruxelles) et Sylvain MOUILLARD, Libération